Lire Frantz Fanon aujourd’hui

Lire Frantz Fanon aujourd’hui

Pour une grande partie de l’humanité en lutte, Fanon reste présent et éclairant. Cinquante ans après sa mort le 6 décembre 1961, il continue d’interpeller le désordre du monde. C’est que pour ceux qui résistent, derrière l’appropriation des mots de liberté, de justice, de droits des peuples par les tenants de l’ordre impérial et néocolonial, se révèle, dans la misère et l’exploitation, la perma­nence de la laideur du désordre du monde. La domination a changé un peu dans ses formes et tente de violer le sens des mots. Mais pour ceux qui vivent la réalité de l’injustice et la violence, l’aliénation et l’exploitation, la lecture de Fanon aide à décrypter les nouvelles superstitions diffu­sées de manière insidieuse par des médias dont la fonction est de vendre les esprits aux marchands. Le travail de déconstruction de l’ordre établi effec­tué par Franz Fanon est d’une utilité inestimable à l’heure où sous l’injonction des « marchés » des peuples découvrent, dans la douleur, qu’ils sont toujours un « tiers monde », pour ne pas dire des « sous-hommes », pour des oligarchies d’autant plus puissantes qu’elles ne sont plus « nationales ».
 
Fanon n’éclaire pas seulement les rapports de domination qui prévalaient – et prévalent encore – dans une aire géographique que l’on appelait autrefois le tiers monde ; il fait sens également en Europe et aux Etats-Unis où les rapports de domination avec le reste du monde sont reproduits en interne, avec plus d’intensité à partir de la fabrication d’une idéologie de justification et « d’ordre ». Les crises financières et les crises des « dettes souve­raines » – il faut souligner ce mot pour montrer à quel point est fragilisée et vidée de son sens la représentation nationale et étatique au profit du pouvoir de l’argent – sont révélatrices de la permanence des fractures et des techniques de subjugation, d’intériorisation de l’injustice, dans des pays qui se réclament de la démocratie. Par un suprême subterfuge intellectuel, matraqué par des moyens de plus en plus massifs et sophistiqués, on impute les causes des malaises sociaux et des distorsions économiques aux pauvres et aux exclus. Le discours s’articule sur la peur et l’assertion du caractère « naturel » de l’ordre établi et on n’hésite pas, en ce temps où ce sont les peuples – comme c’est le cas en Grèce et en Espagne – qui constituent la variable d’ajustement du système, à relancer le funeste discours populiste. La réponse des tenants du système dominant à la crise est sans finesse, mais elle s’appuie sur des moyens massifs et redoutables. A l’intérieur des frontières, on désigne des boucs émissaires (migrants, fils et filles d’immigrés, gens du voyage, ouvriers, musulmans) et on oppose des pauvres à de plus pauvres. A l’extérieur, c’est encore plus visible, on revient à la vieille politique coloniale de la canonnière en attendant des guerres de plus haute intensité.
 
 

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Et bien entendu, et à ce niveau aussi, Fanon de­meure un implacable dé-constructeur des argumentaires fumeux. Comme hier le colonialisme avançait vêtu du masque de la « mission civi­lisa­trice », cette politique brutale est drapée du nec plus ultra des concepts humanistes, comme l’éradi­cation de la pauvreté ou le « devoir de protéger » des populations contre les tyrans. On occultera bien entendu – cela déparerait – le fait que ces tyrannies ont été installées et défendues par ceux-là mêmes qui se piquent au­jourd’hui de défendre les peuples. Les indépendances en Afrique et dans le monde arabe sont globalement un échec et les élites qui ont exercé le pouvoir portent une im­mense responsabilité. Mais ce n’est en rien réduire le poids de cette responsabilité que de souligner le rôle majeur et déterminant des centres de pouvoir occidentaux, que ce soit à travers les structures officielles ou, plus généralement, à travers les ré­seaux infor­mels d’autant plus nuisibles qu’ils ne sont tenus par aucune règle. Il n’est donc pas surprenant aujourd’hui de constater que cet échec entretenu, et ses dérives brutales, sont invoqués pour justifier les interventions militaires directes. On a pu mesurer à la faveur de l’intervention de l’OTAN en Libye que même les résolutions de l’ONU peuvent être manipulées et détournées pour relancer la politique de la canonnière.
 
Les médias occidentaux qui se sont enflammés pour le pauvre peuple libyen – oubliant à quel point les castes dirigeantes de leur pays ont été arrosées par Kadhafi – détournent pudiquement les yeux des désordres provoquées par cette intervention en Libye et, plus largement, dans l’ensemble de la région sahélienne. Et ce sont ces mêmes pouvoirs qui ont créé la déstabilisation qui produisent actuellement un discours pour une intervention militaire de « re-stabilisation ».
 
En évoquant cette actualité « chaude » comme disent les journalistes, on ne s’éloigne pas de Fanon. On est bien au cœur de sa grande pro­blématique, de cette interaction qu’il mettait en exergue entre l’ordre colonial et ses supplétifs lo­caux. Après un demi-siècle d’indépendance – et même si le colonialisme dans ses formes primaires a disparu – il est loisible de constater la perma­nence d’une organisation qui opprime, aliène, fa­brique la misère et l’injustice… Les populations d’aujourd’hui endurent, dans un contexte différent et par certains aspects encore plus fragilisant, les mêmes calamités que leurs parents soumis à une occupation coloniale directe. Dans ces Etats mort-nés et absolument sans souveraineté, les sociétés sont écrasées et les peuples abandonnés. Les élites, comme le redoutait Fanon, ont failli et se sont muées trop souvent en supplétifs du néocolonialisme.
 
Si de nouveaux drapeaux ont été hissés aux fron­tons des administrations « libérées », la domina­tion de l’ancien colonisateur ne s’est jamais démentie. La prise de pouvoir par les bourgeoisies « nationales » – dont Fanon avait très clairement identifié les signes précurseurs, notamment dans les « Mésaventures de la conscience nationale » consti­tuant l’un des chapitres, présenté plus loin, de son ultime ouvrage Les Damnés de la terre – a abouti au détournement complet des indépendances et à la dilapidation tragique des acquis des combats anticolonialistes. Fanon y décrit, avec des années d’avance, la pathologie néocoloniale comme la perpétuation de la domination par la soumission de gouvernements nationaux corrompus et antipopu­laires aux intérêts des anciennes métropoles colo­niales : « La bourgeoisie nationale qui prend le pouvoir à la fin du régime colonial est une bourgeoisie sous-déve­loppée. Sa puissance écono­mique est presque nulle, et en tout cas, sans commune mesure avec la bourgeoisie métropoli­taine à laquelle elle entend se substituer. Dans son narcissisme volontariste, la bourgeoisie nationale s’est facilement convaincue qu’elle pouvait avantageusement remplacer la bourgeoisie métropoli­taine. Mais l’indépendance qui la met littéralement au pied du mur va déclencher chez elle des réactions catastrophiques et l’obliger à lancer des appels angoissés en direction de l’ancienne mé­tropole. »[i]
 
L’expression concrète de cette analyse prospec­tive de Fanon se déploie sous nos yeux dans la réa­lité quotidienne. Lire Fanon consiste à ouvrir les yeux sur la brutalité du monde et déchiffrer ses ressorts, mais il est vrai que cette lecture n’est pas un exercice de tout repos, elle est exigeante, pertur­bante mais, au final, libératrice. Elle dessille. Lire Fanon force à regarder cette réalité dans ses as­pects les plus hideux, mais cette lecture fournit les instruments intellectuels nécessaires pour la dé­construire et l’expliquer. C’est en cela qu’il s’agit d’une pensée vivante. Sa propre dynamique per­met de mettre en lien et en perspective des faits qui semblent peu importants et de les intégrer dans une longue séquence historique. Il est ainsi pos­sible de comprendre pourquoi les indépendances en Afrique et dans le monde arabe ont dérivé vers l’autoritarisme et une gestion catastrophique sur tous les plans, aussi bien sociaux qu’économiques et culturels. A l’origine de cette faillite se trouve l’ordre général intégré par les « élites », celui de la préservation des intérêts des anciens colonisateurs. Et ce n’est pas trahir un secret que de constater qu’ils sont plus présents que jamais : sur le plan stratégique, les accords de défense ont permis l’installation de bases où, dans les principaux aéro­ports, les systèmes de contrôle policier sont sous supervision étrangère, reflétant de manière claire l’état réel de la souveraineté des néo-colonies. Sous supervision externe, les élites locales ont ruiné la perspective nationale et ont ouvert la voie à la régression vers les « dictatures tribales ». Elles ont trouvé un terrain fertile en jouant sur les décou­pages territoriaux pensés pour empoisonner dura­blement les relations entre Etats naissants, ou sur des séparations ethniques entretenues, sinon déli­bérément créées et léguées par le colonialisme. Ces régressions organisées ont empêché l’apparition d’Etats efficaces au service de leur population. Elles permettent aussi des remodelages décidés de l’extérieur au nom du « droit de protéger » et de l’ingérence humanitaire.
 
Cela a permis la partition du Soudan, des inter­ventions ouvertes en Libye ou en Côte d’Ivoire et la guerre interminable et sanglante à l’est du Congo. Cela a permis l’installation à demeure d’ONG qui se substituent à des Etats impotents et qui installent les populations, en particulier dans les zones rurales, dans un rap­port d’assistanat structurel.
 
Les indépendances ont été ratées et restent inachevées. Il est frappant de constater que les mises en garde anticipées par Fanon ont été pro­noncées à l’aube des indépendances, bien avant les désillusions et les désenchantements. Son analyse lucide alertait de manière étonnamment prémoni­toire sur les dérives susceptibles d’affecter les Etats postcoloniaux.
 
La période néocoloniale s’achève sur une recolonisation, sous des formes inédites, entre autres du continent africain et de l’arc arabo-musulman. Mais aussi, et cela se révèle encore plus à la faveur de la crise, de l’espace occidental lui-même. Les peuples, ceux du Sud et ceux du Nord, sont confrontés à un ordre néocolonial mondialisé fondé sur la domination de ploutocraties sur des populations exploitées et méprisées. Cet ordre ano­nyme, fondé sur une architecture institutionnelle et politique hermétiquement verrouillée, est exclusi­vement construit au seul bénéfice des intérêts privés. Les démocraties parlementaires occiden­tales ne permettent ni le renouvellement des élites politiques, ni l’émergence de cadres nouveaux susceptibles de relayer les expressions des catégories populaires et des minorités plus ou moins visibles. Pour Fanon, « la décolonisation, qui se propose de changer l’ordre du monde, est […] un programme de désordre absolu. […] Dans dé­colonisation, il y a donc exigence d’une remise en question intégrale de la situation coloniale. Sa définition peut, si on veut la décrire avec précision, tenir dans la phrase bien connue : ‘Les derniers se­ront les premiers’. »[ii] Face à ce qu’annonce Fanon, le libéralisme moderne déploie toutes ses capacités de propagande et de manipulation des esprits. Les appareils média­tiques conditionnent l’opinion, ob­tiennent son consentement et, s’il est besoin, acclimatent les discours du fascisme, du racisme et de la stigmatisation des altérités. C’est bien sur ce terrain que la réflexion et l’action de Fanon ont commencé à se développer.
 
Soumis à la critique libératrice de Fanon, les sys­tèmes de pouvoir se révèlent pour ce qu’ils sont, des systèmes d’oppression et de pillage. La nou­velle étape de l’impérialisme – l’actuelle mondia­lisation – consiste à ouvrir les marchés des pays les moins avancés aux multinationales. Avec l’aide de certains hommes politiques, il s’agit pour elles d’imposer une intégration libérale des économies de la planète et d’asseoir ainsidéfinitivement leur hégémonie : le nouveau stade historique d’un marché global dominé par la sphère financière.
 
Les multinationales, les banques internationales et les grands financiers ont littéralement subjugué les Etats du Nord économiquement avancés qui, dans toutes les instances internationales, défendent un ordre du monde qui divise impitoyablement l’humanité entre riches et pauvres, faisant que les premiers, alors qu’ils sont infiniment minoritaires, continuent d’accaparer les richesses de tous en condamnant le reste de l’humanité à la pauvreté et au désespoir. Les plus pauvres, contrairement aux marchandises et aux capitaux qui circulent librement, sont assignés à résidence et interdits de mou­vement.
 
Pour les dominants, l’important est de gérer les flux humains et de les adapter aux besoins du mar­ché mondialisé, ce qui signifie qu’il faut ordonner et contrôler la migration pour qu’elle réponde en même temps aux impératifs économiques et démo­graphiques des Etats asservis aux multinationales. Ainsi, les politiques migratoires sont désormais envisagées sous l’angle de la « mobilité ». Cette gestion s’accompagne de pratiques répressives et coercitives, dont l’idéologie renvoie aux pires heures de l’histoire européenne, en formant une société de surveillance construite au nom de la lutte anti-terroriste et contribuant à la criminalisa­tion de ses exclus et de ses déshérités, mais aussi de toute personne tentant de résister. Par glissements successifs, facilités par la superposition de catégories sociales et ethnico-culturelles (les pau­vres, les Noirs, les Arabes, les musulmans), les régimes occidentaux actualisent des références coloniales dans la gestion de leurs propres sociétés. Rien de nouveau donc sous le soleil glacial de la discrimination.
 
A cela il faut ajouter que, si l’ère coloniale est achevée, son héritage commun continue d’influer sur le présent, et que les imaginaires et les repré­sentations sont loin d’avoir été libérés. Ainsi, « l’indigène est déclaré imperméable à l’éthique, absence de valeurs, mais aussi négation des va­leurs. Il est, osons l’avouer, l’ennemi des valeurs. En ce sens, il est le mal absolu. Elément corrosif, détruisant tout ce qui l’approche, élément défor­mant, défigurant tout ce qui a trait à l’esthétique ou à la morale, dépositaire de forces maléfiques, instrument inconscient et irrécupérable de forces aveugles. »[iii]
 
Nombre de pays sont traversés par des logiques où le racisme trouve, hélas, encore sa place, non plus de manière ouverte, mais sous des formes plus insidieuses. Il se fond aujourd’hui dans un en­semble de mécanismes d’exclusion et d’infé­riorisation qui semblent fonctionner de manière autonome, sans que personne n’ait à s’assumer explicitement raciste. Les superstructures idéolo­giques d’Etat nourrissent l’exclusion par des stig­matisations essentialistes. C’est bien ce que Fanon, dans Pour la révolution africaine, avait précisé : « Le racisme n’est pas un tout mais l’élément le plus visible, le plus quotidien, pour tout dire, à certains moments, le plus grossier d’une structure donnée. »[iv]
 
Par un paradoxe dont l’histoire a le secret, l’« indigène », aujourd’hui, est omniprésent non seulement dans son aire d’origine, mais également dans ce que Fanon appelait les « villes interdites », où s’exercent les formes renouvelées de ségréga­tion. Il remarque, dans Les Damnés de la terre, que « le monde colonisé est un monde coupé en deux […]. La zone habitée par les colonisés n’est pas complémentaire de la zone habitée par les colons. Ces deux zones s’opposent, mais non au service d’une unité supérieure. […] Ce monde compar­timenté en deux est habité par des espèces différentes. L’originalité du contexte colonial, c’est que les réalités économiques, les inégalités, l’énor­me différence des modes de vie ne parviennent jamais à masquer les réalités humaines. »[v] N’est-ce pas ainsi qu’ont été pensés divers quartiers de certaines villes ?
 
De « l’homme noir qui n’est pas entré dans l’histoire » à une laïcité de combat, l’essentialisme est bien l’habit neuf d’un vieux discours. Les hiérarchies culturelles visent à différencier irrémé­diablement pour diviser et pour mieux exploiter. La couleur de peau refait irruption dans le débat, au-delà et en-deçà de la culture, de l’origine natio­nale ou de la religion. La caractérisation du Noir valant déculpabilisation supposée du Blanc. L’un comme l’autre prisonnier de sa propre aliénation.
 
Par ailleurs, à bien des égards, et à la lumière sanglante des guerres impériales en Irak, en Afghanistan et en Libye, mais aussi coloniales en Palestine, force est de constater que la logique guerrière de l’impérialisme se déploie dans toute sa violence et contribue à la mutation et la régres­sion du droit international, confirmant, entre autres signaux, la mise en place du nouvel ordre mondial fondé sur l’intimidation militaire, l’asser­vissement de plus faibles et la surexploitation des ressources de la planète.
 
L’éclairage fanonien sur les mécaniques de do­mination, d’exploitation et d’aliénation conserve toute sa qualité. Et l’inévitable révolte devant un système social, politique et économique absurde et criminel reste la voie pour l’émancipation de tous, dominés mais aussi dominants dans l’acception humaniste et uni­versaliste qui caractérise l’homme et l’œuvre.
 
Sans a priori dogmatique, sans rigidité, dans une réflexion nourrie du réel, la libération de l’homme et sa désaliénation étaient pour Fanon le but ultime de la lutte politique. C’est bien parce qu’il se situe sur ce terrain qu’il demeure en dépit de toutes les tentatives de déformation, un homme indivisible. Fanon ne peut être ramené à une dimension particulière des luttes ; il a été anti­raciste au nom de l’universalité et anticolonialiste au nom de la justice et des libertés. Sa lucidité et son indépen­dance de vue lui ont permis de gagner l’estime et le respect des combattants de la liberté et des indépendances, comme Che Guevara, Amilcar Cabral, Agostino Neto, Nelson Mandela, Mehdi Ben Barka et beaucoup d’autres libérateurs. Encore aujourd’hui, il continue d’inspirer de nouvelles générations de militants et d’intellectuels, tant au Sud qu’au Nord.
 
Il n’y a nulle part dans l’œuvre et chez l’homme la moindre velléité de revanche ni désir de stigmatisation des Blancs, comme voudraient le faire croire aujourd’hui les propagandistes de l’impérialisme et les partisans de la hiérarchie des civilisations. Les détracteurs de Fanon, essentielle­ment des intellectuels organiques des marchés, voudraient le présenter comme le théoricien d’une violence aveugle et sans nuance car, précisément, son œuvre est l’antidote radical au mensonge et à l’imposture dont ils sont l’incarnation.
 
La violence défendue par Fanon – en tant que moyen ultime de reconquête de soi par ceux qui sont niés, exploités et réduits à l’esclavage – est celle de la légitime défense des opprimés, qui subissent une violence encore plus grande, celle de la domination, de la dépossession et du mépris. Sa pensée, aujourd’hui, est toujours un antidote au re­noncement. Elle demeure l’expression d’une colère lucide, d’une indignation légitime qui anime le combat incessant pour la liberté, la justice et la di­gnité des femmes et des hommes.
 
Cinquante ans après sa mort, la résistance conti­nue et l’appel de Fanon à continuer la lutte pour la justice et la liberté rencontre les aspirations d’hommes et de femmes, sans cesse plus nom­breux, sur toute la planète.

*  Mireille Fanon-Mendès-France est présidente de la Fondation Frantz Fanon et membre du Groupe de travail d’experts sur les afro-descendants au Conseil des droits de l’homme des Nations unies.

 


[i] Frantz Fanon, ŒuvresLa Découverte, Paris, 2011, p. 544.

 

[ii] Idem, pp. 451-452.

 

[iii] Idem, p. 456.

 

[iv] Idem, p. 715.

 

[v] Idem, pp. 453-454.
 
 
Brève notice biographique
 
Frantz Fanon est né le 20 juillet 1925 à Fort-de-France, « capitale » de l’île française de la Martinique. A dix-sept ans, encore lycéen, il rejoint les Forces françaises libres contre l’Allemagne nazie. Décoré pour sa hardiesse au combat, il en revient surtout écœuré par la discrimination raciale sévissant dans ses propres rangs…
 
Il l’évoque dans son premier livre, Peau noire, masques blanc, publié en 1952. Jeune docteur en médecine psychiatrique, il a alors à peine 28 ans.
 
Une année plus tard, il devient médecin-chef d’une division de l’hôpital psychiatrique de Blida (Algérie). Il y met en place un « service ouvert » où se trouvent ensemble Européens et Algériens.
En novembre 1954, il est contacté par le Front de libération nationale algérien (FLN) et commence à travailler avec certains de ses membres.
 
En janvier 1957, il est expulsé d’Algérie par les autorités françaises. Il rejoint alors Tunis, siège extérieur de la révolution algérienne. Tout en reprenant ses activités professionnelles en banlieue, il devient journaliste à El Moudjahid, organe du FLN.
 
En 1958, Fanon fait partie de la délégation algérienne au congrès panafricain d’Accra.
L’année suivante, l’éditeur français François Maspero publie le deuxième livre de Fanon, L’an V de la révolution algérienne.
En mars 1960, il est nommé ambassadeur itinérant du Gouvernement provisoire algérien.
 
Au printemps 1961, il s’engage à fournir à Maspero un nouveau manuscrit. Ce sera Les Damnés de la terre.Fanon n’y traite pas seulement de l’Algérie, mais de l’ensemble du tiers monde en voie de décolonisation. Pour lui, l’ère coloniale est irrévocablement dépassée ; ce qui est désormais en question, c’est l’évolution des Etats libérés.
 
Il meurt à l’hôpital Bethesda de Washington, le 6 décembre 1961, des suites d’une leucémie, trois jours à peine après avoir reçu les épreuves du livre.
Selon sa volonté, Fanon est enterré au cimetière d’Aïn Kerma situé à la frontière entre l’Algérie et la Tunisie. Il était père de deux enfants, Mireille et Olivier.
 
Frantz Fanon - CETIM
Frantz Fanon
 
Recueil de textes introduit par Mireille Fanon-Mendès-France
 
(Centre Europe – Tiers Monde) Collection “Pensée d’hier pour demain” Série Afrique et Caraïbes
96 pages
 
11 CHF – 8,5 euros
 
 
Cette collection du CETIM se propose d’offrir au public, jeune en particulier, de courts recueils de textes de divers acteurs qui, hier, furent au coeur de la lutte des peuples pour l’émancipation et dont, aujourd’hui, la pensée s’impose toujours comme de la plus grande actualité.
 
 
Mireille Fanon-Mendès-France
 

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