AUX ORIGINES DE L'ARCHE D'ALLIANCE 2

LE SAVIEZ-VOUS ? AUX ORIGINES DE L’ARCHE D’ALLIANCE

L’expression négro-africaine bato bésé correspond très précisément au latin Navigium Isidis et au français « Arche d’Alliance ». Il faut, pour le reconnaître, se rappeler que le terme bato (>bota> bwatu) désigne à la fois l’arc (>Arche) et le bateau (>Navigium), et que le terme b-ésé est le nom de la déesse As.t (Isis) traduit dans les langues négro-africaines. Nous devons souligner ici que le thème du déterminatif “tout” est -ésu dans les langues de la cuvette congolaise. Nous aurons l’exemple du mbenga :

– bakoi bésu (>ba-ésu) « tous les copains »
– mikolo mésu (>mi-ésu) « tous les jours »
– máná mésu (> má-ésu) « toute la bière »
– nsú yésu (>i-ésu) « tous les poissons »
– ntángo yésu (i-ésu) « tous les temps

As.t (Isis) s’identifie au tout; l’inscription de la fameuse statue du temple de Saïs le prouve :

“Je suis tout ce qui est, qui a été, qui sera, et nul mortel n’a encore pu soulever le voile qui me couvre”.

En outre, « tout le peuple » se dit bendo bekim en tunen; en bassa, ñgìm signifie « tout » (kim>gìm). En yèmba, « tout le peuple » se dit nkwa puh; nkwa est un mot qui se rapporte à As.t (Isis). Kwàn est l’image qui aura formé l’Ève hébraïque. Ève, en effet, d’après André Chouraqui, traducteur de la Bible hébraïque, viendrait de l’hébreu hawwah signifiant « se prosterner », « s’incliner », « se courber », « se voûter ». Il s’agit de la position traditionnelle reconnue à Nw.t (Nout), femme courbée, inclinée, voutée, image de la voûte céleste. Cette posture en courbe est celle qui donne au terme kwà d’incarner la féminité dans les langues négro-africaines. Lorsqu’on porte une attention particulière au nom hawwah on se rend compte qu’il s’agit de la métathèse du bassa kwà « circoncire », le /h/ et le /k/étant phonétiquement interchangeables. En outre, il apparaît aussi clairement que le nom hawwah correspond au bassa kàw « boeuf » (h>k), une relation qui montre que l’image de l’Ève biblique a été formée à partir de celle de Nw.t, la vache céleste. Fawzia Assad revient sur cet aspect de la déesse :

“(…)Nout ou Hathor : vache céleste. Nombreux sont les hymnes qui chantent la beauté de la déesse sous ses multiples formes, sous ses multiples noms. Nout, vache du ciel, est encore une belle femme, un sistre, un uraeus, ou bien une belle femme portant un sistre, ou des oreilles de vache, ou une couronne d’uraeus…on n’épuiserait pas le nombre de ses métamorphoses. (Assad, 1986)”

Ainsi donc, kàw « boeuf » se trouve tout naturellement être la métathèse de kwà « circoncire », deux thèmes qui justifieront du nom Hawwah « Ève » par lequel les traditions abrahamiques auront distingué la mère de l’Humanité. On pourrait croire que le bassa kàw “boeuf” procède de l’anglais cow “vache”, il n’en n’est rien toutefois, puisque le négro-égyptien hw.t qui forme le nom Hw.t Hr (Hathor) traduit effectivement le bassa kàw « boeuf », une relation qu’atteste le pulaar how (h>k) ou howare « dresser une haie autour de », « encercler », « entourer », « construire une haie pour protéger ». Alain Anselin précise que ce mot apparaît dans l’arabe yéménite sous la forme hawa « entourer », yahwi « entourer », hawiya « petite cour ». Une remarque qui prouve que le bassa kàw devient l’hawa ou ève des langues sémitiques. C’est à partir du pulaar how « encercler », du bassa kàw « boeuf », que nous obtenons l’anglais cow « vache » (h>k>c) et pas l’inverse. Cette relation est confirmée par le pluriel de cow « vache » qui donne cattle « vaches », « bétail », devenu castle « château » ou castel « château ». Le nom Hw.t Hr (Hathor) est habituellement traduit par « le château d’Hr (Horus) ». Ce « château » représente le monde organisé.

En féfé, « tout le peuple » se dit kwè puh wáh; kwè est une variante phonétique de kwa. Qu’il s’agisse de ñgim, nkwa ou kwè, la notion de « tout » renvoie invariablement à la féminité incarnée par As.t (Isis) : le motif de cette constance est le matriacat, le peuple s’identifiant à la mère. Les langues du domaine sawa traduisent la notion de totalité par le nom d’As.t (Isis) :

– mbo’o : sóó « tout »
– elun : sii « tout »
– nninong : sùù « tout »
– bakossi : syèén « tout »
– mwahed : syén « tout »
– mwaneka : syèén « tout »
– mkaa : syè « tout »
– babong : sé « tout »
– nkongho : sogèé « tout »

Nous dirons donc plus généralement :


– duala : bato bésé « tout le peuple »
– mbenga : bato besu « tout le peuple »
– lingala : batu mobimba « tout le peuple »
– lingala : batu nyonso « tout le peuple »
– kikongo : bato banso « tout le peuple »
– kinyarwanda : abantu bosé « tout le peuple »
– bulu : bot besé « tout le peuple »
– ewondo : bod besse « tout le peuple »
– swahili : watu wote « tout le peuple »
– swahili : bantu bote « tout le peuple »
– bassa : bôt bobassô « tout le peuple »
– kikongo : bato bonso « tout le peuple »
– kinianga : bato babonsono « tout le peuple »
– gisir : batu botsu « tout le peuple »

Le duala bato deviendra « bateau » en français, et le fang bot donnera l’anglais « boat ». Ces relations permettent d’éclaircir le sens de suunu gaal « notre pirogue » devenu « Sénégal ». La forme gaal est une métathèse de kala qui désigne l’arc en bamanan et dans le Mandé d’une manière générale. La pirogue ou barque à la forme d’un arc. En outre, le fang bot « les Humains » apparaît comme un homonyme de bota qui signifie « arc » en okande (Gabon). Nous aurons ainsi:

– okande : bota « arc »
– langi : uta « arc »
– mbochi : òtá « arc »
– kekamba : òtá « arc »
– yebia : êta « arcs »
– wama : tabu « arc »,
– bobo : té « arc ».
– lobi : ta « arc »
– ewe : da « arc » (t>d)
– borada : kotu « arc », otà « arc »
– lenge : uta « arc »

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Le terme bota signifie « accoucher », « enfanter » dans le même domaine linguistique :

– lingala : bota « accoucher »
– téké : bura « accoucher » (t>r)
– kituba : buta « accoucher »
– kikongo : wuta « accoucher »
– kikongo : buta « accoucher »
– bobangi : bota « accoucher »
– baate : bota « accoucher »
– eleku : bota « accoucher »
– mbenga : bota « accoucher »

Cette correspondance établit de manière définitive l’enjeu de cette tradition puisque le mot “tawy” de l’expression smA tawy équivaut simultanément aux termes wuta « accoucher » et buta « arc » qui devient fuuta « pays » (b>w>f) dans le Mandé (ex : Fuuta Djalon, Fuuta Toro). Le lien avec la smA tawy nous conduit au registre de l’Alliance cathartique ou parenté plaisante, une tradition exclusive aux sociétés négro-africaines.

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(Extrait : Dibombari Mbock – La Mère du Monde, à paraître)

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