ECRITURE MEROITIQUE

Origine orientale et africaine des universités européennes

L’histoire relative à l’apparition des universités et du baccalauréat en Europe, souffre d’un profond manque de sincérité historique, dans les manuels et autres ouvrages de vulgarisation. Que cherche-t-on à cacher ? ​

Il existe un malaise occidental sur cette question, c’est évident. Mais tâchons d’y voir plus clair sur une histoire que très peu de gens connaissent.

Il nous faut remonter à la présence musulmane (Arabes + Maures) en Europe, du VIIIème au XVème siècle (711 à1492), car celle-ci a énormément contribué à l’éclosion des sciences dans les civilisations nordiques, après la chute de l’empire romain.

Il y a très longtemps, les savoirs scientifiques de l’Afrique ancienne de la période pharaonique, qui avaient été enseignés aux intellectuels Grecs (Thalès, Pythagore, Platon…), furent finalement récupérés par les Arabes à Bagdad. Ceux-ci ont dit-on, joué le rôle de “courroie de transmission” d’un savoir africain ancestral (époque égyptienne) à l’Europe au VIIIème siècle (1).

Les travaux de William Montgomery Watt

William Montgomery Watt (1909-2006) qui fut un grand universitaire britannique spécialiste de l’Islam, a écrit plus d’une trentaine d’ouvrages sur la diffusion par les Arabes et les Maures des sciences de l’Orient et de l’Afrique noire en Europe. Il fut l’un des membres de la communauté oecuménique d’Iona en Écosse . Lorsqu’il analyse les conséquences de l’apport intellectuel arabe à l’Europe, il avoue ceci (2) :

” Quand on se rend compte de toute l’étendue des domaines que les Arabes embrassèrent dans leurs expérimentations scientifiques, leurs pensées et leurs écrits, on voit que, sans les Arabes, la science et la philosophie européennes ne se seraient pas développées à l’époque comme elles l’ont fait. Les Arabes ne se contentèrent pas de transmettre simplement la pensée grecque. Ils en furent les authentiques continuateurs […] Lorsque vers 1100, les Européens s’intéressèrent à la science et à la philosophie de leurs ennemis sarrasins, ces disciplines avaient atteint leur apogée. Les Européens durent apprendre tout ce qu’on pouvait alors apprendre, avant de pouvoir à leur tour progresser eux-mêmes ».

 

Les travaux de Y. EBIED et M.-J.-L. YOUNG

Récemment deux universitaires anglais, Y. EBIED et M.-J.-L. YOUNG, ont réalisé une thèse commune portant sur l’origine orientale de trois grandes institutions européennes : l’Hôpital, l’Observatoire et l’Université.

Dans un article du journal Le Monde de l’Education qui leur est consacré (3), il est mentionné ceci :«Les plus grands centres intellectuels musulmans fonctionnaient depuis bien plus d’un siècle quand les premières universités furent fondées en Europe (…) Les universités de Bologne, de Paris et de Montpellier n’existaient sûrement pas avant le douzième siècle”. Par exemple, le collège-mosquée d’Al-Qarawiyyin à Fez (Maroc) fut établi en 859, celui de Cordoba au début du dixième siècle, le collège-mosquée d’Al-Azhar au Caire en 972 et la Maison de la sagesse dans la même ville au onzième siècle.

Lorsque les universités apparurent en Europe chrétienne, elles possédaient bien des traits communs avec leurs équivalents islamiques et cela n’était pas un fruit du hasard. Les étudiants étaient pour la plupart organisés par “Nations” – C’est-à-dire qu’ils étaient groupés pour leur logement selon leur lieux d’origine. A l’université d’Al-Azhar au Caire, il existait des logements distincts pour les étudiants du Maroc, de Haute Egypte, d’Irak… A l’université de Paris, les corps d’étudiants comprenaient la nation anglaise, la nation flamande, et bien d’autres. Il reste des traces de cette organisation géographique des étudiants dans quelques-uns des collèges d’Oxford, comme ceux de Lincoln, de Worcester et de Hereford.

Un autre trait de ressemblance se trouvait dans le fait que les professeurs universitaires utilisaient une tenue particulière, la toge, pour les cours et les cérémonies officielles. La coutume de mettre des vêtements larges ressemblant à ceux qu’on mettait en Europe chrétienne existait depuis le début dans les centres intellectuels de l’islam. La terminologie en usage dans les premières institutions intellectuelles de l’Europe chrétienne montre elle aussi une analogie avec celle de l’islam le premier terme européen pour indiquer l’université – studium generale – semble être une traduction du terme académique arabe “majlis amm” signifiant “assemblée générale pour suivre des études”.

Le “permis d’enseigner”, autre point commun : la coutume largement répandue d’offrir une instruction gratuite aux étudiants. De même, la tradition de l’étudiant itinérant était connue dans les pays islamiques longtemps avant de se révéler comme caractéristique de la vie scolaire dans les pays chrétiens. Les étudiants musulmans ne s’attendaient pas à ce qu’un seul professeur sache tout sur une matière et la coutume de voyager d’un centre d’études à un autre s’était installée dans la vie scolaire de ces étudiants. Ces migrations continuelles sont peut-être à l’origine d’un des traits les plus caractéristiques de l’éducation islamique : la “ijazah” ou”permis d’enseigner”.

“La ijazah” était le diplôme délivré par un professeur à son étudiant au terme d’un programme d’études et donnant à l’élève le droit d’enseigner les matières qu’il avait étudiées. Ces permis existaient déjà au neuvième siècle. Pour les étudiants voyageant d’un centre académique à un autre à la recherche d’une plus grande instruction, ces “permis d’enseigner” avaient la valeur d’un passeport et d’un certificat de compétence dans des matières particulières. Il est Intéressant de noter que le terme “licence”, qui sert aujourd’hui à désigner un degré universitaire, provient du latin “licentia docendi ” – permis d’enseigner – terme qu’on donnait dès le début au diplôme conféré aux étudiants dans les universités chrétiennes.

Dans les universités islamiques du Moyen Age, les professeurs étaient plus libres dans leur enseignement que dans les premières universités chrétiennes. Il n’est donc pas étonnant que chaque professeur ait eu le droit de conférer ses “permis d’enseigner “, alors qu’en Europe ce droit était réservé au recteur. Mis à part cette différence, la “ijazah ” et la “licentia docendi ” étaient des instruments identiques de la vie universitaire. Ces ressemblances entre les pratiques universitaires de l’islam et celles du monde chrétien s’expliquent par le rôle joué par l’Espagne dans l’établissement de contacts entre l’un et l’autre.

Toutes les connaissances orientales et africaines transmises par les arabes et les maures, sont donc à l’origine de l’apparition des universités françaises de Montpellier, de Toulouse, de Paris, etc. Durant le Moyen Age européen, de nombreuses universités sont apparues en Europe, à partir des connaissances orientales diffusées en Espagne. La liste d’apparition est la suivante :

– Italie : Bologne en 1188, Naples en 1224, Padoue en 1228 et Rome en 1245.

– Espagne : Valence en 1209, Salamanque en 1230.

– Angleterre : Oxford en 1214, Cambridge en 1229.

– France : Paris en 1215, Montpellier en 1220 et Toulouse en 1229.

Origine islamique du Baccalauréat


Par ailleurs, le professeur Alfred Guillaume, auteur de « The Legacy of Islam » (Oxford university, 1931), a démontré que le terme médiéval «baccalareus» qui a engendré le terme français « baccalauréat», vient de l’arabe « bihaqq al-riwaya », terme signifiant le « Droit de transmettre une science ». Dans un manuscrit conservé à l’université de Cambridge et datant de 1147, il est mentionné l’expression « bihaqq al-riwaya ». Pour l’Europe, la première fois que le terme «baccalaureus » fut employé dans ce sens, remonte à 1231, année où le système des degrés universitaires fut établi par la bulle « Parens scientiarum » du pape Grégoire IX (4).

L’Espagne Islamique était un des grands centres académiques du Moyen Age, et, après la prise de Tolède par les chrétiens (1085), ce pays devint la voie principale par laquelle les fruits de la science islamique passèrent à l’Europe chrétienne. A Tolède, l’archevêque Raymond (mort en 1251) fonda une école pour traduire les oeuvres arabes en latin et les mettre ainsi à la disposition du monde savant chrétien. Il fit appeler les quelques lettrés de toute l’Europe (France, Angleterre, Italie, Suisse…) qui virent faire leurs propres traductions en latin de tous les textes arabes et ainsi, les trésors de la littérature philosophique, scientifique et médicale orientale furent traduits en latin à l’usage des professeurs et des étudiants chrétiens. Alors de toute l’Europe, des lettrés affluèrent pour découvrir ces nouveaux savoirs et ils furent à l’origine de l’apparition des universités dans leur pays d’origine. C’est donc ainsi, qu’avec les livres, les étudiants chrétiens ont ramené de l’Espagne des idées sur l’organisation de leurs futures universités.

Parmi les sources arabes des étudiants européens, nous pouvons citer :

  • Le livre “Canon de la Médecine” d’Avicenne (XIème siècle) qui servit de base à l’enseignement dans les facultés européennes jusqu’au milieu du XVIIème siècle.
  • Le système algébrique crée au Xème siècle par Al Jaber et qui porte toujours son nom : “L’algèbre”.
  • Ibn Al Qonfoth (1330-1407) grand mathématicien, théologien et juriste fit progresser le symbolisme algébrique.
  • Ibn Al Haytham (965-1039) qui écrivit un traité d’optique et un traité des glaces. Il démontra avec Al Birouni que les rayons lumineux allaient de l’objet vers l’oeil, alors que les Grecs avaient avancé le contraire.
  • Al Battani qui établit au IXè siècle des tables de positions planétaires qui furent longtemps utilisées en Europe.
  • Al Battami qui avait établi des tableaux sur le sinus, le cosinus et la tangente.
  • Le “Compendium de la théorie et de la pratique dans les arts mécaniques”, rédigé au XIIè siècle par Al Jazari, etc…

 

C’est donc précisément cette incursion intellectuelle musulmane en Espagne qui fit de ce pays, la première puissance européenne avec le Portugal au XVème siècle. Si l’église chrétienne avait une certaine défiance pour la science, ce ne fut pas le cas de la religion musulmane qui avait fait de la science, un des piliers de sa doctrine, tout comme la civilisation pharaonique qui fut l’initiatrice en ce domaine.

Dans les Monastères européens du Moyen-Age (Saint-Saba, Saint-Chariton …), beaucoup de chrétiens orientaux se livrèrent à un travail de traduction des textes scientifiques arabes, tout comme les Grecs l’avaient fait autrefois pour les manuscrits scientifiques égyptiens à la bibliothèque d’Alexandrie. De ce fait, l’Europe reste tributaire de l’apport scientifique et philosophie des cultures orientale et africaines, qu’elles soient continentales (l’Empire Ottoman, Cordoue…) ou transcontinentales (Bagdad, Nisibe, Gundishapur, Egypte, Toumbouctou…).

Le rôle des Arabes dans la redécouverte du monde Grec

Ce sont les Arabes qui ont transmis et enrichi le patrimoine grec en Europe, car les Européens ne connaissaient plus le grec. Le premier cours de grec a été donné au 15ème siècle, en Italie, à la période de la Renaissance.

Enfin, la contribution la plus importante des Arabes et des Maures à la médecine est la création et l’entretien d’hôpitaux. De nombreux concepts de cette époque sont encore utilisés dans les hôpitaux actuels.

En orient, le premier observatoire fut réalisé par le calife Ma’mum (813/832 ) à Bagdad, aux environs de l’année 830, soit près de 13 000 ans après l’observatoire africain de Nabta Playa où le calendrier de 365 jours et 12 mois fut inventé par les Anous (peuple soudanais, fondateur de l’Egypte ancienne). Reste que le plus important est que le savoir se soit transmis, encore faut-il décider une bonne foi pour toute en Occident, si le but de la recherche et de l’enseignement est de légitimer la destruction de la planète pour remplir son compte bancaire.

 

 

Références bibliographiques

(1) L’essentiel de l’inteligenstia grecque se trouvant en Asie Mineur et non pas en Grèce continentale, il était facile pour les Arabes, de récupérer les éléments majeurs de la pensée grecque.

(2) L’influence de l’Islam sur l’Europe médiévale. Paris, Geuthner, 1974.

(3) Le Monde de l’Education, Paris, n°23.

(4) Les dernières recherches à propos du terme « ijazah » ont démontré non seulement qu’une expression très similaire à celle que suggéra Guillaume était en usage dans des documents arabes de même type, mais aussi que cette expression était employée exactement dans le sens voulu pour son étymologie proposée. La première «ijazah» (conservée dans un manuscrit de l’université de Cambridge), dans laquelle on trouve l’expression « bihaqq al-riwaya », date de l’année 1147; or, on ne trouve pas le terme « baccalaureus » en Europe, employé dans le sens « licencié », avant 1231, année où le système des degrés universitaires fut établi par la bulle « Parens scientiarum » du pape Grégoire IX. Il paraît donc probable que le terme bachelier est dérivé de l’expression en usage dans les diplômes de l’université islamique.

The Year Book of Education, 1957, Evans Brother», Londres.

 

Source: maatiou

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