Sandra Laing - L'enfant noire aux parents blancs - new

Sandra Laing: L’enfant noire aux parents blancs

Biographie de Sandra LAING

Son parcours :

Sandra Laing (née en 1955) , est une Sud-Africaine Noire , née de parents Blancs .Ses  parents ne paraissent pas réellement choqués, car ils pensent qu’avec le temps, le bébé deviendra plus clair (blanc). Mais ce ne fut pas la cas.:pourtant ses deux frères et grands-parents étaient tous blancs.  Ces mêmes deux frères qui seront plus tard  dans le National Party (Parti extrémiste militant pour l’apartheid).La nature avait jouer un drôle de tour aux parents.

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Avoir les cheveux crépus et la peau noire en Afrique du Sud pendant le régime de l’apartheid , ça ne pardonnait pas. Chassée de l’école pour sa couleur , Sandra sera requaifiée “blanche” un an après, avant de fuguer à 16 ans avec un jeune  Noir . Cela lui permit de revendiquer complètement sa négritude.

Biographie de Sandra LAING_files

Ainsi commence l’une des plus incroyables histoires de paternité, car Sandra Laing, fille d’un couple de petits commerçants Blancs est née Noire . Ses parents Abraham et Sannie Laing étaient des partisans convaincus du régime de l’apartheid et devinrent également membres du parti national et de l’église réformée anglaise.. A sa naissance, sa mère est restée stupéfaite , elle rajoute.” J’ai tout de suite remarquée que Sandra avait la peau plus sombre que la nôtre , mais cela n’a rien gâché à la joie que j’éprouvais. Et si jamais la couleur de notre fille a choqué mon mari, il n’en a rien montré.” Beaucoup de personnes du village prétendaient que Sannie Laing avait dû tromper son mari avec l’épicier Noir du quartier, mais Abraham Laing savait que sa femme était d’une fidélité exemplaire. Ce n’est qu’en 1975 que les tests de paternité sont commercialisés et à cette époque la jeune fille et ses parents étaient déjà brouillés. Selon un généticien Sud Africain, 8% des gênes des Afrikaners se révèlent non blancs. Donc un cas comme celui de Sandra Laing n’a rien d’aberrant.

Un jour de 1966, alors qu’elle était élève depuis plus de cinq ans à la “Deborah Retief boarding school”, elle fut exclue et deux policiers la raccompagnèrent au domicile familal. Son père pleura en apprenant la nouvelle et essaya de lui expliquer qu’elle devrait désormais fréquenter une école pour Noirs ou pour Métis.

La communauté rurale dans laquelle la famille vivait commença à mettre à l’écart Sandra et sa famille : elle était ignorée à l’église, neuf écoles refusèrent de l’admettre, les marchands de glace refusaient de la servir…Abraham Laing engagea une lutte qui allait durer plusieurs années afin que sa fille soit reclassée “Blanche”. Entretemps, Sandra avait fini par trouver refuge dans une école qui se trouvait à 900 km du domicile familial.

Sandra LAING - Ses parents Abraham et Sannie Laing étaient des partisans convaincus du régime de l'apartheid et devinrent également membres du parti national et de l'église réformée anglaise
Sandra LAING – Ses parents Abraham et Sannie Laing étaient des partisans convaincus du régime de l’apartheid et devinrent également membres du parti national et de l’église réformée anglaise

 

Le 2 Mai 1967, Abraham Laing se présenta devant la cour suprême d’Afrique du Sud et la justice confirma que leur fille était désormais une “coloured”. mais deux mois plus tard, face à un certain tollé et à la valse hésitation au niveau gouvernemental, tests sanguins à l’appui , on déclara Sandra à nouveau blanche. La famille soulagée pensait que tout était rentré dans l’ordre et son père rêvait qu’elle épouse un jeune avocat blanc comme eux. Mais Sandra , à 16 ans tombe amoureuse de Petrus Zwane , jeune homme noir qui vovotait en en vendant  des fruits et légumes. Sandra dira plus tard” C’était plus facile pour moi de parler avec des Noirs qu’avec des Blancs.Cela me confirmait peut-être que j’appartenais à ce groupe là. Et puis je n’aimais pas les jeunes blancs, je n’y arrivais.”

Petrus quitta femme et enfants, et s’enfuit avec sa bien-aimée Sandra au Swaziland voisin pour se cacher des parents de cette dernière. Mais la rupture était définitivement consommée avec le père, qui se refusait à imaginer sa fille dans les bras d’un Noir. Seule la mère acceptera de la voir quelques fois .

Après quelques années et deux enfants, son compagnon  Petrus jaloux et violent commança à la battre. Elle dut s’enfuir et survécut difficilement dans un township pendant des années.  Une existence pénible, brièvement ensoleillée par l’annonce d’un nouveau changement d’état civil: en Septembre 1981, elle fut à nouveau déclarée “coloured”. Car Sandra redoutait que si elle demeurait blanche ses enfants rangés parmi les “coloured”, lui soient un jour retirés. Pendant toutes ces années, elle vivait de petits emplois sans lendemain en usine , l’alcool, les hommes qui passent, les problèmes d’argent permanents . Elle se résolut à confier ses enfants à l’assistance publique , la décision la plus difficile de sa vie , elle ne les revit que 10 ans plus tard.
Dans les années 80, elle essaya de rentrer en contact avec sa famille, et apprit que son père était décédé. Elle se remaria, puis eut trois autres enfants après avoir été réunie avec les deux autres (ceux qu’elle avait laissés à l’assistance publique). En 2000, un journal sud-africain, le “Sunday Times” la retrouva, alors qu’elle vivait dans un township, et arrangea une réunion avec sa famille. Sa mère y participa, (c’était quelques mois avant qu’elle ne meure).
Elle a même tenter de renouer avec ses deux petits frères  qui pasaient pour des partisans de l’extrême-droite sud-africaine et refusèrent tout contact avec elle. Ils l’accusent d’avoir fait du tord à la famille en monnayant à plusieurs reprises auprès des médias l’histoire de son calvaire.
Les profits du livre publié sur sa vie lui revinrent, ce qui lui permit de monter une petite affaire. La société Miramax, qui a publié “when she was white“, s’est dite intéressée par le projet de faire adapter le livre sur sa vie en film.Et en 2008 ” Skin” , le film basé sur le livre est sorti avec dans le rôle de Sandra Laing, l’actrice Anglo-NigérianeSophie Okonedo.  En 2003, Sandra Laing confiait à la BBC qu’elle essayait d’oublier son passé et de vivre une nouvelle vie : ” J’aurais aimé que Nelson Mandela soit notre président quand je suis née. Peut-être que je n’aurais pas quitté la maison, j’aurais achevé mes études, et j’aurais vu mes frères tout le temps”. 
Mais les temps changent. Aujourd’hui , son cas ferait presque des envieux. “Le métissage a été nié pendant très longtemps, souligne la généalogiste sud-africaine Anne Lehmkuhl. En ce moment , compter un ou deux esclaves parmi les ancêtres blancs est devenu à la mode.”
Source: africansuccess

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Peau foncée, cheveux crépus, Sandra Laing est née de parents blancs en Afrique du Sud, en 1955, à l’époque de l’apartheid. Son cas demeure unique puisque cette enfant changera trois fois de couleur, avec les conséquences que cela entraîne. La journaliste new-yorkaise Judith Stone raconte ce drame dans un essai qui se lit comme un roman. Il s’intitule L’Enfant noire aux parents blancs: comment l’apartheid fit changer Sandra Laing trois fois de couleur.

Abraham Laing est un commerçant blanc en Afrique du Sud. Sa femme Sannie et leur fils Leon sont aussi blancs. Mais à sa naissance, leur fille Sandra est de couleur brun clair. Dans leurs droits de parents blancs, les Laing inscrivent leur fille à une école pour Blancs. À 10 ans, elle est expulsée et re-classifiée officiellement coloured.

La jeune Sandra Laing n’est plus autorisée à pénétrer dans un restaurant ou dans une salle de cinéma en compagnie de ses parents ou de ses frères, ni de s’asseoir avec eux dans l’autobus, à l’église ou dans un jardin public. Elle ne peut plus vivre auprès de sa famille blanche, sinon en qualité de domestique.

Les parents Laing ont toujours affirmé, devant Dieu et les magistrats, que Sandra était «leur enfant biologique et non le fruit d’un adultère interracial». L’auteure ajoute que «des militants antiapartheid citèrent le cas de Sandra Laing en exemple pour mieux dénoncer le caractère arbitraire et aberrant, mais aussi la cruauté des lois de classification raciale».


Pour nous raconter avec précision cette histoire aberrante et compliquée d’apartheid, Judith Stone a interrogé la famille Laing, les amis de Sandra, ses camarades de classe, les parents d’enfants fréquentant l’école primaire, des, juristes, historiens, généticiens, sociologues, psychologues et journalistes. Elle explique d’abord que, pendant longtemps, Sandra n’a pas compris le sort qui s’abattait sur elle. Son père lui avait toujours déclaré qu’elle était blanche et «ce que disait Abraham Laing était pour elle parole d’Évangile». Ce que son père affirmait «valait davantage que ce qu’elle constatait».

Le couple Laing attribuait invariablement la couleur de leur fille et la texture de ses cheveux à «une facétie génétique». Ceci est corroboré par le directeur du département de génétique humaine du South African Institute of Medical Research de l’Université du Witwatersrand (Johannesburg) jusqu’en 1998, Trefor Jenkins. Ce dernier affirme que «les races se mêlent depuis si longtemps en Afrique du Sud qu’un cas comme celui de Sandra, s’il reste exceptionnel, n’a rien d’aberrant».

Il faut savoir, en effet, que les Sud-Africains de souche et les descendants d’Européens échangent leurs gènes depuis 1652, date à laquelle la Compagnie hollandaise des Indes orientales fonda au cap de Bonne-Espérance une station de ravitaillement.

Le récit de Judith Stone démontre clairement que, en 1966, il importait peu de savoir si Sannie Laing avait eu une liaison avec un Noir ou si on se trouvait en présence d’une hérédité polygénique pleinement compatible avec l’histoire sociale de l’Afrique du Sud. «Tous se moquaient bien de savoir à quoi la fillette devait sa couleur. Ils ne désiraient qu’une chose: qu’elle parte (de l’école).» Après une bataille juridique, le Parlement sud-africain décide qu’un enfant né de parents blancs ne peut appartenir à un autre groupe racial.

Malgré son statut de blanche retrouvé et les privilèges que lui confère l’apartheid, à l’âge de 16 ans, Sandra s’enfuit au Swaziland avec un employé noir de ses parents qui lui donne deux enfants. Son père menace de la tuer et de se suicider si elle revient à la maison, et surtout, il refuse de consentir à ce qu’elle soit re-classifiée coloured, ce qui lui aurait permis de vivre sans danger auprès des siens.

Sandra rentre quand même en Afrique du Sud où elle va vivre séparée de sa progéniture et connaître les conditions de vie effroyables des townships avec un époux violent et alcoolique. Ce n’est qu’en 1981 qu’elle parvient à redevenir officiellement métisse. Elle se remarie, récupère ses enfants et en met trois autres au monde.

En suivant le fil de cette destinée à peine croyable, Judith Stone raconte aussi de manière très claire l’histoire aberrante et compliquée de l’apartheid.

«Tous les humains sont des êtres hybrides», clame-t-elle. Preuve à l’appui, la journaliste cite Roger Sanjek, auteur des Enduring Inequalities of Race: «Gâteau marbré, patchwork, tutti frutti: mieux vaut user de ces métaphores pour décrire la variabilité physique de l’Homme plutôt que de décréter l’existence d’un nombre x de races.»

À noter que Skin, long-métrage du jeune réalisateur anglais Anthony Fabian, raconte aussi ce drame. On peut également voir sur Youtube un long et émouvant reportage de la BBC, Sandra Laing. A Spiritual Journey.

Judith Stone, L’Enfant noire aux parents blancs: comment l’apartheid fit changer Sandra Laing trois fois de couleur, essai, Paris, Éditions Payot, 2008, 432 pages, 34,95 $.

 

Par Paul-François Sylvestre

Source: lexpress

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