Le «Portrait d'une esclave Nègre» dont le nom a été changé en «Portrait dune femme haïtienne»

Les secrets du passé exclavagiste et ségrégationniste du Canada enfin révélés

Vous avez entendu cette histoire auparavant, un groupe d’esclaves qui s’échappe dans le milieu de la nuit. Mais, voici le twist: Ces esclaves n’étaient pas en route vers le Canada, ils couraient loin de lui. Ils fuyaient les propriétaires d’esclaves canadiens et se dirigeaient vers la liberté à Detroit.

La description brutale de la vie des esclaves américains est de retour sous les projecteurs grâce au film nominé aux Oscars «12 years a Slave». Alors que l’esclavage américain est à l’ordre du jour à Hollywood, l’histoire des esclaves canadiens – dont la vie était aussi injuste et inhumaine que ceux du sud – a été largement ignorée.

Rosemary Sadlier, auteure et récipiendaire de l'Ordre de l'Ontario, est l'une des nombreux Canadiens Noirs dont les racines remontent avant la Confédération. Les traces de la famille de sa mère peuvent être remontées jusqu'en 1840 et les ancêtres de son père sont arrivés au Nouveau-Brunswick en 1793.

Rosemary Sadlier, auteure et récipiendaire de l’Ordre de l’Ontario, est l’une des nombreux Canadiens Noirs dont les racines remontent avant la Confédération.

«Nous avons tendance à penser à l’esclavage comme un mythe dont personne ne veut entendre parler», dit Delorean Kilen, coordinateur du projet à l’Ontario Black History Society. «Les gens ne se souviennent pas que l’esclavage existait ici parce que nous avons été une société ”sans esclave” plus longtemps que les Etats-Unis». L’esclavage a existé au Canada pendant 200 ans et a été officiellement aboli 30 ans avant la Proclamation de Libération délivrée par le président américain Abraham Lincoln. Les historiens pensent qu’environ 4000 esclaves ont été amenés de force au Canada, directement par la traite négrière ou expédiés à partir d’autres colonies britanniques. En 1793, le Nord-Canada a interdit l’importation d’esclaves et la pratique a été officiellement abolie en 1833 dans tout l’Empire britannique.

«C’est un sujet dont les gens ne veulent pas parler, ils ne sont pas à l’aise avec», explique Natasha Henry, historienne et pédagogue. «Les esclaves ont a été utilisés comme des outils dans les colonies britanniques et canadiennes. En ignorant ce fait, nous ne pouvons dépeindre une histoire complète du Canada.»

Rosemary Sadlier, auteure et récipiendaire de l’Ordre de l’Ontario, est l’une des nombreux Canadiens Noirs dont les racines remontent avant la Confédération. Les traces de la famille de sa mère peuvent être remontées jusqu’en 1840 et les ancêtres de son père sont arrivés au Nouveau-Brunswick en 1793. «Tout le monde suppose que tost les noirs [au Canada] sont des immigrants récents, mais il y a des milliers de Canadiens de race noire qui sont ici depuis la fondation de ce pays. Durant mes jeunes années, je n’ai pas réalisé l’importance de la contribution historique de ma famille dans ce pays et je pense que d’une certaine façon nous sommes, par diverses mesures, à sentir que nous ne sommes pas tous les mêmes, nous n’avons pas le droit d’être là, nous sommes des visiteurs dans le pays de quelqu’un d’autre», dit-elle. «Lorsque vous découvrez l’Histoire des Noirs, elle change tous ces stéréotypes parce que vous ne pouvez pas être un visiteur importun dans son propre pays.»

Charmaine Nelson, une historienne de l’art et professeure à l’Université McGill, estime qu’une forte dose d’action corrective est nécessaire pour rééduquer les gens qui voient l’esclavage comme une expérience uniquement américaine. «Nous ne voulons pas reconnapitre la responsabilité du Canada dans l’esclavage et nous devons donc le laisser là-bas sous les tropiques ou aux Etats-Unis» dit-elle. Des photos et des portraits qui dépeignent l’esclavage au Canada ne sont pas faciles à trouver ou à diffuser, ce qui augmente la difficulté que Nelson et d’autres éducateurs ont à parler et à enseigner le public à propos de cette tâche sur l’histoire du Canada.

Une peinture à l’origine appelée «Portrait d’une Esclave nègre» – de François Malépart de Beaucourt datant du 18è siècle – est l’un des rares éléments qui donne un visage à l’esclavage au Canada. Le nom du portrait controversé a été changé en «Portrait d’une femme haïtienne». «Le changement de nom expulse l’esclavage de Montréal et du Québec, il devient une histoire troublante des colonies tropicales comme Haïti, sans intérêt immédiat pour les Canadiens»

MetroNews démystifie quelques mythes courants sur l’esclavage au Canada.

 

– L’esclavage n’a jamais existé au Canada

FAIT: Beaucoup de Canadiens, en effet, croient que l’esclavage n’a jamais existé au Canada, ou qu’il a existé mais pas à la même échelle qu’aux États-Unis –  ce qui est faux. Le premier esclave enregistré à son arrivée au Canada était un garçon de six ans nommé «Olivier le Jeune» de Madagascar en 1628. La plupart des esclaves étaient importés d’autres colonies britanniques et des Amériques.


 

– Le Canada a été le premier pays à abolir l’esclavage avant que d’autres, dans le monde, leur emboîtent le pas.

FAIT: L’esclavage au Canada a été officiellement aboli en 1833. En 1793, les politiciens ont adopté une législation qui fixait des limites sur l’esclavage dans le pays. Le projet de loi garantissait que les esclaves obtiendraient leur liberté à 25 ans s’ils étaient nés esclaves, mais il ne fut d’aucune aide vu que la durée de vie moyenne d’un esclave était de 20 à 25 ans.

 

– Tous les esclaves noirs qui ont fui vers le Canada en provenance des États-Unis bénéficiaient de toutes les libertés civiles dont jouissaient les autres Canadiens d’origine européenne.

Une photo de classe prise devant la seule école construite au Canada par des esclaves fugitifs. Source: Buxton National Historic Site
Une photo de classe prise devant la seule école construite au Canada par des esclaves fugitifs. Source: Buxton National Historic Site

 

FAIT: Malgré les images chaudes et floues et les scènes décrites dans la plupart des récits d’esclaves de nos jours, les esclaves noirs qui ont fui vers le Canada ont fait face à la discrimination, la violence et la ségrégation. Contrairement aux lois racistes qu’ont trouvaient aux États-Unis (Les Lois Jim Crow), le Canada avait des codes racistes pour la plupart non écrits qui, beaucoup pouvaient en témoigner, rendaient la vie plus difficile pour les Noirs au Canada.

 

– Les esclaves qui ont fui le nord ont vécu le reste de leur vie au Canada

FAIT: Certains anciens esclaves ont quitté le Canada pour les États-Unis une fois que l’esclavage y a été aboli, pour échapper à des difficultés au Canada et pour les meilleures chances d’ascension sociales que leur offrait un déplacement vers les villes ayant des populations noires plus élevées – comme Détroit. Les histoires de générations entières de Canadiens de race noire ont été complètement perdues au Canada à cause de leur déplacement vers États-Unis.

 

Source: AfroConcept

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