SAMORI - L’HOMME ET SON EMPIRE

Samory Touré (1830-1900): L’homme qui résista à l’impérialisme français

Vers le sud, dans le Haut-Niger, Samory constitua au XIXè Sciècle un vaste Empire Djula couvrant la plus grande partie du pays Mandé. Il sera un de ces multiples soudanais qui ayant conscience du rôle joué par leurs ancêtres, opposeront une résistance farouche à la pénétration coloniale.

Fils de Lanfia Touré et de Sokona Camara, Samory est né vers 1840 à Minianbalandougou dans le pays Mandé. Il pratiqua d’abord le métier de son père qui était Djula (commerçant), puis il accepta de servir comme soldat dans l’armée de Sory Birama un chef de la région qui s’était emparé de sa mère et l’avait retenue comme captive ; l’objectif était d’obtenir la liberté de sa mère. C’est ainsi qu’il apprit le métier des armes et compléta son instruction coranique car Sori Birama, était un marabout renommé. Libéré au bout de sept ans avec sa mère, Samori s’établit à Sanankoro, dans le Wasolon et fit la guerre à son propre compte.

 

bleu

Postez vos annonces de vente de biens et service GRATUITEMENT sur akrikannonce.net.

Pour le faire, cliquez sur ce lien:

Gif

Accedez au site

bleu

De 1870 à 1875, il rassemblait sous son autorité les multiples chefferies de la région qui se faisaient continuellement la guerre. Son autorité s’étendit du Haut – Niger à l’ouest jusqu’au royaume de Sikasso à l’est des Etats d’Ahmadou au nord à la forêt au Sud. Il unifia le pays et y ramena la paix et la prospérité. Maître d’une grande ville Kankan, il préféra fixer sa capitale à Bissandougou dans sa région natale.

 

L’armée et le gouvernement de Samory

L’armée de Samory était bien organisée ; elle comprenait sept puis dix corps, stationnés aux frontières, auxquelles s’ajoutait une garde d’élites à Bissandougou. Chaque corps comprenait un noyau de soldats de métier (les sofas), auxquels s’ajoutaient en cas de guerre les contingents fournis par les villages.

L'armée de Samory était bien organisée ; elle comprenait sept puis dix corps, stationnés aux frontières, auxquelles s'ajoutait une garde d'élites à Bissandougou.
L’armée de Samory était bien organisée ; elle comprenait sept puis dix corps, stationnés aux frontières, auxquelles s’ajoutait une garde d’élites à Bissandougou.

Les troupes portaient un uniforme jaune (bonnet, veste et pantalon serré à la cheville). Les fusils perfectionnés très peu nombreux à l’époque, étaient réparés ou même fabriqués à la main par des forgerons. Le pays était divisé en 162 cantons regroupés en dix gouvernements. Chaque gouvernement était dirigé par un parent ou un lieutenant de Samory, assisté d’un chef de guerre chargé du commandement des troupes et d’un marabout. Dans chaque gouvernement il plaça des gens d’origines différentes, pour effacer le souvenir des anciennes divisions familiales et tribales. Pour subvenir aux besoins du gouvernement, chaque village devait cultiver un champ au profit de Samory qui percevait aussi la dîme su l’or.

Musulman pieux, Samory prit le titre d’Almamy, fit détruire les fétiches et construire des mosquées. Il prescrivit à tous les notables et chefs sans exception, d’envoyer leurs enfants à l’école coranique. Ceux qui ne se conformèrent pas à ses ordres furent frappés d’amendes. Parfois, il interrogeait lui-même les enfants pour vérifier leurs connaissances.

Sa justice était très sévère. Tous les vendredis, en sortant de la Mosquée, sur la place ombragée qui lui faisait suite, il venait entendre les plaintes de ses sujets, venus parfois des régions les plus éloignées de son empire.

 

La résistance à la pénétration coloniale 

C’est en 1881 que pour la première fois Samori se heurte aux troupes françaises près de Kita au Soudan. La pénétration française dirigée vers le Niger moyen ne l’inquiétait pas, il redoutait alors beaucoup plus les Anglais de Sierra-Léone. Il avait besoin de la paix avec les Français pour se procurer des chevaux auprès des traitants Sénégalais. Samori intervient dans la Haute vallée du Niger à partir de 1882 sur la demande des Keyita de Kangaba rivant de ceux de Nyagasola qui s’étaient mis sous tutelle française.

La guerre s’installe dans la haute Vallée lorsque Borgnis Desbordes arrive à Bamako en Février 1883. Kèmè Bourama frère de Samori porta alors dans cette région ses attaques contre les Français auxquels il livra des combats acharnés au Woyowayanko.

En Mars 1886, Samori signe avec la France le traité de Kimyebakura qui lui laisse le Buré et Kangaba et accepte d’envoyer en France comme ambassadeur et otage son fils Karamoko.

En 1887, par le traité de Bissandugu, il consent à des sacrifices supplémentaires en cédant aux français toute la rive gauche du Tinkiso et en acceptant leur protectorat. Ce traité laissait à Samory les mains libres pour entreprendre une grande campagne contre Tiéba, Faama de Sikasso. Son armée fit durant seize mois (1887-1888) le siège de Sikasso, mais ne put prendre la ville qui était remarquablement fortifiée. Cette campagne affaiblit inutilement Saamori et poussa Tiéba à signer avec les français un traité de protectorat. L’attitude des français inquiéte Samori (Construction du fort de Sigiri, qui menace ses Etats, en 1888 ; envoi d’une mission qui traverse ses Etats sans autorisation).

Par le traité de Nyako (13 Février 1889), il accepte pourtant de faire de nouvelles concessions en reculant la frontière du Tinkiso au Niger, jusqu’à sa source. Mais en 1891, contrairement aux engagements pris, le commandant de Sigiri fait fusiller un chef sofa rebelle qu’il s’était engagé à livre à Samori et confisque ses biens. Samori lui renvoie le traité qu’il a violé : c’est la guerre.


 

 

LES GUERRES DE SAMORI

La campagne de 1891 :

La provocation de Sigiri était voulue : depuis son arrivée au Soudan, Archinard était résolu à liquider Samori. Après avoir chassé Ahmadu de Segu et de Nyoro, Archinard attaque Kankan et pousse jusqu’à Bisandugu qu’il doit évacuer précipitamment ayant subi de lourdes pertes. Il doit battre en retraite après avoir laissé une garnisson à Kankan. N’ayant plus d’autre choix que de se préparer à la résistance, Samori tente d’abord d’exploiter les rivalités entre puissances coloniales en envoyant une ambassade à Londres pour obtenir le protectorat britannique. Mais l’Angleterre vient de signer avec la France un accord qui abandonne aux Français les régions où se trouve l’empire de Samori.

Alors sur l’initiative de Samori, les trois derniers grands souverains du Soudan, Samori, Ahmadu (réfugié à Bandiagara) et Tiéba nouèrent entre eux une alliance. Mais c’est trop tard. L’alliance ne pouvait se traduire par des résultats efficaces.

Samori sait désormais qu’il ne doit compter que sur ses propres forces. Sa résistance ca durer jusqu’en1898 ; il y donnera la preuve de son grand frère militaire et mettra au point une stratégie adaptée à son infériorité en matériel militaire. Il n’avait point de canons et ne disposait que de très peu de fusils perfectionnés venant de Sierra-Léone. Sachant par expérience que les tâtons (enceintes fortifiées) n’étaient pas indiqués pour résister à l’artillerie, il va opter pour la guerre mobile et de la terre brûlée : faire le vide devant l’ennemi, ne lui abandonna ni hommes, ni en réserves, tout en le harcelant sans trêve et en réoccupant le terrain après son passage.

Ainsi il se révèle un stratégie de génie adaptant sa stratégie et ses méthodes de combat aux conditions objectives dans lesquelles il se trouvent placer, afin de compenser au maximum l’infériorité de son armement.

 

La guerre de 1891 à 1897

Une nouvelle colonne française commandée par Humbert, ravage les Etats de Samori (1891-1892), occupe Bisandugu et Sanankoro ; pendant qu’une partie de ses troupes harcèle les Français à l’ouest, trois colonnes dont l’une commandée par Samory lui-même, conquièrent de nouveaux territoire à l’est et y installe son peuple et son armée le capitaine Ménard est battu et tué à Segela.

La campagne de 1802 – 1803, dirigée par Combes, dont la cruauté terrorise les populations, permet aux français d’occuper Farana et de couper les communications de Samori avec la Sierra Leone. Celui-ci organise de nouvelles liaisons avec Monrovia et avec la Gold Coast (actuel Ghana). Vers le nord, Samori prend Buguni (1889 mais doit bientôt l’évacuer.

Il s’établit dans la partie soudanienne de la Côte d’Ivoire et se fixe à Dabakala (1894). Une colonne dirigée par Monteil vient alors de la Côte d’Ivoire pour l’attaque décimée par les forestiers de la Côte d’Ivoire la colonne Monteil subit un échec et doit se replier). La ville de Kong qui avait conclu alliance avec les Français, est prise et détruite par Samory (1895).

Samory se maintien en 1896 -97 mais sa situation devient difficile : la prise de Bobo Julaso par les Français lui coupe toute retraite nouvelle vers l’est. Les populations forestières, au sud, lui refusent le passage. Ses hommes sont épuisés.

 

LA FIN DE SAMORI

Samori fait alors des offres de paix, mais se refuse à rien accepter qui porte atteinte à sa dignité. Plutôt que de régner sous le contrôle d’un ”résident” français, il préfère abandonner le pouvoir, à condition de pouvoir se retirer libre dans son village. Le commandement français lui fait espérer que ces conditions seront acceptées. Mais en réalité il est décidé à se débarrasser de lui.

Par surprise, un détachement français que les soldats de Samori prennent pour un groupe de négociateurs, pénètre dans son camp à Gélému et le fait prisonnier (1898). Samori est déporté au Gabon, dans une île de l’Ogooué, où il meurt deux ans plus tard (1900) victime du climat et de la mauvaise alimentation.

Par Tidiane N’Diaye 

 

Source : « MEMOIRE D’ERRANCE »

Share and Enjoy

  • Facebook
  • Twitter
  • Delicious
  • LinkedIn
  • StumbleUpon
  • Add to favorites
  • Email
  • RSS