Le livre des morts de l'Egypte Ancienne

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Le livre des morts de l’Egypte Ancienne 1/2

Le livre des morts de l’Egypte Ancienne 2/2

 

Pour les Égyptiens, la mort était une naissance. Chaque jour le soleil se levait, chaque année la nature reverdissait : c’était là le signe indiscutable d’une nouvelle vie pour l’homme. Dans l’au-delà, le mort ne pouvait que renaître en changeant de nature et, participant de la divinité, prendre toutes les formes possibles à l’endroit désiré.

Mais avant d’arriver à cette extrême félicité, il avait un long et dangereux voyage à accomplir. Sa meilleure protection était un texte sacré : un recueil de formules magiques qui, lui donnant la connaissance du monde inférieur, du monde de la nuit, la Douat, lui donnait pouvoir de justifier son existence, d’écarter les démons et de franchir les portes qui jalonnaient son chemin.

Présentation

L’un des grands corpus funéraires de l’Égypte fut improprement intitulé Livre des Morts. À vrai dire, le titre même, de ces longs rouleaux de papyrus, ne correspond pas au contenu du livre. Il pourrait se traduire littéralement par : « Livre (ou chapitres ou formules) pour sortir au jour (ou à la lumière), « Peret em mérou » en égyptien » (*).

Ce titre, « Livre de sortir au jour », donné par les Égyptiens, révèle bien la fonction du Livre des Morts : sortir au jour, c’est-à-dire suivre le soleil durant sa course diurne. Durant la nuit, l’astre du jour parcourt le monde souterrain, royaume d’Osiris, et les morts sont éclairés de ses rayons. Pour continuer à profiter de ceux-ci, il faut donc que les défunts puissent sortir de la tombe quand le soleil éclaire le monde extérieur.

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Pour plus de détails, lire le livre ci-dessous

 

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Ces formules sont inscrites sur les murs des tombeaux, les sarcophages et les rouleaux de papyrus retrouvés sur les momies. C’est, semble-t-il, uniquement parce que cet ouvrage faisait une place importante à la mort et à la préparation au trépas qu’on l’a surnommé Livre des Morts. Ce terme a été forgé en 1842 par l’égyptologue allemand Karl Richard Lepsius (1810-1884).


(*) Sortir au jour Sortir au jour est le véritable nom du livre des morts des Anciens Égyptiens. Le « jour » en question n’est pas celui des vivants, mais tout principe lumineux s’opposant aux ténèbres, à l’oubli, à l’anéantissement et à la mort. Dans cette perspective, le voyage dans la barque du dieu soleil Rê vers le royaume d’Osiris – version nocturne du soleil diurne en cours de régénération – pouvait être considéré comme une fin en soi.
lumière Pour les Égyptiens, la lumière est cachée au cœur de ces hiéroglyphes et de ces phrases composés, dit la tradition la plus ancienne, par le divin Thot lui-même et dont l’original se trouvait dans une crypte de son temple d’Hermopolis Magna (Khemenou), sous un bloc très pur de lapis-lazuli servant de socle à la statue de ce dieu de la Connaissance. Parler de lumière est ici synonyme de source, celle où se fait et se défait le nœud de la vie et de la mort. Un lieu de passage en somme, par cette « demeure secrète »e où se joue le destin de l’être en devenir. Un destin qui n’est ni fini, ni scellé, l’amorce d’un nouveau cycle.


 

autrePage.gif Voir aussi Lepsius Karl Richard

 

Vignette du chapitre 125 Anubis à tête de chacal procède à la pesée du cœur du défunt. Sur la balance, le babouin de Thot en garantit l’exactitude. - Livre des morts de Aha-Ner, XXIe dynastie - Musée égyptien de Turin Crédit photographique : © Alinari / The Bridgeman Art Library
Vignette du chapitre 125
Anubis à tête de chacal procède à la pesée du cœur du défunt. Sur la balance, le babouin de Thot en garantit l’exactitude. – Livre des morts de Aha-Ner, XXIe dynastie – Musée égyptien de Turin
Crédit photographique : © Alinari / The Bridgeman Art Library

Finalité et caractéristiques du Livre des Morts

Ce livre avait pour objectif de guider le défunt vers la vie après la mort, pour renaître et sortir à l’aube du jour, car la mort n’est pas une fin en soi. Ce guide pratique devait permettre de surmonter les pièges avant de se présenter devant Osiris et les portes se son royaume, situé à l’Occident (Amenti).

Papyrus de NebqedLe texte est inscrit en cursives hiéroglyphiques à l'encre noire, l'encre rouge étant utilisée pour les titres (comme ici), les passages les plus importants, ou pour écrire le nom de certains dieux ; le vignettes illustrent le texte.Musée du Louvre, Paris
Papyrus de Nebqed Le texte est inscrit en cursives hiéroglyphiques à l’encre noire, l’encre rouge étant utilisée pour les titres (comme ici), les passages les plus importants, ou pour écrire le nom de certains dieux ; le vignettes illustrent le texte.Musée du Louvre, Paris

Comme nous le fait remarquer François Tonic : Une des caractéristiques de ce livre est qu’il est la plupart du temps composé de texte mais aussi de « dessins », des vignettes richement décorées racontant les « aventures » du défunt. Chaque livre est propre à un défunt. Les scribes personnalisent le texte en rajoutant les noms, les fonctions du mort, enfin, du futur mort, car le texte était écrit et illustré du vivant de la personne.

Le Livre des morts reprend l’un des mythes les plus élevés des sciences sacrées. Il accompagnera l’Égypte dans toute sa longue histoire. Ce mythe est lié au culte d’Osiris et remonte à la nuit des temps. De par sa mort et sa renaissance, Osiris, époux de la déesse mère Isis, était l’archétype parfait du Dieu sauveur, le garant de la vie éternelle. Son rôle était de fusionner avec l’homme dans son destin, avant, pendant et après la mort. Il est essentiel à la compréhension des croyance et des divinités des anciens Égyptiens. Il est, selon J.H Rosny, « le livre suprême des Égyptiens. Tout le rêve de la nation s’y trouve, tous les arts égyptiens en découlent ». Le grand égyptologue français Gaston Maspéro affirmait qu’il était « une sorte de Bible et le vénérable monument de la langue, de l’archéologie et de la religion égyptienne ».  –> voir Le Mythe osirien (lien en pied de page)

Comme les formules inscrites, les vignettes (illustrations d’une très grande beauté) qui accompagnent le texte, avaient valeur magique. En contemplant la représentation de son futur “voyage”, le possesseur du papyrus acquérait la certitude de le réaliser et de continuer à vivre après sa mort. Les dieux ne pouvaient que partager cette conviction.

 

 

 

 


Les papyrus commandés aux scribes réunissaient non pas le texte complet, mais un choix de « chapitres ».


Les grandes étapes

Bien qu’aucun papyrus ne soit exactement identique, le chemin de « sortir au jour » est toujours à peu près le même, bien que l’ordre des chapitres change.

1- Le mort débute en général par des offrandes. Le défunt se présente souvent avec son épouse.

2- Le défunt passe devant le tribunal divin qui va peser son cœur, siège du savoir, de l’âme. Une des épreuves les plus redoutées. » Voir  : Jugement du défunt – fiche détaillée

3- Le tribunal étant franchi avec succès, un dieu présente le défunt devant Osiris assis sur un trône. Le défunt s’agenouille devant Osiris en signe d’adoration. Il devient alors lui aussi un Osiris, Osiris [nom du défunt].

4- Viennent ensuite les funérailles. Leur place dans le Livre des Morts varie. Ainsi, dans le célèbre papyrus d’Ani, elles se déroulent après le tribunal divin. Car seul celui qui est reconnu comme juste avait droit à ces cérémonies. » Voir  : Parcours terrestre du mort – fiche détaillée

5- Enfin, nous arrivons à une des étapes les plus importantes des funérailles : le rite de l’Ouverture de la bouche et des yeux, acte magique de renaissance du défunt. » Voir : Parcours terrestre du mort – fiche détaillée.

 

Celui qui aura appris ce livre sur terre ou qui l’aura fait écrire dans sa sépulture, il sortira tous les jours qu’il voudra, et il rentrera dans sa tombe sans obstacles ; il lui sera donné du pain, de la bière, de la viande provenant de l’autel de Rê ; il recevra un terrain dans les champs de roseaux où il lui sera donné de l’orge et du blé et il sera florissant comme il était sur terre.

Ces quelques lignes au début du premier chapitre résument bien la fonction de l’ouvrage.

 

Livre des Morts - Chapitre 16 La vignette de gauche figure le cycle solaire, avec le lever et le coucher de l’astre, avec ses voyages diurne et nocturne ; suivie, à droite, par l’hymne à Osiris. Papyrus d’Ani, Thèbes - British Museum, Londres
Livre des Morts – Chapitre 16
La vignette de gauche figure le cycle solaire, avec le lever et le coucher de l’astre, avec ses voyages diurne et nocturne ; suivie, à droite, par l’hymne à Osiris.
Papyrus d’Ani, Thèbes – British Museum, Londres

Une origine qui se perd dans la nuit des temps

Le Livre des morts apparaît au Nouvel Empire, avec la XVIIIe dynastie, mais il ne s’agit pas d’une création spontanée. En réalité, la plupart de ces formules trouvent leur origine dans les Textes des Sarcophages (rituel funéraire privé) recouvrant les sarcophages du Moyen Empire (2046-1710 avant Jésus-Christ). Ces textes provenant eux-mêmes des formules gravées sur les parois des pyramides (rituel funéraire royal), les Textes des Pyramides de l’Ancien Empire, à partir de la fin de la Ve dynastie (2350 avant Jésus-Christ). L’origine des traditions mythologiques sur lesquelles elles reposent se perd dans la nuit des temps.

Les Textes des Pyramides

Le Livre des Morts tire ses origines dans une longue tradition scripturale que l’on peut faire remonter jusqu’à l’Ancien Empire égyptien ; les premiers textes funéraires étant les Textes des Pyramides, découverts en 1881 et publiés par l’égyptologue Gaston Maspéro. La première pyramide à textes d’Égypte est celle d’Ounas, dernier roi de la Ve dynastie (vers -2350). Il y étaient placés dans la chambre funéraire, dans ses antichambres et le passage qui y conduisait. Ses successeurs de la VIe dynastie tels les souverains Pépi Ier, Mérenrê Ier ou Pépi II ont eux aussi fait figurer ces textes sur les murs de leurs complexes funéraires. Cette pratique est d’abord exclusivement réservée au roi mais à partir de la VIe dynastie, ce privilège s’étend aux épouses royales. Élaborés ou au moins recomposés par les prêtres d’Héliopolis (Per-Rê ou Iounou), la capitale du dieu soleil, les Textes des Pyramides ont pour sujet majeur l’élévation du souverain défunt vers son père mythique, le dieu solaire . À cette époque, la vie après la mort se déroule au ciel dans la compagnie du soleil. Mais aussi avec les étoiles qui sont considérées comme des entités impérissables. Plus tard au Nouvel Empire, le Livre des Morts situera toujours le monde de l’Au-delà au ciel mais aussi sous terre.

 

Les Textes des Pyramides

 

Bon nombre de hiéroglyphes des Textes des Pyramides représentent des êtres vivants (humains, reptiles, oiseaux). Ceux qui sont considérés comme nuisibles et dangereux sont alors représentés mutilés pour qu’ils ne puissent pas s’en prendre magiquement au roi : les hommes ainsi que les bras portant une arme sont tout simplement supprimés, les serpents sont représentés la tête coupée et un peu éloignée du corps ou bien avec un couteau planté dans le corps, etc. Ces images gardent ainsi leur valeur phonétique, mais ne peuvent plus tourner contre le mort le pouvoir maléfique qu’elles contiennent.

Les Textes des Sarcophages

Le pouvoir royal perd son prestige lorsque l’Ancien Empire sombre dans l’anarchie de la Première période intermédiaire. Les Textes des Pyramides cessent d’être réservés aux seuls membres de la famille royale et sont récupérés par des notables locaux de haut rang. Durant le Moyen Empire égyptien émergent ce que les égyptologues dénomment les Textes des Sarcophages (ou Textes des Cercueils). Dans la majorité des cas le support de ces textes sont les façades intérieures des sarcophages, d’où leur appellation moderne. Bon nombre de passages des Textes des Pyramides se retrouvent peints, de la IXe dynastie hérakléopolitaine à la XVIIe dynastie thébaine, sur les sarcophages des notables de Moyenne-Égypte. Cependant le corpus des Textes des Sarcophages est considérablement enrichi par des chapitres issus de traditions funéraires autres que celles de la royauté. Le dieu Osiris prend plus d’importance ainsi que la lutte mythique entre Seth et Horus.

Les Textes des Sarcophages


Ces textes remplissent une double fonction :

  • ils accompagnent le défunt dans son parcours dans l’au-delà et l’aident à surmonter les obstacles du monde des morts ;
  • ils servent pour le culte, les prêtres les récitent à trois moments bien précis : pendant l’embaumement, lors de la mise au tombeau, après la déposition du corps.

 

Aux Textes des Pyramides, qui prévoient la survie solaire, s’agrègent peu à peu de nouveaux écrits destinés à assurer au mort d’autres types de survie, ou d’autres liturgies. La plupart tournent autour d’un thème fondamental : la cartographie de l’au-delà. Jusque-là sa topologie restait assez vague : il y avait le ciel, les confins du ciel. Cette figuration cartographique, appelée Livre des Deux Chemins, figurant des chemins et des canaux, est à rapprocher de celle de la formule 110 du Livre des Morts où le défunt laboure des champs entouré de cours d’eaux.

 

Le Livre des Deux Chemins

Le Livre des Deux Chemins est un des textes des sarcophages caractéristique des sarcophages de la nécropole de Deir el-Bersha, près de la ville d’Hermopolis, en Moyenne-Égypte. Ce texte présente le trajet — par voie fluviale et par voie terrestre — que le défunt doit parcourir pour arriver au lieu de sa renaissance. Une enceinte de feu entoure l’ensemble.

 

Livre des deux Chemins Sarcophage avec une figuration du Livre des deux chemins (à gauche) et chapitre 110 du Livre des Morts (à droite).
Livre des deux Chemins
Sarcophage avec une figuration du Livre des deux chemins (à gauche) et chapitre 110 du Livre des Morts (à droite).

Seul celui qui est pur peut franchir cette étape et ainsi parvenir aux pieds d’Horus l’Ancien qui est la Lumière divine. Les deux chemins conduisent à la nécropole de l’Occident (l’Amenti) qui renferme le vase sacré contenant les lymphes divines. La demeure de la déesse Maât, qui est également figurée, garantit l’ordre cosmique.

Sous l’Ancien Empire (2700-2200 avant notre ère), seuls les pharaons séjournaient aux côtés du dieu solaire Rê dans l’autre monde et renaissaient comme Osiris. Les dignitaires continuaient à former sa cour dans l’au-delà. L’effondrement du pouvoir royal à la fin de l’Ancien Empire invita les nobles à usurper les privilèges royaux concernant la survie.

Cette démocratisation se poursuivit au Nouvel Empire. À cette époque, tout Égyptien, ayant mené une existence juste, était admis dans le paradis d’Osiris. Les plus fortunés augmentaient cependant leurs chances de survie en faisant déposer près de leur momie un exemplaire du Livre des Morts.

Formation du recueil

Les premiers développements du Livre des Morts sont à situer aux débuts de la Deuxième période intermédiaire, vers 2200 avant Jésus-Christ. À cette époque, l’essentiel du contenu de la formule 17 est fixé. Quant à la formule 64, sa version courte et longue figuraient sur le sarcophage aujourd’hui disparu de la reine Mentouhotep de la XIIIe dynastie. À la XVIIIe dynastie, on commence à écrire les formules magiques et funéraires sur des rouleaux de papyrus sans doute par manque de place sur les cercueils ; ceux-ci prenant la forme du corps de la momie. Auparavant, au Moyen Empire, les cercueils ressemblaient à des boites. La surface d’inscription était donc plus importante.

Époque d’utilisation

Aucun exemplaire du Livre des Morts ne contient toutes les formules connues et recensées par les philologues des anciennes langues égyptiennes. Les exemplaires les plus complets sont tardifs (dynastie des Ptolémées) tel le Papyrus de Turin étudié par Karl Richard Lepsius. Cet exemplaire aligne 165 formules sur les 192 recensées. Le Livre des Morts est un ensemble de textes très hétéroclite. Ce recueil s’est formé à l’époque du Nouvel Empire égyptien durant les règnes des premiers rois de la XVIIIe dynastie, vers 1550 avant Jésus-Christ. Un des plus anciens exemplaires connus est le Papyrus de Iouya et date du règne d’Amenhotep III (Aménophis), aujourd’hui conservé au Musée égyptien du Caire. Le papyrus de Pamonthès est l’exemplaire le plus récent. Conservé à Bibliothèque Nationale de France à Paris, il est daté de la dixième année du règne de l’empereur romain Néron (an 63 du calendrier chrétien). Ce corpus de textes funéraires fut donc en usage en Égypte durant plus de seize siècles.

Les différentes recensions (versions) [1]

(Murry Hope, La magie égyptienne, Éditions Sand, Paris 2002)

Le Livre des Morts a souvent été considéré comme un œuvre inspirée par Thot (mythique), le scribe des dieux. Selon les croyances égyptiennes, ce serait lui qui aurait prononcé les paroles de la Création qui fut ensuite réalisée par Ptah, tous deux étant d’ailleurs au service d’Osiris.

Voici, en résumé, comment se présentent les différentes versions du Livre des Morts :

La recension héliopolitaine
a – Celle qui fut en usage sous les Ve et VIe dynasties et qu’on trouve inscrite en hiéroglyphes sur les murs et dans les salles des pyramides de Saqqarah (Dehenet Ankh-Taouy).
b – Celle qu’on trouve écrite en hiéroglyphes cursifs sur les cercueils datant des XIe et XIIe dynasties.
 
La recension thébaine
a – Celle qui figurait en hiéroglyphes sur des papyrus et des sarcophages, de la XVIIIe à la XXIIe dynasties.
b – Celle qui fut écrite sur des papyrus en caractères hiératiques sous la XXIe et la XXIIe dynasties.
 
La recension saïte
Celle qui fut écrite en hiéroglyphes, en caractères hiératiques et démotiques sur des papyrus, des sarcophages, etc., sous la XXVIe dynastie et sous les suivantes.

Cette version, largement utilisée à la période ptolémaïque, peut être considérée comme la forme finale du Livre des Morts.

 


Les égyptologues désignent par « recension thébaine » les exemplaires du Livre des Morts qui ont été exécutés durant la période allant de la XVIIIe à la XXVe dynastie. Durant ce laps de temps la ville de Thèbes (Ouaset) est la capitale du pays. Le corpus semble être une vaste compilation de formules ; ces dernières se suivant sans un réel ordre apparent. Toutefois dès cette époque les scribes tentent une logique d’organisation car certains papyri de la XVIIIe dynastie montrent un ordre dans l’enchainement de quelques formules. Dans cette recension les illustrations sont souvent de très grande qualité mais la copie du texte laisse souvent à désirer par la faute du scribe (négligence ou ignorance de la langue). Les plus anciens exemplaires ne contiennent que peu de formules sur les 150 alors utilisées ; quarante pour le Papyrus de Iouya ou trente-trois pour le Papyrus de Kha daté du règne d’Amenhotep III. Les chapitres 1, 17 et 64 sont parmi les formules les plus prisées du fait de leur caractère général et introductif.

La « version saïte » resta en usage à la période ptolémaïque, mais il semble que les scribes du temps aient tout ignoré du sens des textes qu’ils copiaient et de l’emplacement des vignettes. Parmi les textes qui se répandirent à la période ptolémaïque et gréco-romaine, figure un ouvrage particulièrement intéressant : le (Shai-en Sensen), ou Livre des respirations, qui reprend des idées et des croyances typiques des parties les plus anciennes du Livre des Morts. Il est réconfortant de noter que la conception de la vie future telle que la présente ce livre prouve que ces idées étaient restées quasi inaltérées dans l’esprit des gens, malgré les modifications et les inexactitudes accumulées au fil des siècles.
Le Livre des Respirations Le Livre des respirations explique à un moment donné au défunt : Thot, le plus puissant des dieux, le seigneur d’Hermopolis Magna (Khemenou) vient à toi, et, de ses propres mains, écrit pour toi le Livre des Respirations.

Selon la logique égyptienne, chacun pouvait puiser dans ce fonds les formules ou les chapitres qui le concernaient plus particulièrement. On ne trouve pas deux Livres des Morts vraiment identiques car une grande place est toujours laissée à la liberté de choix et de création de chaque commanditaire de ces écrits magiques.

Ce papyrus était un accessoire majeur des rites funéraires, et il fallait parfois toute une vie pour le préparer, surtout lorsque c’était celui d’un notable ou d’un souverain. À partir du Nouvel Empire, le Livre des Morts peut comporter jusqu’à 192 chapitres abondament illustrés !


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Voyage vers l’au-delà

Lève-toi vers la vie car, vois, tu n’es pas mort.
Le Livre des morts

 

Servant de guide à la personne du défunt dans les dédales de l’inconnu, nous l’avons vu, le Livre des morts, livre sacré d’origine divine, tenait une place essentielle dans les rites funéraires. Rédigé en hiéroglyphes ou en écriture hiératique, il était déposé dans le sacrcophage ou, le plus souvent, placé sur la poitrine ou, au Nouvel Empire, entre les jambes de la momie. Durant l’inhumation, les prêtres récitaient des extraits des différents rituels funéraires. À la fin de chaque chapitre du Livre des Morts se trouvaient même des indications sur la manière de lire et d’interpréter les textes afin que les dieux acceuillent favorablement les morts.

Comme pour les Textes des Pyramides et les Textes des Sarcophages, autres grands corpus funéraires, il ne s’agit pas d’un traité construit selon une idée directrice. Le Livre des Morts n’est pas comme la Bible ou le Coran. Ce n’est pas un ouvrage théologique et ne contient pas un prétexte fixe ou intengible, bien au contraire : on y trouve pêle-mêle des formules éparses, des citations de textes funéraires antérieurs, des sentences, des recettes magiques, des hymnes, des préceptes moraux, un guide pour les beaux “Chemins de l’Amenti” (Occident), une méthode pour accomplir ses métamorphoses dans le royaume incertain de la mort (Au-Delà). En simplifiant, il s’agit d’un mode d’emploi (guide) pour la purification du mort, un passeport (conseils) pour l’autre vie dont la fonction est de protéger et d’aider le défunt à gagner sans embûches le royaume des Morts (Au-Delà, la Douat) [**] et de garantir sa renaissance.

Le texte n’est pas figé et les compilations varient selon l’époque, le lieu et la personne à laquelle l’ouvrage est destiné.

 

saviez-vous.gif Enseignement pour tous
Dans tous les sanctuaires sacrés de la vallée du Nil, à côté de la célébration de cérémonies et des rites quotidiens d’hommage et de dévotion, les prêtres avaient pour mission d’enseigner tant au pharaon qu’aux initiés, la doctrine de l’âme et à sa finalité. Ce n’est que vers la XIe ou XIIe dynastie que le peuple eut accès à cet enseignement.
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Le Livre des Morts égyptien Au Nouvel Empire, les Formules pour monter dans le jour, que nous traduisons par Livre des Morts, faisaient intervenir deux garants de la vie éternelle, Rê et Osiris, et se composaient de formules magiques, d’incantations, d’allusions mythologiques, de complexes descriptions de l’autre monde destinées à faciliter la progression du défunt et à lui donner les moyens de survivre dans l’Au-delà. Écrites sur un papyrus placé auprès de la momie, voire sur les bandelettes, ces formules étaient accompagnées de magnifiques vignettes peintes renforçant, par la magie de l’image, la puissance de l’écrit. La scène de droite montre le défunt placé face à Osiris, paré des insignes royaux. Extrait du papyrus d’Antef en Chonsou (XXe ou XXIe dynastie)
Le Livre des Morts égyptien
Au Nouvel Empire, les Formules pour monter dans le jour, que nous traduisons par Livre des Morts, faisaient intervenir deux garants de la vie éternelle, Rê et Osiris, et se composaient de formules magiques, d’incantations, d’allusions mythologiques, de complexes descriptions de l’autre monde destinées à faciliter la progression du défunt et à lui donner les moyens de survivre dans l’Au-delà.
Écrites sur un papyrus placé auprès de la momie, voire sur les bandelettes, ces formules étaient accompagnées de magnifiques vignettes peintes renforçant, par la magie de l’image, la puissance de l’écrit.
La scène de droite montre le défunt placé face à Osiris, paré des insignes royaux.
Extrait du papyrus d’Antef en Chonsou (XXe ou XXIe dynastie)
À toutes les époques de l’Égypte antique, les textes funéraires jouèrent un rôle primordial. Les plus anciens figurent sur les pyramides et les sarcophages ; le Livre de ce qu’il y a dans le monde inférieur, comme le Livre des Cavernes ou le Livre des Portes, mais aussi le Livre des Morts du Nouvel Empire, remplissaient la même fonction : rendre le monde de l’au-delà et ses règles compréhensibles afin de préparer les morts à s’y adapter du mieux possible dès leur arrivée.

Une importante documentation héritée du Nouvel Empire nous permet d’avoir une idée relativement claire de l’itinéraire suivi par le défunt après son décès, jusqu’à son tombeau. Les funérailles en terre égyptienne étaient l’occasion d’un grand rassemblement de peuple et de matériel. Les manifestations du deuil, qui durait soixante-dix jours, nécessaires à la momification du défunt, étaient spectaculaires. Les femmes, poussant un long cri de douleur, se mettaient de la boue sur la tête et frappaient dans leurs mains. Les hommes cessaient de se raser. Le cortège, interminable, transportait le mobilier du mort ainsi que l’ensemble des produits nécessaires à sa survie au cours de son long et périlleux voyage vers la vie éternelle.

 

Le monde merveilleux des dieux, avec ses animaux, ses constellations et ses êtres fabuleux apparaît dans les illustrations des livres des morts. La scène de droite montre la défunte Djed-maât-ou-es-ankh lors d’un rite d’offrandes, environnée de dieux et de démons.
Le monde merveilleux des dieux, avec ses animaux, ses constellations et ses êtres fabuleux apparaît dans les illustrations des livres des morts. La scène de droite montre la défunte Djed-maât-ou-es-ankh lors d’un rite d’offrandes, environnée de dieux et de démons.

[**] La Douat

La Douât est le lieu de séjour de Rê pendant les heures de la nuit. Par analogie, il s’agit du séjour des défunts après leur mort, en attendant qu’ils ressuscitent en même temps que le Soleil. Il s’agit d’un monde d’épreuves, divisé en douze heures.

Les Égyptiens se représentaient très concrètement le monde des morts. Il était semblable au monde des vivants : l’Égypte. Le monde inférieur était parcouru par un fleuve et comprenait douze régions distinctes, séparées les unes des autres par de puissantes portes, gardées par de dangereux monstres. Grâce au Livre des Morts et au Livre de l’Amdouat, les défunts – ou plus justement leur double, leur “ka” qui était déjà en eux au moment de leur naissance et qui les a quittés aussitôt après leur mort – possèdent un nom d’éternité et connaissent les mots ouvreurs de portes. Dès lors, ayant franchi tous les obstacles et le jugement des morts ils accédaient à leur seconde vie, l’éternité.

 

Tous les rois qui reposent dans la grande et noble nécropole sont saufs, protégés et assurés de vivre l’éternité.

Philologie égyptienne

La philologie est l’étude de la linguistique historique à partir de documents écrits. Elle vise à rétablir le contenu original de textes connus par plusieurs sources, c’est-à-dire à choisir le meilleur texte possible à partir de manuscrits, d’éditions imprimées ou d’autres sources disponibles (citations par d’autres auteurs, voire graffitis anciens), en comparant les versions conservées de ces textes, ou à rétablir le meilleur texte en corrigeant les sources existantes.

Premiers fac-similés

Les savants de l’expédition d’Égypte avaient collecté des textes que Jean-François Champollion avait appelés “rituels funéraires”. En 1805, soit quatre années après la campagne militaire française en Égypte (1798-1801), est publié à Paris le premier fac-similé d’un exemplaire du Livre des Morts. Il s’agit du Papyrus Cadet qui fut exécuté pour l’Égyptien Padiamonnebnésouttaouy durant l’époque ptolémaïque. Par la suite, ce fac-similé figure avec d’autres dans le deuxième volume de la monumentale Description de l’Égypte. Cette œuvre est le compte-rendu scientifique de l’expédition française et fut publiée entre 1809 et 1828.

Traductions

La première traduction date de 1842, par l’égyptologue allemand Karl Richard Lepsius, d’après le Papyrus de Iouef-Ânkh, daté de l’époque ptolémaïque et conservé au musée égyptologique de Turin, qu’il appela “Todtenbuch” (Livre des Morts), nom qui est ensuite resté. Lepsius divisa ce papyrus, un des plus complet qui soit, en 165 chapitres numérotés (un chapitre pour chacune de ses différentes formules magiques). Pour des raisons pratiques, cette numérotation même si elle est arbitraire est toujours d’actualité dans le milieu de la philologie égyptienne.

En 1881, l’égyptologue hollandais Willem Pleyte a complété les chapitres déjà publiés par Lepsius, sous le titre Chapitres supplémentaires du Livre des Morts, 162 à 174 basés sur différents papyrus du Nouvel Empire ; publiés d’après les monuments de Leyde, du Louvre et du British Museum.

En 1886, l’égyptologue suisse Henri Edouard Naville publia ce qu’il appela la “Bible des anciens Égyptiens”.

En 1898, l’égyptologue anglais Sir E.A. Wallis Budge, conservateur au British Museum, suite à sa découverte en 1887 à Thèbes (Ouaset) du papyrus d’Ani, fit à son tour paraître une édition de l’ensemble des chapitres (augmentée par les chapitres 187 à 190) du Livre des morts sous le titre de Chapitres de la sortie du jour.

Éditions francophones

Il existe, bien entendu, de nombreuses traductions en français du Livre des Morts, mais la plus fiable, parce que la plus honnête et la plus proche de l’esprit égyptien, est celle de Paul Barguet (Le Livre des morts des anciens Égyptiens). Ce savant égyptologue, Directeur de l’Institut d’Égyptologie de l’Université Lyon II et Professeur d’épigraphie égyptienne à l’École du Louvre, a d’ailleurs adopté pour sa traduction une version très complète de 192 chapitres, datant de l’époque ptolémaïque, et dont la première édition avait été réalisée par l’Allemand Karl Richard Lepsius.

On peut aussi signaler la traduction française complète avec translittération de Claude Carrier éditée en 2009

Pour mieux se repérer à l’intérieur de ce recueil complexe, on peut le diviser en quatre grandes sections :

  1. chapitres 1 à 16 : La sortie à la Lumière,
  2. chapitres 17 à 63 : La régénération,
  3. chapitres 64 à 129 : La transfiguration,
  4. chapitres 130 à 165 : La glorification du mort.

 

autrePage.gif Voir aussi Le Livre des Morts | Le livre de l’Amdouat – fiches détaillées

Depuis, de très nombreuses éditions utilisent ces textes qui sont désormais du domaine public ; de ce fait, on les trouve sur quantité de sites personnels de passionnés d’égyptologie.

Notes


[1] Nom féminin, du latin recensio. Comparaison d’un texte avec les manuscrits. Critique et compte rendu d’un ouvrage littéraire. Texte revu et édité par un critique.
La recension des écrits
Faire une recension de divers écrits, c’est produire un texte qui en résume plusieurs autres portant sur un même sujet ou thème, et qui établit des liens entre eux et expose leur problématique commune. Une recension est donc un regroupement de résumés dans lequel sont soulignés les éléments communs et les divergences des différents textes dont on rend compte et où l’on montre comment ils se complètent ou se contredisent.
Outre le fait d’être une série de résumés unis par une problématique commune, une recension peut comporter un aspect critique; si c’est le cas, on lui donnera préférablement le titre de recension critique.

Références


Milena Perraud et François Tonic, Le Livre des morts des anciens Égyptiens, Toutankhamon magazine n° 24 et 44 – Le Livre des morts des anciens Égyptiens, un article de Wikipédia  , l’encyclopédie libre – Le tout, complété et agrémenté par Immortelle Égypte


Source: immortelleegypte

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