N'Gambi (à paraître, octobre 2013)

Qu’est-ce que la PHÉNICIE ?

La Phénicie est ainsi nommée d’après l’oiseau Phénix qui se dit bnw en négro-égyptien. Le radical bn qui construit ce mot est la métathèse de nb, squelette consonantique du terme Nuba. On trouve la même forme avec bn.t qui désigne « la harpe », le ngoni du domaine Mandé, le ngombi du domaine Bantou.

 

Le Phénix, d’après Hérodote, est un oiseau qui prend son envol en Éthiopie et se rend au temple du Soleil à Héliopolis tous les 500 ans (II, 72). La locution « -banda » en cilùba, que l’on retrouve avec « ci.banda », offre les sens de « monter », « s’élever », « se dresser » (ex : ci.bàndilu : « escalier », « échelle »; mbànda « grimpeur »; mubàndu « monter », « action de monter », « orient »).

 

Le verbe « bander » du germanique binda « attacher » que le français traduit par « avoir une érection », « tendre quelque chose », trouve son origine dans le bantou banda : kikongo : binda  « tresser », « croiser », bindana « être lié », bindula « délier », « ouvert », bundakasa « joindre », « unir », « additionner »; bundakana « être uni », « s’unir », bundana « se réunir », « communier ». Tous ces verbes bantous décrivent la notion d’union que l’on retrouve avec l’institution de la Smȝ Twy et se trouvent également à l’origine du germanique Bund « la fédération », « l’État fédéral ».

 

Cette notice permet d’établir avec certitude le nom historique de la Phénicie qui futCi.banda « le vallon » « la vallée » (cilùba) sur le modèle de la vallée du Nil; relation qu’atteste l’histoire de Cadmos. En effet, Phénicie traduit littéralement bn.t., soit /ph/ qui devient un /b/, le phonème /ni/ étant compris dans /n/et le /t/ suffixal relevant du /ci-/ bantou; ce qui conduit à lire « Ci.Phéni » ou Phénicie.

 

La géographie de la Phénicie, vallée agricole traversée par des cours d’eau, autorise cette relation. Kpny ou Kepeny (Ci.Phéni ?) est le nom « égyptien » de Byblos, ville phénicienne de premier plan (Obenga 1990), notre correspondance est établie avec certitude si l’on considère que le /c/ et le /k/ de classe sont interchangeables dans les langues bantoues, ce qui est effectivement le cas puisque le /ci-/ du ci.lùba devient le /ki/ du ki.kongo. On verra donc Ci.banda devenir Ki.bandaCi.Pheni ou Ci.beni devenir Ki.Pheni ou Ki.beni.

 

Kibéni signifie « franchise » en kikongo, terme que nous mettrons en relation avec Maât.Ki.banda désigne « la forge », « l’atelier », « le foyer », « l’abri », « la cabane », le logement » en swahili, cette relation précise le sens de refuge attribué de toute antiquité à Kemet dont la Phénicie semble avoir été une réplique. Suivant la tradition biblique, ce sont les Phéniciens (Melchisédech) qui accueillirent la caravane du personnage d’Abraham, et c’est à partir de cette région qu’il se rendit ensuite sur le Continent noir. Et l’on apprendra avec Marie-Armand d’Avezac que ce Continent fut nommé Képhénie (Ki.Phéni) durant l’Antiquité.

 

L’archiviste Français écrit : « Les traditions les plus anciennes ne sont pas toujours celles que nous racontent les écrivains des premiers âges, elles ne nous sont parfois conservées que chez les polygraphes des temps inférieurs, usagers encore des sources historiques qui n’ont point survécu au vandalisme ou à l’oubli des siècles de barbarie. C’est ainsi qu’Étienne de Byzance nous a transmis, d’après Alexandre Polyhistor, un catalogue des dénominations qu’avait portées la polyonyme Afrique, tour à tour appelée Olympie, Océanie, Eskhatie, Koryphe, Hespérie, Ortygie, Ammonide, Éthiopie, Cyrène, Ophiuse, Libye, Kephénie, Aérie. De tous ces noms, les uns n’ont jamais eu qu’une application spéciale et restreinte, comme Cyrène, Ammonide, Éthiopie, Aérie; les autres sont appellatifs, et désignent tantôt une situation relative, comme Océanie ou plage de l’Océan, Eskhatie ou extrémités du monde, Hespérie ou région du couchant; tantôt quelque trait physique, comme Koryphe ou haute terre, Ophiuse ou patrie des serpents. Peut-être faut-il comprendre aussi dans la même classe Kephénie, Ortygie, et plus douteusement Olympie, que semble revendiquer la mythologie hellénique. Le nom de Libye fut seul employé par les grecs dans toute la largeur d’acception que les Romains ont attribué au nom Afrique » (D’Avezac 1844).


Cette déclaration de l’auteur Français prouve sans le moindre doute que le Continent noir était regardé comme la Terre du Phénix et que la Phénicie tient ce nom des populations éthiopiennes qui l’auront porté dans cette province limitrophe du Delta au moment de s’y établir. Les différents noms cités par d’Avezac, y compris Olympie comme nous le verrons, sont des noms qui désignaient le Continent éthiopien. Koryphe et Ophiuse tout particulièrement le présentent comme la terre de la Connaissance. Ophiuse renvoie au Serpent, emblème de l’initiation (Ophion est le nom du Serpent de la tradition Pélasges) et Koryphe, que nous dérivons de Kora, est également une allusion à l’initiation et à la Connaissance.

 

On comprend ainsi pourquoi tous les savants de l’Antiquité auront fait le voyage de la vallée du Nil. La Grèce, tout particulièrement, offre d’avoir été entièrement nourrie à la science des prophètes de la vallée du Nil. La première dynastie connue de la Grèce continentale fut fondée par Cadmus le Cananéen. Ce sont les Cananéens (Phéniciens) qui auront introduit l’alphabet en Grèce et fondé le premier centre culturel de cette contrée, à savoir l’Oracle de Dodone. Hérodote note à ce propos que : « Deux colombes noires se seraient envolées de Thèbes d’Égypte; l’une d’elles serait allée en Lybie, l’autre chez les Dodoniens; posée sur un chêne, celle-ci aurait déclaré avec une voix humaine qu’il fallait qu’on établit à cet endroit un oracle de Zeus » (II, 54-55), suggérant que la couleur noire des colombes étaient une allusion directe à l’origine des fondateurs de cet oracle. La colombe noire est une image d’Isis (ȝs.t) la nubienne. Nous faisons dériver le mot « colombe » du bantou ki.umbio qui désigne le lieu d’initiation.

 

Crécops, Égyptos, Danaos, tous « Égyptiens », sont reconnus pour avoir introduit l’agriculture, l’arboriculture (culture de l’olivier), la métallurgie et le mariage dans les mœurs de la Grèce. Danaos avait une épouse nommée Ethiopis et une fille nommée Céléno, c’est-à-dire « noire ». Érechthée, présenté comme « Égyptien » lui aussi, fut l’homme qui réalisa l’unité de l’Attique. La déesse Diane de l’Attique était une Éthiopienne. Hérodote appelle Bastet Diane (II, 54) « Mère du Soleil » (Diès-Nina = Diane, Nadine), c’est-à-dire Isis (ȝs.t).

 

À l’origine, les îles de Samothraces, Lemnos et Lesbos étaient appelées Éthiopie. Pélops, roi fondateur des jeux olympiques, celui d’après lequel la presqu’île (Péloponnèse) fut nommée, était Éthiopien; l’étymologie du nom le suggère, pelon signifiant noir et opsvisagePélops littéralement signifie visage noir. « L’Égypte, rappelait Cheikh Anta Diop, (aura) été l’institutrice quasi exclusive de la Grèce à toutes les époques, dans la voie de la Civilisation ».

 

Le récit mythique de Cadmos décrit la migration des populations éthiopiennes parties de lavallée du Nil (Ci.banda) pour s’établir au pays de Canaan (Ci.banda) et plus tardivement sur le territoire qui deviendra la Grèce, établissement qui rejoint l’origine des Pélasges et celle des Crétois conduit par le roi Minos (Mwene). Ci.banda, la tresse de cheveux (en cilùba), déterminatif employé pour décrire la noirceur dans les graphies hiéroglyphiques, est aussi l’argument qui permet de clore définitivement le débat sur le phénotype des Phéniciens.

 

Amenhemhat Dibombari

 

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