La puissance du 3 et le sexe feminin

La puissance du 3 et le sexe feminin

S’agissant du récit spécifique de l’araignée et de la grotte, les Elog Mpoo du Cameroun reconnaissent que « Ngog Lituba » signifie « la Pierre Percée ». Or, la toile d’araignée du récit mythologique représente à la fois l’hymen et la spirale, ce qui indique une virginité initiale. La grotte serait donc une Vierge qui, avec lasortie de Nnanga, aurait mis au monde un fils divin. Il est intéressant d’observer que le radical angaankh, entre dans la composition du nom du fils divin des Elog Mpoo. Ce symbole, angaankh, est symbole d’Osiris (Ousiré). Les Elog Mpoo, disent les Initiés du Mbog, sont sortis de la Grotte. L’entrée de la grotte représente l’appareil génital féminin. La toile d’araignée représente non seulement la spirale, et par extension l’Enfant-né, fils de Dieu, mais aussi la Virginité de la Déesse Mère (hymen). C’est la raison qui fait dire aux Elog Mpoo de tradition authentique qu’ils sont nés de la Grotte sacrée, cette Déesse-Mère que l’on peut reconnaître sous les traits d’Hathor (Hout-Hor), déesse que l’on retrouve dans le même rôle à Kemet; car, faut-il le rappeler, « Hathor » signifiant la Demeure d’Horus, renvoie au sein de la Vierge. Une grotte dite d’Hathor (Hout-Horo) est encore visible aujourd’hui dans la Vallée des Reines.

Cette compréhension est complétée par ce qu’en dit André Mbeng : « d’après Eugène Wonyu, tous les mythes africains de l’origine de l’homme partent, soit d’un œuf, d’une spirale ou d’un néant qui subit des vibrations dues à des énergies cosmiques, lesquelles transforment cet œuf ou cette spirale en mouvements, d’abord fermés, puis se déroulant jusqu’à s’ouvrir en laissant tomber un couple androgyne : homme-femme, lesquels fécondés par l’apport de ces énergies nouvelles donnent naissance à un rejeton. Ainsi en est-il du chiffre 3 dans la cosmologie bassa. Au départ, il y avait un néant en forme de cercle dans lequel se trouvait inséré un triangle; de l’éclatement de ce triangle est sorti un objet en forme de verge, qui ayant fécondé le triangle ouvert, donne un objet plus petit encore. Le cosmologue bassa dit en parlant de la création du monde : ki mbog gwéé mbog (bèè nkègi) (le monde n’est que le jour où le sexe de la femme s’est ouvert). Le mythe de la création de l’homme tourne autour du sexe de la femme. Le chiffre trois s’explique donc de la façon suivante : le grand bâton sorti du triangle représente la verge de l’homme; le triangle ouvert, le sexe de la femme et le petit bâton, produit de la copulation du bâton s’introduisant dans le trou, a engendré l’enfant, man, d’où la signification du signe :

Le cercle complet représente le mbog, univers complet comprenant trois signes : l’homme, la femme et l’enfant. Les trois mots qui désignent ces êtres en bassa s’éclairent par la sémantique de leur signification :Isan : le père; du substantif san : la lutte, l’homme est lutteur; Nyan : la mère nye : pondre; le rôle de la femme est l’enfantement; Man : l’enfant; du verbe an : lier ou relier; c’est un être qui lie ses parents l’un à l’autre; il complète en même temps les trois sommets du triangle que constitue le sexe de la femme. Pour mieux pénétrer ce mythe, il faudra se référer au cycle de formation qui traite de l’organisation sociale des Bassa et du rôle des confréries, particulièrement sur celle des femmes, le koo. Le mythe bassa de l’origine de l’humanité n’a pas échappé à la règle commune. Comment l’aurait-il fait lorsque sur le plan religieux, le chiffre 3 ou ses multiples sont dits sacrés ? Mbe mudga maa, nkunus bé bijek (si une marmite est posée sur trois pierres, elle fait cuire nécessairement la nourriture). Si l’on transpose ce proverbe en langage clair, on explique le rôle dévolu à la famille nucléaire chez les Bassa » (André Mbeng, La pratique de l’opéra en Afrique, pp.47-48).

La grotte (sexe de la femme) est le lieu où la tradition chrétienne fait naître l’enfant Jésus, « la Grotte de la Nativité » à Bethléem; le lieu où Mahomet, le prophète des musulmans, aurait reçu de l’ange Gabriel les premiers versets du Coran, « la Grotte de Hira », dans le Hedjaz, en Arabie; le lieu où d’après la tradition grecque, Zeus aurait été élevé, « la Grotte de Lyctos », en Crète; le lieu où Romus et Remullus, fondateurs de Rome, auraient été élevés, « la Grotte du Lupercal », à Rome (Mont Palatin); Mithra, né dans une grotte, y fut également adoré (spelunca); la même tradition est rappelée pour des divinités telles que Dionysos ou Bacchus.

Alexandre Lenoir, conservateur des musées parisiens, fait cette remarque au sujet des grottes : « Il est certain que la théologie des religions anciennes a été réglée sur l’astronomie (…) je veux dire la distribution de la nature en âge de bien et de mal, de génération et de destruction, de lumières et de ténèbres. Dès les temps les plus reculés, on en avait fixé les limites aux deux équinoxes. Les Égyptiens célébraient au solstice d’hiver la naissance d’Orus, dieu soleil, ou la grande fête du soleil nouveau. Les Romains célébraient à la même époque les fêtes solaires et les jeux du cirque; ils les fixaient précisément huit jours avant leskalendes de janvier, ou le vingt-cinq décembre. L’époque de naissance de la divinité des adorateurs du soleil, comme celles de sa mort et de sa résurrection, fixées par les anciens mages à l’époque de l’équinoxe du printemps, se trouvent absolument conformes dans toutes les théogonies, qu’importe le nom et la forme que l’on y donne à l’astre du jour. Tous les personnages qui le représentent naissent dans des antres[1], ou sont élevés dans des grottes » (Alexandre Lenoir, Les monuments antiques expliqués par la mythologie, Vol.1, pp. 3-4).

Nous reconnaissons désormais que le concept d’Immaculée Conception a pris corps dans l’Église catholique avec l’histoire de Bernadette Soubiroux. Cette femme affirmera en effet que le 25 mars 1858, soit quatre ans après la promulgation du dogme dont elle n’avait pas connaissance, la Dame qui lui était apparue s’était elle-même présentée ainsi, en gascon, dans la grotte de Massabielle, à Lourdes, disant « Je suis l’Immaculée Conception ». Quatre ans plus tôt, le 8 décembre 1854, le pape Pie IX, promulguait une bulle consacrant cet aspect de la Vierge des Chrétiens : « Nous déclarons, prononçons et définissons que la doctrine, qui tient la bienheureuse Vierge Marie a été, au premier instant de sa conception par une grâce et une faveur singulière du Dieu tout-puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel, est une doctrine révélée de Dieu, et qu’ainsi elle doit être cru fermement, et constamment par tous les fidèles ».

Il devient intéressant de noter que le 25 mars, le jour du « miracle » de Lourdes, coïncide avec la date de l’équinoxe du printemps, la fête du passage, « l’instant où le soleil triomphe des longues nuits ».


Le tableau général de cette légende associée à la grotte dans la tradition des peuples noirs doit être compris comme une allégorie saluant une renaissance, l’Uhem Mesut, le « renouvellement des naissances » des anciens Africains.

 

Source:  Amenhemhat Dibombari

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[1] Caverne ou cavité souterraine.

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