Origine d'EXCALIBUR - UNE HISTOIRE AFRICAINE

Origine d’EXCALIBUR : UNE HISTOIRE AFRICAINE (KONGO de Dibombari MBOCK, pp. 317-320.)

La légende d’Arthur et les Chevaliers de la Table Ronde offrent une occasion de préciser cette tradition sortie du Continent noir. La quête du Graal constitue l’aventure principale des Chevaliers de la Table Ronde. Lancelot, l’un des protagonistes de ces récits, montre des traits qui le rapprochent sensiblement du personnage d’Horus (Hr). Il est élevé sous un lac par une fée, comme Horus (Hr) l’est par Isis dans le marais de Chemmis. Le motif principal de ce personnage est l’amour qu’il voue à la reine Guenièvre, épouse du roi Arthur. Or, le terme « Arthur » n’a pas d’étymologie dans les langues germaniques, ce qui nous fait croire qu’il s’agit d’une altération du nom Hathor, une réification pour désigner la déesse, propriétaire du royaume. La reine Guenièvre n’en est qu’une figure, au même titre que le roi Arthur.

Le nom Guenièvre dérive du Gallois “Gwenhwyfar” que nous faisons correspondre au négro-égyptien “nen-nufer” désignant la fleur de lotus à l’origine du français nénuphar. La fleur de nénuphar, attachée à la figure d’Isis (3s.t) et Hathor (Hw.t Hr), symbolise la vierge qui attend d’être fécondée dans les traditions du Mandé (Hampaté Bâ) : « À ce titre, écrit Hampaté Bâ, elle est comparée à une coupe cosmique prête à être remplie. Les premières pluies de l’année sont considérées comme une semence céleste qui vient remplir cette coupe. Pour les Peuls et certaines sectes des religions mandingue, la fleur symbolise l’amour; elle a une analogie étroite avec la conception. Les Peuls et les Dogons considèrent les fleurs de nénuphar comme symbole du lait maternel (…) Le nénuphar symbolise également la naissance pure et la moralité exempte de tache.

La légende peule fait invoquer aux salatiguis le nénuphar des ancêtres dont les semences ont été apportées d’Égypte par des diasporas anciennes. Les femmes de Heli et Yooyo por-taient au cou une guirlande de fleurs de nénuphar et ornaient les tresses de leurs cheveux avec cette fleur » (cité par Moussa Lam in Les Chemins du Nil, p. 57). L’étymologie que nous établissons dans ce paragraphe est confirmée par l’anglais Jennifer (= nen-nefer) qui correspond à Guenièvre (en cornouaillais). La couleur blanche reconnue à la figure de la reine Guenièvre (« la dame blanche »), est celle de la fleur de nenuphar ou lotus. Geneviève est une forme attestée du même nom (Jennifer); le nom de la ville de Genève aussi est construit sur la même racine “*ĝenu” signifiant « genou »; le nenuphar désigne les genoux de la Mère Divine, lieu où prend place l’enfant-roi Horus (Hr) que l’on trouve aussi représenté sur une fleur de lotus. L’image du lotus et de la mère allaitante se confondent parfaitement et relèvent d’un même symbolisme né sur les berges du Nil et porté en Europe par la chevalerie éthiopienne. La « coupe cosmique » de la tradition du Mandé a pu symboliser le Saint-Graal. Guenièvre sera sauvée des griffes du méchant Méléagant qui la tenait prisonnière dans un château. Ce récit évoque le sempiternel combat opposant Seth et Horus (Hr). Le fils de Lancelot, modèle du chevalier, se nomme Galaad, c’est-à-dire « faucon ». La Table Ronde et les douze principaux chevaliers sont une référence au cycle solaire. Le Graal quant à lui correspond au centre spirituel de ces chevaliers auxquels des auteurs ont donné de nombreuses aventures, il est le pivot autour duquel s’organisent les aventures.

Robert de Boron, auteur d’un poème sur le Graal au 17e siècle, est le premier à avoir introduit l’histoire de l’épée dans le rocher associée à la figure du roi Arthur. Saxum est le terme latin qui désigne le « rocher », construit à partir de seco qui signifie « fendre », « ouvrir », « séparer », « traverser par le milieu ». Ce vocabulaire est bien sûr associé à la traversée du lac que l’on retrouve dans les traditions endogènes des peuples kémites et avec le personnage biblique de Moïse. Saxum est à l’origine du terme Saxon qui désigne le peuple auquel se rattache l’histoire d’excalibur et du roi Arthur. Le terme allemand sachs ou sax du vieil anglais seax désigne « une épée »; ainsi, excalibur renvoie à une épée (sax) dans la pierre (saxum). Et si l’on se penche de manière plus précise sur l’étymologie du mot excalibur, force est de constater aussi l’incertitude des origines de ce mot dans les langues indo-européennes. Plusieurs significations sont avancées, or une étude même liminaire permettrait de voir à quoi ce mot renvoie. Excalibur est constitué de deux termes ex- signifiant « sortir », « provenir de », et caliber, « calibre » de l’arabe qalib qui se rapporte au moule, au modèle, à la conformité, terme qui offre une proximité sémantique avec le tshiluba kàleejilà, « personne qui montre l’exemple », « le modèle ».

Le calibre est la juste mesure, la règle, la loi; rappelons que Seth aura calibré le cercueil au mesure d’Osiris (Wsir), ex-caliber signifie sortir du moule qui ici se trouve dans l’image du sarcophage, il s’agit d’une résurrection, « la traversée », qui fixe l’origine mythique des Saxons; la Maât est le concept qui soutient cette mythologie. Cette analyse se trouve confortée par le nom perse attribué au calibre qāleb (moule, coffrage). Caleb signifie chien en sémitique et désigne la constellation du Grand Chien. Rappelons ce que note Charles-François Dupuis à ce sujet: « On distingue dans cette constellation (Grand Chien) plusieurs belles étoiles, et une entre autres de la première grandeur, la plus grosse et la plus brillante de tout le Ciel. C’est le fameux Sirius, dont la lumière est nuancée de mille couleurs, comme celles du diamant. On l’appelle l’astre par excellence; c’est l’astre suivant la théologie des Mages, qu’Ormusd a mis à la tête de toutes les Étoiles du Ciel pour les surveiller. On lui donne vulgairement le nom de Canicule, quoique ce nom convienne mieux au petit Chien. C’est cette canicule, qui, se trouvant en conjonction avec le Soleil, est censée doubler l’activité de ses feux et des ardeurs solstitiales.


Elle prend en particulier le nom de Chien, qui appartient à la totalité de la constellation. Son éclat brillant, sa grosseur, la masse de lumière qu’elle lance, lui font partager la dénomination de Seiros, que les astronomes donnent à tous les astres étincelants, et la constituent, suivant Horus Apollon, comme la Reine du Ciel. Les Égyptiens la nomment Sothis, l’Astre d’Isis, et les Grecs, l’Astre du Chien, continue le même auteur. On donne le nom d’Isis spécialement à l’Étoile brillante de la tête, au lieu que Sirius est l’Étoile grosse et brillante de la mâchoire ou de la langue du grand Chien. Cependant quelques auteurs donnent la même qualification d’astre d’Isis au grand Chien, en général, et en particulier même à Sirius. Vettius Valens nomme cette cons-tellation Sirius, et Sêth, le Violent. (…) Les principaux noms du Chien, tels que les rapportent Blaeii, Bayer, Riccioli, etc., sont : Canis magnus, alter, secundus, sequens, Australior, Dexter, Aestifer, Acer Autumni Canis, Sydus Fervidum, Invidum agricolis, Harpalagus; Loelaps, Isis, Isidis sydus, Sothis, Sothonis, Seth, Sirius, Osiridis sydus, Anubis, Canis sydereus, Solechim, Astrum Moera, Moera, Aster Oporinos, ou Astrum autumnale (…) » (Origine de tous les cultes…, p.168-169).

Sothis est le nom grec de Sopdet, personnification de l’Étoile Sirius (étoile du Chien) qui symbolise la crue du Nil et coïncide avec le lever héliaque, le début du calendrier négro-égyptien. Notre analyse se précise encore davantage avec les conclusions d’A.-Y Goguet : « Si d’Homère, écrit-il, nous passons à Hésiode, on verra que le nombre de constellations connues des Grecs n’était pas augmenté de son temps. Ce poète ne fait mention que de celles dont il est parlé dans Homère. Car Sirius et Arcturus dont les noms se trouvent dans ses poèmes, et dont on ne voit aucune trace dans ceux d’Homère, ne sont que deux étoiles particulières, qui font partie du grand Chien, et l’autre du Bouvier. » (De l’origine des lois, des arts et des scien-ces…vol.2, p.249). Le Bouvier (Bootès) dont fait partie Arcturus est le gardien de l’Ourse encore appelée Chien de Typhon, constellation qui, d’après Alexandre Lenoir, présidait à la mort d’Osiris (Wsir); Dupuis l’identifie au porc (Seth).

 

Amenhemhat Dibombari

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