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Une vie de boy (Ferdinand Oyono): Un roman-témoignage sur les préjugés raciaux dans les rapports entre colonisateurs et indigènes en terre africaine

Ferdinand Oyono , Une vie de boy, 1956

Diao FAYE, Assistant à la FASTEF/UCAD

Résumé : De la cohabitation des deux communautés noire et blanche, sont nés, inéluctablement, des sentiments, des comportements, des attitudes et des relations entre colonisateurs et indigènes. L’analyse de la situation coloniale dans Une vie de boy, révèle des réalités complexes que Ferdinand OYONO relate crûment sous un ton humoristique. Le récit rend compte des inégalités et des clivages fondés sur la couleur. Les passages du texte, cités abondamment ici, ne sont que quelques exemples qui illustrent les thèses énoncées par l’auteur de l’article à partir de sa propre réception du roman de contestation de la situation coloniale en général et de cette œuvre en particulier.

Mots–clés : situation coloniale, colonisateur, contestation, indigène, préjugé racial, violence, haine, supériorité, infériorité, injustice. 

Introduction

 Une vie de boy, roman de contestation de la situation coloniale, publié en 1956 par l’écrivain camerounais Ferdinand OYONO aux éditions Julliard est une peinture satirique des relations entre colonisateurs et colonisés en terre africaine. Son succès, dans les milieux intellectuels, avant et après les indépendances, se justifie largement par le réalisme et la cruauté des faits racontés dans un ton teinté d’humour. Certes, les blancs y brillent par leurs préjugés raciaux et leurs actes de violence. Cependant une lecture plus approfondie décèle aussi des attitudes négativement chargées chez les dominés qui, unanimement, pensent que leurs « maîtres » ne jouissent pas de toutes leurs facultés mentales. Qu’il s’agisse des indigènes du cercle de Dangan ou des employés domestiques, des auxiliaires dans les services administratifs, des fidèles catholiques noirs nouvellement convertis, la remarque est constante : le blanc, cet incirconcis, ce non-initié, ignore les plus élémentaires règles de la vie sociale. De leur côté, tous les blancs considèrent le noir comme un grand enfant, un paresseux, un voleur, un menteur, un hypocrite…

S’agirait-il là de préjugés raciaux que porte chacune des communautés condamnées à vivre ensemble l’aventure de la conquête coloniale ? De part et d’autre, ces sentiments de différence fondés sur la Liens 11 Dec 2008 Une Vie de boy de F. Oyono Diao Faye race et uniquement sur elle relèvent sans nul doute de l’ignorance et de l’intolérance. Notre étude, après un bref essai de définitions du concept de préjugés raciaux, mettra en opposition les deux communautés dans leurs cadres de vie et dans leurs divers rapports pour montrer les préjugés manifestes ou voilés dans le dire et le faire des protagonistes.

1. QUE FAUT-IL ENTENDRE PAR PREJUGES RACIAUX?

Selon la déclaration de l’UNESCO sur la race et les préjugés raciaux toute théorie faisant état de la supériorité ou de l’infériorité intrinsèque de groupes raciaux ou ethniques qui donneraient aux uns le droit de dominer ou d’éliminer les autres,
inférieurs présumés, ou fondant des jugement de valeur sur une différence raciale, est sans fondement scientifique et contraire aux principes moraux et éthiques de l’humanité.¹ N’était-ce pas en toute logique la philosophie du colonialisme qui se réfugiait derrière une prétendue mission civilisatrice.

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En tous cas le comportement de l’administration coloniale traduit bien un tel esprit. Racisme ou préjugé racial ? La précision qu’apporte l’UNESCO dans les lignes suivantes nous édifie largement : le préjugé racial, historiquement lié aux inégalités de pouvoir, se renforçant en raison des différences économiques et sociales entre les individus et les groupes humains et visant encore aujourd’hui à justifier de telles inégalités est totalement injustifié.²

Il ne serait certainement pas superflu de préciser que les notions de racisme, ethnocentrisme, sociocentrisme et autres ne désignent pas des réalités identiques bien que liées étroitement.
Au sens le plus strict du terme le racisme consiste à attribuer à l’hérédité biologique les particularités culturelles d’un groupe qui a une apparence physique fortement distincte.³

Une telle conception présente l’avantage d’être énoncée comme une simple distinction de deux groupes sans s’aventurer dans des considérations tendant à favoriser l’un au détriment de l’autre alors que la définition qu’en donne Albert
Memmi insiste particulièrement sur cet aspect : Le racisme est la valorisation généralisée et définitive de différences réelles ou imaginaires au profit de l’accusateur et au détriment de sa victime, afin de justifier ses privilèges ou son
agression.4 Ici, différence égale supériorité ou infériorité et pour toujours. Il n’y a donc aucune possibilité pour le groupe dit inférieur de prétendre à un renversement de la tendance.

 


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Le Vieux Nègre et la Médaille

 

Dans son deuxième roman de contestation de la situation colonaile, paru la même année qu’ »Une vie de boy », Oyono relate la vie d’un vieux nègre, Meka, paysan du Sud du Cameroun qui à donné à la « mère-patrie » ses deux fils, morts pour la France sur les champs de bataille, et qui attend une récompense de l’administration coloniale pour son dévouement. Mais son excès de complaisance qui l’a coupé de son identité culturelle qu’il a rejetée au second plan ne lui portera pas bonheur. Les malentendus s’accumulent et tournent à un véritable désastre. Dans ce roman fort pessimiste et critique Oyono dénonce l’hypocrisie et les abus des colonisateurs, le clivage entre la fraternité affichée dans les discours des oppresseurs et l’humiliation et la douleur des indigènes inférieures dans les faits. Meka est-il puni par où il a pêché ?

Dans une langue chaleureuse et piquante, Ferdinand Oyono brosse le portrait de Meka, un « vieux nègre » que l’administration a décidé de récompenser pour son dévouement pour la France. Les truculentes aventures de cet homme, humble, mais non dépourvu de malice, sont un régal pour les sens et une subtile critique de la domination coloniale. Une pépite de la littérature africaine, réquisitoire et dénonciatrice.

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La critique

Le Vieux Nègre et la Médaille Une vie de boy (Ferdinand Oyono): Un roman témoignage sur les préjugés raciaux dans les rapports entre colonisateurs et indigènes en terre africaine, mediaafrik.comLe titre Le vieux nègre et la médaille est frappant de justesse : l’adjectif « Vieux » apporte une force supplémentaire à l’humiliation de ce patriarche, soulignant cette irrévérence du vainqueur qui ne souffre aucune forme de compassion, pas même celle due à l’âge. Le mot « Nègre » quant à lui épouse pleinement sa connotation péjorative, justifiant, même auprès des hommes d’église l’immiscibilité de fait, entre le colonisateur Blanc et le colonisé Noir. La « Médaille » quant-à elle désigne la récompense du bon élève méritant. Un juste mélange qui fait de ce roman un des classiques de la littérature de l’Afrique coloniale française. Dans de ce court récit, drôle, acide et burlesque, Ferdinand Oyono montre les limites de la politique d’assimilation coloniale en Afrique. Les discours d’amitié, de fraternité et de reconnaissance mutuelle, font parjure face à une ségrégation impitoyable et omniprésente dans les quartiers, les salles de fête, les cimetières, ou à l’église. L’auteur connaît bien cette période d’avant la décolonisation. Né au Cameroun en 1929, cet ancien haut fonctionnaire et intellectuel camerounais diplômé de la Sorbonne et de l’école nationale d’administration (ENA) de Paris, a été enfant de chœur et boy dans une mission de l’église catholique. Ces liens qui unissent les maîtres “Blancs” à leurs serviteurs ne lui est pas inconnus.

L’histoire raconte la folle journée de Méka. Un vieux nègre, serviteur modèle, dévoué au service des patrons Blancs. Ancien soldat de l’armée française, ses deux fils moururent en guerre pour cette même France. Catholique zélé, il fit don de ses terres à l’église, parce que celles-ci « ont plu au bon Dieu ». L’annonce de sa décoration pour la fête du 14 juillet paraît une récompense logique et méritée, qui vient couronner ses loyaux services auprès des autorités coloniales. Une réconnaissance, seule suffisante pour faire de lui un ami, un frère, un égal des « Bancs ». Une médaille directement « venue de France » et remise par le Haut Commandant en personne! Cela vaut bien que Méka porte ces chaussures qui lui font si mal aux orteils.  L’évènement est inédit, grandiose, et l’euphorie qui habite Méka et ses proches en témoigne. Famille, voisins et amis participent de chœur à ces réjouissances qui commencent bien assez tôt au jour venu. Commencée en grandes pompes, arrosée de vin, rythmée de joutes verbales et proverbiales, cette journée va pourtant peu à peu prendre une tournure surréaliste, voir Kafkaïenne. Ivre au soir venu, notre héros va vivre une succession de situations inattendues, cocasses, parfois tristes. Une descente aux enfer à l’issue de laquelle il se retrouvera seul et humilié et meurtri de désillusions.

Il serait cependant injuste de ne voir dans ce récit qu’une critique unidirectionnelle contre l’autorité coloniale. Le personnage de Méka présenté comme est fier, vaniteux et alcoolique tien surtout du portrait plutôt que de la caricature. Ferdinand Oyono décrit là avec humour les vices d’une population asservie par la force et par la pensée. Une population colonisée, peu à l’aise dans cette culture venue d’ailleurs et à laquelle elle aspire.

Source: encresdafrique

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Lire aussi “Etude de Le vieux nègre et la médaille de Ferdinand Oyono

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