Nos ancêtres les Yorubas

Nos ancêtres les Yorubas

Le terme Yorouba décrit à la fois un langage et une tribu vivant entre le Nigéria et la République populaire du Bénin, dans une région couverte de forêts et de savanes.  Les Yorubas sont l’ethnie dominante du sud du Nigéria, ils sont chrétiens pour plus de la moitié, musulmans pour environ un quart, le reste suivant généralement des croyances indigènes.

L’aire culturelle yorouba occupe géographiquement le sud-ouest du Nigeria ; elle est limitée au nord par le grand fleuve Niger, au sud elle s’ouvre sur l’océan par la ville de Lagos (Eko en yoruba) qui fut autrefois le plus grand port de traite du Golfe de Bénin.

Divisée à l’époque pré-coloniale en unités politiques indépendantes, cette région présente une diversité et une richesse artistiques dont le rayonnement et la réputation sont inégalés. Au nom de la ville d’Ifé restent attachées les spectaculaires découvertes archéologiques de ce siècle qui illustrent le classicisme d’une tradition sculpturale ancienne aujourd’hui admirée comme l’une des plus extraordinaires productions artistiques du continent noir.

L’utilisation du terme yorouba, dérivé d’un mot haoussa qui désignait les yorouba du royaume septentrional d’Oyo, date du milieu du XIXe siècle, époque où il fut popularisé par les missionnaires. C’est surtout en faveur du royaume d’Oyo, qui étendit son hégémonie sur une grande partie de la région au XVIIe et XVIIIe siècle que s’est écrite l’histoire des yorouba.

La langue yorouba n’est pas homogène sur tout le territoire : elle est constituée de dialectes qui forment trois familles principales. La ville d’Ife demeure cependant pour l’ensemble des yorouba le lieu d’origine du monde et de la religion yorouba à travers le mythe fondateur commun d’Oduduwa à qui Olodumare, le dieu suprême qui donna la puissance et la sagesse aux divinités secondaires (orisa) après les avoir créées, donna les instruments de la création du monde. Oduduwa reçut de ses mains un sac de terre, deux cents pigeons pour l’étendre, deux cents poulets pour l’éparpiller, deux cents caméléons pour en tester la solidité et deux cents chaînes pour qu’il puisse effectuer sa descente sur terre depuis le ciel, Orun, où résident les divinités.

Ile-Ife, étymologiquement « la terre qui s’est étendue » est le lieu où Oduduwa posa le pied, devenant donc le premier roi (Ooni) de la ville d’Ife. C’est à partir d’Ife que l’humanité se dispersa peuplant les continents.

Ayant depuis le XVème siècle constitué la quasi-majorité des esclaves exportés en Amérique du sud, aux Caraïbes et à Cuba, les Yoroubas bénéficient aujourd’hui d’une importante diaspora, particulièrement solidaire au niveau international. Bénéficiant souvent d’un niveau de formation élevé, ils sont aujourd’hui très présents à tous les niveaux de la vie nigériane -politique, économique, administratif, culturel.

 

Source:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Nigeria
http://www.african-concept.com/art_africain_masque_du_nigeria.htm
http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Nigeria

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LA RELIGION ET LES DIVINITES

 

Un monde surnaturel 

Les Yoruba sont unis par leur religion traditionnelle. Être suprême, le dieu du Ciel Olorun est l’origine de tous les êtres. On ne le représente jamais, on ne lui rend aucun culte. On ne peut s’adresser à lui sans la médiation de nombreux dieux secondaires, esprits et génies, qui s’occupent des différents aspects du monde. Dieux des rivières, des montagnes, des arbres… ils régissent les affaires humaines. Certains sont des ancêtres très vénérés. Le système religieux (Aujourd’hui, la religion islamique est la plus répandue dans le pays, suivie par le christianisme et par la religion traditionnelle, qui subsiste encore dans certaines régions.) repose en effet sur l’immortalité de l’âme et sur un mode de réincarnation qui accorde une grande place à la responsabilité : Olorun juge les actions du mort, dont il détermine ainsi la nouvelle vie sur terre. Toutes ces entités peuplent un monde invisible et surnaturel, dynamique et vivant.

Seuls les sorciers savent passer dans ce monde effrayant. Ils maintiennent l’ordre en gérant le divin et le surnaturel et sont les garants de l’organisation sociale. On les appelle ainsi parce qu’ils travaillent dans le secret et ont le pouvoir de manipuler la nature et d’apaiser les divinités en colère. Ils volent la nuit, se changent à leur gré en chat, en chauve-souris, en rat… Ils peuvent être en deux lieux à la fois, voyager dans le temps… Hommes ou femmes, ils appartiennent à une confrérie. Ils sont les « sorciers blancs », bienfaisants et guérisseurs. On les respecte et on les craint. S’il arrive qu’un sorcier utilise son pouvoir à mauvais escient – il devient un mangeur d’âmes, un « sorcier noir » car il agit dans la nuit – sa confrérie le punit sévèrement : traduit en public, il est contraint à l’exil ou lapidé par des enfants.

La fête de Gelede

Toute sculpture yoruba est chargée d’une signification importante. Masques et statuettes sont liés à une divinité. Le masque gelede appartient à Gelede, qui régit l’ordre du monde et la fertilité de la terre. Le dieu a son propre temple et son culte n’est célébré que par ses adeptes. Sa fête, réservée aux hommes, se déroule en plein jour une fois par an. Elle commence par une bénédiction des fruits de la terre et par des sacrifices d’animaux dans le couvent du dieu. On appelle ainsi sa bienveillance sur le village. L’événement donne aussi l’occasion de se réunir autour d’un grand repas.

La danse associe les rites appropriés à la magie, aux percussions, aux costumes et aux sculptures. Les « masques »  gelede portent des vêtements de femmes et peuvent représenter une vaste gamme de caractères, aussi bien masculins que féminins. Vêtus de riches costumes chamarrés, les hommes dansent en couple. Ils portent le masque sur le front, ce qui leur permet de voir à travers l’étoffe qui les cache entièrement.

MASQUE YOROUBA GELEDE

 

Le Santeria 

Le santería (la Voie des saints) est un mélange de rites catholiques et africain (yoroubas) qui se pratique depuis toujours à Cuba. Lorsque les Africains arrivèrent à Cuba, l’Église catholique s’empressa de leur inculquer les rudiments de la religion et de les baptiser. Les Africains firent des rapprochements entre les deux religions : le Dieu créateur catholique, entouré de saints qui intercèdent auprès de lui en faveur des hommes, n’était pas sans rappeler le Créateur Oludamare et ses orishas (divinités moins importantes), qui aident les fidèles à trouver et à accomplir leur destinée. Les saints catholiques furent donc considérés comme des manifestations des orishas.

Sources: http://www.archeographe.net/afrique/communiquer_invisible_religion_traditionnelle_yoruba_article96.html

http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Cuba


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Aujourd’hui, la religion islamique est la plus répandue dans le pays, suivie par le christianisme et par la religion traditionnelle, qui subsiste encore dans certaines régions. Les propos suivants font état de la religiosité traditionnelle du début du XX siècle, lorsqu’un pourcentage très élevé de Yoruba adhérait encore à cette croyance.

Le système religieux est basé sur l’immortalité de l’âme et sur la réincarnation. Les bonnes et les mauvaises actions d’un Yoruba, pendant sa vie sur terre, sont jugées à sa mort par le dieu suprême OLORUN. De son jugement dépendront les conditions pour une nouvelle vie sur terre.

OLORUN est le dieu suprême créateur. Il n’est représenté ou peint sous aucune forme et aucun culte ne lui est voué. Il est la règle abstraite, l’origine de tous les êtres. Il n’a pas d’attributs et il n’accepte pas de sacrifices. Cependant son existence n’est ni contestée ni mise en question.

OLORUN

 

Il y a aussi des divinités appelées génériquement ORISHA. Certaines d’entre elles sont importantes et d’intérêt général, comme:

SHANGO, le dieu du tonnerre et de la foudre, qui est représenté avec le symbole de la double hache.
SHANGO
ESHU, le magicien, le sorcier, le maître des forces du mal et du pouvoir magique des sorcières. Il est capable de protéger les humains de ces démons.  SHOPONA, le dieu de la vérole, est le plus craint parmi les ORISHA, car il est capable de décimer la population de régions entières. Il a un grand nombre de disciples et il est vénéré car on le craint. C’est le seul dieu qui peut infliger des maladies, surtout la vérole, mais qui peut aussi les soigner et, avec l’aide du dieu ESHU, il peut influencer la magie des sorcières.
ESHU
OGUN est le dieu du fer et de la guerre. Il est adoré par tous ceux qui utilisent le fer comme instrument de travail, donc aussi par les sculpteurs sur bois, qui utilisent des instruments en fer pour travailler. Beaucoup de sculpteurs, avant de commencer un travail important, avaient l’habitude de lui faire une offrande pour obtenir son aide.  Outre ces importantes divinités, il y a au moins quatre cents ORISHA, et chaque famille vénère sa propre divinité, à laquelle elle offre des animaux en sacrifice. En échange, l’ORISHA choisi s’occupe de la famille, en offrant toujours une aide spirituelle et souvent aussi matérielle.
OGUN

LE CULTE DES ANCETRES 

Les Yoruba, fidèles à leur tradition religieuse, croient à l’immortalité de l’âme et à la réincarnation de chaque être humain. Cela signifie que les âmes des morts reviennent sur terre dans le corps des nouveau-nés, normalement dans leur propre famille, en sautant deux ou trois générations. Croire à la réincarnation signifie que la mort n’est pas un départ définitif, mais simplement un intervalle de temps entre la mort et une nouvelle vie dans un autre corps.

Pour cette raison, le vieux Yoruba attend sa mort paisiblement, car il sait que dans l’autre monde son âme immortelle restera en contact avec sa famille; il sera ainsi capable de participer à la vie quotidienne et d’influencer les destinées de sa famille. Son retour sur terre sera accéléré si les membres de sa famille prient et offrent régulièrement des animaux en sacrifice pour son âme. Cette croyance lie les jeunes aux vieux pendant leur vie sur terre. En effet, les plus jeunes ont beaucoup d’égards envers les anciens et cherchent à obtenir leur soutien après leur mort; les anciens de leur côté sont aimables et agréables envers leurs jeunes frères, afin de revenir le plus rapidement possible sur terre après leur mort.
La prospérité d’une famille dépend donc du bien-être de ses ancêtres. Dans ce but on construit des sanctuaires particuliers, où l’on adresse des prières aux ancêtres et où on leur offre des sacrifices. Le sanctuaire ancestral permet aussi un dialogue entre les morts et les vivants. Un dialogue qui devient très important et fréquent surtout lors d’événements significatifs, comme les maladies, les accidents, la récolte, la sécheresse, ou le malheur.

L’union des morts et des vivants est fêtée par toute la population Yoruba pendant les festivals d’EGUNGUN. Pendant quelques jours, au printemps, des danses avec des masques particulièrement élaborés ont lieu dans plusieurs villages en l’honneur du culte d’EGUNGUN. Ces masques représentent les âmes des morts; le danseur est possédé par l’âme d’une personne morte qui attend encore sa réincarnation; ainsi cette danse est le témoignage d’une union entre les vivants et les morts provisoires.

LES SORCIERES 

Les malheurs et les maladies sont attribués aux pouvoirs magiques des sorcières. Un Yoruba ne se sentira jamais responsable de ses propres malheurs.
Chaque individu peut être l’objet d’un sortilège maléfique. Généralement une sorcière jette un sort pour porter malheur à une personne, rarement à une famille. En effet, les sorcières sont incapables de provoquer des catastrophes naturelles ou des épidémies qui frapperaient une tribu entière. Seul SHANGO, le dieu du tonnerre, ou SHOPONA, le dieu de la vérole, possèdent ce pouvoir.

Si un Yoruba s’aperçoit qu’il a été frappé par les pouvoirs magiques d’une sorcière – cela peut se manifester par un cauchemar, par un mal de tête au réveil, ou par une sensation de tristesse et de malheur – il doit interroger le BABALAWO, le prêtre IFA, responsable religieux du village. Ce dernier consulte l’oracle d’IFA et prescrit un antidote suffisamment puissant pour combattre le pouvoir de la sorcière. Evidemment, ces consultations et ces prescriptions sont coûteuses.
Si un Yoruba n’a pas les moyens nécessaires pour se payer les services d’un BABALAWO, seule une vie honnête le préservera des méfaits d’une sorcière. Les pouvoirs du mal n’attaquent pas les saints ! Un autre moyen pour se protéger des sorcières est de devenir membre d’une Communauté de Culte, c’est-à-dire d’une communauté avec une grande connaissance de la magie noire et qui possède donc tous les meilleurs antidotes. La Communauté de Culte la plus puissante et la plus connue sur le territoire Yoruba est la société secrète des OGBONI. Celle-ci a toujours exercé des pouvoirs dépassant largement ses fonctions magiques et religieuses: en effet elle désignait les rois, dictait et abolissait les lois. Quiconque perdait sa faveur, et quelle qu’ait été sa position sociale, était immédiatement empoisonné en public: les chefs OGBONI envoyaient une tasse de poison chez le malheureux, avec l’ordre d’en boire le contenu, et aucun cas de désobéissance n’est connu. Naturellement entrer dans une Communauté de Culte aussi grande et reconnue coûte cher. Pour cette raison, de nombreuses petites communautés locales se sont formées, qui offrent une aide modeste aux victimes ensorcelées, à des prix plus modiques.

LES JUMEAUX 

Autrefois, la naissance de jumeaux était considérée comme un événement inexplicable et elle était accompagnée de superstitions diverses. Ce phénomène était expliqué par une double paternité (deux pères différents), qui prouvait en même temps l’infidélité de la mère. Cette croyance engendrait donc le meurtre de la mère et des enfants.

En effet, les Yoruba croyaient qu’aucun être humain ne pouvait engendrer deux êtres humains à la fois. Donc, ils considéraient les jumeaux comme des êtres mystérieux, surnaturels, qui portaient malheur à leurs familles. Par conséquent à leur naissance, les deux jumeaux étaient tués et leur mère était rejetée du village.

Changement d’attitude envers les jumeaux Dans le monde, il y a une naissance gémellaire toutes les quatre-vingt naissances. Dans le territoire Yoruba, il y a une naissance gémellaire toutes les vingt-deux naissances.
Cela signifie qu’avec l’élimination de tous les bébés jumeaux, qui étaient considérés comme des êtres possédés par les esprits du mal, les Yoruba avaient un taux d’accroissement démographique beaucoup plus bas que les autres peuples africains.

Pourtant cette décimation allait à l’encontre de la tradition des Yoruba. En effet, avoir un grand nombre d’enfants était le garant d’une vieillesse sans souci.
On ne sait pas quand exactement les Yoruba changèrent leur attitude face aux jumeaux. Une légende raconte, qu’il y a cent ans environ, une grande tristesse régnait dans les villages et dans les âmes de ses habitants. On consulta alors l’oracle d’IFA qui ordonna d’arrêter les meurtres des jumeaux et de les honorer dorénavant.

Une autre histoire raconte que le légendaire roi Yoruba AJAKA, frère du dieu SHANGO, arrêta le meurtre des jumeaux, après que sa femme eût mis au monde deux jumeaux.
Quoi qu’il en soit, la situation et l’attitude face aux naissances gémellaires changea radicalement bien que lentement dans la première moitié du XIX° siècle. Petit à petit, les Yoruba commencèrent à croire que les jumeaux possédaient des pouvoirs surnaturels et qu’ils étaient capables d’apporter le bonheur, la santé, et la prospérité dans leurs familles. On devait donc les traiter avec respect et considération, leur donner les meilleurs aliments, les vêtements et les bijoux les plus beaux, et les combler d’attentions.

A leur naissance, on célèbre une fête, à laquelle prend part tout le village, et même parfois la population des villages voisins. Il s’agit d’une fête en l’honneur de la mère qui a accouché, ainsi qu’en l’honneur de toutes les mères de jumeaux. Une danse, réservée exclusivement à elles, est au centre des festivités, et certains mouvements de cette danse illustrent des demandes spécifiques de prospérité, de bonheur, de santé pour les jumeaux, de même qu’une protection contre le pouvoir maléfique des sorcières.

Quelques jours après la naissance des jumeaux, le BABALAWO, c’est à dire le prêtre du village, rend visite aux nouveau-nés et il les voue à l’ORISHA IBEJI. Ensuite, il conseille à la mère les aliments recommandés, lui indique les jours de mauvais augure de la semaine ainsi que les animaux dangereux et les couleurs à éviter.

Source: Les Yoruba et les Ibeji

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