L'AFRO REPREND LE DESSUS

L’AFRO REPREND LE DESSUS

Je voulais juste être libérée de l’esclavage que les femmes noires font parfois subir à leurs cheveux”. C’est par cette phrase choc que Solange Knowles, la petite sœur de Beyoncé, a expliqué son big chop en 2009. À l’époque, elle avait surpris toute la planète mode en se rasant entièrement la tête et en arborant une coupe courte et frisée. Depuis, on remarque de plus en plus de filles qui ont arrêté le défrisage pour revenir à leur texture de cheveux originelle et la communauté Nappy (“Natural” + “Happy”) a commencé à émerger sur le Net. Les blogs comme Black Beauty Bag ou des chaînes YouTube apprennent aux néo-Nappy comment réaliser des Bantu Knots out et autres wash and go en insistant sur l’importance d’une bonne routine capillaire.

DIFFICILE D’ÉCHAPPER À LA NORME

Arrêter le défrisage n’est pas une décision anodine car le cheveu lisse est aujourd’hui une norme à laquelle il est difficile d’échapper. Parfois, entre la prise de décision et le passage à l’acte, il peut même se passer des années: “J’y ai pensé la première fois en 2007 mais je craignais le regard des gens, explique Vitaline, 28 ans, chargée de mission. En 2011, j’ai finalement sauté le pas car j’aime toutes les possibilités qu’offrent les cheveux naturels et surtout, je ne voulais plus être dépendante d’un produit comme le défrisant”. En effet, comme pour une coloration, il faut sans cesse entretenir son défrisage et répéter l’opération tous les deux ou trois mois sous peine d’avoir des repousses crépues. Cette idée de dépendance, l’acteur américain Chris Rock l’a développée dans Good Hair, un documentaire qu’il a co-réalisé en 2009 pour décrypter les rapports compliqués qu’entretiennent les Afro-américaines avec leurs cheveux. Pour Virginie, juriste de 27 ans, la prise de conscience a été progressive : “J’avais de beaux cheveux avant mon premier défrisage vers 11-12 ans et ils sont devenus secs, cassants, je n’arrivais plus à les coiffer et ils ne poussaient plus… J’ai découvert des forums comme Boucles et Coton et c’est en lisant Peau noire, cheveux crépus : l’histoire d’une aliénation  de Juliette Sméralda (Editions Jasor) que j’ai compris pourquoi je me défrisais les cheveux. J’ai enfin réalisé que le lisse n’était pas le seul idéal de beauté.

UN VESTIGE DE L’ESCLAVAGE

L’auteure, sociologue et historienne,  y explique comment la suprématie du cheveu lisse s’est imposée au temps de l’esclavage, lorsque les femmes noires s’occupaient de leurs maîtresses blanches. Peu à peu, elles ont intériorisé l’équation lisse = beau. “La question du défrisage du cheveu crépu a été classée par l’Unesco comme séquelle psychologique de la traite négrière transatlantique. Les gens ignorent cette dimension historique et sont assez choqués quand je la leur apprends” reconnaît Juliette Sméralda. Mais les canons de beauté sont désormais en train de changer, notamment dans la publicité. Là où les marques choisissaient des mannequins aux cheveux raides, on voit de plus en plus de femmes aux cheveux naturels dans des campagnes d’affichage ou à la télévision. Mizani, la marque pour cheveux texturés de L’Oréal a désigné Inna Modja, la chanteuse qui arbore une impeccable boule afro, pour la représenter. Gabrielle Ferrandon, attachée de presse de la marque, confie : “Nous l’avons choisie car elle incarne une beauté décomplexée, fraîche et moderne, et c’est une personne qui aime s’occuper de ses cheveux.

DÉMARCHE GLOBALE

A une époque où le bien-être est au cœur de toutes les préoccupations, le défrisant est de plus en plus dénoncé comme un  produit dangereux, pouvant provoquer des brûlures, des cassures et autres alopécies (l’accélération de la chute des cheveux).Certaines études associent même la pratique du défrisage à l’apparition de fibromes utérins et de puberté précoce. Dès lors, le retour du cheveu naturel s’impose comme une solution plus douce qui accompagne le corps plutôt qu’il ne le dénature et s’inscrit dans une démarche globale de recherche de modes de vie plus sains et respectueux de l’environnement. Aline Tacite, co-fondatrice du salon Boucles d’ébène qui organisait sa quatrième édition en juin dernier y voit le signe que “les femmes noires et métissées veulent de plus en plus se montrer telles qu’elles sont, en faisant fi du poids social ou professionnel qui pèse encore parfois sur elles”.


Stéphanie Semedo

Source: cheekmagazine.fr

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