têtes géants, découvertes à San Lorenzo

L’AMERIQUE ETAIT-ELLE CONNUE SOUS L’ANTIQUITE ?

L’Amérique était-elle connue dans l’Antiquité ? Cet article a été publié dans la revue TOP SECRET N° 13 de mai 2004 Site: www.topsecret.fr

 

Bien qu’il ait été prouvé que les Vikings l’avait atteinte vers le Dixième siècle, on enseigne encore aux enfants des écoles que l’Amérique fut découverte par Christophe Colomb le 12 octobre 1492. Cependant, à la lumière des progrès de la science, de nouveaux éléments bouleversent ces données et amènent à se poser la question suivante : l’Amérique était-elle connue depuis l’Antiquité ?

Des traces de nicotine et de cocaïne dans des momies égyptiennes Nous sommes en 1992, au Musée égyptien de Munich. Svetla Balabanova, toxicologue et médecin légiste, examine la momie de Henoubtaoui, une prêtresse de la XXIème dynastie (1085-950 avant J.C.). Avec stupéfaction, elle constate que l’examen révèle des traces de nicotine et de cocaïne. Or, ces deux substances ne seront connues dans l’Ancien monde qu’après l’expédition de Christophe Colomb, soit plus de 2500 ans plus tard ! Leur présence dans une momie égyptienne est donc totalement impossible. Afin d’en avoir le cœur net, elle refait une série d’analyses qui, contre toute attente, confirment la première : il s’agit bien de nicotine et de cocaïne. Persuadée qu’il s’agit d’une erreur de manipulation, Svetla Balabanova envoie des échantillons à d’autres laboratoires. Les nouvelles analyses corroborent les siennes. Cette fois, le doute n’est plus permis : la momie de Henoubtaoui recèle les traces de deux substances qui n’apparaîtront en Égypte que vingt cinq siècles plus tard, au moins ! Afin de faire part de sa surprenante découverte, Svetla Balabanova publie un article, qui relance aussitôt la polémique. La réaction ne se fait pas attendre. Elle reçoit quantité de lettres de menaces, voire d’injures. On l’accuse d’avoir falsifié les tests. Pour les archéologues et les historiens, les voyages vers l’Amérique avant Christophe Colomb constituent une impossibilité totale.

De nouveaux examens confirment la présence de la nicotine et de la cocaïne Svetla Balabanova envisage alors une autre possibilité. Peut-être la momie a-t-elle subi une contamination extérieure. Prudente, la toxicologue effectue un nouveau type d’examen. Elle a travaillé pour la police en tant que médecin légiste. Une méthode infaillible permet de déterminer si un défunt a réellement absorbé de la drogue. Il suffit pour cela d’analyser la gangue des cheveux. Celle-ci conserve les traces des molécules correspondantes pendant des mois, ou indéfiniment en cas de décès. Ce procédé, qui a déjà permis de confondre des criminels, est reconnu par les tribunaux. Une fois encore, l’incroyable résultat s’impose : la gangue des cheveux d’Henoubtaoui contient nicotine et cocaïne. L’hypothèse d’une contamination extérieure ne tient donc pas.

Une première piste : les fausses momies Rosalie David, conservatrice du Musée d’égyptologie de Manchester, est bouleversée par l’article de Svetla Balabanova. Comme ses collègues archéologues, elle ne croit pas un instant à la possibilité d’un trafic commercial transatlantique sous l’Antiquité. Pour elle, il n’existe que deux explications : soit un élément inconnu altère les résultats, soit il s’agit de fausses momies. Cette hypothèse est parfaitement plausible : au XVIème siècle, la poudre de momie était très demandée en Europe. Selon certains médecins, le bitume qu’elle contenait était censé guérir nombre de maladies. Le terme « momie » vient d’ailleurs du persan « mumia », qui signifie pétrole. Des marchands égyptiens peu scrupuleux fabriquaient de fausses momies à partir des corps de condamnés à mort, auxquels, après dessiccation dans le sable du désert, on faisait subir une momification grossière. Le phénomène connut un nouvel essor au XIXème siècle, avec l’intérêt suscité par l’Égypte après l’expédition de Bonaparte en 1798. Des fausses momies arrivèrent en Europe par bateaux entiers. Certaines étaient même vendues par morceaux. Cependant, après un voyage à Munich, Rosalie David ne sait plus que penser. En raison de la polémique, on ne lui a pas laissé approcher les momies du musée. En revanche, elle obtient le compte rendu des recherches et en conclut que, compte tenu de la qualité de la conservation et de la qualité des bandelettes, la momie de Henoubtaoui est probablement authentique. Intriguée, elle effectue alors des analyses sur ses propres momies. La conclusion est identique : deux d’entre elles présentent des traces de nicotine. Cette confirmation prouve donc, de manière indéniable, que l’on connaissait le tabac sous l’Antiquité. Toutefois, elle ne démontre pas qu’il existait à l’époque un trafic commercial entre la Méditerranée et les Amériques.

Cette découverte extraordinaire a eu un précédent En 1976, la momie de Ramsès II est ramenée à Paris par Mme Christiane Desroches Noblecourt, égyptologue de grande réputation. Cette momie est reçue avec les honneurs d’un chef d’état. Mais elle est en France pour subir une restauration, en raison de son mauvais état. On effectue alors des prélèvements. Le docteur Michelle Lescot, du muséum d’histoire naturelle de Paris, effectue elle-même des recherches… et constate la présence de cristaux caractéristiques du tabac. Or, Ramsès II est mort en 1213 avant J.C. Cette présence est donc a priori impossible. L’affaire provoque une vive émotion dans les milieux archéologiques et historique. On crie au scandale, à la supercherie. Elle n’aura pas de suite : l’hypothèse d’une liaison entre l’Amérique et la Méditerranée sous l’Antiquité est, du point de vue des historiens, une aberration. Il s’agit obligatoirement d’une erreur, et le « scandale » est étouffé. Cependant, dans son ouvrage RAMSES II, la Véritable Histoire, paru en 1996 chez Pygmalion, Christiane Desroches Noblecourt écrit : « Au moment de sa momification, son torse avait été rempli de nombreux produits désinfectants : les embaumeurs avaient utilisé un fin « hachis » de feuille de Nicotiana L., trouvé contre les parois internes du thorax, à côté de dépôts de nicotine, certainement contemporains de la momification, mais qui posent problème, car ce végétal était encore inconnu en Égypte, semble-t-il. » (RAMSES II, la Véritable Histoire, page 50).

Le tabac égyptien, pour quelle utilisation ? Svetla Balabanova poursuit ses recherches, et fait une constatation surprenante : la quantité de nicotine décelée dans la gangue des cheveux prouve une consommation énorme, qui, normalement, aurait dû provoquer la mort du consommateur. À moins que ce consommateur ne soit déjà mort. Elle émet alors une autre hypothèse : le tabac entrait dans le processus de momification. Celui-ci fut toujours gardé secret par les prêtres, et l’on ignore encore aujourd’hui les détails de cette opération, et surtout quelles substances étaient utilisées. Mais cette découverte parlent en faveur d’un emploi du tabac en Égypte bien avant J.C.

D’où provenait le tabac des Égyptiens ? On sait que les Égyptiens consommaient des drogues comme la mandragore, le chanvre, l’opium, ainsi que le hachisch, essentiellement pour leurs vertus médicinales. Il a très bien pu exister, dans l’Antiquité, une plante, proche parente du tabac, qui provoquait les mêmes effets et qui a disparu, en raison d’une trop grande consommation. Toutefois, un élément infirme cette hypothèse : les Égyptiens représentaient volontiers, sur les fresques des tombeaux et des temples, les images des plantes qu’ils consommaient, blé, lotus, papyrus, vigne, etc. Or, nulle part n’apparaît l’image d’un plant de tabac ou d’une plante cousine. Il est donc probable que ce tabac venait d’ailleurs. Mais d’où ? Ce végétal est originaire d’Amérique du Sud. Mais on en trouve aussi des variétés en Océanie et en Polynésie.

Était-ce ce tabac qui parvenait en Égypte, après avoir suivi les routes commerciales de l’Extrême-Orient, de l’Inde, de la Perse et de la Mésopotamie ? Cela supposerait qu’il existait déjà, à l’époque, des liens commerciaux avec ces contrées lointaines. Cette hypothèse est corroborée par le fait que l’on a retrouvé des fils de soie dans une momie égyptienne de Louqsor. Or cette soie ne pouvait provenir que de Chine. Et la cocaïne ? Si l’énigme du tabac peut trouver un début de réponse avec l’hypothèse d’une plante disparue ou d’une importation par l’Orient, ces deux explications ne peuvent s’appliquer à la cocaïne. Il existe en Afrique des plantes proches de la coca, mais aucune d’elles ne contient de drogue. Pour les botanistes, la présence d’une plante voisine de la coca américaine en Afrique, sous l’Antiquité, est une hérésie.

Alors, existait-il, à l’époque, des relations entre la Méditerranée et les Amériques ? Certains historiens s’opposent farouchement à cette hypothèse. John Bayes, conservateur du Musée d’Oxford, considère que le sujet ne mérite même pas d’être étudié. Pour lui, les voyages vers l’Amérique sous l’Antiquité étaient impossibles. Nasri Iskander, conservateur du musée du Caire, partage ce point de vue, et pense que la présence de drogue est obligatoirement due à une contamination extérieure. Or, on a vu que cette hypothèse ne tient pas. En revanche, d’autres savants estiment que l’hypothèse ne peut être rejetée. C’est bien sûr le cas de Svetla Balabanova, de Rosalie David, mais aussi de l’anthropologue Alice Kehoe, de l’université de Marquette, au Mexique. Pour elle, l’existence de relations transatlantiques sous l’Antiquité apporteraient la réponse à quantité d’énigmes, et souhaite que des recherches sérieuses soient menées dans ce sens. Elle accuse d’ailleurs nombre d’archéologues d’adopter une attitude fuyante devant le sujet. Elle va même plus loin, en affirmant qu’il existait aussi un trafic commercial à travers le Pacifique. La preuve en est apportée par la patate douce, originaire d’Amérique, retrouvée en Chine. Même chose pour les cacahuètes. Martin Bernal, historien à l’université de Cornwell, considère, lui aussi, que l’hypothèse de traversées transatlantiques bien avant Colomb est tout à fait vraisemblable. Pour lui, le progrès n’est pas forcément linéaire, comme l’affirment nombre d’historiens.

L’idée de ces voyages n’est pas nouvelle En 1910, certains savants émirent l’hypothèse qu’il pouvait exister un rapport entre les pyramides égyptiennes et mexicaines. On considéra alors sans sourciller que la civilisation égyptienne était la mère de toutes les autres, et qu’elle avait influencé et même provoqué l’émergence des civilisations amérindiennes. Cette hypothèse, reflet de l’esprit colonialiste de l’époque, est aujourd’hui considérée comme aberrante, à juste titre. Les pyramides égyptiennes et mexicaines ont été construites à près de deux mille ans de distance, et il est quasiment impossible que les premières aient été à l’origine des secondes. Cette forme architecturale est très répandue dans le monde, puisqu’on en trouve jusqu’en Chine. Les tumulus bretons, dont les dolmens ne sont que les squelettes, étaient aussi des sortes de pyramides, et leurs fonctions étaient très proches. On ne peut cependant en conclure que les pyramides françaises ou chinoises aient eu une relation quelconque avec les pyramides égyptiennes. En vérité, il existe très peu de similitudes entre civilisations méditerranéennes et amérindiennes, et il est probable qu’elles aient connu des développements séparés. Cependant, cela n’exclut pas qu’il ait pu s’établir des contacts sporadiques, qui expliqueraient les coïncidences troublantes entre les deux mondes. Pris séparément, ces éléments n’ont rien de spectaculaire. Mais, lorsqu’on les rassemble, ils constituent un faisceau de convergences qui parlent en faveur de ces voyages.

Les autres éléments Des jarres romaines au Brésil… On a découvert, sur les côtes du Brésil, des jarres provenant d’une galère romaine. Pour John Baynes, d’Oxford, ces jarres ne constituent pas une preuve et il a probablement raison : si les Romains avaient découvert la route de l’Amérique et entretenu des relations commerciales avec les autochtones, on aurait retrouvé des traces plus tangibles de leur passage. Il est donc vraisemblable que le vaisseau romain dont proviennent ces jarres se soit égaré, et que les courants et les alizés l’aient porté de l’autre côté de l’Atlantique. En 1500, la même mésaventure permettra à Fernando Cabral de découvrir le Brésil. Cependant, un doute subsiste, car, toujours au Brésil, on a retrouvé une inscription qui pourrait avoir été rédigée dans une ancienne langue méditerranéenne. De même, à Pompéi, une fresque murale représente un fruit inconnu ressemblant étrangement à un ananas, originaire des Caraïbes. Des statues géantes aux traits négroïdes au Mexique… Les sites amérindiens, notamment les tombeaux, ont révélé de bien surprenantes coïncidences. Ainsi, à La Venta et San Lorenzo, les deux principales cités olmèques, datés respectivement des IXème siècle et XIIème siècle avant J.C., se trouvent des têtes géantes dont les traits sont nettement négroïdes. Alors, les Africains connaissaient-ils l’Amérique à cette époque ?

têtes géants, découvertes à San Lorenzo

 

Des statuettes funéraires dans les tombeaux… D’un côté comme de l’autre de l’Atlantique, on avait coutume de placer des figurines dans les sarcophages. Les shaouabtis égyptiens étaient censés effectuer les corvées à la place du mort. En revanche, on ne connaît pas la fonction des figurines amérindiennes. Autre coïncidence : les Phéniciens, tout comme les Amérindiens, glissaient des pièces de monnaie ou des billes de jade, afin que le défunt puisse payer son passage vers le royaume des morts. 
Des statuettes funéraires dans les tombeaux

Les trois races représentées sur un vase…

A Campeche, en pays maya, un vase extrait d’un tombeau présente trois catégories de personnages. Les uns ont la peau cuivrée, d’autres la peau blanche, d’autres enfin la peau noire. Comment les Amérindiens ont-ils pu imaginer ces trois couleurs de peau sans avoir rencontré des hommes présentant ces caractéristiques ? Dans différentes civilisations amérindiennes, des statuettes représentent des personnages barbus. Comment un peuple dont les hommes sont pratiquement dépourvus de barbe ont-ils pu imaginer cette caractéristique ? On peut aussi citer les appui-tête, communs à certains peuples méditerranéens et mexicains.

Sur ce vase, découvert à Campeche, en pays Maya

 

Les crânes allongés des Phéniciens…

Certains éléments désignent plus nettement les Phéniciens. Ainsi, ce peuple avait coutume, pour des motifs vraisemblablement religieux, d’enserrer la tête des nouveau-nés afin de provoquer un allongement du crâne. Cette pratique a été aussi observée chez les Mayas. Le prénom Isah-Bel, ou Ishe-Bel, d’origine phénicienne, a son reflet en pays maya : Ixshe-Bel. Dans les deux langues, Isah, Ishe ou Ixshe veut dire femme. De même, les mots Bel ou Bal signifient « maître », « seigneur ». Les masques mortuaires En Phénicie comme en Amérique, le visage des défunts était recouvert d’un masque mortuaire en feuille d’or

Les Africains en Amérique

 

Les Africains en Amérique…

Sans rapport avec les Phéniciens puisque plus tardive, il ne faut pas oublier non plus la légende de Musa. Au Mali, ce sultan du Septième siècle aurait envoyé une centaine de navires pour explorer les « îles situées au-delà de la grande mer de l’ouest ». Il n’existe aucune trace écrite de cette légende, transmise seulement par tradition orale, comme toutes les légendes africaines. Cela ne signifie pas qu’elle n’ait aucun fondement historique. Un seul navire serait revenu, confirmant l’existence de terres lointaines. Curieusement, les Espagnols semblent avoir rencontré des hommes à peau noire en débarquant au Venezuela. Mais les Historiens qui la connaissent considèrent cette légende comme une œuvre de pure imagination. Et pour cause : il est difficile d’admettre, lorsque l’on s’est livré au trafic d’esclaves sur un peuple, de reconnaître que ce même peuple ait pu se montrer plus entreprenant et plus audacieux que vous. Elle fait pourtant partie des grands récits africains. Quetzalcoatl Enfin, outre ces coïncidences étonnantes, dont certaines ne s’expliquent pas forcément par des contacts entre les civilisations, il reste le mystère soulevé par le dieu Quetzalcoatl. Le « Serpent à plumes », le « Dieu de l’Aurore et du ciel » existe, sous différents noms, dans toutes les mythologies amérindiennes : Kukulkan au Venezuela, Bohica en Colombie, Viracocha au Pérou, chez les Incas. Il est toujours décrit comme « un dieu barbu à peau blanche venu de l’est ». Comment des hommes à la peau cuivrée et dont la barbe est pratiquement inexistante ont-ils pu imaginer un dieu présentant ces caractéristiques, qui ressemblent étrangement à celles des navigateurs méditerranéens de l’Antiquité ?

Les arguments des Conservateurs

Ainsi nomme-t-on les historiens farouchement opposés à l’idée que des contacts aient pu être établis entre les deux mondes. Ils affirment par exemple que les Anciens ne possédaient pas de bateaux capables de traverser l’Atlantique. Cet argument ne tient pas. Dans les années soixante-dix, le navigateur Norvégien Thor Heyerdhal a traversé l’Atlantique en cinquante-sept jours avec un bateau construit en papyrus. Toutefois, cet exploit ne prouve pas que les Égyptiens ont effectué ce voyage. La traversée de l’Atlantique d’est en ouest n’est pas très difficile. Les vents et les courants équatoriaux portent immanquablement les navires vers l’ouest. En revanche, le voyage inverse est plus délicat. Si le Gulf Stream ramène les navires vers l’est, ils doivent cette fois lutter contre les alizés. Il est donc indispensable de disposer de navires capables de remonter le vent, et donc équipés de voiles orientables. On peut aussi imaginer qu’ils ne se déplaçaient qu’à la rame, ce qui était le cas pour nombre de navires antiques, pour lesquels la voile ne constituait qu’un appoint. Il est peu probable que des navires égyptiens aient tenté la traversée de l’Atlantique. Les Égyptiens, habitués au Nil et au cabotage, n’étaient guère préparés à la navigation hauturière. En revanche, un autre peuple était capable de réaliser l’exploit : les Phéniciens.

Le journaliste allemand Gerhard Herm s’est spécialisé dans l’étude de ce peuple, formé, vers le XIIIème siècle avant J.C., à partir des Cananéens et de cette frange de population que l’on appelle les Peuples de la Mer. Ces navigateurs errants sont mal connus. On pense qu’il étaient originaires de la Mer Égée, mais certains historiens estiment qu’ils provenaient du Nord, ce qui est confirmé par un texte de l’époque de Ramsès III. Il pourrait donc s’agir des ancêtres des Vikings. Une chose est sûre : ces gens savaient naviguer et ne craignaient pas d’affronter la haute mer. Aux alentours du XIIIème siècle avant J.C., une fraction de ces Peuples de la Mer se fond aux Cananéens pour former les Phéniciens. Ils ne possédaient pas de territoires étendus, et leurs cités, constamment menacées par leurs voisins, étaient installées sur des îles ou des endroits fortifiés, comme Byblos, Béryte, Sidon ou Tyr. Contraints par nécessité de se tourner vers la mer, ils devinrent les meilleurs navigateurs de l’Antiquité. En quelques siècles, ils vont dominer les mers, établir des comptoirs un peu partout, jusque sur les côtes atlantiques d’Afrique et d’Europe. Gadeth, qui deviendra plus tard Cadix, est fondée au XIIème siècle avant J.C. Forts des apports des Égyptiens, avec lesquels ils commerçaient depuis des siècles, les Phéniciens ont su maîtriser nombre de technologies. C’était pour eux une condition de survie. Leurs navires étaient bien supérieurs à ceux des Égyptiens. Ils utilisaient le principe de la quille, vraisemblablement apportée par les navigateurs du Nord.

Dans les mers nordiques, la présence de vaisseaux à quille est attestée depuis les débuts de l’âge de bronze. Elle assurait aux navires une plus grande stabilité sur l’eau et une maniabilité supérieure. Les Phéniciens construisaient trois sortes de vaisseaux : des galères de combat, des navires marchands courts et larges, étudiés pour transporter une quantité maximum de marchandises, et équipés d’une voile carrée, et enfin des myoparons, navire à mi-chemin entre la galère et le bateau de commerce, dépourvu de voile la plupart du temps. Tous ces navires dépassaient rarement les vingt mètres de long, en raison de la quille, fabriquée à partir des cèdres libanais. La réussite des Phéniciens repose sur le fait qu’ils ont compris très tôt qu’il était plus intelligent de nouer des relations commerciales basées sur la confiance que de se livrer à la piraterie. Les Grecs, qui tout à la fois les détestaient et les admiraient, les accusaient souvent d’enlever des jeunes hommes ou des jeunes femmes qu’ils revendaient comme esclaves. Sans doute cette accusation contient-elle une part de vérité, mais il ne s’agissait pas là d’une pratique courante, qui leur aurait fermé nombre de débouchés commerciaux.

Les Phéniciens n’auraient pu s’enrichir autant avec le seul trafic d’esclaves. Leur fortune repose sur le choix des marchandises qu’ils négociaient : les produits de luxe. Leurs artisans étaient spécialisés dans la fabrication de ces articles. Ainsi, ils ont repris, et très nettement améliorée, la technique égyptienne de fabrication du verre. Les Égyptiens, depuis le IVème millénaire avant J.C., fabriquaient un verre opaque, dont le secret était jalousement gardé. Les Phéniciens, par un moyen ou un autre, s’emparèrent de cette technique et la développèrent. Ils furent les premiers à fabriquer du verre véritablement transparent. Ils inventèrent également le soufflage et inondèrent la Méditerranée d’une quantité énorme de petites fioles. On les appelait également le peuple de la Pourpre, une teinture onéreuse tirée du murex, un coquillage des côtes libanaises. Les Phéniciens s’assuraient ainsi la clientèle de tous les grands personnages du monde de l’époque. Leurs clients étaient solvables, et les marchandises ne tenaient pas une grande place. On pouvait donc en transporter une quantité importante, qui prenait de la valeur plus la distance parcourue était grande.

Les Phéniciens ont-ils découvert l’Amérique ?

Plusieurs historiens ont déjà émis cette hypothèse. Il n’existe à ce jour aucune preuve qu’ils aient traversé l’Atlantique et établi des relations commerciales avec les indigènes, mais on ne peut pas non plus affirmer le contraire. L’argument reposant sur les bateaux ne tient pas. Les Polynésiens ont conquis le Pacifique, qui est trois fois plus grand que l’Atlantique, avec des pirogues à balancier. Les îles qu’ils ont découvertes ne sont que des têtes d’épingles sur la carte océanique. Aujourd’hui encore, cette conquête reste un mystère. Il est indéniable que les Phéniciens possédaient des navires supérieurs aux pirogues polynésiennes. Pourquoi, avec des vaisseaux plus performants, n’auraient-ils pas été capables de traverser l’Atlantique ? Les Conservateurs estiment que des échanges entre les deux mondes auraient laissé des traces. Cela n’est pas prouvé, et plaide d’ailleurs en faveur des Phéniciens. Avec leurs partenaires commerciaux, ils se contentaient de pratiquer le négoce, sans établir de relations plus profondes. Il est donc logique que l’on n’ait pas retrouvé de traces importantes, comme des comptoirs. Ils ramenaient, entre autres, tabac et cocaïne, et introduisaient en échange des objets méditerranéens. La rareté des traces s’explique aussi d’une autre manière : l’étude des civilisations amérindiennes est récente, puisqu’elle a débuté avec le XXème siècle. Nombre de sites restent encore à découvrir. De plus, le climat, les guerres qui ont opposé les populations amérindiennes, puis, à partir du Seizième siècle, l’invasion européenne, ont fortement endommagé les monuments.


L’énigme de la roue

On a longtemps cru que les Amérindiens ne connaissaient pas le principe de la roue. Or, on a retrouvé, dans des tombeaux mayas, des animaux avec des roulettes au bout des pattes. Comment un peuple ignorant la roue a-t-il pu imaginer des jouets présentant de telles caractéristiques ? Lorsque l’on sait que les Phéniciens troquaient des objets similaires, on est tenté de faire le rapprochement. Homère disait d’eux : « Les Phéniciens étaient célèbres comme navigateurs et comme exploiteurs confirmés, et ils emportaient sur leurs vaisseaux d’innombrables jouets. »

L’énigme de la roue

 

Mais, si les Mayas connaissaient la roue, pourquoi ne l’ont-ils pas développée ? Probablement parce qu’ils n’en ont pas vu l’intérêt. Si ce concept est familier aux hommes du XXème siècle, il l’est beaucoup moins pour les Anciens. Les Sumériens utilisaient déjà la roue 3500 ans avant J.C. Elle équipait des chariots qui n’étaient utilisables que dans les rues des cités mésopotamiennes. C’étaient des roues pleines et grossières, taillées dans des troncs d’arbre et percée d’un trou au centre. On pense que ce principe était inspiré par le tour de potier. Cependant, jamais les Sumériens n’ont imaginé employer ces chariots hors des villes, car il aurait fallu pour cela inventer aussi les voies de communication terrestres. Hors, à l’époque, on se déplaçait plus souvent par voie fluviale que par terre. On n’avait pas besoin de la roue : l’animal de bât, âne ou bœuf, était là pour transporter les marchandises.

Il faudra attendre 2000 ans et le XVème siècle avant J.C. pour qu’on ait l’idée de développer le concept de la roue. Alors apparaîtront les roues à rayons et les chars. Au Mexique, la roue n’apparaît que dans des jouets. Il est donc probable qu’elle n’a pas été inventée par les autochtones. Dans le cas contraire, son usage se serait certainement appliqué à autre chose que des jouets.  Elle a sans doute été reproduite à l’imitation d’objets importés par les Phéniciens, et copiés par les Amérindiens. Ils n’ont pas eu l’idée de la développer parce qu’ils n’en éprouvaient pas la nécessité. En effet, le sud du Mexique est partagé entre la jungle, où l’on se déplace en pirogue, et la montagne, où l’on voyage à pied. Une autre raison explique ce phénomène.

Notre époque, essentiellement depuis le XIXème siècle et le développement industriel, a vu l’apparition d’une nouvelle sorte de personnages : les chercheurs. Systématiquement, notre civilisation remet ses acquis en cause pour en tirer de nouvelles inventions. Ce phénomène est favorisé par l’explosion du commerce et de l’industrialisation. Les époques précédentes ne connaissaient pas ce phénomène. Il y eut des génies comme Imhotep, mais ces hommes remarquables restaient des exceptions. Une seule période connut un phénomène similaire. À partir du IIIème siècle avant J.C., les inventeurs, ou « mécaniciens », comme les a désignés Bertrand Gille, se multiplièrent en Grèce, en Égypte ou à Rome. Ils se nommaient Archimède, Ctésibios, Phylon de Byzance, Vitruve ou Héron d’Alexandrie, mais ce premier essor scientifique fut étouffé par les grandes invasions et l’avènement du christianisme, qui combattit farouchement tout ce qui s’opposait à ses dogmes. Les chercheurs refirent une apparition timide avec la Renaissance, époque au cours de laquelle on redécouvrit les richesses de l’antiquité. Mais il leur fallut combattre pied à pied, et à leurs risques et périls, les doctrines de l’Église. Galilée et Copernic en firent la triste expérience. S’ils finirent par triompher, la recherche ne commença à se développer de façon systématique qu’à partir du Dix-neuvième siècle.

Auparavant, il n’était pas dans les principes des peuples d’exploiter et de développer leurs connaissances. Les Amérindiens n’avaient donc aucune raison d’exploiter la roue, qu’ils considéraient probablement comme un caprice ornemental des Phéniciens. Comme on le voit, les arguments des Conservateurs résistent difficilement à l’analyse. Pourtant, malgré cette faiblesse, ces historiens frileux refusent systématiquement aux Anciens la possibilité de disposer de connaissances dont ils n’ont pas retrouvé la trace. Ils n’envisagent pas que nos ancêtres aient pu utiliser un savoir dont nous avons aujourd’hui perdu le secret. Or, il est loin d’être prouvé que le progrès est linéaire. En vérité, nous ignorons encore beaucoup de choses sur l’Antiquité. Les connaissances dont disposaient les Anciens ont été effacées par le temps, les invasions et l’acharnement des civilisations ultérieures, notamment la civilisation chrétienne, qui s’est évertuée à anéantir tout ce qui ne correspondait pas à sa vision du monde. C’est d’ailleurs peut-être cet élément qui chagrinent les Conservateurs. L’avènement du christianisme a provoqué un recul technologique indéniable, et notre civilisation, fondée sur ce christianisme, refuse de l’admettre.

Les Diffusionnistes

Ce sont les partisans des contacts entre Méditerranée et Amérique dans l’Antiquité. À l’inverse des Conservateurs, ces Diffusionnistes prétendent que, non seulement l’Amérique fut découverte bien avant J.C., mais que le voyage fut accompli par plusieurs peuples de l’Antiquité ; les Phéniciens bien sûr, mais aussi les Égyptiens, les Grecs, les Romains, les Celtes, les Hébreux. Bref, tout le monde y est allé. Ils affirment également que, sans ces expéditions, les civilisations amérindiennes ne se seraient pas développées. On comprend, dans ce cas, les difficultés que ces chercheurs rencontrent auprès des Mexicains pour effectuer leur études. Leur manque de rigueur scientifique les amène à interpréter les faits de manière à les faire correspondre avec leurs hypothèses et non à effectuer des recherches objectives. Il est donc délicat de tenir compte de ces hypothèses, dont beaucoup sont plus que hasardeuses, car elles ne reposent sur aucun fait tangible. En vérité, les Amérindiens n’avaient pas besoin des Méditerranéens, et les deux familles de civilisations se sont sans doute développées parallèlement, sans que l’on puisse constater d’influence réciproque notable.

Aucun dialogue n’est possible entre Conservateurs et Diffusionnistes

Les premiers considèrent les seconds comme des hurluberlus et refusent toute discussion sur le sujet. Les seconds ont tendance à interpréter partialement les éléments. À l’heure actuelle, la question reste posée. Aucune preuve n’a été apportée en faveur des voyages transatlantiques dans l’Antiquité. Les coïncidences étonnantes ne sont peut-être… que des coïncidences. Cependant, rien ne permet non plus d’affirmer de manière péremptoire, comme le font les Conservateurs, que ces voyages étaient impossibles et n’ont pas eu lieu. Cette idée fabuleuse m’a donné envie d’imaginer comment a pu se dérouler un premier voyage vers l’Amérique. Ainsi est né mon roman : Antilia. Cependant, la rédaction de cet ouvrage et les recherches qu’il a nécessitées m’ont amené à émettre une hypothèse qui pourrait servir de base de réflexion à des historiens ouverts d’esprit.

L’hypothèse

Contrairement à ce que l’on pense généralement, les peuples de l’Antiquité n’étaient pas statiques et repliés sur eux-mêmes. L’Histoire évoque la plupart du temps les conflits et les batailles, les antagonismes, les émigrations et les conquêtes. Cependant, les Anciens ne passaient pas leur temps à se faire la guerre. Ils concluaient aussi des échanges commerciaux et, tout comme nous, recherchaient pour leur plaisir et leur confort les objets rares, les denrées inconnues, les métaux précieux, les étoffes les plus fines, les plantes aux vertus médicinales. Malgré les dangers, les voyageurs étaient nombreux, motivés par l’appât du gain, ou par l’insatiable curiosité qui caractérise l’espèce humaine. Cette curiosité n’est pas apparue avec les explorateurs modernes, elle était déjà l’apanage de nos lointains ancêtres, et prétendre le contraire serait stupide. On estime que les Anciens étaient enclins à croire au merveilleux et imaginaient de redoutables dangers derrière tout ce qu’ils ne connaissaient pas. De fait, les marins rapportaient de leurs voyages nombre de récits effrayants, dont le souvenir s’est perpétué jusqu’à nous.

Cependant, croyaient-ils eux-mêmes à ce qu’ils racontaient ? N’embellissaient-ils pas leurs propres expériences afin de se donner de l’importance et éblouir ceux qui ne voyageaient pas ? Cette tendance à la fabulation, nous la connaissons encore aujourd’hui. « A beau mentir qui vient de loin », dit le proverbe. Ainsi naquirent les légendes des sirènes, érinnyes, harpies, méduses et autres monstres du bestiaire mythologique. Dans la réalité, ces créatures épouvantables n’empêchaient pas les navigateurs de s’aventurer de plus en plus loin, poussés par la curiosité. Pourquoi envisager qu’ils aient pu se fixer des limites ? Tant que de nouveaux pays s’ouvraient devant eux, ils se devaient de continuer. Nombre d’entre eux y perdirent sans doute la vie, mais d’autres les remplaçaient, enrichis de l’expérience de leurs prédécesseurs. Ce n’est pas parce que l’on a connaissance d’un seul voyage autour de l’Afrique – celui réalisé sous le règne du pharaon Néchao, au VIème siècle avant J.C. – qu’il n’y en a pas eu d’autres, dont on a perdu le souvenir.

Il y a 3500 ans, la reine Hatchepsout elle-même n’a-t-elle pas organisé une expédition vers le mystérieux pays de Pount, que l’on situe aujourd’hui sur les côtes somaliennes ? Certains pensent même qu’elle y prit part personnellement. Il est probable que la Méditerranée connaissait déjà d’innombrables échanges commerciaux depuis la plus lointaine Antiquité. Lorsqu’apparurent des bateaux capables de s’aventurer en haute mer, l’homme se lança tout naturellement dans de nouvelles explorations. Les navigateurs voyagèrent alors jusqu’aux confins occidentaux de la Méditerranée, dépassèrent le détroit de Gibraltar, visitèrent les côtes atlantiques d’Afrique et d’Europe. On possède peu de renseignements sur ces navigateurs. Mais il est certain qu’ils ont existé. Les plus audacieux se nommaient les Crétois, les Grecs et les Phéniciens. Ces derniers gardaient leurs routes maritimes secrètes. À de nombreuses reprises, les Romains ont tenté de les suivre pour percer ces secrets. Lorsqu’ils étaient en nombre supérieur, les Phéniciens anéantissaient leurs poursuivants. Dans le cas contraire, ils préféraient se saborder. Dans ces conditions, il est difficile de savoir quelle était l’étendue exacte de leurs connaissances. Dans la plupart des cas, les historiens en sont réduits à des suppositions âprement controversées. Rien n’interdit donc de penser que, entre le XVème et le XIIème siècle avant J.C. eut lieu un premier voyage vers l’Amérique.

Comment eut lieu cette découverte ?

Il peut s’agir d’un accident, tout comme pour Fernando Cabral en 1500. Les courants ont porté des marins sur les côtes des Caraïbes ou de l’Amérique du sud. Mais on peut aussi envisager que des navigateurs ont entrepris le voyage en toute connaissance de cause. Partant du principe que le monde était sphérique, ils étaient persuadés de rencontrer des îles sur leur route. Leurs motivations furent identiques à celles des Polynésiens qui conquirent le Pacifique – ou de Christophe Colomb, trois millénaires plus tard. Des premiers contacts furent ainsi noués. Cependant, les dangers et la durée de ces voyages expliquent qu’il demeurèrent rares, et uniquement réservés à des marins chevronnés et audacieux, ce qui était le cas des Phéniciens. Mais les produits fabuleux qu’ils rapportèrent de ces voyages eurent tôt fait de conquérir la faveur des Méditerranéens. C’est peut-être dans le but d’établir une base de départ pour ces voyages vers ce que l’on appelait alors les Îles Lointaines que les Phéniciens fondèrent Gadeth (Cadix) au XIIème siècle. Pendant des siècles, ils traversèrent ainsi l’Atlantique, rapportant, entre autres, du tabac et de la cocaïne, des produits de luxe dont les Égyptiens étaient friands. Seuls ces produits pouvaient être vendus suffisamment chers pour justifier une traversée aussi périlleuse. C’est pourquoi les Phéniciens ne perdirent pas de temps à s’encombrer de denrées périssables comme la pomme de terre, originaire des Andes, la tomate ou le maïs. La rentabilité eût été nulle. Si la plupart des voyages furent motivés par des raisons commerciales, il arriva cependant que certains navigateurs s’installassent sur place. L’un d’eux, certainement très tôt, donna naissance à la légende de Quetzalcoatl, le dieu barbu à la peau blanche venu de l’est. Ce trafic dura pendant plus de dix siècles. Les routes de l’Amérique, tenues secrètes par les Phéniciens, ne furent jamais connues des autres peuples. Mais ces contacts expliquent que l’on ait retrouvé des traces de nicotine et de cocaïne dans des momies égyptiennes. Ils expliquent aussi certains mystères, comme les têtes aux traits négroïdes de San Lorenzo et de la Venta, dont l’édification remonte au XIIème siècle avant J.C.

La fin de l’aventure

En 146 avant J.C., les Romains détruisent Carthage. Avec elle disparaît le peuple phénicien. Le secret des routes de l’Amérique se perd dans le tumulte de l’Histoire. Les Romains ne connaîtront jamais ce secret. Deux siècles plus tard commence l’ère chrétienne. Très vite, les Chrétiens imposent leur vision erronée du monde : La Terre est plate, bordée par des océans se terminant sur un gouffre sans fond et gardé par des monstres terrifiants. Toutes les idées contraires sont impitoyablement combattues. Les hypothèses de l’Antiquité disparaissent, et le monde connaît un recul technologique de plusieurs siècles. Par voie de conséquence, la terreur engendrée par l’idée d’un monde cerné par les eaux infernales décourage les peuples de s’aventurer sur les mers. Les navigateurs reviennent au cabotage. Cette angoisse ne touche pourtant pas les Musulmans, ce qui explique peut-être la légende du sultan Musa et de son expédition vers les îles de la Grande Mer de l’Ouest. Il faut attendre le Xème siècle pour que les Vikings, peu influencés par l’esprit chrétien, tentent le voyage. Erik le Rouge parvient, en 984, sur les côtes du Vinland, difficile à localiser, mais probablement situé au Canada ou dans le nord-est des Etats-Unis. Son fils Leïf poursuivra sa tâche. Mais les Vikings, pour des raisons inexpliquées, ne resteront pas très longtemps sur le continent nord américain. Sans doute se heurtèrent-ils violemment aux autochtones.

Les Croisades et la Renaissance

À partir du XIème siècle, une guerre impitoyable oppose les Croisés chrétiens aux Musulmans pour la possession des Lieux Saints. Cependant, au-delà des batailles, ces expéditions furent aussi l’occasion de redécouvrir la richesse du monde antique. Peu à peu, un savoir inconnu, venu du fond des âges, remonte vers l’Europe, provoquant une extraordinaire révolution culturelle et technologique : la Renaissance. Avec elle, on commence à remettre en cause les affirmations de la religion chrétienne. Galilée sera persécuté pour avoir affirmé que la Terre tournait sur elle-même, hypothèse pourtant émise trois mille ans plus tôt. Mais les idées nouvelles font leur chemin, et, de nouveau, les navigateurs ne redoutent plus la perspective d’un océan se terminant par un gouffre. Les Vénitiens, puis les Génois, construisent des flottes puissantes, destinées surtout à combattre la piraterie qui sévit à l’état endémique en Méditerranée. Puis, lorsque les Arabes ferment la Route de la Soie, les Européens recherchent de nouvelles voies de communication pour se rendre aux Indes. Les Portugais choisissent l’est et tentent de contourner le continent africain. Mais une autre route semble possible : celle de l’ouest. C’est la voie qu’empruntera Christophe Colomb. Et là surgit un autre mystère : Les secrets des Phéniciens ont-ils été conservés par des initiés pendant tous ces siècles ? On peut se poser la question. Lorsque Toscanelli, en 1468, établit sa carte du monde, il situe Cipango (le Japon) et Cathay (la Chine) d’un côté, et le vieux monde de l’autre. Près des côtes européennes apparaissent des points symbolisant les Açores et les Canaries. Et puis, très nettement détachées, et au beau milieu du grand océan séparant les continents, il place deux îles minuscules qu’il baptise Antilia, du nom que les Grecs donnaient aux îles lointaines de l’ouest. Comment, alors que l’Amérique ne sera découverte que vingt-quatre ans plus tard, ce cartographe peut-il faire apparaître ces deux îles, alors que rien, à l’époque, ne laisse supposer que des terres existent à cet endroit ?

Carte de Toscanelli, établie en 1468

On est bien obligé d’admettre que Toscanelli disposait d’informations dont nous ignorons la provenance. Car il ne peut s’agir d’une intuition. Il est vraisemblable que ces informations provenaient de données conservées par les héritiers des Phéniciens et qui, par une voie inconnue, sont parvenues entre ses mains. La taille des deux îles n’a rien d’étonnant en soi. Les Anciens ne faisaient aucune différence entre île et continent. Toute terre était considérée comme une île, et sans doute Toscanelli a-t-il voulu représenter les continents découverts par les Anciens, et dont il ignorait les dimensions. Peut-être aussi fait-il référence à Platon, qui situe son Atlantide « au-delà des Colonnes d’Hercule ». Christophe Colomb connaissait cette carte. De même, il avait évalué le temps qu’il lui faudrait pour traverser l’Atlantique, estimé la distance à parcourir, et même s’il a commis une erreur d’appréciation, il possédait des informations. Là encore on est en droit de s’interroger sur leur origine. L’exploit réalisé par Christophe Colomb et ses marins n’est absolument pas remis en cause par le fait que l’Amérique était peut-être connue depuis bien longtemps. Il fallait un courage certain pour se lancer dans une aventure aussi risquée. Toutefois, cet exploit n’exclut absolument pas qu’il ait pu être accompli par des navigateurs beaucoup plus anciens.
Mais il y a encore plus surprenant !

Les cartes impossibles

Si la carte de Toscanelli pose un problème, elle n’est rien comparée aux cartes marines dites « impossibles », telles celles de Piri « Reis », d’Oronteus Finaeus ou de l’Italien Zeno. Toutes ces cartes présentent des détails inconnus à l’époque à laquelle elles ont été établies. La plus célèbre est celle de l’Amiral turc Piri Ibn Haji Memmed, constituée en 1513 à partir d’une vingtaine de documents plus anciens, dont certains, d’après Piri Reis, dateraient d’Alexandre le Grand. Elle contient des éléments non encore découverts à cette date, comme l’île de Marajo, à l’embouchure de l’Amazone (découverte en 1543), ou encore les Malouines (1592). Celle de Zeno, établie en 1380, montre le Groenland débarrassé d’une partie de ses glaces, celle d’Oronteus Finaeus, tracée en 1531, décrit l’Antarctique, là encore débarrassé de ses glaces. Ce découpage étonnant sera confirmé avec stupéfaction par Paul-Emile Victor entre 1949 et 1951. L’authenticité de ces cartes ne peut être remise en cause, et le Suédois Nordenskjöld, un cartographe du XIXème siècle, estime qu’elles ont été recopiées à partir de sources très anciennes, retrouvées vers la fin du XIIème siècle. Quel peuple les a établies ? Le mystère reste entier, mais elles prouvent de manière indéniable que les connaissances maritimes des Anciens étaient beaucoup plus avancées que ne le pensent les Conservateurs.

CONCLUSION

Il n’existe actuellement aucun élément permettant d’admettre ou de nier l’existence de voyages transatlantiques bien avant J.C. On a longtemps cru que les Îles Lointaines n’étaient autres que les Canaries, ou les Açores. En vérité, il est possible que Platon se soit servi d’éléments collectés par Solon auprès des prêtres de Saïs, en Egypte. Et son Atlantide imaginaire, « plus grande que l’Asie et la Libye réunies », était peut-être bien l’Amérique. Mais l’hypothèse va plus loin. Ces voyages transatlantiques ne constituent probablement qu’une facette d’un phénomène beaucoup plus vaste : celui d’un trafic commercial à l’échelle mondiale. La découverte de soie à Louqsor en est une preuve indiscutable. Elle pose aussi, à travers l’étude des cartes stupéfiantes de Piri Reis, de Finaeus et des autres une question inattendue : a-t-il existé, dans un passé lointain, un grand peuple de marins qui avait établi des cartes précises du monde ? Il serait donc souhaitable que des scientifiques d’esprit ouvert se penchent sur le sujet avec toute la rigueur et la sérénité qui conviennent.

Bernard SIMONAY, In bernardsimonay 

Sources : Audiovisuelles : « SCIENCE TROIS : LA NICOTINE DES PHARAONS », émission diffusée par France 3
Ouvrages : « LES PNEUMATIQUES D’HERON D’ALEXANDRIE » Traduction et notes par Gilbert ARGOUD et Jean-Yves GUILLAUMIN Publications de l’Université de St Etienne (1997)
« LES CARTES DES ANCIENS ROIS DES MERS » Charles H. Hapgood – Editions du ROCHER (1981)
« La découverte de l’Amérique aux temps bibliques » Heinke SUDHOFF – Editions du Rocher (1994)
LES GRANDES ENIGMES (LA MEMOIRE DE L’HUMANITE) Larousse
RAMSES II, La véritable histoire Christiane DESROCHES NOBLECOURT Pygmalion

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