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Laissez-vous conter l’Histoire des Grands Empires d’Afrique Noire: L’Empire du Ghana ou le wagadoo (Pays des Nobles)

L’Empire du Ghana ( wagadoo) apparaît historiquement comme une transition entre l’Antiquité et le temps moderne: Cheikh Anta Diop, L’unité culturelle de l’Afrique Noire

L’Empire du Ghana ( Wagadoo) fut créé vers l’an 300 après notre ère par des noirs africains (Soninkés), plus précisément par les tous premiers éléments des vagues migratoires qui fuyaient l’Egypte lors de l’invasion de la grande métropole noire par les Perses. Il s’étendait à son apogée depuis le Diaka sur l’Ouest du Niger jusqu’à l’Océan Atlantique et du Nord au Sud depuis le Sahara jusqu’à la lisière du Mali (Gadiarou, Garentel et Iresni étaient aussi inclus dans l’empire). Il était réputé pour son abondance en or et ses dispositions géographiques qui généraient un grand commerce de caravane. Il atteignit son apogée vers les Xe et XIe siècles.

La société se veut animiste et matrilinéaire, en particulier pour la succession au trône, la dynastie royale était celle des Sarakollé Cissé, comme nous le dit El Bekri dans son livre “Route de Ghana à Tadmekka”: “Chez ce peuple, l’usage et les règlements exigent que le roi ait pour successeur le fils de sa sœur; car, disent t-ils, le souverain a la certitude que son neveu est bien le fils de sa sœur; mais il ne peut pas être assuré que celui qu’il garde comme son propre fils le soit en réalité.”

On retrouve dans cet empire des similitudes avec l’Égypte, ainsi le roi qui se faisait appeler Tounkara et Kaya-Magan avait un emploi du temps qui tenait compte pour beaucoup des traditions en vigueur; le matin, suivit de sa cour et de ses animaux (girafes, éléphants), il faisait le tour de sa capitale à cheval afin d’écouter les doléances de ses sujets et les résoudre. L’après-midi, il se devait d’effectuer le même parcours, mais cette fois-ci tout seul. Cette activité était considérée comme la plus importante pour les rois africains.

L’empereur vivait dans un château fortifié, en pierre, bâti en 1116 remarquablement décoré de sculptures et de peintures. Ce château fut décrit par plusieurs voyageurs (Bekri, Idrissi etc.) comme le lieu de toutes les merveilles architecturales.

L’or, élément principal, permet l’opulence et le luxe. L’empereur, ainsi que les chevaux, les chiens du roi, et les pages étaient tous couverts d’or. Les autres personnes qui comme le Kaya-Magan, respectaient la tradition et portaient des vêtements faits de soie, de coton ou de brocart, les hommes se rasaient la barbe, mais se tressaient les cheveux et les femmes, elles, se rasaient la tête.

Le puissant empire du Ghana était protégé par 200 000 guerriers dont 40 000 archers. Sa capitale se voulait cosmopolite et internationale de par son commerce, ses habitants (noirs, et (Berbères et Arabes sous la domination des noirs)..), ses érudits et ses jurisconsultes. Le monde méditerranéen et le monde arabe étaient les plus importants clients de l’empire, en 990, Aoudaghost, centre berbère, était gouverné par un farba noir (consul) qui percevait au nom de l’empereur les taxes et les redevances douanières. Il est à noter qu’en ce temps-là, les peuples berbères et arabes se haïssaient, mais respectaient les lois du royaume.

Chaque jour, assis sur une estrade en or rouge aux portes du palais, le roi offrait 10 000 repas à ses sujets. Les réserves d’or du pays entreposées dans la ville de Ghïarou permettaient cela et l’abondance du précieux métal était telle que le roi laissait au peuple tout l’or en poudre qu’il pouvait extraire des mines de l’empire. Lors de cette période, la misère, l’insécurité et l’injustice n’existaient pas en Afrique et tout étranger était bien reçu tant qu’il respectait les règles de vie établies par le roi et ses jurisconsultes.

L’empire du Ghana s’étendit sur toute l’Afrique du Nord, les Omeyyades qui tentèrent à maintes reprises de reconquérir cet espace furent défaits à chaque tentative. Le roi permit aux quelques survivants de s’installer dans la ville de Silla (Sénégal). On appelait ces survivants les Honeihîn. On suppose que de ce métissage naît une fraction des toucouleurs, les Lam toro, appartenant à la dynastie régnante.


Nous pouvons dire sans exagération que l’Empire du Ghana précédait de cinq cents ans celui de Charlemagne (l’an 800, début du premier effort de centralisation depuis la chute de l’Empire romain au IVe siècle), et que l’Europe pendant la période du Moyen-Age n’a jamais eu une forme de politique supérieure à celle des Etats africains.

Dans son livre “l’Afrique précoloniale”, Cheick Anta Diop nous révèle ceci: “On ne soulève pas d’objections insurmontables en supposant l’impossibilité matérielle de gouverner un empire aussi vaste que l’Europe, de l’administrer, sans un minimum de bureaucratie. Il est difficile d’admettre que, durant mille cinq cents ans, les Tounkas, les Mança, les Askia, se soient contentés de donner des ordres verbaux et de recevoir des réponses et des comptes de même nature.”

Les Almoravides sont à l’origine de l’islamisation de l’Afrique et du déclin de l’empire, suite à leurs nombreuses attaques sur le Ghana qui durera de 1076 à 1087 c’est-à-dire jusqu’à la mort d’Aboubecker-Ben-Omar (Abu bakr Ben Umar). On sait que ce dernier voulait contrôler les voies commerciales reliant le Ghana avec les pays arabes. Au Nord, les pays arabes possédaient le sel que l’empire du Ghana échangeait contre de l’or. En s’emparant de l’empire, Abu bakr Ben Umar mettait ainsi fin à la dépendance aurifère qu’avaient les pays arabes envers le Ghana en annexant les montagnes du Bambouk. Mais, comme nous le rapporte le voyageur Al-Bekri, les conquêtes d’Abu bakr Ben Umar n’étaient pas seulement motivées par des raisons commerciales.

En effet, les considérations religieuses furent mises aussi en avant. Dès lors, l’empereur Tinkamanin se voit obligé d’embrasser la religion musulmane, de reconnaitre la suzeraineté d’Abu bakr Ben Umar et de lui verser un tribut. Cette conquête semble avoir été complète: les Almoravides prirent la ville, pillèrent les biens des habitants, massacrèrent une partie de la population, forçant ainsi le reste de la population à s’enfuir ou à embrasser la religion musulmane. Mis à terre, pillé, massacré, l’empire ne se relèvera jamais, permettant ainsi aux vassaux Sosso une marche sur la capitale qui ouvrira la route à Soundjata Keita.

En 1240, Soundjata Keita s’empare du Ghana, de là naît le Mali.

Source: Shenoc
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Lire aussi:

L’Empire du Ghana (soninké): Qui sont les soninké ?

Les Empruntes de l’histoire, Oualata et l’empire de Ghana.

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