Noirs américains en quête d’origines, un juteux marché en vogue

Noirs américains en quête d’origines, un juteux marché en vogue

Les Noirs américains à la recherche de leurs origines sont de plus en plus nombreux. Face à leur demande croissante, de nombreuses entreprises ont vu le jour et promettent de répondre à leur requête grâce aux tests ADN. Un business qui rapporte gros. Contacté par Afrik.com, l’anthropologue sénégalais, Theidel Camara, analyse ce phénomène.

Ne pas savoir d’où l’on vient est un sentiment dur à vivre. De multiples Noirs américains vivant dans cette situation ont décidé d’y mettre un terme. Ces derniers sont en effet de plus en plus nombreux à aller à la recherche de leurs origines africaines. Mais le chemin pour retrouver la terre de leurs ancêtres est parsemé d’embûches. Des difficultés qui ne dissuadent pas ces détectives de la génétique, prêts à tout pour renouer avec leurs racines. Quitte à débourser beaucoup d’argent. Une opportunité qu’ont saisi de nombreuses entreprises pour répondre à leur demande. Elles ont en effet décidé de faire de la recherche aux origines grâce aux tests ADN un véritable business qui peut rapporter gros.

 

En quête de ses racines

Ces groupes promettent donc à leurs clients de leur révéler leur lignée maternelle et paternelle. Jusqu’à il y a cinq siècle ! Ou encore de quelle ethnie ils sont originaires, s’engageant à rétablir leur généalogie. Page manquante de leur histoire. Ces entreprises ne font toutefois pas l’unanimité. D’autant qu’on peut s’interroger sur la fiabilité de ces analyses génétiques, qui ne font pas l’objet de contrôles suffisants. Elles se fondent essentiellement sur les bases de données génétiques recueillies en Afrique, qui constituent des échantillons trop restreints pour établir des filiations si complexes, selon le site d’information Afriquinfos.

Toutefois, ces analyses « permettent aux Afro-américains de renverser symboliquement les traces laissées par l’esclavage en renouant avec leur patrimoine africain », estime Henry Louis Gates Jr, professeur à la réputée université américaine d’Harvard. Un avis loin d’être partagé par l’historien Ibrahima Thioub, arguant que « toutes les sociétés atlantiques – africaine, américaine ou européenne – sont des victoires du métissage. En enfermant les gens dans des catégories, on nie cette réalité ».

 

Privilégier les sources orales


« Il y a sans doute un manque qui pousse ces Afro-américains à faire des recherches sur leur identité d’origines et aussi l’effet de la curiosité », analyse pour sa part Theidel Camara. « On ne peut pas empêcher ces entreprises de faire leur business. Il ne faudrait juste pas qu’il ait des dérives, qu’il y en ait qui profitent de cette forte demande pour soutirer de l’argent à leurs clients », met en garde l’anthropologue.

Theidel Camara préconise aussi les sources orales. « Les griots, les grands parents,… sont des sources très importantes qui peuvent fournir beaucoup d’informations. Il faudrait mettre ces sources orales en parallèle avec les sources écrites. Elles ne garantissent pas d’accéder à la vérité, mais permettent d’être plus proche de la réalité. »

 

Le déracinement conduit au malaise

Il n’y a pas que les Afro-américains qui sont à la recherche de leur identité, rappelle l’anthropologue sénégalais. « De plus en plus d’Antillais aussi sont à la quête de leur identité d’origine. Certains se rendent même au Bénin, en Guinée, ou au Sénégal, pensant qu’ils sont originaires de ces pays-là. » Garder un lien avec ses origines est très important, affirme Theidel Camara. « Lorsqu’il est rompu, l’individu peut ressentir un véritable malaise, explique l’anthropologue. C’est le cas de beaucoup d’enfants qui sont nés et ont grandi en Occident, mais n’ont jamais mis les pieds dans leur pays d’origine. Ils deviennent finalement comme des “handicapés culturels” à cause de ce déracinement. Pour éviter cela, il est vital de rester en contact permanent avec sa terre d’origine », conclut Theidel Camara.

 

Source: afrik.com

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