L'ADULTÈRE AU COEUR DES TROIS GRANDES RELIGIONS

L’ADULTÈRE AU COEUR DES TROIS GRANDES RELIGIONS

Dramatique affaire que l’adultère quand le péché avait du corps. Du sommet de l’Etat aux réseaux sur la Toile, l’infidélité est désormais à portée de clic. Serait-elle pour autant plus acceptable ? A voir…

 

Rien que le mot sent le boulevard, le fantasme fané, la guêpière soldée et le confessionnal. Vous avez dit «adultère» ? Moi non plus. Une affaire en vogue au temps passé, quand le péché avait du corps, et la vertu, des remords. Dans les lits illicites s’ébattaient les amours et s’écrivaient les livres. On pouvait en rire autant qu’en mourir. Par la porte du vaudeville, qu’entrouvraient Feydeau et Labiche, surgissaient Flaubert et Tolstoï avec leurs tragédies. Mme Bovary courait au plaisir autant qu’au suicide, Anna Karenine sentait rôder la mort, sociale et familiale, sous l’étreinte du comte Vronsky. La faute et sa jumelle, la culpabilité, régnaient en crêpe noir sur l’empire des sens. Dans Antony, une pièce d’Alexandre Dumas qui fut célèbre, un amant tue sa maîtresse au moment où le mari va les surprendre et déclame pour sauver l’honneur de la dame : «Elle me résistait, je l’ai assassinée.» Victor Hugo, lui, également surpris dans une garçonnière par un commissaire de police, ceint son écharpe de parlementaire qui le rend inviolable, laisse les pandores emmener la pécheresse à la Petite Roquette.Tromper…, c’est si bon !

Le désordre, cependant, n’était qu’apparent car le groupe, les convenances, la religion, la politique et l’argent avaient soigneusement distribué les rôles. Celui de la maîtresse était torride à court terme, rentable à moyen terme (toute femme en petite tenue était forcément entretenue) mais catastrophique à long terme. L’amant tenait à son rôle de mari de l’autre, et l’éphémère chérie s’en trouvait bien marrie. Des générations de séductrices flouées ont relu en reniflant Back Street de Fannie Hurst, mélo best-seller dédié à la maîtresse idéale du mâle américain : sexy, béate et plus gourmande de câlins que de dollars.

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Mais tout ça, c’était avant-hier. C’était la légende de l’adultère. Elle se récite encore sous d’autres cieux, outre-Atlantique par exemple où le corset anglo-saxon persiste à vouloir brider les pulsions.

Chez nous, en revanche, les liens sont lâchés. Desserrons les vis et lissons les vices. Plus d’ombre, plus de nuit, les tabous sont abolis. Enfin, pas tout à fait : le nouvel ordre amoureux les réinterprète en sens inverse. La visibilité est obligatoire, et le secret, interdit. Au sommet de l’Etat, François Mitterrand fut le dernier à mener une double vie dont les protagonistes, maîtresse et fille, Anne et Mazarine Pingeot, n’accédèrent à la lumière médiatique qu’à l’ombre de sa tombe. Une fois enterré cet ultime et souverain adultère, qui ne valait pas le laitier de Giscard, Jacques Chirac cavala à la hussarde, sans gloire mais sans remords. Le nouveau siècle se cherchait une transition populo-sexuelle. Nicolas Sarkozy étala ses mariages, démariages, remariages. On s’enticha puis on s’en ficha. DSK trompa tout le monde et surtout lui-même, ce qui renvoya chacun au mystère de son propre ou malpropre gouffre sexuel. François Hollande, lui, n’épouse pas mais compagnonne, ce qui n’en fait l’amant de personne. Celles qui se le disputent ne sont ni épouses ni maîtresses. Les personnages reflètent par leur nouveau statut l’aspiration de l’époque : sortir du champ passionnel. Objectif zen. Résultat : zéro. A l’été 2012, explosion Royal-Trierweiler dans les hautes sphères. Parasitages érotico-politiques. Retour du vaudeville et du refoulé. Un homme d’Etat est toujours convoité par des femmes d’éclat. Le château républicain, qui devait abriter la recomposition tranquille des familles, s’écroule comme un manoir hanté.

C’est le fantôme de l’adultère qui ne veut pas nous lâcher. Il revient, ce félon, nous dire que tromper…, c’est si bon.

En cet été 2013, l’année où jaillit la revendication conjugale universelle – le mariage pour tous -, les sites de rencontres extraconjugales explosent dans un geyser de poisseux possibles. Les foules homosexuelles réclament le droit d’avoir le devoir de se jurer fidélité ? Mais les foules mariées cliquent en douce sur le clavier de la libido. Ce paradoxe illustre le balancement existentiel : on ne peut vivre que dans la durée tout en aspirant à la jouissance de l’éphémère.

Ainsi se reconstitue, sous les oripeaux jetables de la modernité, l’armature de toutes les sociétés humaines : la durée comme vertu, l’instantané comme vice. «C’est très étrange, note le rabbin Haïm Korsia, il y a un besoin de sanctification républicaine ou religieuse en même temps qu’une désacralisation de la fidélité. Quand on vient me voir pour évoquer une aventure qui risque de mettre en danger la famille, je ne peux pas prononcer le mot “péché”, ça ne passe plus. Je peux juste rappeler que la fidélité est une notion majeure qui part du couple pour englober tous les choix humains. Dans le judaïsme, l’unicité de Dieu est comparable à celle de l’unicité de l’amour entre un homme et une femme. La relation même entre le peuple et Dieu est placée sous le signe de l’infidélité. Le peuple passe son temps à tromper Dieu, il est sans arrêt adultère, et les prophètes fondent toutes leurs imprécations sur ce thème !»

Infidélité

Qu’on soit juif, catholique, musulman ou athée, la tendance naturelle est infidèle, la pulsion va vers l’éparpillement, aussi bien pour les femmes que pour les hommes dans le champ ouvert par les métamorphoses occidentales. Internet met en scène jusqu’au vertige cet élan érotique, dont l’espace était jusqu’ici le hasard nu. La rue, le café, la fac, le bureau, le train, le jardin. André Breton suivait Nadja dans les passages des grands boulevards parisiens, hauts lieux de l’amour bref mais fou, entre la galerie Vivienne et l’hôtel Chopin. Internet démultiplie les Nadja. Le nombre des passantes abolit leur éclat. L’offre de partenaires se renouvelle comme un crédit à la consommation. Fin de la poésie et début de la pornographie. Pourtant, même en plongeant dans cet océan de profils, le candidat affamé d’extases sélectionne celui ou celle qui émergerait du jetable pour incarner une petite durée. «Le plus étonnant, dans l’adultère, c’est la reconstitution des habitudes, note une virtuose de l’infidélité, 45 ans, dans sa chic boutique de la rue Jacob où elle habille et déshabille les tentations de ses clientes. En réalité, le plaisir demande la répétition, le désir, un deuxième, puis un troisième rendez-vous. A ce stade-là, on a engagé une liaison !»

Le graal fondamental de la fidélité

On redemande la même chambre, même pour deux heures, comme les amants de François Truffaut dans la Femme d’à côté. Plus tard, on gardera pieusement dans l’armoire la robe qui a glissé sous les doigts du passé. On ne serait donc jamais vraiment infidèle puisque notre vie ne tendrait qu’à recréer des fidélités ? «Logique, la fidélité est le Graal fondamental, celui qui civilise, observe le très compréhensif Alain de La Morandais, curé qui sélectionne les candidats au mariage en fonction du degré de maturation de leur amour. Pour que des amoureux en viennent à respecter toute leur vie la promesse de fidélité, je ne consens à les marier qu’une fois sortis de l’état de passion fusionnelle. Je les teste : si l’un se tait et que l’autre est le seul à parler, l’un est avalé par l’autre. Fusion et dissolution : menace de fausse fidélité ! Cet état, puissamment flatté par l’air du temps, les diktats du comportement et autres modes, ne dure que trois ans. Si le couple y survit, il a de grandes chances de ne pas transgresser plus tard le pacte conjugal. Alors seulement, j’accepte de le marier.»

A ceux qui ne sont pas à la noce, à celles qui ne veulent pas inscrire leur nom au bas d’un parchemin, aux cœurs tendres errant dans les déserts de l’amour, on fera observer que ni le mariage ni l’adultère ne préservent de cette mystérieuse sottise qui consiste à «vouloir donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas». Ce que le psychanalyste Jacques Lacan appelait la passion.

 


L’ADULTÈRE AU COEUR DES TROIS GRANDES RELIGIONS

Sans les amours interdites, que deviendraient les religions ? L’adultère – ou le traitement qu’on lui réserve – structure et résume le tempérament des trois monothéismes. Dans l’étouffante Jérusalem des passions proscrites et des faux culs concupiscents, une femme à moitié dénudée est traînée, terrifiée, devant le tribunal. Un jeune Palestinien, déjà repéré comme agitateur des Territoires occupés, se fait l’avocat de la belle pour laquelle on affûte les cailloux de la lapidation : «Que celui qui n’a jamais péché dans son cœur lui jette la première pierre…»

La suite figure dans l’Evangile selon saint Jean et fait de Jésus le premier féministe du Moyen-Orient. «La façon dont il pose et résout la question de l’adultère ouvre la voie du pardon, de l’altérité, de la réconciliation», explique le père Alain de La Morandais, que nous avons dévotement consulté pour cette enquête. Expert en péchés véniels et virtuels – l’abbé a publié la Ronde des vices (éd. Salvator) -, il voit dans la plaidoirie du Nazaréen «une étape capitale et fondatrice de l’humain».

Dans le milieu natal de Jésus, on ne plaisantait pas avec la bagatelle. La lapidation figurait au programme biblique des sanctions réservées au coït extraconjugal. Elle avait cours dans toute la région. L’islam la reprit en bloc et sans états d’âme. On sait que le distingué islamologue Tariq Ramadan a proposé depuis longtemps un «moratoire» pour débattre au calme du sacré supplice. Mais la question piétine. Aujourd’hui, Iraniennes, Pakistanaises et Afghanes auraient le plus grand besoin du tendre avocat nazaréen d’il y a deux mille treize ans.

 

«ÊTRE FIDÈLE, C’EST GARDER VIVANT SON AMOUR»

Entretien avec Antoine Nouis, pasteur et directeur de la rédaction de l’hebdomadaire protestant Réforme.

Pour le pasteur Antoine Nouis, l’engagement le plus important du mariage n’est pas de ne pas tromper son conjoint, mais de l’aimer tous les jours : «Tomber amoureux, c’est très facile, le rester, ça l’est beaucoup moins. En grec, il y a trois mots pour désigner l’amour : eros, c’est le désir, philia, l’amitié, et agapé, c’est le travail que je fais pour que l’autre grandisse. Je ne suis pas maître de mon eros, mais je suis maître de mon agapé. Et si j’aime mon conjoint d’agapé, eros me sera donné en prime, comme une grâce…»

Face à un couple confronté à un problème d’adultère, plutôt que de condamner, il s’agit, selon Antoine Nouis, d’aider à travailler à la restauration de la relation conjugale. «L’adultère est toujours une mise en danger de la relation, explique-t-il. D’abord, personne n’est à l’abri de tomber amoureux de la personne avec qui il commet l’adultère. Ensuite, on ne contrôle pas toujours sa jalousie. D’expérience, un couple qui ne s’est pas engagé sur la fidélité a peu de chances de réussir. Il y en a toujours un qui se fait avoir.» Comme le romancier Michel Houellebecq, Antoine Nouis considère que la promotion de l’adultère dans une société hédoniste s’apparente à l’extension du capitalisme libéral aux relations affectives : «Cela signifie qu’il y a les plus forts et les plus faibles, ceux qui multiplient les conquêtes, et ceux qui restent sur la touche. Ce n’est pas la société dans laquelle je veux vivre. Pouvoir s’appuyer sur une seule et même personne, c’est stabilisant et apaisant… Cela aide à traverser la dureté de la vie.» Elodie emery

 

DU MONICAGATE À L’AFFAIRE PETRAEUS

Le sexe américain toujours coincé

Aux Etats-Unis, l’adultère fait toujours tache. Une auréole de sperme sur la robe bleue de Monica Lewinsky avait failli faire tomber le président Bill Clinton en 1998, mais en novembre 2012, le patron de la CIA, David Petraeus, a bel et bien démissionné pour cause d’adultère. Sa liaison avec Paula Broadwell, sémillante biographe très proche de son sujet, a coûté son poste au général considéré comme un héros de la guerre d’Irak – il avait mené les opérations de la coalition – puis de celle d’Afghanistan. Le code militaire américain interdit, en effet, la bagatelle extraconjugale, quels que soient les états de service et le grade du troufion en perdition. Paula s’était donc aventurée sur le terrain aux risques et périls du guerrier. Tout comme naguère la gironde Monica Lewinsky, brunette goulue du gourou de la Maison-Blanche en son bureau Ovale réinterprété à l’horizontale ou à la verticale, tant les mystères de la plus célèbre fellation du monde sont restés impénétrables. Accusé de parjure pour avoir nié toute relation sexuelle, Bill Clinton eut beaucoup de mal à rester président des Etats-Unis. Monica Lewinsky, dix ans plus tard, ressassait encore : «J’étais le buffet et il ne pouvait pas résister au dessert !»

Un autre brillant politicien démocrate a avoué récemment qu’il avait le diable au corps. Anthony Weiner, candidat à la mairie de New York, père de famille de 48 ans, entretenait une relation virtuelle et porno-photographique avec une jeune femme de 22 ans. C’est sous le pseudo de «Carlos Danger» que le bel Anthony s’exhibait en slip. Le New York Times et ses adversaires le somment de retirer sa candidature à l’élection du 5 novembre prochain. Sa femme, Huma, affirme en revanche qu’elle a pardonné. C’est une ex-collaboratrice de Hillary Clinton, qui avait elle-même déjà beaucoup donné…

 

 

Source: marianne.net

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