La croissance burkinabé grâce à la technique du goutte-à-goutte

La croissance burkinabé grâce à la technique du goutte-à-goutte

Malgré sa situation géographique en bordure du Sahel, le Burkina Faso est parvenu à doubler sa production agricole depuis les années 90. Grâce à l’irrigation, le pays voudrait devenir une puissance agricole exportatrice.

Il faut quatre tours de manivelle à Mando Adayé pour réussir à démarrer la pompe. Et doucement, la machine commence à tirer l’eau d’un réservoir souterrain vers la surface. Finalement, quand Mando Adayé ouvre le robinet, ce n’est pas un jet qui vient asperger ses manguiers et ses bananiers. L’eau s’écoule goutte après goutte sur le sol, au travers de trous minuscules pratiqués dans les tuyaux qui courent entre les arbres.

 

Moins d’eau, mais une meilleure récolte

Mando cultive un verger au cœur du Burkina Faso, non loin de Korsimoro. À la saison sèche, les températures atteignent souvent les 35 degrés dans cette région aux portes du Sahel. Ici, l’eau est une denrée rare.

C’est pourquoi Mando Adayé utilise un système d’irrigation économe en eau. Pendant la saison des pluies, il la stocke dans un réservoir. Et à la saison sèche, il fait en sorte que le moins d’eau possible ne s’évapore, que le maximum profite aux plantes. Avec le goutte-à-goutte de son verger, il parvient à n’utiliser qu’un litre d’eau par heure. C’est moitié moins que par le passé, quand il arrosait encore avec un seau.

« Je suis content de ce goutte-à-goutte, explique Mando. C’est devenu facile. Quand c’est lancé, on peut aller dormir et revenir ensuite pour éteindre la machine. Avant il fallait tout faire jusqu’à la fin, mais comme ça tu peux arroser, toute la nuit même. »

Désormais, Mando Adayé a assez d’eau pour toute la saison sèche, et la récolte a augmenté d’un tiers environ.

 

Prêts pour l’exportation ?

À 100 km plus au sud, au ministère de l’Agriculture, à Ouagadougou, Seydina Oumar Traoré est en charge des questions d’irrigation. Son département a co-financé l’installation de Mando Adayé.

« Le gouvernement est en train de mettre en place un programme de diffusion à grande échelle de la technologie d’irrigation goutte-à-goutte, affirme Seydina Oumar Traoré. Ce programme permettra de mettre à la disposition des producteurs des kits d’irrigation goutte-à-goutte basse pression subventionnés au minimum à hauteur de 65%. »

Selon Seydina Oumar Traoré, l’État burkinabè prévoit de consacrer six millions d’euros à ces financements en 2013. Il espère qu’à terme, la production agricole contribuera à la richesse du pays :

« Déjà, le Burkina arrive à exporter vers certains pays voisins, notamment la tomate, l’oignon, etc. Des pays tels que le Ghana, le Nigeria, la Côte d’Ivoire… Donc je crois qu’en mettant l’accent sur le secteur de l’irrigation, en valorisant tout ce potentiel, le Burkina sera en mesure d’exporter un certain nombre de produits sur les marchés sous-régionaux et pourquoi pas internationaux. »


À l’heure actuelle, sur l’ensemble des surfaces qui pourraient être cultivées si on les irriguait, 5% seulement sont vraiment exploitées. Le potentiel est donc énorme à en croire Stephan Neu, représentant de la Banque allemande de Développement, la KfW, qui finance elle aussi des projets d’irrigation au Burkina Faso. Quant à la question de savoir si le pays peut devenir une puissance agricole exportatrice, Stephan Neu se montre prudent :

« Le Burkina Faso se concentre sur les petits paysans. De grandes firmes agricoles… ici ce serait compliqué, socialement, et il n’y a pas de tradition dans ce domaine. Donc, la route est encore longue, dans un contexte où il y a une pression relativement importante sur les terres. La population augmente de 3,2% par an et on ne peut pas accroître les surfaces à volonté. »

 

Un investissement vite remboursé

L’entrepreneur Laurent Stravato se consacre aux besoins des petits paysans. Dans un champ de 4 mètres sur 4, on aperçoit des poivrons presque mûrs entre des feuilles vertes. C’est un champ-test de l’entreprise à but non lucratif iDE, qui se consacre à la fourniture de systèmes de micro-irrigation.

Laurent Stravato est le directeur national d’iDE au Burkina Faso. Dans ce champ, le système d’irrigation fonctionne sans pompe mécanique : la réserve d’eau est un grand sac en plastique noir, placé en hauteur grâce à une armature en bois. Du fait de la pesanteur, il suffit d’actionner quatre ou cinq fois une pompe-ballon à main pour que l’eau commence à couler depuis le sac vers les tuyaux répartis entre les arbres. Selon le même principe de pression que lorsque l’on siphonne le réservoir d’une voiture.

Là aussi, les tuyaux sont percés pour permettre une distribution goutte-à-goutte, avec une évaporation minimale. Cette technique, prometteuse, n’est pourtant pas nouvelle :

« Non, elle n’est pas révolutionnaire, confirme Laurent Stravato. Elle a existé dans de nombreux pays, des pays du Moyen-Orient… la Jordanie, Israël ont fait leur révolution agricole grâce à cette technologie. Même des pays Européens, des pays d’Europe du Sud. Elle est révolutionnaire ici au sens où, dans le Sahel, elle commence à arriver. »

Laurent Stravato aimerait contribuer à développer l’agriculture burkinabè grâce à l’irrigation au goutte-à-goutte. Les paysans pourraient ainsi augmenter leur récolte d’un tiers en moyenne, et améliorer nettement leur revenu.

Pour le moment, la fin de la saison sèche est souvent synonyme de vache maigre pour les agriculteurs, faute d’eau pour arroser les cultures. Or, ceux qui peuvent continuer à arroser, peuvent aussi vendre leur production à un prix plus élevé. En raison de leur rareté, les tomates et les oignons s’achètent parfois dix fois plus chères à cette période de l’année.

En prenant en compte ces variations de prix, Laurent Stravato estime que l’argent investi dans les systèmes d’irrigation peut être récupéré en l’espace d’un an. Les kits proposés par iDE coûtent l’équivalent de 4 euros, ce qui inclut le sac réservoir, les tuyaux et la pompe à main. Suffisamment pour irriguer un champ de 5 mètres sur 5.

 

Source : Burkinapmepmi.comFaso

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