La tentation de la race

La tentation de la race: Le spectre d’un retour du racisme “scientifique”

Devant le développement fulgurant de la génomique ces dernières années, notamment en médecine personnalisée, et son éventuelle utilisation à plus large échelle, des chercheurs s’inquiètent de la réapparition d’un certain racisme scientifique.

Issus de diverses disciplines, les chercheurs ont lancé cette mise en garde lors d’une conférence, présentée dans le cadre du congrès annuel de l’Association américaine pour l’avancement des sciences, tenu cette semaine à Chicago. Leur inquiétude : que les caractéristiques génétiques révélées par la génomique soient utilisées dans le but de décrire des races, puis de développer des interventions médicales ou pédagogiques, spécifiques à ces dernières.

« Tout système de croyances qui chercherait à distinguer les gens sur une base génétique, sur des différences physiques ou des caractéristiques intellectuelles est tout simplement inadmissible dans la société humaine », a affirmé lors de sa présentation Nina Jablonsky, chercheuse en anthropologue à l’Université d’état de la Pennsylvanie.

Dans son imposante revue du racisme scientifique à travers les siècles, la chercheuse a démontré que si les premiers naturalistes, Linné et Blumenbach en tête de liste, ont fait preuve — innocemment — d’un certain racisme dans leur classification des êtres vivants, d’autres n’ont pas hésité par la suite, comme le philosophe Kant, à promouvoir une catégorisation basée sur la race et la couleur, avec les dérapages que l’on sait.

Selon elle, cette renaissance du racisme en science ne viendrait pas d’individus mal intentionnés. Et bien que certaines interventions puissent sembler bénéfiques, elles ne peuvent être entreprises sur une base raciale. « Notre espèce s’est définie depuis des millénaires par un brassage de gens et d’idées. Proposer de nouvelles raisons de diviser les gens est ignoble », a-t-elle conclu.

Un racisme insidieux

Selon Jennifer Eberhardt, chercheuse en psychologue à l’Université Stanford, les Afro-Américains seraient victimes d’une forme, pour le moins sournoise, de racisme. Une démonstration éloquente, livrée trois fois plutôt qu’une, lors du plus récent congrès annuel de l’Association américaine pour l’avancement des sciences, dans une session de conférences intitulée Néoracisme et racisme scientifique dans les sociétés postraciales.

Dans une première expérience, la présentation de visages afro-américains, à un rythme indétectable par des sujets blancs et noirs, rendait plus facile l’identification par la suite d’images de singes. Un plus grand nombre d’images de singes était nécessaire pour les identifier si aucun visage de Noirs ne leur était proposé. Le rappel de cette association — Noirs et singes — aux participants, sans qu’ils en soient conscients, les rendait aussi plus susceptibles d’endosser la violence contre les Afro-Américains.

De même, l’association de mots tels que « chimpanzé » et « gorille » et de vidéos présentant un policier procédant à l’arrestation d’un suspect pouvait laissait penser aux sujets que ce dernier était d’origine afro-américaine. Et si ces mots leur avaient été également présentés, ils étaient plus enclins à croire que l’utilisation de la force par le policier était justifiée.

Dans une analyse de reportages journalistiques, la chercheuse a également découvert que les nouvelles rapportant des crimes commis par des Noirs faisaient l’usage deux fois plus fréquemment de mots issus du monde animal (animal, barbare, etc.) en comparaison à ceux revenant sur des méfaits commis par des Blancs.

Enfin, l’exposition à une image suggérant l’évolution humaine (voir ci-contre) lors de tests cognitifs affectait la performance des Noirs alors qu’elle n’avait aucun effet sur celle des sujets blancs. Cette image leur rappellerait combien leur statut en tant qu’humain est contesté, avance la chercheuse.

Dans chacune de ces études, tient-elle à préciser, les attitudes racistes des participants avaient été évaluées et leurs opinions sur les Noirs n’auraient pas influencées les résultats. Cette association entre les Noirs et les singes s’avérait très marquée, même chez les jeunes, le résultat d’un conditionnement qui tire ses racines dans la représentation historique des Noirs, pense-t-elle.

 

Josée Nadia Drouin


 

Source: sciencepresse.qc.ca

 

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On la croyait enterrée pour de bon. Tuée par la science. Mise en miettes par la génétique, dont les premiers résultats ramenaient toute l’humanité à une seule même et grande famille. Las ! Voilà la notion de race remise en selle. Et pas par n’importe qui : par l’Américain James Watson lui-même, codécouvreur, avec Francis Crick et Rosalind Franklin, de la structure de l’ADN (acide désoxyribonucléique).

 

Interrogé mi-octobre par le Sunday Times, pour la promotion de son dernier ouvrage (Avoid Boring People, Oxford University Press, 14,99 £), le Prix Nobel demédecine 1962, aujourd’hui âgé de 79 ans, a expliqué sans ambages qu’il était“profondément pessimiste sur le futur de l’Afrique. Pourquoi ? Parce que, a-t-il dit,“toutes nos politiques de développement sont basées sur le fait que leurintelligence (celle des Africains) est la même que la nôtre (Occidentaux blancs), alors que tous les tests disent que ce n’est pas vraiment le cas”“Ceux qui ont eu affaire à des employés noirs”, a-t-il ajouté, savent ce qu’il en est.

 

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