Rengaine

« Rengaine » : un film de Raphaël Dufondughetto

Vous connaissez cet épisode du Prince de Bel-Air où Will invente un poète – noir – de la rue : Raphaël Dufondughetto (dans la version américaine : Raphaël de la Ghetto). Un personnage créé de toute pièce, sans aucun talent pour la poésie, mais devant lequel les bourgeois de Bel-Air en mal de frissons underground tombent littéralement en pamoison. Si la mystification marche aussi bien, c’est que Raphaël existait avant même que Will eut à le créer : selon des clichés racistes bien ancrés, ce poète maudit est l’expression de la colère authentique, le cri venu du fond des tripes, le fantasme de la condition d’opprimé sublimée dans l’expression artistique… Bien que caricatural – dans une série qui ne l’est pas moins – le procédé est efficace. Appliqué aujourd’hui à la production culturelle des Afro-descendant-e-s et descendant-e-s de l’immigration coloniale, il donne à voir ce phénomène qui veut que chaque œuvre – fut-elle médiocre du point de vue artistique – est accueillie avec enthousiasme par les médias dominants du moment qu’elle satisfait à deux exigences : être réalisée par un-e Noir-e ou un-e Arabe, et qu’un discours positif sur la France et sa diversité y soit tenu. Rengaine, de Rachid Djaïdani, est de celles-ci.

« Kana ya makane… »
Sabrina et Dorcy veulent se marier. Dorcy est Noir. Il essaie de percer comme acteur, il a une bonne diction et aime surtout les auteurs classiques. Sabrina est Arabe, elle a les cheveux bouclés et porte de grandes boucles d’oreilles. Ses frères prennent assez mal la nouvelle. Voilà pour le scénario. La bande-annonce du film, assez bien faite, aurait pu laisser croire que tout cela serait traité avec dérision et un certain décalage. Il n’en sera rien. Dès la scène d’ouverture, on voit Dorcy et Sabrina discuter dans un parc et le premier demander la seconde en mariage, alors qu’ils ne se connaissent que depuis peu. C’est tiré par les cheveux, mais pourquoi pas. Lors de la deuxième scène, on assiste à une énumération de prénoms arabes faite par l’acteur Slimane Dazi (celui qui jouait le rôle de Lattrache dans Un prophète de Jacques Audiard et qui joue ici celui du grand frère de Sabrina, Slimane). Pendant qu’il égrène des prénoms dans un arabe approximatif, sa copine fait le décompte : 37, 38, 39… En y ajoutant Slimane, Sabrina a donc 40 frères. Le film ne dit rien sur le nombre de mères ou de pères (aucun parent n’est mentionné ou n’apparait à l’écran). Avec un tel score, quand les allocs tombaient dans la famille, fallait aller les chercher avec un fourgon de la Brink’s. Ce chiffre de 40 est bien entendu une référence directe aux 40 voleurs d’Ali Baba : Rengaine nous plonge dans un océan de clichés, pour semble-t-il mieux leur tordre le cou, et finit par nous y noyer.
Car le film consiste en fait en une succession de scénettes, sans grand rapport les unes avec les autres, filmées le plus souvent caméra à l’épaule. L’esthétique des premières scènes, notamment celle où Dorcy est dans le salon de coiffure de sa mère, ressemble d’ailleurs davantage à un celle d’un documentaire qu’à celle d’une véritable œuvre de fiction. Le film oscille constamment entre des clichés sur les Arabes et les Noir-e-s, et des scénettes artistiques du Paris-bobo-immigré. Les deux mondes se croisent parfois, comme lorsque Dorcy va chercher son shit chez son dealer habituel, qui ne manque pas l’occasion de lui parler cinéma et de lui déclamer quelques vers de Racine… Le cadrage, les plans serrés et les mouvements incessants de caméra à vous donner le tournis, rendent bien trop visible la mise en scène et finissent par produire l’effet inverse au réalisme recherché par le réalisateur. Un « réalisme » que finissent par enterrer des dialogues qui sonnent désespérément faux, tenus par des personnages très peu travaillés et tous plus caricaturaux les uns que les autres.
Dans l’enfer de la tradition et de la communauté
Bien que le réalisateur se prénomme Rachid et que la quasi-totalité des personnages du film soient des Noir-e-s et des Arabes, toutes les scènes censées dépeindre leur quotidien sonnent faux. A tel point que spectateurs et spectatrices sont plongé-e-s dans une gêne constante face à l’absurdité de certaines situations. Ainsi de la rupture du jeûne – l’action du film se déroule durant le mois sacré de Ramdhan – entre deux potes : Kamel, l’un des frères de Sabrina, et son pote noir dont on ne connait pas le prénom. Ils sont en bas de chez eux au moment du ftour (?!) et partagent quelques dattes en se disant que « ça fait trop du bien de manger ». Un moment de partage entre frères, que va venir gâcher l’évocation par Kamel du mariage que projette de célébrer sa sœur : « Un renoi, on peut pas le ramener dans la famille ». La fraternité a ses limites et les deux potes se quittent en froid. La pratique de l’islam ne vous prémunit pas du racisme (et du sexisme), alors a quoi bon jouer au croyant qui a des principes :
« Empêcher l’autre d’aimer, c’est l’emprisonner. Je pense aux sœurs des quartiers, j’espère qu’elles verront Rengaine et qu’elles se diront qu’elles ont le droit d’aimer qui elles veulent et qu’elles le revendiqueront. J’entends beaucoup d’histoires de frères qui font des descentes en Allemagne ou en Espagne pour aller se “vidanger”. Quand il n’y a plus de communication, de langage, d’élégance du verbe, il n’y a plus d’humanité, et on est obligé de payer pour avoir un semblant d’amour. Les vrais bonhommes, ce sont ceux qui acceptent d’aimer et d’être aimés. C’est ce qui manque aujourd’hui en banlieue, et quand les mauvaises interprétations de la religion s’y mêlent… » R. Djaïdani (Les Inrocks, 15/11/2012)
La mécanique du film repose sur le fait que les frères – Slimane en tête – ne sont que très peu au courant des projets de mariage de leur sœur. « On va la mettre dans un coffre, la ramener au bled », s’écrie l’un d’eux lorsqu’il apprend la nouvelle.  On comprend alors que Sabrina se soit bien gardée de leur en parler. Et lorsqu’elle est obligée de le faire, on comprend aussi que ce soit de manière totalement détachée, comme un geste de défi : « Tu le rencontreras le jour de mon mariage. » Le film ne nous laisse le choix qu’entre un mariage arrangé par la famille, et un mariage totalement étranger à cette famille.
Car le mariage est ici tout sauf une fête traditionnelle, et Sabrina campe le rôle bien connu de la beurette qui refuse d’être soumise à ses frères et qui se pose ainsi constamment en rupture avec sa famille. La tradition, la famille, la communauté, la religion musulmane sont parées de tous les attributs négatifs archi-ressassés, qui les rendent impropres à l’épanouissement individuel, surtout lorsqu’il s’agit d’une Sabrina. Et ce n’est sans doute pas un hasard si les parents de Sabrina et de ses frères sont absents du film et si aucun des 41 enfants (à l’exception d’un) n’a semble-t-il lui-même d’enfants. Rachid Djaïdani nous donne à voir une sorte de génération spontanée, qui n’a rien appris de ses ainés et n’a rien à transmettre à ses enfants, en droite ligne avec l’idéologie bobo d’exaltation de la jouissance sans entrave, de la singularité absolue de l’être et de ses élans artistiques. Un hédonisme qui vient sans cesse contrarier les allusions faites à l’islam. « T’es obligé d’aller voir l’imam », s’exclament des amis Arabes de Dorcy, qui ne manque pas de leur rappeler leur incohérence, attestée par le fait qu’ils ne jeûnent même pas. On retrouve la même incohérence chez Slimane, qui accepte mal que sa sœur veuille se marier à un Noir… alors que lui-même sort avec une Blanche et le cache à sa famille. Incohérence encore et toujours quand il s’agira du sort du grand frère pédé, renié par sa famille et qui a du quitter le quartier. Slimane le rencontre dans une cave pour lui dire tout ce qu’il pense de son homosexualité, dans une scène qui confine littéralement au ridicule.
Auto-flagellation plutôt qu’autocritique
« Rengaine, c’est regardons-nous en face. Arrêtons de dire que c’est toujours le François qui nous veut du mal à nous les Maures. Ma mère est renoi, mon père est rebeu, donc j’ai connu tout ça, les conflits de communautés, je sais ce que le renoi va dire et je sais ce que le rebeu va dire, ils ne peuvent pas me la faire à l’envers. » R. Djaïdani (Les Inrocks, 15/11/2012)
Comme dans Il reste du jambon, on tente une satire, une déconstruction du racisme en montrant qu’il existe dans tous les sens, et pas uniquement des Blancs vers les basanés. On a déjà évoqué le racisme des Arabes dans le film. Les Noir-e-s ne sont pas en reste. La mère de Dorcy refuse catégoriquement que son fils épouse une Blanche nord-africaine, tandis que l’un de des amis du futur marié lui explique que si un Arabe veut épouser une Noire, il lui écrasera sa clope dessus. Vu que y a du racisme dans tous les sens, y a plus vraiment de racisme, au final. Conscient sans doute de cela, Rachid Djaïdani a pris soin d’inclure dans son film une ou deux scènes où les personnages sont confrontés au racisme ordinaire de la société française. On voit ainsi Raphaël Yem (Djaïdani a casé presque tout le gotha bobo-immigré-parigot dans le film) jouer le rôle d’un enquêteur qui réalise des sondages dans la rue sur les « minorités urbaines dans la ville ». Il va poser des questions à Slimane et deux de ses frères sur la délinquance, avant de se faire rabrouer par eux. C’est la même scène, la cité en moins, que dans La haine, où des journalistes viennent poser des questions sur le quartier, et se font rembarrer par les jeunes qui leur disent qu’« ici c’est pas le zoo de Thoiry ». C’est plutôt léger, mais c’est tout ce qu’a trouvé le réalisateur pour montrer que le racisme existe quand même un peu en France, tout en se gardant bien de faire jouer le rôle de l’enquêteur par un Blanc.
Mais pas question pour nous de nier l’existence du racisme chez les Arabes et les Noir-e-s, racisme qui prend évidemment des formes différentes selon qu’il émane des premier-e-s ou des second-e-s. Seul-e-s des racistes peuvent d’ailleurs penser que des Noir-e-s ou des Arabes ne peuvent pas être racistes. Mais si nous pensons que quiconque a raison de pointer les limites du discours « antiraciste », qui réduit les membres des communautés précitées au statut de victimes, nous refusons d’ouvrir le débat à partir des prémisses posées par Djaïdani dans son film. Qu’on se comprenne. Trop souvent le point de vue des Afro-descendant-e-s et descendant-e-s de l’immigration coloniale a été confondu avec le point de vue sur ces communautés. Djaïdani – qui n’est pas le seul dans ce cas – en oublie que filmer du point de vue de ces non-Blancs nécessite de poser un « nous » et un « eux ». De parler de nous, de notre quotidien, de nos aspirations et de nos contradictions, mais aussi de parler d’eux, c’est-à-dire de la manière dont nous les percevons. De la manière dont nous percevons les Blancs et le racisme de la société dominante. Or, il n’est question dans Rengaine que du racisme entre groupes minoritaires. Et même d’antisémitisme plus ou moins avoué lorsque la copine de Slimane, une blonde dont on apprend qu’elle est juive, se plaint du fait qu’il n’assume pas publiquement sa relation avec elle et lui lance : « Tu peux dire à ta famille que tu vas épouser une juive ? » Djaïdani n’a pas eu l’audace de nous éclairer sur la manière dont Slimane est (ou sera) quant à lui reçu par la famille de sa compagne.
Invisibiliser le racisme du groupe majoritaire dans un film dont le thème principal est pourtant… le racisme, voilà la prouesse à laquelle parvient Djaïdani dans Rengaine. Les commentateurs lui en sauront gré.
Une critique dithyrambique
Avec son premier long-métrage, Rachid Djaïdani a su servir sur un plateau une pièce de choix, parfaitement calibrée pour combler l’appétit d’amateurs d’exotisme qui n’ont pas boudé leur plaisir de se régaler à si peu de frais. Morceaux choisis :
  • « Un film percutant et drôle sur le racisme entre Noirs et Arabes » (Florence Raillard, NouvelObs.com, 14/11/2012).
  • « Rengaine est un Roméo et Juliette black et beur contemporain. Un film coup de poing qui dénonce le racisme intercommunautaire. Entre Noirs et Arabes, on s’appelle « mon frère » mais on dit : « Touche pas à ma sœur »… Avec audace et une grande liberté de ton, le cinéaste Rachid Djaïdani cogne là où ça fait mal. Il s’attaque aux préjugés, à la loi du mâle, à l’hypocrisie ambiante. Slimane, amoureux d’une juive, est le premier à cacher sa liaison aux siens » (Emmanuèle Frois, LeFigaro.fr, 13/11/2012).
  • « Ode à ces couleurs pastels, à cette lumière naturelle, à cette rue bétonnée, arpentée sans arrêt. Ode à ce cinéma qui prend ses aises, bientôt il prendra l’espace. Ode à ce conte qui dit tellement. Ode à ces gueules, piochées ici ou là. Ode à cette caméra qui capte tout. Ode à cette rengaine qui ne s’arrêtera pas comme ça » (Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah, Bondy Blog, 14/11/2012).
  • « Une plongée au cœur des racines du racisme, une ode à la différence, un cinéma-vérité poétique. […] Rengaine signe la naissance d’un cinéaste formé au documentaire et au théâtre de Peter Brook, aussi brut que l’était Spike Lee à ses débuts » (Sophie Benamon, Studio Ciné Live, 13/11/2012).
  • « Certes, vivre ensemble dans la société française de 2012 suppose des concessions réciproques et il y a à peu près autant d’antagonismes que de minorités, mais Rachid Djaïdani ne se pose jamais en donneur de leçons. Sa réflexion sur la laïcité en est d’autant plus profonde » (Jean-Philippe Guerand, NouvelObs.com, 13/11/2012).
  • « De ces films qui permettent de se rendre compte que le cinéma français est encore capable de faire surgir, au milieu d’une production dans l’ensemble sclérosée, des gestes libres, pleins de fraîcheur, des expériences, de la confiance en ce que l’on exprime et de la joie de l’exprimer » (Marion Pasquier, Critikat.com, 13/11/2012).
  • « Une œuvre sans concessions qui évoque avec beaucoup de vérité les conflits intercommunautaires. […] Un film extrêmement attachant, qui bouscule et fait réfléchir. Si les maladresses existent, elles sont supplantées par l’énergie du cinéaste et par des comédiens qui sont parfaitement justes » (Auteur non précisé, Francetv.fr, 13/11/2012).
  • « Loin des clichés, Rengaine crucifie les hypocrisies et assomme les préjugés » (Auteur non précisé, MetroFrance.fr, 13/11/2012).
  • « On ne se lasse pas de « Rengaine » ! Il a fallu neuf ans à Rachid Djaïdani pour concrétiser ce formidable film sur la France black-blanc-beur, qui parle du racisme intercommunautés avec intelligence et humour » (Pierre Vavasseur, LeParisien.fr, 14/11/2012).
  • « Des films sur le racisme, on en a vu. Mais ici, pas de Dupont-Lajoie xénophobe : les victimes se débrouillent très bien, hélas, pour se haïr toutes entre elles. La solidarité entre les damnés de la terre est en miettes » (Cécile Mury, Télérama.fr, date non précisée).
  • « Spontané et sincère, drôle et rempli d’énergie, le film souffre de maladresses. Mais la rengaine (« pas de mariage entre Noirs et Arabes »), accablante, montre l’absurdité du rejet et cache d’autres amours que la tradition rend impossibles » (C.R.N., la-Croix.com, 13/11/2012).
  • « Cinquante (sic) frères, c’est presque autant de visages vindicatifs d’une tradition patriarcale qui n’aime, semble-t-il, pas plus le libre arbitre de ses femmes que les unions intercommunautaires ». L’auteur ajoute toutefois : « Témoignage saisissant d’un racisme caché parce qu’il se noue entre minorités stigmatisées en bloc par la majorité blanche, Rengaine avance comme un thriller heurté, avec une énergie propre » (Julien Gester, Libération.fr, 14/11/2012).
  • « En inscrivant cette histoire d’amour dans le terreau du racisme entre communautés noires africaines et communautés arabes musulmanes, Rachid Djaïdani déjoue les représentations courantes » (Isabelle Regnier, LeMonde.fr, 22/05/2012).
  • « Attention, grand film ! […] L’amour, le racisme inter-communautaire, les traditions, le carcan religieux, ce sont les thèmes qui font de Rengaine un film détonnant. Et étonnant ! » (Auteur non précisé, FranceInfo.fr, 13/11/2012).
  • « La Rengaine de Djaïdani, un film qui boxe le racisme » (Laurène Sénéchal, SlateAfrique.com, 26/10/2012).
  • « La revanche de la méritocratie » (Eléonore Lawson, HuffingtonPost.fr, 20/11/2012).
  • « En abordant un sujet dont on ne parle jamais (le racisme intercommunautaire), Rachid Djaïdani gratte à sa façon les plaies identitaires de la France d’aujourd’hui » (Frédéric Foubert, Première.fr, date non précisée).
Ce que nous appelons une reddition en bonne et due forme, une affiche, un générique de fin et un site internet bleu-blanc-rouge, devient ainsi un film courageux. De même que seront jugées courageuses les sorties islamophobes les plus convenues, dans un espace médiatique et culturel saturé de discours sur l’ « islam » et les « musulmans ».
Cautions indigènes au service de l’hégémonie blanche
Les commentaires dithyrambiques qui ont accompagné le film lors de sa présentation à Cannes puis à sa sortie en salles, mi novembre, reviennent avec insistance sur le parcours de Rachid Djaïdani, dont on rappelle qu’il est de mère soudanaise et de père algérien ; qu’il a grandi à la cité des Grésillons à Carrières-sous-Poissy (78) avant de déménager dans un pavillon, non loin du quartier ; qu’il est l’ainé d’une famille de 11 enfants et qu’il a multiplié les CAP et BEP de plâtrier-plaquiste, plombier-chauffagiste, menuisier ; qu’il a été tour à tour boxeur, acteur, écrivain et maintenant réalisateur. Un parcours « semé d’embuches », qui témoigne de la vitalité de la méritocratie à la française, qui retrouve ici ses lettres de noblesse.
Mais ce parcours ne saurait à lui seul faire oublier toutes les tares – et elles sont nombreuses – dont souffre le film du point de vue strictement cinématographique. Là ou toute autre œuvre aurait été jugée médiocre et serait passée totalement inaperçue, Rengaine remporte un succès d’estime. Une telle distorsion ne s’explique que par la fonction spécifique que remplissent les artistes arabes ou noir-e-s en France : celle de témoins – heureux – de l’intégration à la française. La preuve de la justesse du fameux « Quand on veut on peut ». Ces cautions dociles, ces « esclaves volontaires » selon la formule de Nabe, seront sans cesse opposés aux indigènes moins dociles, afin d’invisibiliser le discours de toutes celles et de tous ceux qui refuseront de célébrer benoitement la France et ses vertus.
Cette fonction de caution ne saurait d’ailleurs se limiter au domaine de la production culturelle. Elle joue à plein – quoi que de manière différente – dans le champ militant de l’ « antiracisme » : les activistes les plus aguerris, se réclamant de la tradition révolutionnaire/autonome/radicale (au choix) et « niquant » allègrement la France au son de I’m Muslim Don’t Panik, perdent toute exigence politique au contact des immigrés coloniaux et de leurs descendants. Ces derniers formeraient ainsi une espèce de kryptonite politique, capable de rendre dociles des guérilleros pourtant toujours en quête de l’étincelle qui mettra le feu à la plaine capitaliste-bourgeoise. Nous aurons l’occasion de développer ces idées ailleurs que dans ce texte. Notons simplement que quand les critiques ciné célèbrent Godard, Cassavetes et font l’éloge de Rengaine, les « antiracistes » autoproclamés encensent Angela Davis, les Black Panthers et vont distribuer des pains au chocolat pour lutter contre l’islamophobie.
« Mon film peut être comparé à un boxeur manchot, borgne et unijambiste, qui a du mal à monter sur le ring », nous dit Djaïdani.Les « antiracistes », cinéphiles ou militants, jurent pourtant reconnaitre Muhammad Ali. Rafik ChekkatSource: etatdexception

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Voir le film ici

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