Richard Williams, père de Venus et Serena

Richard Williams, père de Venus et Serena: «Enfant, je croyais que c’était mal d’être noir…»

Dans une interview explosive accordée au quotidien sportif français l’Equipe le 3 mai 2003, le père des championnes de tennis Venus et Serena Williams est revenu sur sa vie, le parcours de ses filles, la place des Noirs dans la société…

 

Morceaux choisis.

« Je viens d’un endroit où la vie était une tragédie. Les blancs haïssaient les noirs…j’ai vu plus souvent des blancs masqués mettre le feu aux Fermes des Noirs, si possible avec les noirs dedans ». Enfant, je croyais que c’était mal d’être noir.

Le tennis n’a pas changé ma vie. J’étais riche bien avant que mes filles connaissent le succès. C’est le critère racial qui a fait croire que j’étais pauvre avant que le tennis ne fasse de moi un homme riche. « Comment ? Ce nègre savait faire de l’argent avant que le talent de ses filles ne le sauve du ruisseau. Pas possible ! » Et pourtant…Il y a bien longtemps que j’ai transcendé la condition à laquelle ma couleur de peau et mon lieu de naissance me destinaient. Non, le tennis n’a pas changé ma vie, je ne cadre pas, mes filles non plus, avec le modèle de promotion sociale que tente de vous vendre Nike. Nike dit que « le sport et Nike améliorent la vie des Noirs », tu parles ! Tu parles ! Ils améliorent la vie de trois individus qui de toute façon auraient connus le succès avec ou sans le sport, avec ou sans Nike.

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Ils se servent de ces trois là pour mieux ruiner la masse. Je n’ai jamais cru à cette histoire de promotion sociale par le sport. Ma mère a toujours cru qux bienfaits de l’éducation. Elle n’a jamais voulu que je devienne un sportif multimillionaire sans education. Elle m’a vite convaincu que le sport ne pouvait en aucun cas rendre un homme meilleur, ni lui offrir une vie plus gratifiante. C’est aussi ce que j’ai toujours voulu enseigner à mes filles. Ma mère m’a appris à aimer le sport, à m’en servir pour ce qu’il est : une école du combat. Et si j’ai poussé mes filles dans le sport, c’est pour qu’elles y apprennent ce que moi j’ai appris : lutter, ne jamais accepter leur sort, travailler, croire en soi, affronter l’adversaire en face. Le battre.


J’ai observé énormément de changements tout au long de ma vie (…) Tout a changé sauf la tragédie que vivent les Noirs. Aujourd’hui, les Blancs la dissimulent tant que mal. Il faut cacher le drame que vivent les Noirs. Mais surtout ne pas résoudre le problème. La WTA (Women Tennis Association) par exemple, ne change rien à la condition des joueuses noires sur le circuit, elle s’est simplement adaptée à la situation nouvelle qu’implique l’arrivée des Williams dans leur petit monde. S’adapter, c’est tenter d’affaiblir notre impact ; c’est combattre, masqué, la famille Williams. Avec l’aide des médias, la WTA a cherché à me faire passer pour un fou, un mégalomane, un opportuniste ou que sais je encore. Mais je ne suis ni fou, ni mégalo, pas plus qu’opportuniste. Je dis ce que je vis, ce que j’ai vécu, je dis ma vérité. J’incarne la tragédie des Noirs en même temps que leur revanche. Et c’est ça qui dérange.

« J’ai demandé à la WTA : y a t-il des préjugés raciaux chez vous ? » Ils m’ont dit non. Ils me prennent pour un imbécile. Qu’ils aient, au moins, le courage d’assumer, d’ôter le masque, ça les dérange que nous soyons là. Ils ont tout essayé pour nous contraindre, pour nous récupérer. Et, en désespoir de cause, ils ont expliqué que j’étais fou. Il y a d’abord eu des petites piques, balancées comme ça l’air de rien. « Elles sont arrogantes les sœurs Williams vous ne trouvez pas ?  » Et puis ensuite : elles veulent apprendre le français, elles se prennent pour qui ces deux là ? J’ai tout entendu ! N’avez vous jamais entendu : « elles sont physiquement trop fortes pour ne pas avoir pris de produits dopants. (…)  » Maintenant, le refrain a changé : « les sœurs Williams dominent tant qu’elles sont en train de tuer le spectacle, elles vont tuer le tennis ». Je les y encourage. Et vous les vieillards blancs, pourquoi ne quittez vous pas les gradins ? Réveillez vous ! Des Négresses battent tout le monde, elles tuent votre sport ! Et vous ne quittez pas les tribunes ! Ayez ce courage ! Quittez les tribunes !

« On me demande si j’ai des préjugés raciaux…  » Oui ! Si vous voulez. Et si vous voulez, je suis raciste aussi ! Mais à qui suis je entrain de parler ? A un frère de couleur ? Non (richard Williams s’adresse au journaliste de l’Equipe). On ne peut pas grand chose contre ses propres préjugés. On peut en revanche les combattre et les dominer. Je le fais. Je ne mens pas. Je n’aime pas ceux qui me détestent. Comment pourrais-je aimer les Blancs du Ku Klux Klan qui incendiaient nos maisons ? (…) je ne tendrai jamais l’autre jour et je respecte ceux qui l’ont fait. Simplement moi j’ai choisi un autre chemin (…) j’ai du respect, énormément de respect pour Martin Luther King, mais je ne suis pas Martin Luther King. (…)

Ainsi le tennis féminin devient chiant. Et vous savez pourquoi ? Deux jolies filles noires le dominent. Elles sont meilleures que les blanches et ça c’est intolérable. Quand je disais : « elles seront numéro un et numéro deux », on me traitait de fou. Quand mes détracteurs ont vu les premiers résultats, ils ont compris qu’il était trop tard, ils ont compris qu’ils s’étaient trompés (…)

Nous serons toujours là. Nous allons faire des impasses, mais on va jouer et gagner tous les grands chelems. Durant les six ou sept prochaines années, nous ne laisserons rien ou alors vraiment par inadvertance. Oui elles vont à peu près tout gagner. J’ai regardé du côté des juniors, je n’ai rien vu venir : rien ne peut nous arrêter. Moi pourtant j’aimerais qu’elles arrêtent dès aujourd’hui, que Serena se mette aux études et que Venus se lance dans le business. (…) il faut regarder quelle éducation a reçu Venus, il faut l’écouter parler, ses propos sont intelligents, sa langue est choisie, riche. Elle tâche d’apprendre le français. Elle est différente de l’Américaine moyenne. Très différente.

(…) Avec d’autres, je travaille en ce moment à la création d’une journée de la reconnaissance des préjudices qu’ont fait subir les Blancs aux Noirs. Une journée du pardon. Mais qu’ils demandent pardon d’abord. Qu’ils admettent ! qu’ils reconnaissent le problème ! Tu ne peux pas vivre aux Etats-Unis aujourd’hui et nier qu’il y a un problème. Ou alors tu es aveugle, fou sourd. (…)

« Ma mère m’a demandé il y a bien des années de ne jamais saluer le drapeau américain. Je ne le saluerai jamais ». Tout cela n’a aucun sens pour moi, ce pays n’est pas le mien ; d’ailleurs, on fait bien sentir aux Noirs qu’on est des étrangers ici. Ailleurs d’ailleurs, ce serait pareil, c’est pour cela que je ne suis pas parti vivre en Europe. Vous connaissez l’histoire de l’Amérique et, moi, je connais l’histoire de la France. Je sais quelles guerres vous avez faites, je sais qui sont vos noirs et comment vous les traitez. Où que vous soyez dans le monde, c’est partout pareil. Et je crains de ne jamais voir de mes yeux la moindre amélioration. C’est une triste vie, un triste héritage que nous avons reçu et que nous léguerons à nos enfants.

 

Source: lequipe.fr

 

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