Osiris - La Pêche Miraculeuse et La Multiplication des pains.

Osiris : La Pêche Miraculeuse et La Multiplication des pains.

Une figure, la Fleur de Vie, exprime l’importance que les Africains de la période antique reconnaissaient à la géométrie et l’avantage qu’elle offre pour l’étude et l’explication de la Création. Le plus anciennement attestée sur l’une des parois du temple d’Osiris à Abydos, la Fleur de Vie représente les premiers mouvements réalisés par le démiurge au Temps de la Création. Cette figure naît d’une graine constituée de sept (7) cercles successifs et s’achève avec un ensemble homogène de 19 cercles identiques. L’intersection des cercles donne à voir une forme remarquable que la littérature nommeVesica Piscis. Ce symbole fut particulièrement apprécié des pythagoriciens.

La Vesica Piscis, aussi appelée mesure du poisson, est une figure géométrique formée par l’intersection de cercles identiques (de même diamètre). Elle est omniprésente dans la Fleur de vie et montre un rapport de longueur par la hauteur égal à la racine carrée de trois (3), c’est-à-dire 1,732. Cette valeur est appelée la constante de Theodoros.

Théodoros ou Théodore de Cyrène est un pythagoricien du Cyrénaïque qui vécut vers 450 av. l’E.E. Disciple de Protagoras, il fut le précepteur de Socrate et de Platon. On lui attribue généralement d’avoir eu l’idée de la construction de la spirale dite escargot, celle dont le déploiement aura permis d’obtenir les racines carrées de tous les nombres entiers.La constante de Théodoros, c’est-à-dire la racine carrée de trois (3), correspond à l’exact rapport de 265 par 153. Le nombre 153 fut considéré comme un nombre sacré par les pythagoriciens. Cette sacralité tourne autour du chiffre trois (3), trinité originelle omniprésente dans les cosmogonies africaines. On peut premièrement voir que le nombre 153 est constitué de trois chiffres. Ensuite, la somme de ces trois chiffres est égale à 9 . Le nombre 153 est le premier nombre cubique car la somme des chiffres qui le composent, élevé au cube, est égal au nombre lui-même; autrement dit : 1*1*1 + 5*5*5 +3*3*3 = 153. Ce nombre présente encore de nombreuses propriétés remarquables; ce qui l’aura distingué aux yeux des mathématiciens de la période antique. Archimède en a fait une constante dans l’approximation qu’il propose du calcul de la quadrature du cercle. Le problème du calcul de la quadrature du cercle est un problème éminemment kamite déjà présent dans le papyrus Rhind, copie d’un original rédigé vers 2000 av. l’E.E., à une époque où la Grèce n’existait pas dans l’Histoire. Comme le note Bernard Bettinelli dans un article consacré aux recherches d’Archimède, ce dernier tombe « par hasard » sur le rapport 265 par 153, approximation par fraction continue de racine carrée de trois, sans jamais dire comment il y parvient.

B. Bettinelli, Archimède et la Quadrature du cercle. Le nombre 153 est omniprésent dans l'approximation qu'aurait établie Archimède.

Le « hasard » d’Archimède a déjà fait l’objet d’un commentaire chez Paul Ver Eecke qui rappelle qu’ « en effet, si le traité de la méthode mécanique, récemment mis au jour, est venu nous révéler le secret de quelques-unes des plus belles découvertes du grand géomètre (Archimède), il n’a cependant soulevé qu’un coin du voile qui recouvre la genèse du grand nombre de propositions, lesquelles, démontrées par une double réduction à l’absurde, supposent malgré tout une notion préalable, obtenue par des moyens sur lesquels Archimède a gardé le silence, ou atteinte par des voies que nous suivons encore de nos jours, mais  sur lesquelles il aurait effacé soigneusement la trace de ses pas » (Cité par C. A. Diop in Civilisation ou Barbarie, p.293.).

Quoiqu’il en soit, on remarque l’omniprésence de la valeur 153 dans le calcul approximatif de la quadrature du cercle. On verra que cette donnée remarquable par son association au chiffre trois entre aussi dans l’épisode de la Pêche Miraculeuse attribuée au personnage de Jésus.

Ce nombre apparaît dans l’Évangile de Jean (chap. 22, v. 11) comme étant le nombre de poissons miraculeusement pris sur ordonnance de Jésus. Or, l’histoire accorde à Pythagore le même épisode de la pêche miraculeuse; Jamblique et Porphyre, auteurs de biographies de Pythagore, rapportent en effet que Pythagore aurait prédit le nombre de poissons qu’allaient ramener des pêcheurs et qu’après vérification il se trouva que ce nombre correspondait exactement à la prédiction du philosophe grec, soit 153 poissons. « Amis, leur dit-il, écrit Jamblique, voulez-vous parier avec moi que je puis vous révéler à l’avance, le nombre exact des poissons que vous venez de capturer ? » (Jamblique, vie de Pythagore). Le poisson est une allusion certaine à la Vesica Piscis, « la mesure du poisson », donnée élémentaire rentrant dans le calcul de la quadrature du cercle.

Au nombre des miracles accordés au personnage de Jésus, on trouve également l’épisode de la multiplication des pains. Ce « miracle » se trouve en relation immédiate avec Osiris et la Fleur de Vie. L’une des locutions pour désigner Osiris est « le pain qui donne vie »comme le rappelle Le Livre des Deux Chemins traduit par André Fermat. Le pain consacré à la liturgie osirienne était de forme circulaire, comme l’attestent ceux qui ont été retrouvés lors de fouilles en Égypte. Le rituel osirien du pain et du vin préfigure l’eucharistie des Chrétiens. « L’examen du mythe et du rituel d’Osiris qui précède, écrit Georges Frazer, peut suffire à prouver que, sous l’un de ses aspects, le dieu était une personnification du blé, dont on dit qu’il meurt et revient à la vie chaque année. À travers toute la pompe et l’auréole dont les prêtres plus tard revêtirent son culte, la conception d’Osiris comme dieu du blé ressort clairement dans la fête de sa mort et de sa résurrection » (Cité par C.A. Diop in L’Unité culturelle…, p.57). Dans le Livre de la Sortie à la Lumière du Jour, il est explicitement dit d’Osiris (formule 273-274, n°397) : « Tu es le Père et la Mère des hommes, ils vivent de Ton Souffle, ils mangent la chair de Ton Corps ».

Frazer évoque cet aspect de la religion égyptienne lorsqu’il écrit (in Le Rameau d’or, Tome 2, p. 458) : « Quand on reprenait ces effigies après une année ou un intervalle plus court, on trouvait que le blé avait jailli du corps d’Osiris et on saluait ceci comme un présage, ou plutôt la cause, de la croissance des récoltes. Le dieu du blé produisait le blé lui-même, il donnait son propre corps pour nourrir le peuple et il mourait pour que son peuple pût vivre ». Un passage (30B) du Livre de la Sortie à la lumière du jour révèle: « Qu’il lui soit donné du pain et du vin qui ont été émis en présence d’Osiris, et il sera pour toujours semblable aux Suivants d’Horus » (Murdoch and Acharya, Christ in Egypt, p.291.).

Spirale de Théodore de Cyrène ou Escargot.
Spirale de Théodore de Cyrène ou Escargot.

Osiris, identifié au Dionysos des Grecs, au Bacchus des Romains, cultive la première vigne.Le vin, fruit de la vigne, est le sang d’Osiris. Frazer le confirme (Le Rameau d’or, Tome 2, p.469) : « Des cantiques adressés à Osiris contiennent des allusions à cet aspect important de sa nature. On dit dans l’un d’eux que le monde verdit et croît triomphalement grâce à lui; un autre déclare : Tu es le père et la mère du genre humain; il vit de ton souffle, il se nourrit de la chair de ton corps. (…)Selon une légende, il apprit aux hommes à faire grimper la vigne sur des échalas, à émonder le feuillage superflu et à extraire le jus des grappes de raisin. Dans le papyrus de Nebséni, rédigé vers 1550 avant Jésus-Christ, Osiris est représenté dans un sanctuaire au toit duquel pendent des grappes de raisin ; et dans le papyrus du scribe royal Nekht, nous voyons le dieu sur un trône devant un étang et sur les bords de cet étang une vigne luxuriante chargée de grappes qui touchent le visage vert du dieu assis ».


Le début du récit miraculeux de la Bible varie en fonction des évangiles. Néanmoins, qu’il s’agisse de pains ou de poissons, on compte sept unités au départ. Ces 7 unités font référence aux sept cercles de la Graine de Vie qui, en se multipliant, laisseront douze paniers, soit douze autres cercles, formant l’image complète de la Fleur de Vie, (7+12 =19).

 

Pain "égyptien"
Pain “égyptien”

Pourquoi le pain et le poisson ? Le pain et le poisson sont des allusions interchangeables dans le récit miraculeux, c’est la raison pour laquelle on trouve tantôt cinq pains et deux poissons, et tantôt sept pains, dans les récits canoniques du Christianisme. La relation entre le pain et le poisson doit être établie de la manière qui suit : Dans la langue grecque, l’épi de blé se dit arista. Ce mot, dans la langue grecque, est aussi employé pour désigner l’arête de poisson et l’arête d’un triangle. C’est donc bien de géométrie que découle les allusions consacrées au pain et au poisson pour illustrer la construction de la Fleur de Vie. En outre, ce rapport entre également dans le choix du poisson comme symbole du Christianisme. En effet, l’épi de blé, consacré à Osiris, est semblable dans la forme à une arête de poisson et porte le même nom dans la langue grecque. D’une manière générale, toutes les plantes consacrées à Osiris, à savoirle palmier, le laurier, le saule, l’olivier, le buis, etc., présentent des rameaux identiques dans la forme à celle d’une arête de poisson. Ces plantes restent vertes peu importe les saisons (la couleur verte, avec la couleur noire, est une couleur consacrée à Osiris); et produisent des huiles végétales aux vertus « miraculeuses », d’où la notion d’oint premièrement attribué à Osiris et repris par la tradition chrétienne relative au personnage de Jésus. Ces plantes rentrent toutes, de manière exclusive, dans la célébration chrétienne de la Fête des Rameaux.

 

Vesica Piscis dans le Christianisme. Le rapport avec l'appareil génital feminin est indéniable.
Vesica Piscis dans le Christianisme. Le rapport avec l’appareil génital feminin est indéniable.

L’Origine africaine est indéniable. « C’est celui-ci (Osiris) quidécouvrit le laurier, note Diodore de Sicile, et tous les hommes en couronnent particulièrement ce Dieu. Il attribue la découverte du lierre à Osiris et le consacrent à ce Dieu, tout comme les Grecs pour Dionysos. Et en égyptien le nom du lierre, dit-on, estplante d’Osiris et s’il a été préféré à la vigne pour les dédicaces c’est parce qu’elle perd ses feuilles tandis qu’il reste vert tout le temps; les anciens ont agi de même avec d’autres plantes attribuant le myrte à Aphrodite et le laurier à Apollon (version grecque d’Horus, le fils d’Osiris) » (cité par Jean-Philippe Omotunde in Les Racines Africaines…, p.178). Aussi, « La branche de palmier ou la palme, écrit Auguste Wahlen, désignait indistinctement la fécondité ou la durée des empires, parce que cet arbre dure longtemps et fructifie jusqu’à la mort; elle désigne la victoire dans la main d’un héros ou d’un martyr. Les Égyptiens consacraient le palmier à Osiris et à Isis, ils en coiffaient ordinairement leurs dieux, ainsi que les prêtres qui les représentaient » (Auguste Wahlen, Nouveau Dictionnaire de la Conversation…, p 13). Arétologies est le nom donné aux textes liturgiques consacrés à Isis. La littérature donne le nom d’arétè au récit d’une manifestation soudaine et miraculeuse, à l’exemple des récits relatifs aux miracles d’Isis et Osiris.

 

Extrait de L’Histoire jugera, à paraître…

 

Amenhemhat Dibombari

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