Traite Négrière et esclavage domestique

Traite Négrière et esclavage domestique: la honteuse confusion

Il fallait laisser passer le temps pour écrire cet article. Laisser passer le temps et son char de colère. Le soleil s’est couché plusieurs fois, et plusieurs décennies d’aigreur avec. Longtemps après les commémorations de la fin de l’esclavage (en mai), je me réveille dans la beauté étrange d’un matin nouveau. J’emploie des mots qui font bien, des métaphores transportées de poésie, tout ça parce que je triche, je triche avec la réalité, je triche avec moi-même. Car la colère est toujours là. Comment peut-on encore oser confondre la Traite Négrière avec l’esclavage domestique ?

Plusieurs sujets dramatiques m’horripilent au plus haut point, notamment le trafic humain. Mais, même si je trouve ça aussi immonde : comment pourrais-je confondre les réseaux de prostitution et le trafic d’organes ? Il ne s’agit même pas de dire que l’un est pire que l’autre. Il s’agit de garder le cerveau allumé : ce n’est pas bonnet blanc et blanc bonnet. Comment peut-on, d’un revers de la main, dire que tout ça c’est la même chose. Sur les chaînes d’informations, des plus pointues au plus populaires, on n’a pas hésité à illustrer l’Abolition de la Traite Négrière avec des reportages sur l’esclavage domestique. Sur CNN, on est revenu sur le cas de cette jeune femme exploitée par ce joueur de foot du PSG. Elle avait été vendue à ce type, et longtemps elle a été sa domestique forcée.

C’est une chose horrible, immonde, inqualifiable.

Mais quel est le rapport avec la plus grande déportation de l’histoire humaine connue ? Quel est le rapport avec ces millions d’humains conduits comme des bêtes ? Quel est le rapport avec le Yovoda que des populations ont vécu pendant des siècles au profit d’économies qui ont su prospérer sur leur dos et ainsi devenir les maîtres du monde pendant 5 siècles ? Sans parler de cette philosophie (que l’on croit existante depuis la Nuit des Temps alors qu’elle a été accouchée qu’à cette époque *1) qu’on appelle le racisme. Cette philosophie aberrante qu’est le racisme a coexisté avec la Traire Négrière. Même si l’esclavage existait avant la Déportation Négrière, il n’y avait pas de « racisme » et un système économique d’une telle « ingéniosité ».

Confondre la Traite Négrière avec l’esclavage domestique est au moins une bêtise scientifique (historique, sociale, anthropologique, …) et au pire un nouvel exemple du racisme intellectuel.

Et c’est d’autant plus grave. La phase émergée du racisme c’est sa négation. La plupart des racistes ne savent pas qu’ils le sont, racistes. C’est inconscient. Les habitudes sont autant de réflexes induits. Intégrés. Sans faire exprès, la plupart du temps, ça agit de bonne foi. Sans se rendre compte du dénigrement causé. Ici, on retrouve les mêmes mécanismes de dénigrement. Confondre la Traite Négrière (déportation de masse + exploitation de masse + racisme) avec l’esclavage domestique est la preuve d’une certaine faiblesse intellectuelle. On peut que le regretter et essayer de réveiller les auteurs. Mais ce qui parait troublant, ce sont les exemples donnés. Avec le cas du footballeur du PSG, il est frappant de constater que la domestique forcée est Noire, et le joueur aussi. Voilà l’exemple retenu. En France, les médias qui participent à la même entreprise de confusion, concluent leurs reportages par les chiffres de l’esclavage domestique en… Afrique.

 


Alors, si on ne garde pas la tête froide, on peut se demander s’il ne s’agit pas de dire en quelque sorte : « les Noirs aussi sont des esclavagistes » ? Drôle de défense : si tout le monde est coupable, alors tout le monde est innocent. Et même les vrais coupables ? Ou alors : confondons tout ainsi la peine sera partagée. Et moins lourde pour les vrais coupables. C’est une manière de se dédouaner ?

Si cela est le but inavoué : c’est épouvantable. Ou le racisme intellectuel (celui qui ne sait pas qu’il est racisme) perdure. Ou alors, pire : ce raccourci, qui omet de rappeler la déportation et le racisme de la Traite Négrière, est en fait l’aveu d’une civilisation euro-américaine qui ne sait pas que pour vraiment tourner la page, il faut d’abord la lire entièrement. Ni en diagonale. Ni de travers. Et sans tout mettre dans le même sac. Parce que ça, ne pas apporter des analyses ou des solutions spécifiques, pour les victimes de l’esclavage moderne, et la mémoire de la Traite Négrière, c’est la honte. C’est encore plus dégueulasse. Et encore + du dénigrement.

 

Shaman dolpi

Source: mediapart

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