POURQUOI WSIR (OSIRIS) EST-IL VERT

POURQUOI WSIR (OSIRIS) EST-IL VERT ?

S’il persiste un domaine dans lequel l’étude n’a pas été entièrement conduite, c’est bien celui qui consiste à décrire les motifs à l’origine de la couleur verte quelquesfois accordée à Wsir (Osiris). Il s’agira habituellement de rappeler que cette couleur évoque la « végétation » dont le Dieu serait l’incarnation. C’est ce que nous lirons une nouvelle fois chez Nicole P. Brix :

“La couleur verte signifiait pour les Égyptiens la croissance des plantes, la fertilité de la terre et le renouvellement de la vie en général. C’est pour cette raison que les iconographies montrent souvent le dieu Osiris, qui fut assassiné par son frère Seth et ressuscité grâce à la magie de sa soeur et épouse Isis, avec un visage et un corps peint en vert. Sa mort et sa résurrection ont prédestiné Osiris à devenir la divinité bienveillante qui fait grandir la végétation et qui garantit aux habitants de la vallée du Nil des moissons abondantes, car le destin de ce dieu symbolise aussi le rythme de la nature. Pour les Égyptiens, le vert est la couleur à l’opposé du rouge : comme Osiris, le dieu « vert » bienfaisant, est exactement le contraire de son frère Seth, la divinité de la violence représentée en rouge, la couleur verte symbolisant la fertilité des terres cultivées de la vallée du Nil est le contraire du rouge, mis en relation avec le désert et par conséquent avec la destruction et le malheur. (Brix, 2011)”

Une note comme celle-ci n’est qu’introductive, et c’est aussi la raison pour laquelle nous la rencontrerons régulièrement dans les ouvrages de vulgarisation puisqu’il est tout à fait aisé au commun des lecteurs de faire le lien entre la végétation et la couleur verte, une relation qui souhaite contenter l’interrogation que nous pouvons avoir au sujet des choix chromatiques qui permettent de reconnaître le Dieu mort et ressuscité. Cette couleur verte, nous le montrerons, est loin de se satisfaire du registre végétalien dans lequel des auteurs l’auront cantonné, elle va bien au-delà des conclusions habituelles sur le rôle et la fonction du Seigneur de Maât.

(…)

wAdj = Vert

Une vocalisation de ce terme permet d’éclairer les remarques d’Horus Apollo à propos de l’alimentation des habitants de la vallée du Nil ayant précédé l’usage du blé, et celle de « contrat » dédiée au rouleau de papyrus scellé. En effet, avec wAd ou wAdj, le /w/ et le /b/ deviennent interchangeables comme l’attestent du reste les langues de la cuvette congolaise :

Exemple : bantu > watu : les humains.

La lettre /A/ rend compte des quatre voyelles : a, e, i, u.
Le /d/ ou /dj/ devient quelque fois un /d/, un /j/ ou un /t/

Ces correspondances donnent au négro-égyptien wAd d’être traduit par le fufulde wa’du « alliance », « engagement mutuel ». Une telle relation pourrait surprendre, toutefois nous verrons que la couleur verte attribuée à Wsir (Osiris) n’est pas seulement du domaine esthétique ni végétalien, mais s’étend à des considérations beaucoup plus importantes qui se trouvent être au fondement de la Civilisation. Ainsi, du fulfulde wa’du « alliance » nous obtiendrons l’hausa lahidu « promesse » ou encore le limba lahidu « promesse ».

Des auteurs feront provenir ces mots de l’arabe ʽahd « pacte », « contrat » par l’habitude qui consiste à mettre ces concepts sous l’influence des invasions musulmanes des 15e, 16e et 17e siècles, ceci est une inversion du sens de l’histoire dans la mesure où le rouleau de papyrus scellé qui entre dans la graphie servant à rendre compte de la couleur verte offre précisément les sens de « contrat » et de « pacte ». La « promesse » est une notion intimement liée à l’image de Wsir (Osiris). Cette relation sera précisée plus loin.

C’est peut-être avec les langues de la cuvette congolaise qu’apparaîtra de manière encore plus éclatante la relation entre la couleur verte de la feuille de papyrus, l’alimentation mentionnée chez Horus Apollo et les notions d’alliance et de contrat.

Avec ces langues en effet, wAdj se traduira par :

Cilùba : wAd > bèji

– di.bèji « feuille », « papier »
– ci.bèji « grande feuille »
– lu.bèji « brousse », « herbe »

Fang : wAd > bidi

– bidi « nourriture »
– bidi « ce qui se mange »
– bidi « récolte », « moisson », « aliment »

Bassa : wAd > yádá

– yádá « vert »
– li.yádá « mariage »

Bassa : wAd > bidjèk

– bijèk « nourriture »
– bijèk « produits recueillis de la terre »
– bijéjé « partie de la dot »
– bijèk bi akana « mets composés d’herbes »
– bijèk bi lón « partie de la dot reservé aux parents de la mariée ».

Kikongo : wAd > bidya


– bidya « nourriture »
– byêdya « nourriture »
– madya « nourriture »
– ki.bidi « endroit où l’on rouit le manioc »

Proto-bantou : wAd > *bád « épouser » ou *bada « mariage »
• Exemple du lingala :

– bala « épouser » (d>l)
– bala « alliance amoureuse/amicale »
– bálana « s’épouser », « se marier »
– bálisa « donner en mariage »
– bo.bálani « action de s’unir par le mariage »
– bo.bálani na libóta « endogamie »
– li.bála « mariage »
– mo.báli « homme »
– mu.bali « gendre »
– mu.bali « allié »

Proto-bantou : wAd > *bada « tubercule/produit de la terre »

– akoose : mbaá « igname »
– duala : mbà « igname »
– duala : mbà edimo « igname »
– bassa : mbàya « igname »
– geviya : mbàá « igname »
– varama : mbala-mpumbu « igname »
– vungu : mbala-mpumbu « igname »
– sira : mbala-bu-ndjibu « igname »
– sira : mbala-pumbu « igname »
– sira : mbala-yi-mutangeni « igname »
– punu : mbalá « igname »
– fumu : li.balà « patate »
– aka : balà « patate »
– lingala : mbalà « patate douce »
– beembe : mbalá vaanda « taro »
– beembe : mbalá koongo « patate douce »
– beembe : mbalá « igname »
– yaka : mbalá « igname »
– mbala : balà « patate »
– cilùba : mbwala « patate douce »
– cilùba : bivumdùmbala « manioc »
– cilùba : mbwala wa kizungu « pomme de terre »
– sanga : mbwala « patate douce »
– tonga : ma.pale « patate »
– monzombo : bà « igname »

(…)

Il est pour le moins curieux que le bassa associe la couleur verte (wAd>yàdà) au mariage li.yàda. Mais, l’on verra que le thème du mariage aura prospérer avec les langues indo-européennes où nous retrouverons à la fois weed « herbe » et wed « marier », « épouser », « joindre », « unir »; des mots évidemment issus du négro-égyptien wAd « vert », « papyrus ». Le mariage est une institution méridionale, née chez les peuples sédentaires et pratiquant le matriarcat. Les mythes de l’introduction du mariage chez les Grecs le prouvent. Déméter passe en effet pour être la déesse qui aura introduit cette pratique chez les Grecs. Hérodote, visitant la vallée du Nil, n’aura eu aucune peine à reconnaître que Déméter est la déesse que les Égyptiens appellent Isis. Il écrit :

“Isis est celle qu’en langue grecque on appelle Déméter”. (Hérodote, Euterpe, 59)

La relation clairement établie entre la couleur verte et le mariage dans la langue bassa prouve que cette couleur est effectivement du registre du contrat, de l’alliance, de la promesse. Les représentations traditionnelles de la smA tawy proposent de semblables conséquences dans la mesure où les plantes héraldiques, le papyrus et le lotus, servent à unir les Deux-Terres. Quelques fois, le dieu Hâpy, couronné de papyrus, suffit à incarner cette alliance. En duala, yadi, proche du bassa yàdà « vert », signifie « accouchement ». La smA tawy, nous l’aurons montré, est une allégorie de la procréation.

Mvidi

La traduction du négro-égyptien wAd dans les langues de la cuvette congolaise éclaire la remarque d’Horus Apollo qui rappelait que les « Égyptiens » représentaient un fagot de papyrus, prétendant qu’ils s’en étaient nourris avant la culture du blé. La feuille de papyrus, impropre à la consommation, n’a pas pu être l’objet réel de cette remarque, car, faut-il le rappeler, le mot « papyrus » est une notion générique chez les Grecs pour désigner le support de l’écriture, et le mot wAd devenu di.bèji en cilùba, désigne toutes feuilles sans autre forme de précision.

Par contre, bidia (> wAd), en cilùba, désigne le pain de manioc, un met qui intervient dans le récit qui raconte l’émancipation et la « sortie de la barbarie » chez les peuples de la cuvette congolaise et notamment les BaLuba du Kasaï. Thomas Turner revient sur la déposition de Vallaeys, administrateur colonial Belge :

“D’après la légende, quand Kole, le père de Motumbo, a voulu transmettre son héritage à sa progéniture déjà nombreuse, il a placé sur le sol de la viande humaine, de la viande de chèvre, des poulets, de la bière de maïs, du tabac, du chanvre, du pain de manioc (bidia). Les Baluba choisirent la viande de chèvre, les poulets, la bière de maïs, les houes locales et le bidia. Les Kanioka choisirent le tabac et le vin de palme. Les Lulua : le chanvre, les poulets et la viande de chèvre. Les Bayembi (Basonge) : la viande humaine, la bière de maïs, le bidia. Les Bakete la viande humaine”.
(Cité par T. Turner, 2000)

Thomas Turner conclut l’étude en précisant que cette légende ne pouvait pas remonter à la nuit des temps, tabac, maïs et manioc étant des plantes « américaines ». Cette conclusion n’est pas la nôtre, tout au moins en ce qui concerne le manioc. Nous verrons que cette plante est probablement la nourriture qui aura précédé le blé de la citation d’Horus Apollo.

Cette « légende » que rapporte Vallaeys présente plusieurs aspects qui concordent avec le récit traditionnel « égyptien » de la naissance de la Civilisation.

Wsir (Osiris) y est décrit en tant que roi bienfaiteur. C’est lui qui apporte aux Hommes les bienfaits de l’Agriculture et met fin à la barbarie. Dans la tradition Luba, Kole, le personnage principal de cette légende, correspond à l’Hr (Kole > Horus; h>k, r>l) du récit traditionnel « égyptien », le Dieu-Roi qui transmet la couronne et les attributs de la royauté aux Semshou-hor (Suivants d’Horus). De fait, la généalogie divine des Luba fait de Kole le fils de Mvidi Mukulu qui n’est autre que Wsir (Osiris). Le nom Mvidi traduit le négro-égyptien wAd « vert » et se trouve probablement à l’origine du latin viti « vigne ». Le récit traditionnel « égyptien » rappelle fort justement que c’est Wsir (Osiris) qui planta la première vigne. Il fut connu et célébré pour ce bienfait. Florent Brunet revient sur cet aspect du Dieu :

“Osiris fut appelé avec raison « le bienfaisant », le roi de l’agriculture. Le soleil est le roi de l’univers, et c’est un astre bienfaisant. L’agriculteur est le roi du monde puisque lui seul possède la terre, que lui seul en fait sa propriété par son travail et par ses avances de toutes espèces. Osiris enseigna aussi aux hommes de quels sentiments ils devaient être pénétrés envers la divinité, et comment ils devaient les manifester. L’agriculture, en effet, est amie du Ciel; elle conduit à l’amour de la Religion et de la Divinité”. (Brunet, 1792)

Le cilùba emploie le mot Mvidi pour désigner le Dieu Suprême. R. van Caeneghem revient sur ce terme appliqué à la divinité :

“(…) Le mot Mvidie est d’emploi fréquent; il comporte deux significations. Ou bien il est employé comme nom propre de Dieu, au même rang que Mawedja et Mulopo, ou bien le mot est employé pour tout ce qui se rapporte au culte des mânes, principalement pour désigner tout arbre où l’on sacrifie pour les mânes. Le Kapolowayi, le Mumbu, le Mululu, le Dilenge, le Muabi, le Kalombo, tous ces arbres sont des Mvidie. Lorsque le contexte n’indique pas que Mvidie concerne les mânes ou leurs arbres, le mot signifie Dieu.” (Caeneghem, 1993)

En cilùba, mvûdi signifie « plante verte (comestible) », homonyme de mfùdi (v>f) « forgeron ». Le forgeron est le civilisateur par excellence, aussi bien dans les traditions négro-africaines, avec Ogo (dogon), que chez les Grecs avec Prométhée. De fait, le mythe du titan Prométhée n’est qu’une traduction tardive du corpus négro-africain associé à l’émergence de la Civilisation. Le nom « Prométhée » signifie « promesse », traduction littérale de l’hausa lahidu « promesse » issu du négro-égyptien wAd « vert ».

Amenhemhat Dibombari

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    RIRES ! Le NOIR c’est la couleur de la LUNE CENDREE et de la MORT, OSIRIS est le Dieu de l’au-delà, il porte ainsi la couronne lunaire avec le visage noir quand il est dans cette fonction, ce n’est absolument pas un homme de race noire ! Identifié au Pharaon, le OSIRIS sur TERRE est le ROI, mais ce n’est pas le Dieu OSIRIS ! Dans ce cas, il y a effectivement des Pharaons noirs, comme AKhenaton le fou ! OSIRIS le NOIR est aussi vénéré sur les bords du Nil dans le désert, car il représente une forme de végétation, le désert représente SETH !

  • Kemet

    merci pour la publication les début je très bien compris. mais après je pas tout compris
    Mais le début me souffit c’est ce que j’avais besoin de comprendre