Judy Bonner

Scandale outre-atlantique : Jusqu’à ce mois de septembre 2013, la discrimination et la ségrégation étaient acceptées sur le campus de l’université d’Alabama

Alors qu’un président afro-américain est actuellement à la Maison-Blanche, les fraternités et sororités (fraternités réservées aux femmes) de l’université d’Alabama, au sud-est des Etats-Unis, s’ouvrent seulement maintenant aux étudiantes noires… parce qu’elles s’en sont vues intimer l’ordre par la présidente de l’université Judy Bonner.

Tout commence avec un article publié le 11 septembre dans le Crimson White, le journal de l’université d’Alabama. Ses deux auteurs, Abbey Crain et Matt Ford, racontent que la sororité Alpha Gamma Delta a refusé les dossiers de deux étudiantes pourtant impeccables. D’après Melanie Gotz, membre de la fraternité qui rapporte l’histoire au journal, la raison serait à chercher du côté de leur couleur de peau : les deux étudiantes concernées sont noires. Au moment d’examiner les dossiers reçus, Melanie Gotz ne supporte pas la mise à l’écart de ces deux candidatures et lance : “On ne va vraiment pas parler de la fille noire ?” Silence. Les membres apprennent dans la foulée que le vote n’aura finalement pas lieu et que la direction de la fraternité a déjà choisi les étudiantes qui pourront revenir au deuxième tour… C’en est trop pour Mélanie, qui décide de dénoncer le racisme de sa sororité dans les colonnes du Crimson White.

“Les gens ont trop peur des répercussions que pourraient avoir le recrutement d’une fille noire. C’est stupide, mais qui va faire le premier pas ? Combien de temps cela va-t-il prendre pour qu’une fille noire intègre une fraternité ? Cela fait des années et ça ne s’est toujours pas produit”, explique-t-elle au journal.


Les deux étudiantes noires ont par la suite été refusées dans au moins trois autres sororités de l’université d’Alabama. L’article du Crimson White n’est pas resté lettre morte. Le 18 septembre, plusieurs centaines d’étudiants de l’université ont manifesté afin de dénoncer le système de ségrégation raciale inhérent aux fraternités et sororités les plus conservatrices. Un scandale qui met d’autant plus l’université dans l’embarras qu’elle fête cette année les cinquante ans de sa déségrégation. C’est en effet en 1963 qu’elle intégrait ses premiers étudiants de couleur. A la suite de la manifestation, la présidente de l’université Judy Bonner a intimé l’ordre aux fraternités et sororités du campus de mettre en place un système de recrutement promouvant la diversité. En d’autres termes : d’offrir des places à des étudiant(e)s noir(e)s. Le 20 septembre, Bonner annonçait que onze étudiants noirs et trois étudiants appartenant à d’autres minorités avaient reçu des invitations à rejoindre les fraternités traditionnellement blanches. Quatre étudiants noirs et deux étudiants d’autres minorités ont accepté ces invitations.

 

Tri Delta, Alpha Gamma Delta… le système grec

Les fraternités et sororités des universités américaines sont regroupées au sein du “Greek System”, le “système grec”. En sus de porter quasiment toutes des noms tirés de l’alphabet grec, beaucoup s’inscrivent encore dans une tradition de ségrégation raciale : certaines fraternités sont blanches, d’autres réservées aux étudiants de couleurs. En 1997 a tout de même été créé le Multicultural Greek Council qui vise à mettre en place des fraternités et sororités multiculturelles…. sans grand succès. Si on résume, les étudiants noirs ne sont donc jamais acceptés (à quelques exceptions près comme en 2003 à l’université d’Alabama) dans les fraternités et sororités de tradition blanche. L’université d’Alabama va encore plus loin dans la discrimination raciale en tolérant le “block seating” : lors des matchs de football américain inter-universitaires, les sièges du stade sont répartis en fonction des fraternités. Le hic : les meilleurs sièges sont en règle générale attribués aux membres des fraternités blanches. Une tradition à laquelle l’université d’Alabama a décidé de mettre fin suite au scandale déclenché par l’article du Crimson White. Le 21 septembre, les étudiants ne pouvaient donc pas réserver des sièges en fonction de leur fraternité pour le match de foot opposant leur équipe à celle du Colorado.

 

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Les fraternités bloquées dans les 50′s?

En 2011, une ancienne étudiante de l’université de Pennsylvanie ayant fait partie de la sororité Kappa Alpha Teta pointait du doigt, dans un article publié sur le site du Daily Beast, l’impact du “système grec” sur les mentalités des Américains et plus précisément sur celles des dirigeants, qui en ont souvent été membres:

“Bien que seulement 8,5% des étudiants de premier cycle aux Etats-Unis fassent partie d’une fraternité, 120 des 500 PDG les plus puissants des Etats-Unis selon le magazine Forbes sont passés par une fraternité, tout comme environ 48% des présidents. Je me demande ce que le système grec a enseigné aux personnes les plus influentes de ce pays à propos des différences entre hommes et femmes ?”

Car la jeune femme ne s’insurgeait pas tant contre le racisme que contre le sexisme inhérent d’après elle au système grec.“Au fil des années, les fraternités ont commencé à infantiliser les femmes qu’elles visaient à valoriser” écrit-elle avant de raconter les différences de traitement réservées aux garçons et aux filles au sein de leurs fraternité et sororité respectives: “Quand nous voulions organiser une soirée, avec des Bloody Mary, on nous disait que les fraternités avaient une politique anti-alcool, ce qui ne s’appliquait pas aux garçons. “Pourquoi n’organisez-vous pas un thé?” nous a proposé notre conseillère, comme si nous vivions dans les années cinquante“. Les années cinquante où les Etats-Unis appliquaient encore la ségrégation raciale…

 

Carole Boinet

Source: lesinrocks.com

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