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Donald Sterling sort de son silence après ses propos racistes

Le propriétaire de l’équipe de basket des Los Angeles Clippers s’est exprimé pour la première fois depuis la divulgation d’un enregistrement dans lequel il demande à sa petite amie de ne pas se montrer en compagnie de Noirs.

Pour la première fois depuis que ses propos racistes ont été rendus public, Donald Sterling, le propriétaire des Los Angeles Clippers suspendu à vie par la NBA, est sorti de son silence vendredi 2 mai.

A la surprise générale, l’octogénaire a choisi de s’exprimer dans un magazine peu connu, spécialisé dans l’art de vivre et destiné aux riches habitants de Los Angeles. “J’aurais dû acheter son silence”, a-t-il déclaré au magazine DuJour, à propos de Vanessa Stiviano, celle qui est présentée comme sa maîtresse et qui aurait déclenché l’affaire en remettant au site internet TMZ un enregistrement contenant les propos racistes de Sterling.

Le milliardaire, dont la fortune réalisée dans l’immobilier est estimée à 1,9 milliard de dollars, a confié qu’il ne s’exprimerait plus qu’en face des dirigeants de la NBA, la Ligue nord-américaine de basket, qui veulent le forcer à vendre son équipe, ou de Barbara Walters, une journaliste de la chaîne de télévision ABC célèbre pour ses interviews de personnalités.

“Ce genre de discussions, il y a en eu plusieurs”

Dans le même temps, Vanessa Stiviano a donné sa version des faits lors d’une interview accordée justement à la chaîne ABC. La jeune femme de 31 ans, silencieuse juque-là, a tenu à faire une mise au point. Elle a assuré qu’elle n’était pas à l’origine de la divulgation de l’enregistrement mais reconnu qu’elle avait bien enregistré cette conversation. Elle l’avait ensuite confiée à un ami qui l’aurait, de sa propre initiative, transmis à son tour au site internet TMZ.

La jeune femme n’a laissé aucun doute sur le fait que Donald Sterling tenait régulièrement des propos racistes. “Ce genre de discussions entre M. Sterling et moi, il y en a eu plusieurs. Ce que tout le monde a entendu, c’est seulement un enregistrement de 15 minutes, mais il pourrait y avoir eu des heures” d’entregistrement identique, a-t-elle expliqué. Celle qui fut l’assistante personnelle du promoteur immobilier a toutefois refusé de le qualifier de raciste mais estimé que Sterling devait présenter ses excuses: “Mais seul Dieu sait s’il va le faire”, a-t-elle conclu.

Source: Francetv info avec AFP

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Racisme et gros sous : Donald Sterling, le milliardaire qui pourrit la saison de NBA

L’enregistrement d’une conversation entre le propriétaire des Los Angeles Clippers et sa petite amie est accablant. Son passé également.

La NBA se serait volontiers passée de ce scandale. Alors que commencent les playoffs du championnat, la phase finale où les meilleures équipes de basket des Etats-Unis se défient pour le titre 2014, l’affaire Donald Sterling a tout emporté sur son passage.

Vendredi 25 avril, le site TMZ (en anglais) publie un enregistrement d’une conversation téléphonique entre Sterling, le propriétaire des Los Angeles Clippers, et sa future ex-petite amie. La discussion tourne autour du compte Instagram de la jeune femme, qui s’expose avec les célébrités afro-américaines présentes dans le carré VIP lors des matchs des Clippers. Dernier en date, Magic Johnson, légende vivante du basket. “Tu peux coucher avec des Noirs, faire ce que tu veux avec eux, entend-on Sterling dire dans l’enregistrement. Mais n’en fais pas la promotion sur ton compte Instagram et ne les amène pas au match.” Une phrase révélatrice de la personnalité ambiguë et controversée de l’octogénaire.

Un milliardaire haut en couleurs (mais surtout en blanc)

En 1981, lors du premier match de ses Clippers, Donald Sterling est surexcité. Chemise ouverte jusqu’au nombril, il s’époumone pour encourager son équipe, qui remporte finalement la rencontre. Les supporters se souviennent encore de son tour d’honneur, torse nu, un verre de vin à la main, à distribuer des high five à tous ses joueurs… L’agent de joueurs Arn Tellem le décrit dans Sports Illustrated : “Beaucoup de patrons de NBA sont distants et essaient de donner l’illusion qu’ils se contiennent. Donald est totalement rongé par l’angoisse pendant les matchs. Vous avez juste envie de le prendre dans vos bras.”

Sterling se fait connaître pour ses soirées où tous les invités doivent venir habillés en blanc. Comme dans Gatsby le Magnifique. Une année, il organise chez lui, à l’occasion de la draft (soirée pendant laquelle les patrons sélectionnent les joueurs universitaires et étrangers qu’ils veulent faire entrer dans leur équipe), une fête pour laquelle il revêt une simple robe de chambre. Chaque réception est précédée d’annonces pour recruter des “femmes séduisantes” comme hôtesses. Cet homme marié avoue sans honte payer des relations sexuelles 500 dollars avec des “associées”. Deux fois, il se retrouve au tribunal pour harcèlement sexuel. Deux fois, l’affaire se règle avec un chèque.


Dans l’affaire de l’enregistrement, cette fois, c’est la femme de Donald, Rochelle, qui attaque. Elle a porté plainte contre la maîtresse de son mari, une certaine V. Stiviano, qu’elle accuse d’avoir extorqué 1,8 million de dollars à son mari, rapporte CBS.

 

Donald Sterling et, à sa gauche, son ex-compagne V. Stiviano, lors d'un match des Los Angeles Clippers face aux Sacramento Kings, le 25 octobre 2013, à Los Angeles. 
Donald Sterling et, à sa gauche, son ex-compagne V. Stiviano, lors d’un match des Los Angeles Clippers face aux Sacramento Kings, le 25 octobre 2013, à Los Angeles.  (MARK J. TERRIL / AP / SIPA)

 

Roi de l’immobilier et dictateur pour ses locataires

Donald Sterling tire son immense fortune – 2 milliards de dollars, d’après une estimation du magazine Forbes – de ses investissements dans l’immobilier. Il possède littéralement le prestigieux quartier de Los Angeles Beverly Hills. Et il continue de construire partout dans la ville californienne. Lui-même occupe un magnifique immeuble art déco de sept étages construit par le patron de la MGM. Il n’occupe que les deux derniers, laisse les cinq premiers vacants. Son truc, c’est de jouer avec les ascenseurs plaqués bronze (les couloirs sont eux plaqués de marbre). “C’est un luxe que je me suis offert”, confiait-il à Sports Illustrated (en anglais), en 2000.

Concernant le choix de ses locataires, il est beaucoup moins joueur. ESPN Magazine (en anglais) a publié en 2009 des extraits accablants des audiences de son procès pour discrimination raciale – procès qui s’est conclu par un accord à l’amiable record de 2,7 millions de dollars. Visitant un de ses immeubles de Beverly Hills en 2002, Sterling commente ainsi l’odeur qui y règne : “C’est parce qu’il y a beaucoup de Noirs dans l’immeuble, ils sentent mauvais, ils ne sont pas propres. Sans parler des Mexicains qui glandent et qui picolent toute la journée.” Le magazine raconte ensuite la visite de l’appartement occupée par une femme noire aveugle, handicapée, victime d’un dégât des eaux. La vieille dame patauge dans 10 centimètres d’eau, et demande à être indemnisée. Réponse de Sterling : “Jamais de la vie. Virez-moi ça.” Condamné, Sterling a payé… mais construit désormais ses immeubles à Koreatown, le quartier coréen de Los Angeles. “Eux, ils acceptent les conditions, payent leur loyer, et ne me coûtent jamais un centime.”

Son rêve d’une équipe de “pauvres gars noirs du Sud”

En 2009, l’ex-manager général des Clippers, Elgin Baylor, fraîchement remercié, accuse Sterling de racisme. D’abord parce que le milliardaire lui a confié vouloir aligner une équipe de “pauvres gars noirs du Sud coachés par un Blanc”. Les avocats de Sterling ont toujours démenti cette phrase. Autre épisode dénoncé par Baylor : une visite de Sterling dans les vestiaires de ses joueurs, alors qu’ils se douchent. Le milliardaire est entouré de jeunes femmes, qu’il invite à “admirer les belles bêtes”, comme s’il s’agissait de chevaux de course. L’accusation de racisme n’a pas été retenue par la justice, mais depuis, les joueurs se moquent de lui et font semblant de vomir dans son dos quand il pénètre dans les vestiaires, note ESPN.

Pourtant, Sterling a été récompensé à de nombreuses reprises par la NAACP, la principale association de défense des minorités aux Etats-Unis. Le milliardaire s’est distingué en offrant des milliers de tickets aux enfants des quartiers difficiles de la ville. Il devait même recevoir un prix pour l’ensemble de son œuvre contre le racisme, le 15 mai. Ce n’est plus à l’ordre du jour, a fait savoir la NAACP.

Que risque maintenant Sterling ? Deux solutions : une amende décidée par les autres présidents de NBA de plusieurs millions de dollars, autrement dit une goutte d’eau dans la fortune de Sterling. Ou un vote de ses pairs pour le forcer à vendre son club. Le commissaire général de la NBA,  Adam Silver, a prudemment botté en touche jusqu’à présent, mais va devoir trancher vite, vu l’indignation des stars d’hier (Michael Jordan, Magic Johnson) et d’aujourd’hui (Kobe Bryant, LeBron James), sans parler de Barack Obama. Mais l’histoire montre que les instances sportives américaines ne sont pas très sévères dans de tels cas : Marge Schott, ex-patronne des Cincinnati Reds, n’avait été suspendue que deux ans pour des propos favorables à Adolf Hitler…

Pierre Godon

Source: francetvinfo.fr

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Couleur de peau, barrières raciales et football

Sociologue du sport, ayant enseigné à Sao Paulo, Michel Raspaud a publié en 2010  « Histoire du football au Brésil », le premier livre référence sur le sujet. Une synthèse incontournable pour mesurer les enjeux liés au foot dans la société auriverde. Première partie : la question centrale de la « race » dans les clubs et la Seleçao.

A quel moment, le foot devient-il un enjeu politique au Brésil ?
Michel Raspaud : Dès lors que la question de la présence des joueurs de couleur s’est posée. Le point de départ, c’est le championnat sud-américain disputé par l’équipe du Brésil à Montevideo en 1919. La sélection compte alors quelques joueurs métisses comme Arthur Friedenreich. Les joueurs brésiliens vont être surnommés « macaquitos » par les supporters et les joueurs uruguayens et argentins. Cet épisode va profondément blesser les autorités brésiliennes. Le président de la République Epitacio Pessoa va interdire, de manière non officielle, d’inclure des Noirs lors des déplacements pour des questions « d’honneur, d’image et de dignité » nationales. A cette époque, la discrimination raciale est forte. Lintégration de footballeurs n’appartenant pas aux élites sociales fait débat au sein des clubs. C’était un sujet éminemment politique, au sens où il s’agit de l’appropriation par des classes populaires d’un jeu réservé et confisqué jusqu’ici par les riches. Les Noirs ont posé problème, mais peut-être moins à cause de leur couleur de peau, qu’en raison des aspects culturels que cela impliquait. Ils étaient analphabètes, supposés incultes, et exerçaient des métiers jugés déshonorants.

Vasco de Gama sera le premiers club à intégrer des joueurs de couleur, le premier aussi dirigé par un président noir…
Michel Raspaud : A l’origine, c’était un club élitiste d’aviron comme le Flamengo et le Botafogo. Un mulâtre est élu à sa tête en 1904. Cet événement important a préfiguré en quelque sorte l’intégration des joueurs noirs et métisses dans la bonne société brésilienne. C’est l’époque où le football commence à se professionnaliser. L’argent se met à circuler. Avec l’affluence des spectateurs, la passion populaire pour ce sport explose et divise conservateurs et progressistes. Au gré des présidences, des situations, les positions peuvent évoluer. Mais il est vrai que le Fluminense, club élitiste de Rio s’il en est, refusait cette évolution. Il y a la fameuse anecdote de la poudre de riz. Aujourd’hui, c’est devenu un slogan chez les supporters adverses du Flamengo.

Après le drame national vécu lors du Mondial 1950, perdu devant l’Uruguay, leur présence et leur comportement sont à nouveau mis en cause ?
Michel Raspaud : Le contexte est très particulier. On est au lendemain de la seconde guerre mondiale. Le Brésil avait le sentiment de pouvoir accéder au grand concert des Nations grâce à cet événement et à la construction du gigantesque stade Maracana. Depuis la victoire dans la Copa America de 1919 et la participation au Mondial 1938, l’équipe nationale était devenue un élément majeur de la constitution de l’identité brésilienne. Cette dernière était totalement éclatée. Il faut garder à l’esprit toutes ces vagues d’immigrants débarqués depuis la fin du XIXe siècle : européens latins, de l’Est, du Nord dans un pays où vivaient déjà les Amérindiens et les descendants d’esclaves venus d’Afrique. L’équipe nationale va donc participer à la création d’une identité partagée par tous. Elle porte un espoir considérable. Le dénouement du match face à l’Uruguay et la défaite concédée à quelques minutes de la fin vont être vécu de manière tragique. Ce peuple était sur le point d’être enfin le premier du monde dans quelque chose et on l’a privé de cette fierté.

 

Le gardien Barbosa est devenu un paria après la défaite historique en Coupe du monde 1950.
Le gardien Barbosa est devenu un paria après la défaite historique en Coupe du monde 1950.

Il fallait donc trouver des bouc-émissaires…
Michel Raspaud : L’opinion cherchait des coupables plus coupables que les autres. Certains vont mettre en avant la prétendue faiblesse mentale des joueurs de couleur sous la pression. Le gardien Barbosa, qui était à l’époque un des meilleurs au monde à son poste, a été désigné comme un des principaux responsables. On s’est aussi tourné vers les défenseurs. Il se trouve qu’ils étaient majoritairement Noirs. Les attaquants qui n’ont pas marqué et étaient Blancs, eux n’ont jamais été inquiétés. Au fond, la société s’interrogeait sur la légitimité du melting-pot. Aujourd’hui, l’apport des joueurs noirs dans le foot brésilien a été tellement grand, lui a donné une image si forte et si puissante, que les problèmes de peau sont réglés sur les terrains. La société brésilienne, telle que j’ai pu la vivre, est réellement non raciste. En revanche, la logique raciste fonctionne et perdure. La richesse reste liée à la couleur de la peau. Globalement, les pauvres sont Noirs ou métis, et les riches sont Blancs.

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Carlos Alberto, le joueur qui mit le feu aux poudres


L’anecdote de la « poudre de riz », symptôme du racisme rampant qui a gangréné le foot brésilien jusque dans les années 50, est passée à la postérité. Le club de Fluminense en porte toujours les traces.

Carlos Alberto

 

En 1914, la discrimination raciale fait rage au Brésil. Le football ne fait pas exception. Joueur métis de l’America Rio, Carlos Alberto est transféré au Fluminense, club aristocratique de Rio, et bastion de la blanchitude. A son arrivée, la nouvelle recrue se résout à s’éclaircir la peau en se badigeonnant le visage de poudre de riz. Grâce à ce subterfuge, Alberto espère être aligné en championnat par son entraîneur. Il pense aussi pouvoir tromper la bêtise des supporteurs, éviter leurs insultes et les coups violents de ses adversaires sur le terrain. Le racisme touche alors les spectateurs, les joueurs et même les arbitres. Mais la ruse ne prend pas. Au cours d’une rencontre, la sueur découvre la couleur de sa peau et le laisse rayé comme un zèbre. L’épisode fait scandale. Alberto va vivre un calvaire. A chaque apparition, le joueur est chambré par un public cruel qui hurle « po de arroz ! », « po de arroz ! »

L’histoire de Carlos Alberto n’est pas un cas isolé. A la même époque, Arthur Friedenreich, la première grande star du football brésilien, et surtout le premier non-Blanc à avoir joué pour la Seleçao, a eu recours lui aussi à la poudre de riz. Avant les matches, cet attaquant d’exception (1329 buts officiels, record absolu dans l’histoire du foot mondial) allait même jusqu’à se lisser les cheveux à l’aide d’une pommade pour gommer sa négritude. Presque un siècle après les faits, la poudre continue à coller à la vie du Fluminense, rebaptisé « po de arroz » par les torcedores des clubs adverses. Ironie du sort et du sport, les supporteurs du « Flu » célèbrent aujourd’hui les buts de leur équipe et l’entrée des joueurs dans le stade en lançant … du riz et de la poudre de talc dans les airs.

Source: cafezinho.fr

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Le rappeur américain Jay Z accusé de racisme (Vidéo)

Cette fois-ci c’est le rappeur Jay-Z qui fait polémique. En effet, le rappeur de Brooklyn a fait parler de lui lors d’un match NBA des Knicks de New York où il arborait un médaillon Five Percent Nation autour du cou.

Le bijou n’est pas passé inaperçu allant même jusqu’à choquer certaines personnes. Symbole assez courant dans le milieu rapologique. Clamé par des Rakim, Wu-Tang et autres, pour faire bref, cette mouvance a pour idée qu’il y a 3 types de personnes :

  • 85% des gens croient en l’existence d’un Dieu qui n’existe pas.
  • 10% exploitent l’ignorance des premiers cités
  • 5% sont ceux qui détiennent la vérité

Autrement appellé The Nation Of God And Earths, ils sont souvent pointés du doigt à cause d’un racisme anti-blanc. Le mouvement aime rappeller que l’homme noir est l’habitant original de la terre, que celui-ci est plus fort physiquement et intellectuellement que les autres tout en qualifiant l’homme blanc comme étant le diable.

Pour en revenir sur Jay-Z, ce n’est pourtant pas la première fois qu’il se dévoile publiquement avec. Il l’affichait lors d’une interview radio il y a quelques mois pour la promotion de son dernier album où l’animateur lui a demandé pour quelle raison portait-il cette chaîne. C’est naturellement que Hov’ a affirmé qu’elle n’était pas à lui et qu’il l’avait volé à quelqu’un.


Source: dawgz.fr

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Polémique : Jay Z accusé de racisme

Polémique : Jay Z accusé de racisme by NSPPrive

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Pourquoi certaines minorités réussissent mieux : polémique aux USA sur «le nouveau racisme » version asian-american

Le livre est un brûlot. Raciste ou visionnaire ? Briseur de tabou ou malaxeur d’idées nauséabondes ? Ou juste un ramassis de lieux communs ? Il n’est pas encore paru, mais ses auteurs sont déjà sur tous les plateaux de télé, des extraits sont abondamment publiés, intellectuels et commentateurs politiques s’empaillent à son sujet.

« The Triple Package » de Amy Chua et Jed Rubenfeld
« The Triple Package » de Amy Chua et Jed Rubenfeld

L’ouvrage sera en vente aux Etats-Unis le 4 février. Son titre : « The Triple Package : comment trois caractéristiques improbables expliquent l’ascension et la chute de certains groupes culturels en Amérique ». Ses auteurs : deux professeurs de l’école de droit de Yale University, Amy Chua et Jed Rubenfeld.

Oui, enfin, même s’ils sont deux, mari et femme, c’est elle qui attire les projecteurs. Elle, la célèbre « Tiger Mom », « mère tigre », Sino-Américaine sévère prônant une éducation des enfants aux antipodes des permissives habitudes locales, dont les « mémoires » publiées en 2011 avaient profondément troublé les parents américains.

Supériorité, insécurité et self-control

Avant d’entrer dans le détail de la controverse, voici un bref aperçu – ultra simplificateur – de l’idée principale du livre, qui, de fait, élargit le postulat du livre précédent.

Les Asiatiques ne sont pas les seuls à réussir mieux dans la vie aux Etats-Unis. Sept autres groupes « culturels » sont concernés, chiffres incontestables à l’appui : les Cubains, les juifs, les Indiens, les Nigériens, les mormons, les Iraniens et les Libanais.

Selon « Tiger Mom » et son mari, ces groupes réussissent parce qu’ils ont trois choses en commun :

  • un complexe de supériorité ;
  • un puissant sentiment d’insécurité ;
  • et la capacité de maîtriser leurs impulsions (« impulse control »).

Quels sont les autres groupes installés dans le pays auxquels manquent – collectivement, car il y a bien sûr des exceptions – ces précieux traits de caractère ?

Le tabou des sujets « racialement chargés »

Le livre est assez clair sur au moins les Afro-Américains (les Noirs, quoi) et les Wasps (les Blancs anglo-saxons protestants). On trouve aussi des allusions aux habitants des Appalaches (en gros, les ploucs ruraux des montagnes, mais c’est dit autrement).

Chua et Rubenfeld anticipent l’avalanche de critiques qui va leur tomber dessus :

« Il est très difficile de parler de tout cela, en grande partie parce que ces sujets sont si racialement chargés (“racially charged”). »

Je préviens tout de suite : je ne vais pas quant à moi éviter d’écrire le mot « race », tabou en France, sinon je n’arriverai pas à rendre compte des discussions américaines. Ici, parler de « race », ou employer comme synonyme « ethnie », n’a pas de connotation négative.

Un deuxième livre incendiaire

Parce qu’une journaliste du New York Post a fort bien décrit l’articulation entre les deux ouvrages de Amy Chua, et que moi-même je n’ai encore lu que des extraits du « Triple Package », je la cite d’emblée :

« Le premier livre se résumait à un seul argument : les mères chinoises sont meilleures que toutes les autres mères, et leurs méthodes d’éducation sont à l’origine de la grande peur occidentale contemporaine : l’ascension irrésistible et la suprématie à venir de la Chine.

Ce livre de Chua a été un best-seller, il n’est donc pas surprenant qu’elle revienne avec une thèse encore plus incendiaire, parfaitement en phase avec la profonde inquiétude économique actuelle.

Elle joue avec la crainte collective de la disparition imminente de la classe moyenne américaine, et avec la conviction fausse que la réforme de l’immigration aggravera encore la situation des Américains. »

« J’appelle ça le nouveau racisme »

Le magazine Time, pour sa part, qui a confié la critique du livre à un journaliste-écrivain d’origine indienne – la précision ethnique est importante, celui-ci se disant personnellement insulté par la thèse – , n’y va pas par quatre chemins :

« Des idées pareilles ne vous choquent pas ? Non ? Alors, c’est qu’elles sont devenues insidieusement banales. Le réductionnisme racial, ethnique et culturel s’est glissé dans la psyché américaine et le discours public.

Comme il est devenu impensable, du moins en bonne compagnie, de faire des commentaires peu flatteurs sur, mettons, la culture afro-américaine ou hispanique, on a pris l’habitude, depuis dix ans, de relever la supériorité culturelle supposée de certaines minorités plus modèles que d’autres.

J’appelle ça le nouveau racisme. »

Avant de poursuivre la litanie des critiques acerbes – les compliments ne m’ont pas sauté aux yeux –, il est juste d’expliciter un peu la thèse de Chua et Rubenfeld. Avec leurs propres mots. C’est facile, le New York Time leur a offert deux grandes pages de tribune dans son édition dominicale.

La prédominance des Asiatiques à l’école

Ils commencent par des chiffres avérés : les Indiens-Américains (autrement dénommés « Asiatiques de l’Est ») gagnent plus d’argent en moyenne que tout le monde, les Iraniens, Libanais et Chinois-Américains les suivent de près. Les Cubains de Miami affichent des réussites insolentes.

Les mormons sont devenus en 30 ans les leaders du business aux Etats-Unis. Les juifs trustent les sièges de la Cour suprême, des Nobel, et des récompenses littéraires et musicales. Les Nigériens engrangent les doctorats dans les facs prestigieuses.

Sans parler de la suprématie spectaculaire des « Asian-Americans » à l’école et en fac, qui conduit nombre d’universités à développer d’habiles stratégies pour leur en barrer l’accès, histoire de conserver une certaine « diversité ethnique » dans leur corpus, ainsi que je l’ai raconté dans un précédent article.

Si l’on veut enfoncer le clou de la réussite scolaire des Asiatiques à l’école, il suffit de se référer à cette dernière enquête du magazine The Atlantic (schéma n°2).

Proportions de diplômes selon l’ethnicité (The Atlantic)
Proportions de diplômes selon l’ethnicité (The Atlantic)

Après deux générations, la dégringolade

Chua et Rubenfeld évacuent l’argument couramment avancé de la richesse, l’origine sociale ou l’appartenance à une classe économique privilégiée :

« Aujourd’hui, de nombreux mormons riches sont issus de familles très modestes. Bien que l’Inde et la Chine envoient nombre de leurs émigrants au travers de filières professionnelles spécifiques, une bonne moitié des immigrés de ces nationalités n’entrent pas aux Etats-Unis par ce biais-là.

Beaucoup sont pauvres et sans éducation. Pourtant, des données publiées en 2013 montrent que les enfants des immigrés chinois, coréens et vietnamiens ont étonnamment grimpé dans l’échelle sociale en dépit du background de leurs parents. »

De tout temps, admettent les auteurs, des groupes d’immigrés aux Etats-Unis ont eu leur époque de succès, toujours suivie d’une dégringolade. A une époque, les Grecs étaient en haut de la liste. C’est fini. Le phénomène se produit toujours après deux générations.


C’est une histoire de culture

On en arrive à la démonstration centrale du livre :

« Le fait que les groupes montent et descendent de cette façon dément l’idée qu’il y aurait des “minorités modèles”, des différences innées, biologiques. C’est au contraire la preuve que la culture prime sur tout. »

D’où l’emphase mise par les auteurs sur les trois fameuses caractéristiques.

« La première est le complexe de supériorité : une croyance profonde dans sa propre extensionnalité.

La deuxième peut sembler contradictoire : l’insécurité, un sentiment que votre propre personne, ou ce que vous avez fait, n’est jamais assez bien. La troisième est la capacité au self-control.

Tout le monde, de quelque origine que ce soit, peut présenter ces trois caractéristiques. Mais les études montrent que certains groupes les instillent dans leurs membres plus souvent que d’autres, et qu’ils en tirent davantage de succès. »

Une partie de leur constat est assez juste

Ma traduction est sans doute approximative. Elle permet de se faire une idée des idées en jeu. J’admets que, dans le contexte américain où je baigne depuis quatorze ans, je trouve une partie de ce constat assez juste. Notamment quand les auteurs écrivent, non sans malice :

« De nombreuses études […] montrent que les parents chinois immigrés imposent souvent des exigences exorbitantes à leurs enfants (“Pourquoi seulement un 19,5 ? Pourquoi pas un 20 ?”), leur laissant entendre que l’honneur de la famille dépend d’eux.

Par contraste, les parents blancs ont tendance à favoriser davantage les qualités sociales de leur enfant, et leur estime personnelle.

Il y a un monde entre : “Tu es formidable. Maman et Papa veulent que tu n’aies à te soucier de rien”, et : “Si tu n’es pas le meilleur à l’école, la famille va se disloquer et finir dans la rue.” »

L’Histoire dévalorise certains groupes sociaux

Comment un complexe de supériorité peut-il bien émerger d’une éducation aussi humiliante ? Facile : leur religion apprend aux mormons qu’ils sont des « embryons de Dieu », « envoyés sur Terre pour sauver le monde », et aux juifs qu’ils sont « le peuple élu ». Leur histoire prestigieuse rappelle aux Iraniens leur « supériorité perse », etc.

Evidemment, dans ce contexte, la communauté noire américaine est sacrément mal lotie, et l’explication de Chua et Rubenfeld tient debout :

« Ce n’est pas facile pour les minorités de maintenir un complexe de supériorité. Tout au long de son histoire, l’Amérique a fait tout ce qu’elle pouvait pour imposer sa propre narration de leur infériorité à ses minorités non blanches, spécialement aux Noirs.

Les Afro-Américains ont infatigablement combattu cette narration, mais l’idée persiste. […] Le rappeur Sean Combs [Puff Daddy, ndlr] parle sans doute au nom de beaucoup d’autres quand il dit :

“C’est juste comme : OK, nous étions des esclaves, et puis nous avons été fouettés et aspergés avec des tuyaux d’eau, et il y a eu le mouvement des droits civiques, et nous sommes les gangsters américains. J’aimerais bien qu’on nous voit sous un angle plus scintillant.”

Alors, oui, bien sûr, la culture n’est pas le seul déterminant. Les individus peuvent la défier et écriture leur propre scénario. […] C’est juste plus dur quand vous devez faire ça tout seul. »

Je suis navrée de n’avoir pas la place de reproduire ici le détail de l’argumentaire des auteurs, qu’il serait injuste de réduire à des lieux communs et des simplifications outrancières.

De dangereuses idéologies ethno-centrées

Cela dit, l’indignation que leur livre soulève dans les critiques publiées jusque-là n’est pas feinte. Le journaliste du Time, par exemple, ne conteste pas les données qui servent de base au « Triple Package ». Mais il s’insurge contre leur interprétation ethno-centrée, un genre qui lui rappelle une période noire pour l’Amérique.

Il cite un penseur américain du début du XXe siècle prônant la supériorité culturelle des Européens du Nord sur ceux du Sud, sur lequel s’est appuyé le Congrès pour voter une loi limitant l’immigration. Il en cite un autre défendant en 1959 l’idée suivante :

« Les protestants, les juifs et les Grecs attachent une plus grande importance à l’éducation, à l’indépendance et à la réussite que les Italiens du Sud et les Canadiens français. »

Comment définir une « bonne » culture ?

Impossible d’énumérer, encore moins de détailler, tous les arguments employés par le Time pour pulvériser la thèse du « Triple Package ». En voici cependant deux, que je trouve particulièrement intéressants :

  • les deux auteurs établissent une hiérarchie entre la bonne culture – qui conduit invariablement à devenir riche, à accumuler argent et positions sociales – et la mauvaise. Quid des traits de caractère comme la gentillesse, le sens du collectif, du service public, ou des valeurs martiales ?
  • Les auteurs s’en prennent à la culture américaine « excessivement permissive ». Mais n’est-ce pas cette permissivité qui fait de l’Amérique un lieu de créativité plein d’énergie et d’innovation ? Et le journaliste de citer Hemingway, Fitzgerald, Mark Zuckerberg, Sylvia Plath, Burroughs, Bill Gates…

Et puis pourquoi autant s’exciter à propos de ce livre, qui se contente peut-être d’enfoncer des portes ouvertes ? Telle est la conclusion placide d’un commentateur politique de la chaîne CNN :

« Au cours de l’Histoire, on a toujours dit que certaines cultures étaient meilleures que d’autres sur certaines choses en particulier. Je ne comprends pas la controverse. »

 

Hélène Crié-Wiesner

Source: blogs.rue89.nouvelobs.com

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« New Slaves » de Kanye West : L’esclavage c’est la mise en servitude et la suppression des libertés. De qui est-il donc l’esclave?

Des envolées mégalomaniaques, un rapport tumultueux aux journalistes, et une relation ultra médiatisée avec la star de télé-réalité US Kim Kardashian, qui vient de mettre au monde une petite North (North West… je sais c’est dur…). Et pourtant, le potentiel créatif du jeune rappeur reste indéniable. La Mother a été particulièrement interpellée par le morceau « New Slaves » Ft Franck Ocean («Nouveaux Esclaves»)  de son dernier opus Yeezus et vous explique pourquoi.

 

« Ma mère a grandi à une époque où l’eau potable n’était réservée qu’aux peaux claires».

 

Sur une instru minimaliste et saturée au tempo tribal et menaçant, Kanye West opère dès la première rime une rupture fracassante avec son image superficielle, et nous rappelle à sa condition de descendant d’esclave.

Va s’en suivre une diatribe contre la société de consommation, et particulièrement les riches PDG blancs qui tirent les ficelles de l’industrie du luxe. Un crescendo de rage envers ceux qui exercent, selon lui, une nouvelle forme d’exploitation du peuple noir qui tend à réussir et s’affranchir des siècles et des siècles d’humiliation et d’instrumentalisation par le peuple blanc (esclavagisme, diasporas, colonialisme, la ségrégation raciale…)

Il est humain de souhaiter afficher sa réussite et ériger sa fortune comme une revanche sur le déterminisme social. Cette démonstration à outrance est depuis longtemps pratiquée dans les clips de rap dits « blingbling » où se succèdent les références au luxe. Mais c’est précisément cette attitude que Kanye dénonce dans ce morceau, en tentant d’éclairer sa communauté sur le fait que cette hyper-consommation ostentatoire ne profite pas à l’essor de communauté noire, mais une fois de plus aux riches blancs, et établit une nouvelle expression du racisme anti-noir. « Il y a la version du racisme envers les noirs pauvres : « ne touchez a rien dans ce magasin » et il y a la version du racisme envers les noirs riches « je vous en prie! entrez achetez plus! ».

Kanye se sait lui même exploité par ce système et on le sent lutter au fil du morceau pour échapper à cette nouvelle condition d’esclave moderne. Il répète « I know we are the New Slaves, I see blood on the leaves », faisant ainsi référence au titre emblématique « Strange fruit » de Bilie Holliday dénonçant les massacres commis entre la deuxième partie du 19e siècle et la première partie du 20e siècle par le groupuscule blanc extrémiste américain Ku-Klux Klan.


Nous vous laissons découvrir l’intégralité (sous titrée) de cette mise en abyme qui risque d’éveiller plus d’une conscience.

 

Aurore Fitoussi

Source: mothershaker

 

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