La statue équestre du « Reiterdenkmal » (Windhoek) datant de l’époque coloniale

Namibie : le gouvernement a ordonné le démontage d’une statue coloniale, ceci déplaît à la communauté germanophone

L‘événement a eu lieu dans la nuit du 24 au 25 décembre 2013 dernier, soit à l’heure où le Nazaréen était censé venir au monde, selon une certaine doctrine. Je ne vous cache pas que j’ai été étonné de ne l’apprendre qu’un bon mois après. Enfin, selon les cas, une information n’est jamais vieille d’autant que celle-ci est extrêmement réjouissante.

La chose s’est passée en Namibie, à Windheok, sa capitale, précisément entre une église luthérienne et un vieux fort (Alte Feste) sur une colline de cette ville. Inutile de préciser que cette église et ce fort sont des constructions coloniales, du temps où l’Allemagne avait occupé ce territoire de plus de 825 mille kilomètres carrés.

C‘est un monument, haut à lui seul de 4,5 m, sur un socle de 5 m (soit un total de 9,5 m) qui a été déboulonné et déplacé. Ce monument (voir photo) représente un homme sur un cheval. Ce cavalier représente les Allemands (civils et troufions) décédés entre 1904 et 1907, quand les « civilisateurs » allemands arrivèrent dans le coin pour massacrer les autochtones (Herero et Nama).

Cet acte que n’importe quel être humain normalement constitué trouverait d’une banalité affligeante (et encore, je trouve les Namibiens gentils…*), a provoqué la réaction des Germano-Namibiens, descendants des massacreurs des Herero et des Nama, des gens qui, jusqu’en 1990, estimaient normal de faire vivre les Nègres du coin sous le joug de l’apartheid. Quand on se souvient que tout l’Occident (à l’exception des communistes) applaudissait à chaque fois qu’une statue de Lénine ou de Staline était déboulonnée dans le bloc de l’Est.

Pour nos enfants, il faut savoir que bien avant de bâtir des camps de concentration en Europe lors de la deuxième guerre ethnique eurasiatique, les Allemands avaient utilisé les habitants de l’actuelle Namibie comme cobayes pour tester leurs géniales trouvailles. En effet, le général allemand Lothar von Trotha (1848-1920) qui y était commandant des forces coloniales en avait fait construire, en 1904. Résultat des courses, de 1904 à 1907, 80% de la population herero et 50% des Nama seront rayés de la carte du monde. À celles et ceux qui comme on débattrait sur le sexe des anges et des archanges en se demandant si le massacre de ces Africains est un génocide ou pas, je renvoie simplement aux mots du chef d’État-major allemand, Alfred von Schieleffen (1833-1913), qui avait pris sa plume, mettant du venin dedans pour écrire, L‘aride désert Omeheke finira ce que l’armée allemande a commencé: l’extermination de la nation Herero. Ce sont des dizaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qui passent ainsi de vie à trépas.

Le tableau que je viens de dresser est évidement un grain de sable dans l’océan de malheurs que les envahisseurs teutons ont apportés à nos compatriotes Herero et Nama. Les choses, évidemment, se sont passées de de manière extrêmement atroce, lors de cette fameuse « mission civilisatrice ». Et c’est ainsi que les descendants (5%) de ces bandits, de ces assassins, qui s’accaparent de 71% de la richesse namibienne, fruit du travail laborieux sans doute de leurs ancêtres, le Nègre étant tellement paresseux.

La réaction de ces fils de colons ne devrait plus surprendre car elle entre dans la logique même du colonisateur qui n’imagine pas, qui ne peut même pas s’imaginer la vie autrement sur cette terre. Dans la tête du colon, qu’il soit esclavagiste, « explorateur », conquistador, « civilisateur » et je ne sais quoi d’autre, tout lui st du sur cette terre. Tout devrait lui être du et quand il y a la moindre résistance, il sort la canonnière et bombarde. Et, quand en face, il n’y a plus de résistance, il dit qu’il a « pacifié ». Le colon crée des mots et les utilise à sa guise. Et quand il se retrouve pris dans ses propres contradictions, il fait des pirouettes et se met à en créer d’autres. Sinon, comment comprendre que les Allemands de l’Ouest aient pu célébrer la chute du Mur de Berlin et aujourd’hui, ils se braquent parce que cette statue a été déboulonnée? Parce que eux, ce sont des Hommes et les autres (les Namibiens) des sous-hommes.


Au lieu de s’estimer heureux qu’ils aient été gardés en vie, sur la terre des ancêtres des autres, avec les richesses issues des conditions que l’on sait, ils osent la ramener en hurlant comme si cela allait de soi qu’un monument aussi honteux soit toujours érigé là.

La décision des autorités de la Namibie ramène sur le devant de la scène, la polémique sur la poignée de monuments qui commémorent la victoire des troupes allemandes contre les soulèvements des Héréro et des Nama au début du XXe siècle.

Quand les Français se sont libérés du joug allemand en 1945, combien d’Allemands ont été épargnés? Combien ont été laissés libres de vivre en France avec les fruits des rapines, vols et autres barbaries? Les Africains dans l’ensemble devraient réfléchir sérieusement aux rapports avec les anciennes puissances coloniales car ce genre de choses ne peut plus durer. On va finir par en arriver à une explosion qui non seulement risquerait de se généraliser mais ensuite qui emportera tout sur son passage car, franchement, l’arrogance et le manque de respect devraient connaître des limites. Parfois.

 

Source : Obambe GAKOSSO

 

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