Histoire Philosophique et Politique des Etablissemens et du Commerce des Européns dans les deux Indes

Histoire Philosophique et Politique des Etablissemens et du Commerce des Européns dans les deux Indes: Un document exceptionnel à consulter absolument

L’Histoire des deux Indes est une histoire de l’expansion européenne outre-mer depuis la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb jusqu’à la déclaration d’indépendance des Etats-Unis. Même s’il s’intéresse aux Pays-Bas avec l’Histoire du Stadhoudérat (1748) ou encore à l’Angleterre (Histoire du Parlement d’Angleterre, 1748-1751) et, sous la forme d’annales faites de compilations à l’art militaire moderne, Ecole militaire (1762), c’est surtout l’Histoire des deux Indes que l’on retient car en ce siècle des Lumières c’est l’un des textes fondateurs de l’esprit de tolérance, de liberté, de justice, et d’investigation rationnelle. « Les lumières se définissent comme la sortie de l’homme hors de l’état de minorité, où il se maintient par sa propre faute. La minorité est l’incapacité de se servir de son entendement sans être dirigé par un autre [.]. Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! Telle est la devise des Lumières. » selon Kant. L’œuvre invite à accéder à la libre pensée rendue possible pourvu que la loi garantisse la liberté d’expression.

Dirigé par l’abbé Raynal cet ouvrage collectif auquel collaborèrent de manière anonyme Diderot d’Holbach, Jussieu et de plus jeunes écrivains, Deleyre, Naigeon et Pechméja, comprend six volumes dans l’édition de 1770 et finalement dix volumes en 1780.

L’ouvrage fut condamné en 1772 par arrêt du Conseil et mis à l’Index en 1775, mais de nombreuses rééditions et des traductions en plusieurs langues étrangères n’ont pas manqué de se succéder. L’ouvrage a été révisé deux fois, chaque révision étant plus audacieuse que la précédente. La publication de la grande édition révisée et augmentée de 1780, portait le nom de Raynal. Elle suscita une très vive hostilité de la part des autorités civiles et religieuses en raison de la critique exercée à l’encontre de la religion et de la dénonciation de  la corruption et de la course au profit des sociétés civilisées ainsi que de certains aspects de la colonisation et de l’esclavagisme. […]

« Cette soif insatiable de l’or a donné naissance au plus infâme, au plus atroce de tous les commerces, celui des esclaves. On parle de crimes contre nature, et on ne cite pas celui-là comme le plus exécrable. La plupart des nations de l’Europe s’en sont souillées, et un vif intérêt a étouffé dans leur cœur tous les sentiments qu’on doit à son semblable ».

« À qui, barbares, ferez-vous croire qu’un homme peut-être la propriété d’un souverain ; un fils, la propriété d’un père ; une femme, la propriété d’un mari ; un domestique, la propriété d’un maître ; un nègre, la propriété d’un colon ? Etre superbe et dédaigneux qui méconnais tes frères, ne verras-tu jamais que ce mépris rejaillit sur toi ? […]

« L’homme n’a pas le droit de se vendre, parce qu’il n’a pas celui d’accéder à tout ce qu’un maître injuste, violent, dépravé pourrait exiger de lui. Il appartient à son premier maître, Dieu, dont il n’est jamais affranchi. Celui qui se vend fait avec son acquéreur un pacte illusoire : car il perd la valeur de lui-même. Au moment qu’il la touche, lui et son argent rentrent dans la possession de celui qui l’achète. Que possède celui qui a renoncé à toute possession ? Que peut avoir à soi, celui qui s’est soumis à ne rien avoir ? Pas même de la vertu, pas même de l’honnêteté, pas même une volonté. Celui qui s’est réduit à la condition d’une arme meurtrière, est un fou et non pas un esclave. L’homme peut vendre sa vie, comme le soldat ; mais il n’en peut consentir l’abus, comme l’esclave : et c’est la différence de ces deux états. »

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Le Parlement de Paris condamna l’ouvrage, qui fut brûlé par le bourreau en place publique. La censure fut prononcée par la Faculté théologique de Paris.

Cette condamnation a même renforcé la publicité et le succès de l’œuvre de Guillaume Thomas Raynal qui fut obligé de s’exiler pour se soustraire au décret du Parlement, ce que traduit en 1782 sa Réponse à la censure de la Faculté de théologie de Paris : « La faculté de théologie de Paris […] a pris le parti, sous prétexte d’en faire la censure, de nous en extraire le meilleur, et de la rendre publique en vertu de son privilège. Ainsi, grâce à ses soins, nous aurons le suc des pensées de l’abbé Raynal, sans être obligé d’acheter dix gros volumes in octavo ; et pour la commodité de ceux qui ne savent pas lire, et qui pour cette cause, n’auraient jamais su s’il existait un Guillaume Thomas Raynal, les curés ne manqueront pas d’en faire la lecture aux prônes et dans leurs serments) »

De nombreux extraits sont diffusés par la presse périodique ou circulent sous la forme d’abrégés, de précis ou de brochures dans toute l’Europe. Voyageur philosophe au cours de sa période d’exil, Raynal s’inscrit dans le mouvement de la pensée des Lumières fondatrice de la conscience européenne et de la libre circulation des idées.


L’Histoire des deux Indes fut l’un des ouvrages les plus connus non seulement en Europe mais aussi en Amérique. Ainsi Raynal fut consulté par les rédacteurs de la Constitution des Etats-Unis et fut une référence dans l’avènement de l’Indépendance américaine comme de la Révolution française et de la Déclaration des droits de l’homme. Il fut même considéré comme l’un des instigateurs de la Révolution à tel point que le jacobin Isnard, dans un discours de 1790 a déclaré : « Ce philosophe semble avoir existé pour préparer les voies de la régénération actuelle ; apôtre de la liberté, il indiqua tout ce que nos Représentants exécutent ; Prophète politique, il prédit tout ce qui arrive. »

Au cours de ses voyages Guillaume Thomas Raynal reçut de multiples hommages. « L’abbé Raynal fait toujours ici la plus vive sensation, note un chroniqueur lyonnais. On se l’arrache ; on ne comprend pas comment il peut résister à tant d’honneurs ; on a voulu avoir de son écriture, et même des morceaux de son habit. »

Le succès considérable de l’œuvre et l’image cultivée par Raynal lui-même iront jusqu’à mythifier la personnalité de celui-ci ainsi qu’en témoigne sa représentation peinte et sculptée.

Il se complut aussi à apparaître le conseiller des princes.

L’abbé Raynal prolongea son œuvre écrite par une intense activité de mécénat.

Raynal fut l’un des rares philosophes des Lumières à connaître la Révolution. Mais avec l’accélération des événements son action ne tarda pas toutefois à se distancier de son discours. Pressenti pour siéger aux Etats généraux de 1789, il refusa en prétextant son grand âge. Deux ans plus tard il écrivit une Lettre à l’Assemblée nationale  lue en séance publique le 31 mai 1791, dans laquelle il dénonce les excès et les violences de la révolution et revendique un renforcement du pouvoir monarchique. « Il est temps d’arrêter les vengeances, les séditions et les émeutes, de nous rendre enfin la paix et la confiance. Pour arriver à ce but salutaire, vous n’avez qu’un moyen […], celui de confier au roi toute la force nécessaire » Or cette prise de position provoqua l’étonnement voire la stupeur de la part de celui que la philosophie honorait comme un défenseur de la liberté, celui que les hommes chérissaient comme leur ami, celui que les peuples révéraient comme leurs bienfaiteurs, et que les tyrans avaient redouté. » (Goujon, Lettre à l’Assemblée nationale, 1791). On l’accuse d’être manipulé par le parti aristocratique et de prêter sa plume aux ennemis de cette même liberté, pour laquelle il a si longtemps combattu. » Dans une lettre du 1er juin 1791, parue dans le Moniteur du 5 juin 1791, André Chénier exprime sa profonde déception voire sa désillusion vis-à-vis de celui qui avait contribué à préparer les voies de la Révolution. La lettre de Chénier lui attirera les foudres des Royalistes et cristallisera même des opinions radicales telles que l’Adresse aux Français rédigée par Charlotte Corday avant d’assassiner Marat. La veille de la lecture de l’adresse l’Assemblée venait de décider la translation des cendres de Voltaire au Panthéon et Robespierre exprima à l’égard de l’adresse de Raynal quelque indulgence, mettant celle-ci au compte de la sénilité de son auteur afin de ne pas laisser s’écorner les fondements discursifs du déroulement des événements historiques.

 

Source: http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/raynal/index.asp

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