Des organisateurs du Kwanzaa Heritage Festival allument la traditionnelle © Noemie Taylor-Rosner

“Happy Kwanzaa !” ou quand des millions d’Afro-Américains honorent leurs racines

Près de deux millions d’Afro-Américains célèbrent cette semaine “Kwanzaa”, une fête inventée en 1966 pour permettre à la communauté noire d’honorer ses racines. Reportage à Los Angeles, dans le quartier de Crenshaw, l’un des anciens bastions du “Black Power”.

 

“Happy Kwanzaa ! Happy Kwanzaa !”. Sur le trottoir du Boulevard Martin Luther King Junior, une cinquantaine d’enfants accompagnés de leurs parents défilent joyeusement à la queue leu-leu, en arborant fièrement costumes traditionnels et drapeaux africains colorés. Un peu plus loin, des tentes et des stands de nourriture, d’objets artisanaux et de bijoux afro, ont été dressés dans un parking, en l’honneur de la fête de Kwanzaa. Nous sommes à Leimert Park, dans le quartier de Crenshaw, l’un des principaux bastions du militantisme afro-américain du sud de Los Angeles. Ici, plus encore qu’ailleurs, cette fête, célébrée chaque année, du 26 décembre au 1er janvier, revêt une importance symbolique forte.

 

“Certains diront que Kwanzaa, c’est un peu notre version du Noël des Chrétiens, ou du Hanouccah des Juifs. Sauf qu’il ne s’agit pas d’une fête religieuse. C’est avant tout la célébration de notre identité culturelle afro-américaine. Pour nous rappeler d’où nous venons mais aussi d’où nous allons à l’occasion de l’année qui arrive”, explique Karimu Ali, organisatrice de ce festival de quartier, avec son mari Ngoma. “C’est lui qui m’a initiée à cette fête en 1972. Il a été l’un des premiers à la célébrer, lors de sa création ici même à Los Angeles, en 1966, par Maulana Karenga”. Un an avant, éclataient les grandes émeutes raciales de Watts, à quelques kilomètres au sud de Crenshaw.

 

La fête des “premiers fruits”

Militant du Black Power et personnage controversé, Karenga souhaitait offrir aux Noirs américains la possibilité de célébrer une fête qui leur soit propre, plutôt que d’imiter les pratiques de la culture blanche dominante, comme Noël. Aujourd’hui, les deux fêtes sont cependant très souvent célébrées successivement. Kwanzaa signifie”premiers fruits de la moisson”, en swahili, la langue panafricaine de référence choisie par les nationalistes noirs. Elle repose sur sept symboles (un pour chaque jour de la fête) : l’unité “Umoja”, l’autodétermination “Kujichagulia”, le travail collectif et la responsabilité “Ujima”, la coopération économique “Ujamaa”, le but “Nia”, la créativité “Kuumba” et la foi “Imani”.


Rassemblés sous la tente principale, les participants sont venus assister aux principaux rituels de la fête.”En général, nous les effectuons chaque soir en famille”, explique Delisha, assise sous la tente avec ses deux filles. Une kinara (chandelier en swahili) à sept branches a été installée sur une table à côté d’une coupe de vin, d’un épi de maïs, de cadeaux, d’un poster rappelant les sept principes et d’un drapeau aux couleurs panafricaines : noir, rouge et vert. Avant d’allumer le chandelier, chacun dans l’assemblée est invité à énoncer à haute voix le nom de ses ancêtres. Puis les bougies sont installées : une noire au centre (symbole du peuple africain), trois rouges à gauche (symbole du sang versé) et trois vertes à droite (symbole de la terre africaine). On allume chaque jour une nouvelle bougie, en commençant d’abord par la bougie noire, puis une rouge, une verte et ainsi de suite. Un grand festin a lieu au sixième soir de la fête, le 31 décembre et des cadeaux sont échangés le dernier jour, le 1er janvier.

 

“La lutte n’est pas terminée”

 

Bien qu’elle ait été adoptée par les médias, certaines administrations et le gouvernement (Barack Obama a ainsi présenté ces vœux le 26 décembre), Kwanzaa demeure encore aujourd’hui une fête relativement militante.”N’oubliez pas de vous mobiliser pour que nos écoles conservent leurs subventions. Car ce qu’ils veulent, c’est nous supprimer !”, lance, entre deux concerts l’un des animateurs de la fête, qui vient d’apprendre que le représentant du district scolaire de Crenshaw, récemment décédé, risque de ne pas être remplacé.

Kwanzaa n’est pas célébrée de manière unanime au sein de la communauté afro-américaine, qui a parfois du mal à s’identifier à cette fête d’origine récente : sur les 38 millions de Noirs américains, on estime à environ deux millions le nombre de personnes qui la suivent chaque année.

Source: Jeuneafrique.com

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