La femme moderne selon les magazines féminins

La femme moderne selon les magazines féminins: Qu’en pensez-vous chers visiteurs de mediaafrik?

Nymphomane, superficielle, ultra-consommatrice, la femme vantée par la presse féminine fait peur à voir.

 

Pour un garçon, partir en vacances  avec une fille implique deux choses: 1) supporter ses interminables séances de  bronzage et 2) en profiter pour feuilleter les magazines féminins qui traînent  sur le coin de sa serviette.

Une lecture appréciée de la  plupart des mâles, quoiqu’ils en disent: sous prétexte de se moquer de leurs  traditionnels psycho-tests, c’est l’occasion de se rincer l’œil en douce (tous  les mecs savent qu’il y a bien plus de demoiselles à poil dans Elle que dans n’importe quel FHM).

Mais ça permet aussi de se mettre activement à la place  d’une fille pendant quelques minutes. Et, là, franchement, quand on voit le  nombre d’injonctions ultra-culpabilisantes auxquelles la gent féminine est  soumise à longueur de pages, on la plaint.

Ah, on nous murmure à l’oreillette que la presse féminine  est simplement «frivole» et «pas prise de tête».

Peut-être, sauf que si on étudie le portrait-robot de la  femme moderne parfaite tel qu’il est matraqué par GlamourBe, Madame Figaro, Grazia, Cosmopolitan ou 20 Ans,  on est globalement plutôt content d’être né avec un chromosome Y et de ne pas  avoir à subir la comparaison incessante avec les superwomen présentées à chaque  page. Si on résume:

La vie de la femme moderne  n’est qu’un long orgasme

Eh oui, les filles, pour pouvoir vous regarder fièrement  dans la glace à la fin de l’été, vous avez intérêt à coucher. Et pas qu’un peu:  «Jouissez, c’est un ordre» semble être le leitmotiv des magazines de l’été. En vrac: «Où faire l’amour? 15 situations à vos risques et périls»  (20 ans), «L’extase en 7 positions  (revisitées) du Kama Sutra» et «Les mots qui (les)  font bander» (Biba), «J’aime  faire l’amour à plusieurs» (Marie Claire)  ou encore, pour les moins de 15 ans, «J’ai des fantasmes, c’est normal?» (Lolita!).

Be est encore plus  explicite avec son test: «Êtes-vous une winneuse ou une loseuse sexuelle?». Enfin, un magazine est entièrement consacré à la question: Sensuelle, c’est 100 pages de sexe tous  les mois, avec cet été «69 conseils pour booster votre sexualité». Le  message est clair: il va falloir être sexuellement hyper performante et libérée  pour ne pas passer pour une oie blanche.

Dans les années 60 et 70, la presse féminine, très imprégnée  du Deuxième sexe de Simone de  Beauvoir, était en première ligne du combat pour l’émancipation sexuelle des  femmes.

Orgasme, pilule, homosexualité, relations extra-conjugales:  pour la première fois, ces sujets tabous étaient abordés par Elle et Marie-Claire. C’était l’époque où les féminins décomplexaient  leurs lectrice: aujourd’hui, c’est l’inverse.

Fini le temps où ces magazines invitaient  les femmes à ne plus avoir honte de leur corps et de leur sexualité, désormais  le sexe, débridé si possible, hétéro-centré toujours, est obligatoire. Et la  compétition est rude, car il y a toujours plus jeune, plus séduisante et plus  mince que soi dans les parages: toutes les deux pages, une photo de mannequin  en bikini est là pour vous le rappeler.

La femme moderne n’a qu’une  obsession: séduire

Vous êtes grosse et moche? C’est que vous y mettez vraiment  de la mauvaise volonté, vu tous les conseils beauté dont on vous abreuve. Depuis  les «20 tentations slim, saines et sun» de Madame  Figaro –un article publicitaire spécial minceur vantant les mérites de différents  maillots de bain, d’un gâteau aux fleurs (?), d’un illuminateur pour le corps  (??) et d’un raffermisseur électronique (???)– au dossier de Grazia «Bien coiffée même à la plage!»,  en passant par les «10 conseils séduction pour mettre tous les hommes à vos  pieds» de Marie-Claire, vous avez le  choix dans les armes.

Parmi les missions que s’est assignées la presse féminine,  celle d’aider les femmes à se conformer aux désirs masculins semble être la  principale.

Point de salut hors de la validation par le regard de  l’homme: pour ce faire, dépenser des fortunes en maquillage et en soins de  beauté (= «astuces bien-être») apparaît comme la solution miracle. C’était bien la peine d’inventer le féminisme. D’ailleurs  certains articles, comme celui qui présente le «test du porte-monnaie»  dans Glamour, enjoignent les  lectrices à évacuer fissa les prétendants un peu trop progressistes au niveau  de l’égalité des sexes.

La femme moderne est  heureuse grâce à sa carte bleue

La plupart des problèmes  rencontrés par les lectrices se résolvent par la consommation. Déprimée?  Anxieuse? Névrosée? Un bon coup de mascara et une bonne séance de spa, et tout  reviendra dans l’ordre.

La presse féminine  excelle dans l’art de créer des complexes pour mieux permettre aux annonceurs, omniprésents dans ce type de presse, de  leur apporter la solution miracle. Sur un numéro de Marie-Claire, par exemple, la pub (mode et cosmétique quasi-exclusivement)  représente pas loin de 40% du contenu. Une étude  TNS Sofres disponible sur le site du groupe Marie-Claire nous indique  d’ailleurs que 80% des acheteuses en produits cosmétiques étaient des lectrices  de la presse féminine haut de gamme.

Exemple  tiré de Elle: dans l’article «Un été  zéro complexe», après avoir soigneusement rappelé aux lectrices tous les complexes dont elle peuvent  souffrir (j’ai de grosses fesses, je suis trop petite…) et leur avoir expliqué  qu’elles étaient OBLIGÉES  d’en avoir car « tout le monde a des complexes, y compris Scarlett  Johansson ou Angelina Jolie», le magazine leur offre le remède: un vernis à  ongles pour maquiller des pieds laids, un maillot de bain girly pour celles qui  n’ont pas assez de seins ou un moulant pour celles qui en ont trop (215 euros  seulement). Avec à chaque item, un lien vers un site de vente.

La femme moderne se connaît elle-même: merci les psycho-tests

Dans Elle ou Cosmopolitan, les différences culturelles, économiques, sociales entre  les Françaises n’existent pas. Les ouvrières, les stars, les patronnes, les chômeuses  appartiennent toutes au même bloc monolithique: La Femme.

Quand Sophie Marceau ou  Cindy Crawford sont interviewées, ce sont des femmes comme les autres, avec  leurs petits soucis dans lesquels les lectrices sont censées se reconnaître. On  en oublierait presque qu’il s’agit d’icônes publicitaires surmédiatisées.

Extrait de l’interview  de Louise Bourgoin dans le Madame Figaro de  juillet :

«– Votre vie a-t-elle radicalement changé ?

Non, j’ai toujours les mêmes amis d’enfance, je
prends le métro, je sors très peu, je rentre régulièrement en Bretagne. Je suis
si normale… c’est d’un sinistre ! Mon cas consterne Fabrice Luchini.
»

Ouf, nous qui pensions  que Louise Bourgoin avait pris la grosse tête depuis sa carrière d’actrice. En  fin de compte, le seul critère de distinction valable entre les femmes n’est  pas leur niveau de revenu ni leur catégorie socio-professionnelle mais leur  profil psychologique.

Ça tombe bien, toute une  batterie de psycho-tests permet de savoir qui vous êtes vraiment, juste en cochant quelques ronds, triangles et carrés: «Quelle  séductrice es-tu?» (Lolita), «Calculez  votre QI Mode-People» (Be) ou encore «Quelle  croqueuse de pain êtes-vous?» (Cosmopolitan).  Vous serez bien avancées quand vous saurez quelle croqueuse de pain vous êtes,  au fond.

Après des  heures de lecture approfondie, le lecteur mâle est frappé par l’uniformité des  différents titres. Tous ces journaux parlent des mêmes choses, de la même manière.  A une exception près: Causette, le  mensuel, dont le slogan est «plus féminine du cerveau que du capiton», est l’antithèse  des féminins classiques.

Il contredit  point par point tout ce qui définit la femme d’aujourd’hui selon Biba ou Glamour. Causette ne  pousse pas à la consommation, les filles en photo sont plus vivantes que glacées,  plus natures que photoshopées. Et ne sont pas offertes:  celle en couverture du numéro de l’été, tout sourire, est en train de se retrousser les manches en Rosie the Riveter des temps modernes. Pour en découdre avec La Femme Elle?

 

Pierre Ancery et Clément Guillet

Source: slate.fr

bleu

Belle toute nue: quand la chirurgie esthétique promet le sexe parfait

 

De plus en plus de femmes sont prêtes à avoir recours au bistouri à la recherche de ce qu’elles pensent être «le vagin parfait», dans une violente dictature de la beauté dont elles sortent forcément perdantes.

 

Aucune  partie de notre corps ne semble être épargnée par les diktats de l’apparence. Après  le ventre à liposucer, le nez à raboter ou les seins à regonfler, les «sex  designers» s’attaquent désormais à un terrain jusque là épargné par les normes esthétiques: le sexe féminin.

Le business florissant de  la labioplastie

Alors  que la chirurgie génitale se cantonnait jusqu’à quelques années à de la  reconstruction (recréer un hymen, ou rétrécir un vagin distendu après un  accouchement), elle s’attaque désormais au créneau très porteur de  l’esthétique. L’opération qui connaît ainsi la plus forte croissance  exponentielle, la labioplastie, consiste à diminuer la taille des petites  lèvres et à améliorer l’apparence des organes génitaux.

D’après  l’«American Society for Aesthetic Plastic Surgery», les femmes américaines ont ainsi dépensé 6,8 millions de  dollars en 2009 pour ce type d’opération. Le phénomène ne se limite pas au  territoire américain puisqu’au Royaume Uni le nombre de labioplasties a  augmenté de 70% en 2008.


Cette année, sur les 5.000 demandes de chirurgies plastiques  reçues par le «Harley Medical Group», 65% d’entre elles concernait une  réduction des lèvres. Un business florissant puisque ce type d’intervention,  relativement rapide, rapporterait 5.000 dollars nets au praticien.

Ce que  veulent les femmes

Au-delà des motifs purement médicaux pour lesquels la labioplastie  est naturellement indiquée (gêne pour faire du vélo ou porter des vêtements  serrés),ce sont essentiellement des raisons esthétiques qui motivent les femmes  à pousser la porte d’un chirurgien esthétique.

Dans un article du British Medical Journal de mai 2007, le  psychologue Lih Mei Liao et la gynécologue Sara M. Creighton résumaient ainsi  les demandes des patientes:

«Elles veulent que leur vulve soit plate, sans aucune protrusion en dehors des grandes lèvres …  certaines femmes ont apporté pour illustrer l’apparence souhaitée, des images  provenant habituellement de photographies publicitaires ou pornographiques, qui  peuvent avoir été retouchées par un procédé numérique.»

Lisse,  pré pubère voire enfantin, voilà le canon de la beauté de l’origine du monde,  version 2011. Un chirurgien californien a même baptisé «Barbie» le type de  rendu souhaité par la plupart de ses patientes: des lèvres ressemblant à un  coquillage, doux et immaculé.

L'Origine du Monde, par Gustave Courbet. via wikimedia commons
L’Origine du Monde, par Gustave Courbet. via wikimedia commons

Le film X,  nouvel étalon de la beauté

L’industrie du porno, largement démocratisée ces dernières  années, a grandement contribué à ériger des normes plastiques très marquées:  seins protubérants, corps intégralement épilés et sexes pré pubères. Contrairement à une idée reçue, le public type d’un film X ne se cantonne plus à l’ado boutonneux ou au célibataire frustré: d’après une récente étude IFOP 83% des femmes ont déjà vu un film X (dont 41% en intégralité ou presque), et 29% se sont déclarées consommatrices occasionnelles ou régulières. L’industrie porno est ainsi devenue prescriptrice d’une norme plastique, au même titre que la presse féminine ou la publicité.

Autre victime collatérale du film X: le poil, qu’il faut éradiquer à tout prix pour des raisons à la fois hygiénistes et esthétiques. Les esthéticiennes confirment la tendance : les ¾ des clientes demandeuses de ce type de prestations sont âgées de 18 à 25 ans, signe d’un véritable changement de mentalité.

La démocratisation de l’épilation intégrale rend donc les sexes plus visibles et les soumettent, de fait, à des diktats esthétiques jusque là inexistants.

Le sexe, cet inconnu

Le caractère mystérieux et tabou du sexe féminin a largement concouru, lui aussi,  à questionner les femmes. Le flou qui entoure le sexe féminin est ainsi le terreau à toutes les interprétations ou culpabilisations.Dans son documentaire The perfect vagina, Lisa Rogers remet les pendules à l’heure en se plongeant dans un manuel d’anatomie«Qu’est-ce qu’une vulve normale?», s’interroge-t-elle.

Elle découvre que «la longueur des petites lèvres peut varier de 20 à 100 millimètres… Une fourchette de 2 à 10 centimètres, c’est énorme! Et malheureusement personne ne nous a prévenues».

Dans ce documentaire, on aperçoit également le travail de l’artiste Jamie McCartney et son insolite «Great wall of vaginas», un mur de 9 mètres de long composé du moulage de 400 vulves. Elle explique:

«Pour beaucoup de femmes, l’apparence de leur sexe est une source d’anxiété. J’étais dans une position unique pour faire quelque chose à ce sujet.»

Avec cette sculpture, l’artiste espère combattre à sa manière l’augmentation exponentielle de la labioplastie. Selon elle, cette tendance inquiétante à vouloir créer le «vagin parfait» serait l’équivalent occidental des mutilations génitales pratiquées dans d’autres régions du globe.

Le Dr Anne-Thérèse Vlastos, médecin adjoint au Service de gynécologie des Hôpitaux universitaires de Genève, va dans le sens de ces propos:

«Pour les femmes qui ont un vrai problème, la labioplastie représente un progrès bénéfique. Pour les autres, c’est une mutilation incompréhensible.»

La femme en position d’échec

Cette quête de la beauté dans les recoins les plus intimes de l’apparence est terrifiante car elle place de facto la femme dans une position d’échec. La société, les médias, le porno scandent tous le même message subliminal à l’unisson: le corps féminin doit être transformé, mis en valeur pour être acceptable.

Cette dictature de la beauté est d’autant plus violente que sa norme est unique et inaccessible: en Occident, les organes génitaux féminins externes ont systématiquement été censurés, des arts figuratifs au magazine Playboy.

Photoshopées, maquillées, les vulves rendues «décentes» véhiculent ainsi une fausse idée de la normalité. Et transmettent un message sous-jacent d’une extrême violence: pour être attirantes, les femmes doivent renoncer à leur animalité, à leur statut d’adulte en se conformant aux canons de la beauté sexuée. Un sexe imberbe, sans rien qui dépasse, rosé et enfantin.

Notre société, prétendument libérée sexuellement, érige en réalité des modèles calqués sur le désir masculin et son imagerie, à la manière des pires dictatures.

Formatage des corps et des esprits

Sous forme de propagande déguisée elle valorise à la fois l’hyper sexualisation des jeunes filles (soutien-gorge et strings taille 8 ans, cosmétiques pour enfants) et l’infantilisation des femmes (épilation intégrale, sexe lisse à la manière d’une poupée Barbie).

Un matraquage en règle de l’estime de soi savamment distillé par la presse féminine. Alors que le magazine Elle enjoint les femmes à devenir des adeptes de l’épilation intégrale, un récent dossier sexo de Biba propose à ses lectrices «7 positions anti complexes, parce qu’au lit, ce qu’on veut, c’est ne plus y penser». Ou comment transformer un moment d’abandon en une check-list de ses défauts.

De ce formatage des corps découle indirectement un formatage des esprits, car dans le domaine de la sexualité l’un et l’autre sont indissociables et intimement liés.

Comment lâcher prise si nos pensées s’attardent constamment sur un bourrelet ou un sexe «imparfait»? Comment supporter la comparaison avec des images subliminales de plastiques siliconées, épilées, maquillées?

Une image de soi défaillante qui peut avoir de lourds retentissements sur le désir sexuel: la psychologue américaine Cindy Meston a ainsi démontré que le degré d’excitation  ressenti par des étudiantes lors du visionnage de films érotiques était directement lié à l’image qu’elles avaient de leur propre corps.

Ce n’est donc pas le corps réel mais le corps ressenti, imaginé, qui conditionne le désir sexuel. D’où l’importance de ne pas ériger des normes irréalistes.

Loin d’être une opération anodine, la labioplastie questionne la façon dont les médias, la pression sociale et la publicité conditionnent les femmes, dans les recoins les plus intimes de leur apparence.

Une quête de la beauté qui ne semble plus être l’apanage d’un sexe: l’Académie de chirurgie a ainsi publié récemment les résultats d’une étude sur les mensurations moyennes du sexe masculin par souci médical.

Nourries par ce que les médecins appellent le «syndrome du vestiaire», les demandes de chirurgie esthétique masculine intime se multiplient alors que 85% des demandes émanent d’hommes dont l’anatomie les situe dans la moyenne.

Les «sex designers» ont encore de beaux jours devant eux. Les psys aussi.

 

Sophie Rouiller

Source: slate.fr

Share and Enjoy

  • Facebook
  • Twitter
  • Delicious
  • LinkedIn
  • StumbleUpon
  • Add to favorites
  • Email
  • RSS