Metamorphose ou le Retour du Sphinx

Metamorphose ou le Retour du Sphinx

Comment est-il advenu que nous, peuples d’Afrique de ces jours-ci, sommes devenus si ramollis, si tendres sous la dent de grossiers fauves errants ? Nom de dieu ! que notre sang se suce aujourd’hui avec un appétit vorace par n’importe quel rejeton de chacal ! Et ils s’en rincent les palais, de ce sang adouci, en guise d’apéritif au grand festin orgiaque auquel notre être entier, corps et âme, est servi en principal menu gras. Comment en est-on venu au fait que la souche originelle de l’homme sur la terre a perdu son caractère de noble félin pour devenir un agneau docile ? Nous sommes devenus une chair aisément digestible, même pour des intestins de lombric ! Comment du lion sommes-nous devenus des brebis ? Un peuple intrépide devenu un ramassis de couards ! L’espèce noble a disparu de nos rangs. Il y a bien longtemps.

Déclin et anesthésie 

A l’entrée de l’ancien édifice d’administration des douanes des Etats-Unis d’Amérique (US Custom House), dans le port de New York au pied de l’Ile de Manhattan à quelques dizaines de mètres de Wall Street, une dame géante, affaissée dans un trône, et presque dénudée, dort encore profondément sous la surveillance d’un lion placide à sa gauche. Un de ses coudes reste posé sur la tête d’un sphinx à sa droite. Le lion sentinelle à côté du trône, les pattes posées sur des ruines anciennes, donne bien l’air d’attendre seulement le réveille de la dame royale pour la seconder dans une expédition farouche. La dame majestueuse endormie n’est pas seule sur les lieux. Cependant elle est la seule endormie.

Trois autres dames, éveillées, trônent à sa droite. Celle plus proche, plus petite de taille, est assise sur un trône et a un bras posé sur un grand livre placé sur un globe terrestre qui sert d’accoudoir du trône. Proche de cette dernière, une autre dame assise sur un trône, dans une allure très volontaire, tient un flambeau et des récoltes abondantes. Plus loin, à l’extrême droite sur un trône, une dame en accoutrement solennel, l’air détaché, est en méditation transcendantal avec un tigre vif à ses côtés.

Cette sculpture pittoresque dépeint emblématiquement les quatre grands continents que les hommes habitent. L’édifice imposant, style beaux arts raffiné, est une œuvre de Cass Gilbert et la rangée de sculptures icôniques à l’entrée de l’édifice est une œuvre de Daniel Chester French. L’oeuvre est réalisé en 1907, il y a déjà cent ans.

Cette œuvre est un échantillon remarquable, on dira le résumé saisissant de la quintessence intellectuelle honnête du 19eme au 20eme Siècle en ce qui concerne la vision des civilisations dans le monde. Dans l’imagerie présentée, les dames royales éveillées représentent respectivement l’Europe, conquérante du globe et détentrice des connaissances nouvelles ; l’Amérique, porteuse du flambeau de l’humanité et productrice d’abondantes richesses ; l’Asie dépositaire de la spiritualité et de la tempérance. Et évidemment, la seule dame royale qui dort dans cette imagerie symbolise l’Afrique. L’Afrique dort dans un état de déclin. Le lion assis en repos à côté d’elle est sa force physique potentielle. Les ruines sont ses exploits du passé lointain disparus de la mémoire des hommes. Le sphinx est son âme hybride qui incarne la force indomptable et la raison constructive.

Mais combien de temps encore ce lourd sommeil pourra durer ? L’esprit humain sain dort durant un tiers du temps de rotation de la terre autour du soleil quant les ténèbres s’installent, et il s’éveille pendant les deux tiers de ce temps quand la lumière revient. Ce cycle naturel relatif est donc de deux tiers du temps pour le grand labeur et d’un tiers du temps pour le grand repos. L’Afrique a porté le flambeau de l’humanité pendant 6 mille ans, pour dormir ensuite durant plus de 2 mille ans. Le cycle naturel est ainsi déjà bouclé. N’est-il pas temps qu’elle se réveille ? Si le cycle naturel de durées proportionnées d’effort et de repos est bien accompli et que pourtant le sommeil se prolonge, c’est qu’il y a une anomalie. Le prolongement du sommeil ne s’explique que par un manège ; c’est un état de sommeil artificiellement entretenu. En quoi consiste t-il ? C’est l’ignorance politique, la paresse cognitive, la poltronnerie. Alors, qui entretient ce manège ?

Sans détour, on identifie la France-Afrique et ses alliés en premier lieu. Ils entretiennent l’ignorance politique en Afrique en portant au pouvoir des citoyens dépourvus de conscience nationaliste et de vertus morales. En second lieu, la Franc-maçonnerie devenue décadente et ses mesquineries de loges et autres cabales imposteurs entretiennent la paresse cognitive chez nos intellectuels et nos cadres administratifs en émoussant leurs esprits critiques et leur génie créatif. La Religion régnante avec ses dogmes de péché et de paradis, en troisième lieu, cultive dans l’esprit des masses une attitude la démission devant la quête inconditionnelle pour la justice ici et maintenant sur terre. Ce sont là les sources principales de notre anesthésie d’esprit. Il est trop profitable aux fauves qui se gavent de notre sang et de nos trésors. C’est très facile de profiter d’un esprit qui dort sous le poids de la fatigue après un long labeur, mais c’est très malhonnête d’injecter des doses de morphines à cet esprit pour q’il ne se relève jamais afin de profiter infiniment de lui. Mais le peuple Africain devra se réveiller, le Sphinx devra renaître dans sa plénitude et dans sa vraie demeure.

Totémisme ancien et moderne 

Quand chaque peuple prend une pleine conscience de son identité, il sait toujours qu’il est un autre être différent de l’agrégat d’hommes en chair et en os qu’il représente. Ce peuple sent en lui la volonté de ressembler ou d’incarner cet être vivant qui est son modèle et sa source d’inspiration dans sa quête de sécurité et de prospérité. Les peuples archaïques pratiquent cette psychologie collective dans le totémisme. Un exemple archaïque qui perdure chez nous en Afrique en ces temps-ci est celui du peuple Peda (Houeda) du Sud Mono entre le Togo et le Bénin. Les Peda ont adopté le Python royal comme le grand esprit qui incarne l’âme de ce peuple. Le python est le symbole même de la sérénité. Ceci du fait q’un grand serpent par nature doit être un être redoutable, car disposant de la capacité d’une morsure mortelle ou d’étranglement de ses victimes. Mais le python royale est plutôt inoffensif, doux et bienveillant, un être pétri de sérénité et de vie paisible. C’est cette vertu qui fonde idéalement l’âme collective du peuple Peda.

De l’autre côté, l’exemple moderne le plus remarquable est celui du grand peuple Chinois moderne qui conserve son totem millénaire du Dragon. Dans la pensée chinoise, inspirée par l’expérience de la vie pratique, une seule vertu ne suffit pas pour relever les divers défis qui surgissent partout et en tout temps. Alors la Chine a trouvé une combinaison savante de neuf vertus naturelles. Des vertus symbolisées par plusieurs êtres vivants : un corps de serpent portant une tête de chameau avec des yeux de lapin, des écailles de poissons, des pattes de tigres avec des serres d’aigle, des cornes de cerf, un ventre de crabe et des oreilles d’un boeuf. La légende attribue l’invention de cette créature énigmatique à l’empereur Shang Di, premier ancêtre des Chinois. Cette invention antique chinoise qui reste toujours un emblème national populaire est philosophiquement en avance sur tous les autres emblèmes des nations modernes. Les USA on adopté l’aigle à tête blanche avec des flèches entre ses serres. La France utilise officieusement un coq. L’Allemagne a un aigle noir, la Russie a un aigle à deux têtes, le japon a une fleur de chrysanthème, le Togo a deux lions, la Côte d’Ivoire a un éléphant etc,.. Les chrétiens ont adopté l’agneau sacrificiel symbolisé par Jésus cloué sur la croix.


On voit donc que ce qui est totem chez les peuples archaïques devient emblème chez les peuples modernes. L’appellation change mais la fonction anthropologique et sociale ne change pas. La fonction est permanente et il s’agit toujours d’incarner symboliquement une vertu -ou des vertus- vers laquelle le peuple aspire collectivement. Ceci est une tendance générale depuis l’antiquité.

Réincarner le Sphinx ou l’âme hybride antique du peuple Africain

Il est notoire de nos jours que beaucoup de spécialistes de l’Egypte antique s’échinent à déceler le mystère qui entoure le sens existentiel du grand Sphinx qui trône aujourd’hui à côté de la grande pyramide de Kheops (tombe du Pharaon Kuffu). Archéologues, anthropologues, astrologues et historiens de tous genres s’activent autour du sujet sans donner de réponse précise et simple. Cependant, il est curieux de constater que deux grandes institutions qui contrôlent secrètement de grandes sphères géopolitiques et socio économiques de la planète ont adopté discrètement le Sphinx comme emblème. La Franc-maçonnerie et l’Armée Américaine ont tout simplement récupérée le Sphinx pour en faire leur modèle de vertu inspiratrice. Pourquoi cette récupération discrète ?

La réponse se trouve dans le fait que le Sphinx, inventé par les Egyptiens antiques, est le Totem le plus pragmatique de toute l’histoire de l’humanité. Le Sphinx fonde une philosophie profonde qui surpasse objectivement celle du Dragon chinois dans sa fonction anthropologique et sociale. Le Dragon chinois est une combinaison savante mais elle manque de faire l’apanage de la raison. Par contre, le Sphinx fait une combinaison ultra intelligente en couplant l’animal le plus formidable par son courage et sa force à l’animal le plus raisonnable et créatif par son aptitude morale et son intellect. Le Sphinx combine la force féline redoutable du lion à la raison pénétrante de l’être humain. Le Sphinx est dans ce sens la personnification de la connaissance supérieure et du courage implacable : l’Homme Lion.

Quand le plus audacieux et pénétrant philosophe occidental F. Nietzsche chercha à proposer à l’être humain la vertu supérieure qui lui manque pour atteindre le Surhomme, il lui proposa une métamorphose à travers le Chameau, le Lion puis l’Enfance humaine innocente. Il est déductible que la vertu que Nietzsche vient chercher au 19eme Siècle après la naissance de Jésus Christ, les pharaons l’avaient trouvé depuis 3 mille ans bien avant la naissance de Jésus Christ.

Le Sphinx était le Surhomme que les égyptiens avaient conçu comme le caractère de l’homme achevé, le modèle, l’archétype de l’être humain. Le Sphinx a un corps de lion tranquille surmonté d’une tête d’homme de noble rang. Il est l’esprit qui veille sur le pays pour dissuader le malin par la vaillance physique et la sagacité morale. Il est le plus grand monument d’être vivant réalisé en son temps, et il le demeure de nos jours. L’Egypte moderne devenu trop musulman ne nourrit aucune ambition dans le sens de la vertu socio morale du Sphinx. Il en fait tout juste une pièce de musée pour les touristes.

Pour relever ce défi, les courants idéologiques de la renaissance africaine et du panafricanisme doivent considérer sérieusement la réappropriation morale de l’Ame du Sphinx pour en faire l’idéal d’homme vers lequel il faut orienter, éduquer et élever l’esprit des générations nouvelles en Afrique.

Il faut une métamorphose des caractères. Nous Africains de ces temps actuels, nous devons intérioriser et assimiler dans notre mentalité la vertu du Sphinx afin de matérialiser dans les faits sa pleine résurrection en nous. C’est en cela que la dame majestueuse qui dort depuis longtemps en nous, et dépeinte allégoriquement très loin de nous sur un trône au pied de Manhattan non loin de Wall Street, se réveillera concrètement. Et à son éveille elle subira une transmutation qui lui fera prendre corps avec le lion pour une grande expédition épique et lucide contre les viles profiteurs avides de notre sang et de nos trésors.

 

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