L'ancien président mexicain Felipe Calderón lors de l'événement "Rencontre Méxique indigène, nouvelle aurore" en 2009. Crédit : Alfredo Guerrero/Gobierno Federal/Flickr/CC

Non, nous ne sommes pas “tes” indigènes !

Le racisme anti-indiens n’est pas une nouveauté au Mexique… Plusieurs affaires graves et récentes ont scandalisé le pays. Mais peut-être faudrait-il commencer déjà par changer de façon de s’exprimer, affirme ce journaliste.

Et si nous qui appartenons à quelques-uns des peuples indigènes [du Mexique] commencions à employer l’expression “nos peuples métis” pour désigner la population majoritaire du Mexique que se passerait-il ?

Ou si, au nom de je ne sais quelle discrimination positive, on affirmait : “Mais comme les sonorités de ta langue espagnole sont belles et poétiques”, en rajoutant “ta langue ancestrale, millénaire”, que se passerait-il ?

Il y aurait beaucoup à dire sur la manière dont nous qualifions les langues indigènes et les peuples qui les parlent. La discrimination est l’un des maux sociaux sur lesquels nous devons réfléchir au Mexique. Il commence à prendre des proportions inquiétantes.

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Depuis plusieurs semaines, la question indigène est très présente sur les réseaux sociaux, qui diffusent des articles de presse relatant des faits scandaleux. Ainsi, des femmes ont dû accoucher en dehors d’hôpitaux qui avaient refusé de les admettre, ou encore des patients ont perdu la vie à l’intérieur ou à l’extérieur de tels centres de soin.

Irma López Aurelio, une Mazatèque, a accouché en dehors d’un hôpital public de San Felipe Jalapa de Díaz (Etat d’Oaxaca), les médecins ayant refusé de la prendre en charge.

José Sánchez Carrasco [un ouvrier agricole de 38 ans] est mort après être resté cinq jours dans la cour d’un hôpital de Guaymas (Sonora). Il était originaire de Guachochi (Chihuahua). Or, comme 70 % de la population de cette petite ville appartient au peuple indigène rarámuri, il est très probable qu’il était d’origine rarámuri, mais personne n’a vérifié.

Susana Hernández Gómez, une Tzotzil de 26 ans, est arrivée le vendredi 5 octobre à l’hôpital de la Femme de San Cristóbal de las Casas. Les contractions avaient déjà commencé. Quand elle est entrée, le personnel hospitalier a annoncé à ses proches qu’elle présentait une tension artérielle importante ; le lendemain matin de bonne heure, on les a informés qu’elle avait subi une césarienne et que tout s’était bien passé. A 11 heures du matin, ils apprenaient que Susana était morte des suites d’une complication pendant l’opération. M. Hernández, père de la jeune femme décédée, a expliqué que les médecins avaient réalisé trois gestes chirurgicaux sur sa fille : césarienne, extraction d’un calcul biliaire, ligature des trompes. Toutefois, aucun membre de sa famille n’a eu connaissance de ces interventions ni n’a autorisé qu’on les pratique. Le seul document qu’a pu présenter l’hôpital était “l’autorisation” de Susana sous forme d’empreinte digitale, alors même que cette femme savait lire et écrire.

 

Indigène, étudiante en doctorat, vaut-elle plus que les autres ?

Le dernier cas devenu viral sur Internet est celui du café Oh la lá !, de San Cristóbal de las Casas, qui a refusé de laisser entrer une indigène Maya K’iche’ du Guatemala. La plupart des médias ont relaté cet incident en soulignant que “l’indigène, étudiante en doctorat, avait été prise pour une vendeuse ambulante”. Pas besoin d’une telle aide, mon pote ! auront répliqués certains indigènes. Le fait d’être étudiante en doctorat aggrave-t-il son cas ? La discrimination est-elle plus grande si on a fait des études ? Ou est-elle justifiée à l’encontre de ceux qui n’en ont pas fait ? Si une Tzotzil de San Cristóbal de las Casas veut entrer dans un café, elle devrait avoir le droit de le faire, surtout au Chiapas. Mais le fait qu’on précise qu’elle est en doctorat en dit long notre échelle de valeurs. Nous devrions faire appel à notre réflexion et à notre sensibilité.

Certes, nous savons qu’il existe des institutions et qu’elles devraient faire leur travail de vigilance, et aussi qu’elles devraient avoir le pouvoir de sanctionner. Mais que peut-on en attendre ? Un spot publicitaire diffusé par la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) parle de “nos peuples indigènes”, comme s’ils étaient sa propriété. Ce qui équivaut, dans certains milieux mexicains, à dire “ma bonne fait partie de la famille, on la laisse même s’asseoir à table avec nous”.

Voilà où nous en sommes. Donc, je le répète, nous devons faire appel à notre réflexion et à notre sensibilité.


Il n’y a pas de langues ni de cultures supérieures. Il y a des raisons historiques qui expliquent la manière dont se sont construites au fil du temps les relations de pouvoir. Je terminerai en paraphrasant [le poète persan] Rumi. Tu possèdes deux boutiques ? Laisse ouverte celle où l’on ne vend pas d’hameçons si tu veux être un poisson qui nage en liberté.

Et si nous qui appartenons à quelques-uns des peuples indigènes [du Mexique] commencions à employer l’expression “nos peuples métis” pour désigner la population majoritaire du Mexique que se passerait-il ?

Ou si, au nom de je ne sais quelle discrimination positive, on affirmait : “Mais comme les sonorités de ta langue espagnole sont belles et poétiques”, en rajoutant “ta langue ancestrale, millénaire”, que se passerait-il ?

Il y aurait beaucoup à dire sur la manière dont nous qualifions les langues indigènes et les peuples qui les parlent. La discrimination est l’un des maux sociaux sur lesquels nous devons réfléchir au Mexique. Il commence à prendre des proportions inquiétantes.

Depuis plusieurs semaines, la question indigène est très présente sur les réseaux sociaux, qui diffusent des articles de presse relatant des faits scandaleux. Ainsi, des femmes ont dû accouché en dehors d’hôpitaux qui avaient refusé de les admettre, ou encore des patients ont perdu la vie à l’intérieur ou à l’exterieur de tels centres de soin.

Irma López Aurelio, une Mazatèque, a accouché en dehors d’un hôpital public de San Felipe Jalapa de Díaz (Etat d’Oaxaca), les médecins ayant refusé de la prendre en charge.

José Sánchez Carrasco [ouvrier agricole de 38 ans]  est mort après être resté cinq jours dans la cour d’un hôpital de Guaymas (Sonora). Il était originaire de Guachochi (Chihuahua). Or, comme 70 % de la population de cette petite ville appartient au peuple indigène rarámuri, il est très probable qu’il était d’origine rarámuri, mais personne n’a vérifié.

Susana Hernández Gómez, une Tzotzil de 26 ans, est arrivée le vendredi 5 octobre à l’hôpital de la Femme de San Cristóbal de las Casas. Les contractions avaient déjà commencé. Quand elle est entrée, le personnel hospitalier a annoncé à ses proches qu’elle présentait une tension artérielle importante ; le lendemain matin de bonne heure, on les a informés qu’elle avait subi une césarienne et que tout s’était bien passé. A 11 heures du matin, ils apprenaient que Susana était morte des suites d’une complication pendant l’opération. M. Hernández, père de la jeune femme décédée, a expliqué que les médecins avaient réalisé trois gestes chirurgicaux sur sa fille : césarienne, extraction d’un calcul biliaire, ligature des trompes. Toutefois, aucun membre de sa famille n’a eu connaissance de ces interventions ni n’a autorisé qu’on les pratique. Le seul document qu’a pu présenter l’hôpital était “l’autorisation” de Susana sous forme d’empreinte digitale, alors même que cette femme savait lire et écrire.

 

Indigène, étudiante en doctorat, vaut-elle plus que les autres ?

Le dernier cas devenu viral sur Internet est celui du café Oh la lá !, de San Cristóbal de las Casas, qui a refusé de laisser entrer une indigène Maya K’iche’ du Guatemala.  La plupart des médias ont relaté cet incident en soulignant que “l’indigène, étudiante en doctorat, avait été prise pour une vendeuse ambulante. Pas besoin d’une telle aide, mon pote ! auront répliqués certains indigènes. Le fait d’être étudiante en doctorat aggrave-t-il son cas ? La discrimination est-elle plus grande si on a fait des études ? Ou est-elle justifiée à l’encontre de ceux qui n’en ont pas fait ? Si une Tzotzil de San Cristóbal de las Casas veut entrer dans un café, elle devrait avoir le droit de le faire, surtout au Chiapas. Mais le fait qu’on précise qu’elle est en doctorat en dit long notre échelle de valeurs. Nous devrions faire appel à notre réflexion et à notre sensibilité.

Certes, nous savons qu’il existe des institutions et qu’elles devraient faire leur travail de vigilance, et aussi qu’elles devraient avoir le pouvoir de sanctionner. Mais que peut-on en attendre ? Un spot publicitaire diffusé par la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) parle de “nos peuples indigènes”, comme s’ils étaient sa propriété. Ce qui équivaut, dans certains milieux mexicains, à dire “ma bonne fait partie de la famille, on la laisse même s’asseoir à table avec nous”.

Voilà où nous en sommes. Donc, je le répète, nous devons faire appel à notre réflexion et à notre sensibilité.

Il n’y a pas de langues ni de cultures supérieures. Il y a des raisons historiques qui expliquent la manière dont se sont construites au fil du temps les relations de pouvoir. Je terminerai en paraphrasant [le poète persan] Rumi. Tu possèdes deux boutiques ? Laisse ouverte celle où l’on ne vend pas d’hameçons si tu veux être un poisson qui nage en liberté.

 

 MARDONIO CARBALLO

Source: courrierinternational

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