Le tissu africain - le faso dan fani, une des œuvres gigantesques de Thomas Sankara

Le tissu africain : le faso dan fani, une des œuvres gigantesques de Thomas Sankara

Le Burkina Faso est l’un des quatre grands producteurs de coton d’Afrique, avec le Mali, le Tchad et le Bénin, encore appelés les “Cotton Fours”. Il se classe régulièrement en tête de ce groupe.

La tradition du tissage du coton est ancienne et se superpose à la progression de l’islam en Afrique de l’Ouest. En effet la nudité doit être cachée et le tissage est le moyen de fabriquer des vêtements. Alors que le filage était dévolu aux femmes, le tissage était à l’origine une activité masculine.

Les métiers à tisser traditionnels sont installés à l’extérieur et produisent une bande de tissu d’une largeur de 12-15 cm. Marginalement, dans certaines ethnies, les femmes pouvaient aussi tisser avec des métiers différents, verticaux, installés dans les cases et qui produisent des bandes de tissu plus large d’environ 50cm.

metier_a_tisser

Dans la seconde moitié du XXème siècle, la conception de “métiers améliorés” pour les femmes par les missionnaires et surtout, dans les années 80, la volonté de Thomas Sankara de promouvoir l’émancipation des femmes parallèlement au développement des productions nationales, en particulier celle de tissus locaux, ont entraîné l’essor du tissage féminin.

Créations de François Yameogo à partir du Faso Dan Fani
Créations de François Yameogo à partir du Faso Dan Fani

C’est la naissance du Faso Dan Fani : littéralement le “pagne tissé de la patrie”, du dioula fani: le pagne, dan: tisser et faso: la patrie, le territoire (qu’on retrouve dans Burkina Faso, “le pays des hommes intègres”, nom que Thomas Sankara avait choisi pour rebaptiser la Haute-Volta, ex-colonie française).

Thomas Sankara alla jusqu’à imposer par décret à ses fonctionnaires le port du faso dan fani et de tenues réalisés en étoffes traditionnelles. Parallèlement le regroupement des femmes tisserandes en coopératives et la création d’ateliers de production permirent d’atteindre les objectifs: produire et consommer burkinabè, émanciper les femmes et créer des emplois.

Si le successeur de Thomas Sankara, l’actuel président Blaise Compaoré, a mis fin à la politique autoritaire du faso dan fani, l’accent a néanmoins été porté vers la qualité de cette production locale.

Progressivement, par le biais de vitrines internationales telles que le SIAO (Salon International de l’Artisanat de Ouagadougou), de concours nationaux ou d’autres opérations promotionnelles, l’engouement pour le faso dan fani s’est développé.

Ces dernières années les créateurs de Haute Couture se sont emparés du mouvement et l’ont porté vers le marché de la mode, en collaboration avec les coopératives-ateliers des femmes tisserandes.

Un défilé de mode consacré au faso dan fani s’est tenu à Paris en avril 2009.

 

Les bogolans

L’origine du bogolan, terme qui designe à la fois le tissu et la technique de teinture, est très ancienne et se perd dans la nuit des temps. Perpétué par les ethnies sénoufo, dogon, malinké et bambara, il est produit principalement au Mali et au Burkina Faso.

bogolan_detail


Le mot bogolan vient du bambara bogo: la terre et lan: avec. Littéralement la signification est: “fait avec la terre“.

 

Le pagne wax

Paradoxalement le pagne emblématique de l’art vestimentaire africain contemporain vient d’Europe. Au XIXème siècle des mercenaires originaires de l’actuel Ghana et enrôlés par les Hollandais pour aller se battre en Indonésie importèrent, lors de leur retour au pays, des batiks indonésiens. Devant le succès de ces étoffes auprès des africains, les Hollandais se mirent à en produire chez eux de façon industrielle afin de les vendre en Afrique.

La technique du batik indonésien utilise les réserves à la cire pour le dessin des motifs colorés, d’où le nom de wax : cire en anglais. Les Hollandais, puis les Anglais exportèrent leurs wax en Afrique de l’Ouest via le Ghana jusqu’aux années 1960, date à partir de laquelle les Africains commencèrent à créer leurs propres usines, suivant l’initiative du président du Ghana Kwame N’Krumah.

wax1

Récemment, dans les années 2005-2010, les grands stylistes de mode étrangers ont intégré le wax dans leurs collections.

Mais sur le continent le wax africain lutte difficilement contre la concurrence du wax anglais et du wax hollandais, réputé le meilleur, et maintenant avec l’arrivée des wax fabriqués en Chine !

 

 

Source : Yelen Baara

 

Lire également:

le secret des ideogrammes, des couleurs, des symboles contenus dans les pagnes traditionnels africains

Share and Enjoy

  • Facebook
  • Twitter
  • Delicious
  • LinkedIn
  • StumbleUpon
  • Add to favorites
  • Email
  • RSS