Mamadou Dia

Mamadou Dia, l’homme du refus: Artisan de l’indépendance du Sénégal. Profonds désaccords avec Senghor

Il y a des hommes dont la vie, vouée à un destin de servir, est pleine de vertus et d’enseignements. Mamadou Dia (18 juillet 1911-18 juillet 2011) est de ceux-là. Il était, par excellence un homme pétri d’humilité, qui avait mis au premier rang de son action le service.

Ce sacerdoce avait marqué ce «monument incontournable», tout au long de sa vie presque centenaire et « remplie comme un œuf». Une vie traversé par les structures et les statuts les plus contrastés et les plus opposés, face auxquels il est demeuré stoïquement égal à lui-même.

Leopold Sedar Senghor et Mamadou Dia
Leopold Sedar Senghor et Mamadou Dia

 

Sculpté dans un bloc de granit familial, enraciné dans les vertus terriennes de droiture, de franchise, de rigueur, d’intégrité et de fidélité, vertus scellées par une spiritualité excluant tout esprit d’orgueil, il se distinguera par une passion farouche pour la cause des exploités de toutes sortes, en particulier celle liée au combat pour la décolonisation du continent africain et l’avènement de la République du Sénégal.

 

Mamadou Dia a toujours été sensible, depuis sa jeunesse aux problèmes économiques et sociaux des paysans auxquels il s’était frotté depuis 1946. Comme conseiller général à Fatick, avec la création de coopératives, puis à partir de 1948 comme sénateur français impliqué dans diverses commissions techniques de cette Assemblée.

 

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Après le vote de la Loi-cadre, Mamadou Dia fut investi par l’Assemblé territoriale, comme vice président du gouvernement, le 18 mai 1957. Il présida ainsi le premier gouvernement sénégalais. Dans son discours d’investiture, il exprima ainsi clairement sa résolution : «Opposer une résistance farouche à toute tentative d’ingérence dans nos affaires intérieures, à toute pressions directe ou indirecte, à toute manœuvre tendant à aliéner l’indépendance du gouvernement local.»

Cette déclaration n’alla d’ailleurs pas sans conséquences de tous ordres sur le fonctionnement des appareils de l’Etat. Ses premières confrontations nées de la dyarchie des pouvoirs au sommet de l’Etat viendront de là.

Léopold Sédar SenghorDurant la période de la Loi-cadre, période de semi autonomie, une autre question cruciale se posa, celle du transfert de la capitale de Saint-Louis à Dakar. C’est pleine connaissance de cause, conscient de sa responsabilité d’homme d’Etat, que le vice-président Dia, en accord avec Léopold Sédar Senghor et avec son parti, prit la décision stratégique d’opérer le transfert, pour prévenir le risque d’une départementalisation d’une partie du Sénégal qui aurait rendu impossible la marche unie de la nation sénégalaise vers l’indépendance.

Par ailleurs, si Mamadou Dia s’est volontairement absenté de Dakar à l’occasion de la visite du général De Gaulle, le 26 août 1958, c’est en réaction au comportement cavalier de ce dernier. Après avoir défini et tracé les grandes lignes de son discours de réception du général, conformément aux directives de son parti et de son gouvernement, il le confia à son ministre de l’Intérieur, maître Valdiodio Ndiaye, qui délivra le message au général en y ajoutant une phrase au discours qui irrita fortement le général De Gaulle.

Me Lamine Guèye et Gabriel Darboussier, face au général De Gaulle et devant l’enjeu du moment, eurent le même langage que le gouvernement du Sénégal, en des termes plus apaisés : «Un oui n’a de sens que dans la mesure où celui qui le dit a également la possibilité de dire non» (Lamine Guèye).

D’ailleurs, le président Dia eu sa «rencontre historique» à Saint-Louis avec «L’homme du 18 juin». En effet, comment ne pas évoquer le face à face du 12 décembre 1959 entre deux acteurs de la vie politique d’alors, au destins croisés, à l’occasion de la réunion du dernier comité exécutif franco-africain à Saint-Louis ? A ce titre, cette ville fut le lieu ou la dernière page d’une longue épopée coloniale fut tournée par les mains d’un célèbre bâtisseur d’empire, reconverti en évangéliste des temps modernes. Quel destin singulier pour la ville de Mame Coumba Bang qui, trois cents ans après la pénétration coloniale, fut le haut lieu où se célébra la messe solennelle des derniers jours de présence française en en Afrique Noire.


 

Désormais ce fut la marche forcée vers l’indépendance.

C’est ici le lieu de remercier le conseil municipal de Dakar d’avoir eu la pertinence d’esprit rebaptiser le «Boulevard de la République » en «Boulevard Mamadou Dia». Car, en réalité, « le Maodo » (cette autre appellation de Dia) a été le principal acteur de la proclamation de République du Sénégal, le 20 août 1960, après avoir été, avec feu le président Modibo Keïta du Soudan (actuel Mali), le négociateur des accords qui ont conduit à l’indépendance de la Fédération du Mali, le 4 avril de la même année.

Au lendemain de l’éclatement de la Fédération du Mali et la proclamation de la République du Sénégal, c’est donc à juste titre que cet artisan de l’indépendance de notre pays fut désigné pour assurer la charge effective de l’Exécutif de notre première République, en qualité du président du Conseil du gouvernement à qui la Constitution conférait des pouvoirs étendus : celui de choisir les ministres du gouvernement, de déterminer et de conduire la politique de la nation, etc.
Mamadou Dia, investi chef de l’Exécutif, chausse des bottes de plusieurs lieux. En septembre 1960, il va à Paris et signe avec les autorités françaises le transfert des compétences de souveraineté internationale entre le Sénégal et la France. Le 8 décembre 1960, il est à New York devant l’Assemblée générale des Nations Unies ou il déclare : « J’ai l’honneur de vous faire part de notre joie d’entrer pleinement dans le concert des nation et de contribuer à la construction commune d’un nouveau monde ». D’où la reconnaissance du Sénégal comme membre des Nations Unies.

Sur le plan national, il initie le premier plan quadriennal de développement afin de résoudre une double équation. La première consistait à conceptualiser une approche susceptible de générer un développement qui serait pris en charge par les larges masses de la population sénégalaise. La seconde équation était d’élaborer une stratégie de développement centrée sur l’homme, qui génère la croissance, en répartit les fruits et libère le jeune Etat sénégalais de la domination économique étrangère.

L’un des actes majeurs posés par Mamadou Dia durant son passage à la tête de l’Etat aura été, incontestablement, la destruction-construction. Il aura initié les réformes des structures économiques, sociales et administratives qui ont abouti au démantèlement de l’économie de traite, sonnant le glas des comptoirs coloniaux, permettant la libération du monde rural et ébranlant à jamais les fondements de l’économie néolibérale coloniale plus que centenaire – j’invite les chercheurs en sciences sociales, avec le recul, de visiter cette période charnière de notre histoire.

Sur le plan extérieur, Mamadou diversifia les relations de coopération internationale entre le Sénégal et les pays de l’Est, les pays scandinaves, les pays arabes, les pays européens et même Israël.
De sa solide culture économique, depuis les années 1950, et après l’échec de la tentative d’intégration politique avec le Mali, Mamadou Dia se lança à fond dans la politique d’intégration économique des Etat africaines sur le plan monétaire, économique et douanier. On peut dire en toute modestie qu’il a été l’âme de ces réformes sinon, un des plus grands pionniers.

De fait, depuis la semi autonomie de 1957, au moins, Mamadou Dia étais positionné comme « le premier bâtisseur de République, l’architecte et le concepteur de l’armature institutionnelle et administrative » de l’Etat. Le savant Djibril Samb, ancien directeur de l’Ifan, qui porte ce témoignage, va jusqu’à affirmer qu’«on pourrait dire que Mamadou Dia est le véritable père de l’Etat sénégalaise moderne.» Ce n’est donc que lui rendre justice en attribuant son nom à cette allée qui conduit ver le palais de la République, ce symbole de cette même République qui restera à jamais son œuvre.

Comme le disait le poète Birago Diop : «Les morts ne sont pas morts». Mamadou Dia nous a laissé plus qu’un message, un testament qui se résume par une phrase très simple, mais d’une profondeur qui relèves de l’œcuménisme des cultures et des valeurs : « Lève toi et marche ».

C’est une invite à toutes les générations du vingt et unième siècle de s’approprier le progrès et la paix. C’est à dire, inventer de nouvelles méthodes de développement pour le bonheur des populations. Mais surtout nous approprier le réaménagement de la terre afin qu’elle soit la terre de l’humanité toute entière et afin que l’histoire soit désormais notre œuvre commune, œuvre commune de tout les hommes.

Tel est le pari fait par un homme de foi et d’engagement qui vient de nous et qui, cinquante ans après les indépendances, n’a pas vu se réaliser sa promesse de développement traduite dans la vie quotidienne de la grande majorité des populations sénégalaises.

 

Tidiane Dia

* Tidiane Dia est économiste

 

Source: pambazuka.org

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Débat Sur la Crise de 1962 : Le Conflit entre Mamadou Dia Et Senghor

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