Le rituel Sambaani chez les Baatonmbu

Le rituel Sambaani chez les Baatonmbu

Origine du rituel Sambaani

L’origine du rituel  Sambaani n’est pas connue des peuples baatombu. Ce rituel aurait commencé avec l’histoire de la culture baatonu. Ainsi, il regroupe tous les autres rituels traditionnels. Le Sambaani est entré dans la pratique des Baatombu par SOUNON TOTOGUI, KIGABA, leur sœur KIDAGUI. En effet, SOUNON TOTOGUI était un grand chasseur. Un jour, il tua un gros gibier et son frère KIGABA, très content, arracha une petite branche d’un arbre et commença à chanter en louant son grand frère SOUNON TOTOGUI (roi Totogui). Il chantait notamment : « Sa gberu dua sa ya dii ; san sian kpaaro, kurubu bu ka gomna bekuru dewe » : ‘Nous sommes allés en brousse et nous avons tué du gibier ; si nous rentrons à la maison, les femmes porteront leur pagne en se servant de leurs coudes car leurs mains seraient chargées de viandes’. C’est donc une chanson de joie, de fierté, tendant à louer le courage, la puissance et la dextérité du chasseur.

Comme KIGABA chantait les louanges de son frère en rentrant, ils rencontrèrent sur la voie les génies appelés ‘WEREKUNU’ (génies en langue baatonu)  qui cherchaient du bois. Au passage des chasseurs, ces génies se disaient entre eux : ‘Ah ! Il faudrait qu’on suivent ces gens’. Ainsi ces génies abandonnèrent leur bois et suivirent les chasseurs jusqu’à leur domicile. KIGABA devient alors le premier  SASAGU (griot) et en même temps le griot des génies qui s’incarnent dans certains sujets du sexe masculin ou féminin. La première incarnation du génie s’opéra avec un peulh nommé WONKORU (le noir) qui avait été saisi au moment o๠il trayait sa vache. Les wèrèkunu avaient donc suivi les Baatombu chasseurs pour arriver dans le village, mais ils s’étaient incarnés dans un Peulh avant de se généraliser au niveau des Baatombu. Mais on constate que les cérémonies du Sambaani se déroulent toujours avec les adeptes Fulbé ou Peulh.  Après le Peulh WONKORU, il y a eu l’incarnation du génie wèrèku dans une femme baatonu du nom de BANA ou BONA. C’est par elle que wèrèku entra dans la vie religieuse des Baatombu. Le phénomène devenu décisif, il y eut établissement d’une hiérarchie au niveau des génies incarnés.

Cette hiérarchie se manifeste à travers les adeptes des différentes catégories de génies. Au sommet on a BONA et non WONKORU. En principe, ce dernier devait être le premier ; mais en fait, le Baatonu reléguant le Peulh au second plan, on a privilégié la première femme. Ainsi, lors des cérémonies, BANA est la première. Ensuite vient le MARE ou Peulh en souvenir de WONKORU. Dans les chansons, on parle du Maré bii gobi gii (un petit peulh bourgeois). Après Maré viennent KOTIO, a ‘ yaana bu waa’ (montre le derrière ou baisse qu’on voit), gariboko (génie niais) ; SIINI BUGO (génie d’un démon de la brousse) ; TANTAN MON (génie serveur de boisson) ; KARA KARA (génie pressé) ; BIO (génie singe) ; KPIRERU (génie hippopotame), s’incarnent et se manifestent par des transes. Alors, il serait normal de chercher à savoir ce qu’est le Sambaani.

 

Rituel Sambaani

Le Sambaani n’est pas un rituel diabolique comme le pense certains notamment les musulmans. Le Sambaani est un rituel exécuté par les hommes ou les femmes ; mais les femmes sont majoritaires,  et fait du bien à ceux  qui ont recours au rituel.  L’esprit qu’incarne le Sambaani ne demande pas à l’individu d’apporter le sang  humain ou une partie du corps humain pour se faire guérir en cas de maladie, comme le font d’autres religions. Le Sambaani vient en aide à celui qui est dans le besoin. Même le bûnkosso (le prêtre du Sambaani) s’il ne demande pas d’aide, l’esprit ne s’aura pas. Le  Sambaani n’aime le pécheur tout comme Dieu ; ce qui veut dire qu’il existe une entente entre Dieu et le Sambaani. Partout o๠on entend parler de Sambaani, c’est qu’il y a un adepte qui est entré en transe, ou on donne à manger au Bûn (fétiche).  Le Sambaani ne se pratique pas par hasard. On le pratique lorsqu’il y a dans le village des difficultés comme une épidémie, la rareté des pluies ou pour éradiquer un mauvais sort. C’est le soro koro qui est un rite expiatoire.  Pour cela, des cérémonies sont organisées. Souvent cela se passe au bord d’un fleuve. Au cours de ces cérémonies rituelles sont effectués des incantations, des offrandes et des sacrifices, notamment de volailles et de l’igname pilé. Les participants invoquent les génies en jouant les bwanu (gourde pleine de grains de sable jouée par les bwanku ; joueur des gourdes), en dansant et en chantant. Les adeptes cherchent ainsi à provoquer la manifestation des esprits. Ceux-ci prennent ensuite possession des danseurs, qui atteignent la transe. On dit alors qu’ils sont « chevauchés par les esprits ». Plongés dans cet état second, les participants adoptent les attitudes caractéristiques des esprits qui les possèdent. Une fois invoqués au cours des rituels, les esprits ont la capacité de guérir les malades, de faire tomber la pluie. Ils transmettent également conseils et recommandations de toute sorte aux adeptes et leur donnent des informations sur leur avenir. Le Sambaani est aussi le thétre de nombreuses pratiques mystérieuses et magiques réservées aux seuls initiés.

 

Acteurs du rituel Sambaani

– Prêtres ou « bûnkosso » : Les bûnkosso (gardien des bûnu ou fétiches) ou prêtres sont des intermédiaires socialement reconnus entre la communauté  et le monde invisible. Ces prêtres,  de façon plus pratique, vouent au bûn  un  culte déterminé. Les bûnkosso reçoivent un appel, une consécration qui les distinguent et les amènent souvent à rejoindre des associations, à fonder ou à diriger des couvents, dont les adeptes s’adonnent entièrement à la vie religieuse.   Ils se reconnaissent entre eux à travers leurs accoutrements et ils peuvent parfois s’opposer durement aux décisions prises par les adeptes sans leurs consentements. Il  faut donc souligner que leur caractère sacerdotal leur permet aussi d’établir entre eux des dialogues d’une grande profondeur. Les bûnkosso remplissent les fonctions telles que rendre la justice, l’éducation ou initiation des jeunes, la surveillance de l’équilibre politique ou le maintien de l’égalité au sein de la société. La communauté attend du bûnkosso qu’il soit en même temps un dé-sorceleur ou médecin, un devin, un gardien des éléments, de la fécondité humaine et animale, de la fertilité agricole.  Le prêtre  est donc par excellence manipulateur du sacré. Maître de la liturgie, il connaît et prononce les paroles rituelles secrètes ou non qui alertent les puissances numineuses ; il transforme de la sorte la victime profane en médiat privilégié pour inciter génies, ancêtres ou dieux, à écouter les supplications humaines ou à recevoir les actions  de grce ; il devient ainsi l’intermédiaire nécessaire entre le fidèle et les divinités, voire l’Etre suprême.  (THOMAS et LUNEAU, 1975). Aussi, importe t-il de souligner que n’est pas prêtre qui veut. Il est désigné par les ancêtres et est intronisé.

 

Le rituel Sambaani

 

– Korokuru  ou Griot du Sambaani : La  société Baatonu a besoin de nombreuses castes de griots pour chanter ses louanges, ses hauts faits et perpétuer les vertus et les nombreuses richesses culturelles qui ont fait écho dans l’histoire. Parmi ses griots on a les Korokuba (griots). Quel que soit le type de génie incarné par l’adepte Sambaani, ce sont les mêmes griots qui sont concernés, les  Korokuba. Le korokuru (c’est la musique que les griots chantent lors des manifestations   du rituel Sambaani. Et celui qui l’exécute est appelé koroku ou korokuba)  est d’origine baatonu et a pour  fonction première de  manifester la joie d’une chasse fructueuse. Avec le temps, le korokuru est destiné à  louer la puissance et la bravoure des chasseurs. Il est devenu un culte pour rendre hommage aux ancêtres qui ont fait leur preuve dans les activités cynégétiques. Par le biais de la chasse, le korokuru prit autre forme avec le phénomène d’incarnation des génies wèrèkunu (génie); ce qui a donné naissance à une danse religieuse, une musique sacrée réservée aux adeptes du Sambaani. Cette autre forme de korokuru est l’un des aspects fondamentaux de la vie religieuse des Baatombu. C’est le koroku qui joue cette musique aux adeptes et  joue le rôle de Muézin du bûn à l’aide des bwanu (gourdes pleines de grains de sable)  qui sont des instruments de musique. Les adeptes de Sambaani lui doivent de respect  et doivent se prosternant dés qu’on le voit.  Le korokuru existe encore aujourd’hui sous les deux formes et solidement ancré même si les jeunes ont de plus en plus tendance à le négliger. Il contribue au maintien de l’équilibre social.

– Adeptes du Sambaani (Biokurobu) : Devenir adepte de Sambaani ne se fait pas au hasard. L’individu tombe malade pendant plusieurs jours et ne mange pas.  C’est après consultation que  les parents se rendent compte qu’il s’agit du  bûn. Si c’est le Sambaani, la personne entre en transe au son des  bwanu (gourde). Ils sont des femmes et des hommes qui sont  désignés par le rituel pour le couvent pendant un certain nombre de jours, voire des mois, et qui sont initiés aux pratiques du Sambaani. Ils sont fortement impliqués dans l’exécution du rituel Sambaani qui est pour eux une occasion de confession et de demande de pardon au bûn pour les différentes fautes commises. Chaque biokuro est en relation avec l’animal qu’il incarne  ou la race peulh et en  imite les gestes et les cris. On parle d’animal parce que les génies incarnés par les adeptes sont pour la plus part des animaux et vivent dans la brousse. C’est pour cela lors du rituel, les adeptes vont en brousse  o๠vivent les animaux et les Peulh. Peut être ces animaux ont rendu services aux ancêtres autrefois.

Les adeptes du Sambaani se distinguent des autres individus par leur habillement. Rarement ils portent des habits. Ils nouent le pagne à la poitrine avec une banderole garni de cauris appelé ‘centari’, et ne se tressent jamais. Mais de nos jours, les adeptes se tressent et s’habillent. Ils ne doivent pas  mangent  la perdrix, salamandre, cabri, viande de l’animal totem ; tout cela participe à l’initiation de l’adepte.  Lorsque nous prenons le cabri par exemple, il permet de faire de déposséder un adepte défunt du bûn. Le biokuro a deux esprits. Son mari ou quiconque ne doit pas le battre ni le gifler, surtout sur la tête. Car si cela se passe il disparait pendant des jours, des mois ou des années. Il peut se retrouver dans la brousse ou au fond du fleuve. Il faut des cérémonies avant qu’il ne sorte de là et celui qui commit la faute,  devrait s’excuser. Les autres  lui doivent  un grand respect par ceux de l’autre sexe. Certains n’aiment pas qu’on les touche (diminution de leur puissance spirituelle). Les biokurobu  ont un don exceptionnels : prévoir l’avenir, même annoncer la guérison ou la mort  d’un individu; retrouver un objet perdu, au son des bwanu ;  prévoir la cause, les remèdes et les moyens d’éradiquer une maladie ou une épidémie; mort subite : il dira si elle est naturelle ou non et dénoncera l’auteur ; en cas de querelle, il interviendra pour régler le différend. Lors de leur initiation  ils ont un langage différent des non initiés. Et pour comprendre leur langage, il faudrait prendre le sens contraire des mots ou expressions qu’ils utilisent. Par exemple, lorsqu’un adepte vous dit ‘blanc’, entendez par là ‘noir’ ; ‘je m’en vais’ signifie pour lui ‘j’arrive’, etc. mais dès qu’il revient à son état normal, il se comporte comme tout individu ordinaire, en respectant cependant leurs interdits.

La pratique du rituel de Sambaani met souvent en œuvre des objets auxquels est accordée une dimension sacrée tels des totems. Parmi les formes adoptées par le Sambaani, on peut citer le gama, le centari, le koro, les bwanu qui participent à la pratique du Sambaani.

Les Bwanu (gourdes) sont des gourdes qui servent d’instrument de musique au bwanku lors des cérémonies du rituel du Sambaani.  Contrairement au gama, les bwanu ne sont pas une propriété individuelle. Il faut être de la lignée des koroku pour jouer les bwanu (gourdes). Ceux qui jouent ces gourdes, sont appelés les bwanku. Ils  se mettent en cercle, assis par terre  le pied légèrement tendu pour jouer au bwanu.  Cette position leur permet de jouer les gourdes au talon de leurs pieds. C’est pendant les cérémonies telles que le mariage d’un adepte ou lorsque le Sambaani saisit quelqu’un. Le son de ces gourdes est accompagné de chansons incomprises par le monde profane. Ces gourdes restent chez le koroku qui en prend soin.

 

Evolution du rituel Sambaani

L’exécution du Sambaani à Gbégourou, Sirarou et N’Dali a connu une évolution dans le temps et dans l’espace. Avant l’avènement des religions révélées, le peuple baatonu de N’Dali était animiste et pratiquait le rituel   Sambaani. C’est pendant la saison sèche que les cérémonies s’organisent, parce que c’est en ce moment que tout le monde revient des champs après les récoltes et il  y a de l’argent et cela se passe au village sur une place publique. L’adepte devait du respect à ses supérieurs et à son tour la communauté dans laquelle il se trouve lui doit ce même respect. Surtout quand il incarne le bûn d’un défunt, les enfants de ce dernier le considèrent comme le défunt. En voyant venir le koroku, le biokuro doit se coucher pour le saluer et pour lui parler. Il n’était pas permis aux biokurobu de se tresser, ni de porter des habits. Ils doivent toujours avoir le centari sur la tête. N’importe qui ne devenait adepte s’il n’est pas choisi par le bûn. La durée des cérémonies dépendait de la famille ; si la récolte a été bonne chez certain, les cérémonies peuvent durer une semaine voir un mois.


Le rituel était fait dans le respect des règles. Les enfants qui allaient à l’école ne sont pas pris en compte. Pour eux (génies ou esprits), l’élève ne peut pas respecter correctement les règles du rituel. C’était une joie pour la famille dont l’enfant est choisit par le bûn, car il n’était pas donné à tout le monde cette occasion. Le rituel Sambaani a pour fonction d’intégration et de cohésion sociale et protège celui qui a recours à lui. En somme, le Baatonu attache un intérêt particulier au rituel Sambaani. En effet, en dépit de l’attachement et de l’intérêt particulier accordé au Sambaani par les populations de ces localités, son exécution n’a pas échappé aux influences de la modernisation. Aujourd’hui, tout a changé dans les comportements des adeptes, des bûnkosso et des koroku. Les règles  du rituel ne sont plus respectées comme avant. L’argent a pris le dessus de toute chose. Quand on va demander de l’aide de nos jours chez un bûnkosso, la première chose qu’il vous demande c’est l’argent. Le koroku ne joue plus son rôle de muézin et n’est plus respecté par ses adeptes. Les adeptes se tressent et portent des habits aujourd’hui. Ils ne sont plus propres. Les différentes modifications  intervenues dans l’exécution de rituel affaiblissent la pratique du rituel Sambaani. Le non respect de ces règles entraine parfois la folie lorsque l’esprit n’est plus en lui ou la mort subite de l’individu.

 

Impacts de l’environnement sur le Sambaani à N’Dali

Malgré la relative stabilité dans les institutions du Borgou, des changements rapides ont eu lieu avec l’arrivée de l’islam et du christianisme dans la commune de N’Dali. Néanmoins, il existe encore des poches de résistance à ces changements.En effet, dans toute société,  il se retrouve dans la population des conservateurs tels que des vieux qui demeurent encore dans la pratique du rituel pendant que d’autres s’adaptent aux changements qui s’opèrent. L’avènement et l’acceptation de l’islam et du christianisme à N’Dali ont eu des impacts sur la population. Ces impacts se situent aux plans religieux, éducationnel, et socio-culturel.

 

Impact religieux

Le premier effet de l’expansion de l’islam et du christianisme à N’Dali fut la conversion graduelle des peuples à ces nouvelles religions. Ces religions ont remplacé le Sambaani dans plusieurs endroits. L’islam fut la première à parvenir à N’Dali avant le christianisme. Elle aurait été apportée par les Wassangari  mais elle a été réellement développée par les Mandé et les commerçants Haoussa. L’acceptation de cette religion signifiait l’introduction de nouvelles pratiques religieuses telles que le jeûne, les cinq prières journalières, l’aumône aux nécessiteux, etc.  Mais, le christianisme venu plus tard n’a pas eu trop d’impact sur les peuples. Leur installation a été possible parce que les chrétiens ont accepté les autres tels qu’ils sont. Le développement de ces religions a eu plutôt de conséquences positives sur les peuples de N’Dali. En prenant l’islam, il a ébranlé leur foi dans la pratique du rituel. La pertinence des pratiques religieuses comme le Sambaani fut réduite de façon dramatique et fut remplacée avec la culture islamique. Ces changements étaient pacifiques et il n’y avait pas trop d’opposition à l’ordre nouveau. Le christianisme par contre, était perçu par les peuples comme une distraction, parce que considéré comme ayant été introduit pour remplacer de façon révolutionnaire les pratiques existantes.

Impact sur le plan éducatifL’introduction de l’islam a conduit à l’établissement des écoles coraniques à travers toute la région. Dans ce système éducatif, l’accent est mis sur l’écriture, la lecture et la mémorisation des versets coraniques. Un autre impact provoqué par l’enseignement islamique fut l’introduction d’une nouvelle langue ; la langue arabe. Cette langue fut introduite dans la vie des Baatombu dès qu’elle est devenue obligatoire d’apprendre et de connaître le coran par cœur. Quant à l’éducation chrétienne, elle est devenue le type d’éducation la plus répandue. Le but initial des missionnaires qui ont apporté ce type d’enseignement fut d’éduquer les peuples suivant la théologie chrétienne. Leur rôle est d’inculquer l’éducation occidentale aux peuples afin de parvenir à leur reconversion. L’objectif principal de toutes les tentatives entreprises pour éduquer les Baatombu fut d’accroître le nombre de personnes éduquées qui pourraient être utilisées dans leurs activités religieuses. Plus tard, avec l’arrivée des maîtres coloniaux, l’éducation occidentale est devenue importante pour tous, mais l’objectif initial a échoué. Le développement de l’islam et du christianisme ainsi que l’éducation engendrée par ces deux religions ont entraîné une transformation graduelle dans la pensée, la connaissance et l’attitude des Baatombu. Il existe donc un conflit entre le modernisme, les habitudes et les institutions anciennes. La modernisation a pris le pas sur les anciennes habitudes et croyances.Impact socio-culturelCes religions ont eu d’autres impacts sur la vie et le comportement social des Baatombu.  Aujourd’hui, l’ivresse et la méchanceté sont considérées comme des vices dans la société baatonu. Certaines pratiques comme les cérémonies de baptême, de mariage et d’enterrement sont basées sur les lois religieuses. Les institutions sociales furent profondément affectées avec l’introduction du christianisme et de l’islam. La famille large fut la première à être affectée ; famille qui est jadis caractérisée par l’origine commune des traditions, des professions de la résidence et de la propriété terrienne. Les gens préfèrent vivre désormais dans leurs domiciles séparés au lieu du système traditionnel d’enclos. Les cérémonies d’enterrement chez les musulmans et les chrétiens heurtent les coutumes du Baatonu. Selon M. K, la dernière demeure idéale pour un Baatonu, c’est sa maison familiale.  C’est pour cela qu’il préfère enterrer ses morts à la maison ou près de l’enclos au lieu de l’extérieur parce qu’il croit en une communion entre les morts et les vivants. Ce que les chrétiens et les musulmans ne supportent pas qu’on enterre les morts à l’intérieur ou à proximité du domicile. Aussi  le christianisme a remplacé la polygamie par la monogamie. 

Relation entre les hommes et les bûnu

Place des bûnu dans la vie des Baatombu : Les bûnu sont des esprits (simples ou non), créés par Dieu, soumis à Dieu, en parfait accord avec Dieu, ne faisant rien ici-bas sans en avoir demandé l’autorisation à Dieu. Ils sont les ambassadeurs de Dieu dans le monde. Ils protègent l’homme contre la maladie et l’adversité de la nature, et contre les créatures ennemies de l’homme. Ils sont chargés de faire respecter la justice de Dieu auprès des hommes. Ils prennent la cause des innocents, ils protègent les hommes contre leurs semblables malfaiteurs ou méchant. Un bûn peut tuer, mais il ne le fait pas par plaisir comme le ferait un gbeeru. Un bûn ne tuera jamais un innocent, même si on le lui demande. Si on insiste, on risque d’être soi-même frappé. Il est rare qu’un bûn prenne l’initiative de tuer un malfaiteur. Il le fait si la victime d’un malfaiteur vient le lui demander, d’habitude par mort violente. Certains le font par la foudre. On dit qu’avant de tuer un homme, les bûnu vont d’abord dans les cieux demander à Dieu son autorisation, car Dieu est le maître suprême de la vie, et le grand justicier de toutes les causes.

Certains bûnu n’acceptent pas de tuer. On ne dit pas que ceux qui acceptent de tuer sont mauvais, mais plutôt qu’ils sont durs, difficiles, sévères, impitoyables. Quand ils sont en déplacement dans des villages, c’est pour purifier le village et les sorciers prennent la fuite. Ceux qui restent, les bûnu les dénoncent publiquement et les obligent à s’exiler, ou bien ils les suppriment. Le chef peut explicitement inviter les bûnu.  Toute personne qui va en pèlerinage à l’autel d’un bûn, et qui boit l’eau sacrée est immunisée, contre les empoisonnements. Celui qui tente de lui faire du mal risque de mourir. La personne qui a bu à l’eau sacrée doit s’abstenir de tuer pour tout le reste de sa vie, sinon elle-même mourra. Les actes de méchanceté doivent être éliminés de sa vie. Tout sorcier qui boit à l’eau sacrée est frappé de mort. Le bûnkosso, de par sa fonction de desservant du bûn est immunisé contre les actions des malfaiteurs. Sa vie est protégée par son maître, mais elle devra être saints, comme ceux et celles qui sont voués aux bûnu (sainteté : éviter de nuire au prochain et faire du bien). La hiérarchie est difficile à établir parmi les bûnu. Dieu seul sait celui qui est le plus grand, et le plus petit. Certains hommes qui, avaient autrefois occupé des places spéciales dans la société sont aujourd’hui honorés comme des bûnu (fondateurs de villages ou de villes). On peut dire que certaines cérémonies du bûn coà¯ncident avec le culte des morts, mais un culte des morts spécial, dépassant les simples cérémonies de funérailles. Cela rejoint l’idée du culte des saints chez les chrétiens. Mais il n’est pas donné à tout chrétien d’être canonisé. De même, il n’est donné à tout défunt d’être élevé au stade de bûn.

Place des bûnu par rapport à Dieu et aux hommes : Chez les Baatombu, Dieu n’a pas d’égal. Dire ‘les dieux’ (comme chez les grecs ou les romains), cela n’a pas de sens chez les Baatombu. Dieu est le seul être incréé. Tout en dehors de lui, est son œuvre. Les bûnu sont des créatures de Dieu. Ce sont des esprits, ils n’ont pas de corps. Ils ne jouissent pas de l’omniprésence, mais possèdent le privilège de la présence instantanée. On ne peut pas dire la forme qu’ils ont. On affirme tout de même qu’ils sont mles et femelles. Les bûnu sont soumis à Dieu et ne sont pas de créatures révoltés comme on l’affirme du Satan de la bible. Le Baatonu ne confond pas les bûnu et seetam (diable ou fauteur de troubles). On peut se demander si la notion de seetam (fauteur de troubles) ne viendrait pas de l’islam. Le Baatonu a la notion d’autres esprits qui, s’ils ne sont pas ennemis de l’homme peuvent pourtant être un obstacle à sa sécurité ici-bas. Ils ne sont pas dits explicitement ennemis de Dieu. Le bûn, lui, est non seulement créature de Dieu, mais aussi son ami. Il n’a pas à proprement parler un message à porter de la part de Dieu, il n’est pas chargé d’organiser la vie des hommes. Il est à la fois, pourrait-on dire procureur général de  Dieu, et juge délégué de Dieu dans la société des humains. Il n’est pas l’avocat des hommes auprès de Dieu. Auprès de l’homme, il est le serviteur de la justice de Dieu. Il le fait régner, le fait respecter.
Grace au bûn, l’innocent peut être épargné, le vrai coupable peut être découvert et puni. Inférieur à Dieu, le bûn est supérieur à l’homme. Le culte aux bûnu n’est jamais en concurrence avec celui qu’on pourrait rendre à Dieu. Tout le monde croit aux bûnu. Pourtant les bûnu n’exigent pas de tous les hommes un culte. Il n’y a que les bûnkosso qui soient tenus à l’adoration. Ce culte est facultatif pour les profanes. Si on ne le fait pas, on n’est pas pour autant plus exposer à la colère des bûnu que ceux qui le font. Pour être en bon terme avec les bûnu, il suffit à l’homme de craindre Dieu, d’éviter le mal et de pratiquer la justice. Les actes de charité positifs ne laissent donc pas indifférents les bûnu. Ceux-ci vont même jusqu’à les exiger de ceux qui leur sont consacrés de façon spéciale, comme pour dire : ‘pour vous, soyez parfaits’.Héritage culturel et le devenir du SambaaniL’étude effectuée sur le sujet « le rituel Sambaani chez les Baatombu »  dans la commune de N’Dali a permis de déceler un ensemble de connaissances relatives au fondement, au déroulement, à l’évolution et à la fonction du Sambaani.  La pratique  endogène suppose des groupes peu étendus, clos, d’une cohésion parfaite. Malgré quelques tentatives de restauration, son bouleversement  parait  irréversible dès que  l’unité de groupe se détend. Ailleurs l’aspect des chefferies ou des royaumes décline. Les enfants vont à l’école,  donc la durée des initiations doit être réduite ; la connaissance des symboles et des mythes  du Sambaani  se perd,   les hommes circulent, vont travailler au loin, abandonnent le contact avec les dieux et les ancêtres, restent dans les villes pour échapper à la tutelle du groupe, ou la secouent lorsqu’ils reviennent. Les jeunes désertent les fêtes et ne respectent plus les interdits à cause de l’école. Retenons que  l’école apporte un savoir différent de celui des anciens, une autre explication des phénomènes, une culture ouverte o๠rien n’est caché, o๠tout en principe devrait récompenser le mérite et l’intelligence ; alors que la société ancienne reposait souvent sur le secret et sur l’hérédité. L’individu préfère se dégager ainsi de la contrainte sociale, quitte à perdre réconfort et sécurité.Le Sambaani, aux degrés supérieurs de connaissance ésotériques très complexes, ne peut pas faire face au désir des masses d’accéder à l’autonomie individuelle. Il ne  répond ni aux exigences d’une morale personnelle, ni à celle du rationalisme moderne, condition de l’essor technique, ni à celle d’un idéal de progrès, puisque c’est une pratique axée sur la répétition et l’exaltation du passé. Le Sambaani subsiste et résiste là o๠il est le plus structuré, mais il se désagrège tout autour des villes que dans les régions de passage, ou encore parmi les populations que l’appel de la main d’œuvre tire de chez Sambaani. Du coup, de peur d’être offensés par les élèves profanes, ces jeunes adeptes ne s’intéressent pas trop à l’école. Nous ne comprenons pas pourquoi la religion traditionnelle qui devrait contribuer au développement du milieu, constitue un handicap pour la scolarisation de certains enfants surtout les filles de la commune de N’Dali. Or, nul n’ignore le rôle capital que joue l’instruction dans le développement de tout pays. Donc, il faut à ces jeunes adeptes une éducation pour concilier religion et école. Les conservateurs essaient de répondre aux nouveaux besoins, mais leur conception du Sambaani est souvent répétitive et close. Ils servent la plupart de temps d’alternative aux familles et autres organisations traditionnelles dissoutes.La perte des anciennes croyances dans l’individualisme rappelle la situation du paganisme. Cette perte a préparé sans doute le terrain aux religions révélées, islam et christianisme. En effet, le Sambaani revêt une importance capitale dans la vie des populations de N’Dali qui, demeure la commune dans laquelle on exécute ce rituel pour implorer le bûn en lui offrant des sacrifices. Ce rituel se pratique presque tous les ans à la fin des récoltes ; moment o๠les paysans vendent les récoltes. Cependant, l’exécution de ce rituel souffre d’insuffisances aujourd’hui, car ces différentes phases ne sont plus rigoureusement respectées comme auparavant. Par exemple, l’étape de se mirer avant d’aller en brousse a presque disparu. Aussi, au lieu d’aller à la rivière pour le lavage du novice, on préfère le faire au village  derrière la maison. Nous constatons que les règles établies par les ancêtres ne sont  plus respectées par la nouvelle génération. Le moment choisi pour faire le rituel qui est la saison sèche par les anciens n’est plus valable à cause du changement climatique.

Tout moment est valable aujourd’hui, il suffit d’être riche. Il n’est plus un secret pour personne que les réalités climatiques du temps de nos aà¯euls qui ont institué ce rituel ne sont plus les mêmes. Ce changement climatique est dû aux caprices de l’homme qui explique les modifications intervenues dans l’exécution du rituel aujourd’hui. Il est donc aisé de comprendre que, contrairement à ce que pensent les prêtres et les adeptes, la force du bûn est aussi limitée. Le bûn est un canal vibratoire servant de liaison entre les hommes et Dieu. Il est puissant, mais il doit parfois cette puissance au « Tim » (gris-gris). Car, les adeptes, les prêtres et les prêtresses du Sambaani affirment que le bûn et le Tim sont indissociables. En effet, ce sont les prêtres  qui officient des sacrifices, des offrandes et des cérémonies de leur ressort. N’importe qui ne devient pas adepte par volonté. Mais aujourd’hui c’est le constat. Dès qu’on est tourmenté par des mauvais esprits, on dit que c’est le bûn. Les bûnkosso sont devenus des corrompus et exigent plus de chose qu’avant o๠tout était symbolique. L’argent a remplacé l’honneur qu’ont les prêtres et prêtresses du Sambaani.

Les coutumes sont aujourd’hui en grande évolution : scolarisation, influence de la ville, de l’islam,  du christianisme, changements économiques, politiques. Les couvents  sont des lieux  o๠on fait l’apprentissage du langage du bûn, des danses et des chants. On fait subir aussi aux adeptes du Sambaani les épreuves de la vie spirituelle. Aujourd’hui, les couvents ont perdu leur crédibilité. Au lieu d’être un lieu d’apprentissage, les couvents sont devenus des lieux de commerce. Après des mois d’internement au couvent, les jeunes initiés sont contraints de s’attacher au bûn compte tenu des enseignements qu’on leur a inculqués.

L’islam et le christianisme ont apporté leurs façons de prier les morts. On permet volontiers aux chrétiens et aux musulmans de venir prier pour les morts. On dit que ces prières obtiennent la faveur de Dieu pour que le mort ne soit pas jeté dans le feu. Mais ces prières ne dispensent pas des funérailles traditionnelles qui sont obligatoires.

Le Béninois, mieux encore le Baatonu de N’Dali, bien que détourné par les religions étrangères, reconnait l’existence des religions traditionnelles et n’hésite pas à des moments donnés d’oublier sa configuration et faire un sacrifice ou poser un acte religieux. C’est ce que remarque BEART en affirmant que l’animisme demeure souvent au fond de la mentalité paysanne : « converti à l’islam, au catholicisme, l’Africain ne se sépare guère de ses croyances animiste ». La religion est la vie du Baatonu, comme l’a dit Durkheim c’est le ciment qui unit les différents membres du groupe. Les manifestations de culte, les rites de mariage, de naissance ou les cérémonies d’initiation font appel à tous les membres de la famille et il y a échange.

Tout ne doit donc pas être renié de l’héritage ancestral : bien des formes en seraient à reprendre pour éviter le vide culturel et la vulgarité contemporaine. C’est ainsi qu’en Afrique certains peuples christianisés ont conservé leur pratique.

 

Source: culturebaatonu

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