Faire Frères, pacte de sang: La SEMATAWY dévoilée

Le Djeli ne chante que sur les cordes de sa propre harpe. Il est indécent de célébrer l’histoire des Autres au détriment de la sienne propre.

Kerma, où l’on établit une civilisation qui fleurira en même temps que sa sœur et voisine du nord, fut la capitale de la Nubie, tour à tour nommée Yam puis Kouch dans les textes pharaoniques. Il existe dans la littérature actuelle une césure idéologique que l’on veut établir entre « Égyptiens » du nord et « Nègres » du sud; or, comme le rappelle Cheikh Anta Diop : « Il faut noter que les Égyptiens n’ont jamais usé d’un ethnique, indiquant la couleur de peau, pour se distinguer des autres nègres (…) au contraire les Égyptiens étaient conscients d’appartenir à la même race que ces nègres. Ils se souvenaient encore que leurs ancêtres venaient du sud, comme l’affirment du reste les Éthiopiens. Dans le rituel, le sud a toujours eu la priorité sur le nord. L’Égyptien s’orientait en se tournant vers le sud, le pays d’où sont venus ses ancêtres. (…) le dieu Amon-Râ de Thèbes faisait, chaque année, un pèlerinage au sud, en Nubie – par les soins des prêtres du sanctuaire – et Diodore de Sicile pense que ceci expliquerait le pèlerinage rituel des dieux grecs en Éthiopie. Mais du fait que ces nègres du sud n’étaient pas civilisés, les Égyptiens les considéraient comme les derniers de la famille et les appelaient : les mauvais fils de Kouch, les vilains fils de Kouch, les vauriens; le terme générique par lequel ils étaient désignés, est nehes, nehesyi (pluriel) » (Diop 1967).

Ces considérations que Cheikh Anta Diop rapporte au manque de civilisation observé par les « Égyptiens » chez les « Nubiens » relève en réalité d’une pratique typiquement kémite que l’ethnographie commune appelle « la parenté de plaisanterie », « la parenté plaisante » ou « relations à plaisanteries ». Cette institution est appelée Senankuya au Mali, Kàl chez les Wolof du Sénégal, Dendiragu et Dakure au Burkina Faso, Banungwe en Zambie, Utani en Tanzanie, Avusô chez les Beti-Bulu-Fang, Mandjara chez les Bamoun, Bafia, Mbum, Hollaare chez les Peuls, Ubuse au Rwanda, Maasir chez les Sérères, Nkalengoraaxu chez les Soninké. L’expression « parenté à plaisanteries » est attestée en ethnologie à partir du 20e siècle et ne trouve d’équivalent dans aucune autre culture, d’où le caractère un peu réducteur de cette expression consacrée à laquelle nous préférons celle de Marcel Griaule qui parlait quant à lui d’Alliance cathartique. Carthasis, du grec Katharsis, signifie « purification ». Pour les peuples noirs, l’Alliance cathartique est un ciment qui soude des éléments a priori disparates et fédère les cultures, les langues et les régions autour de valeurs et d’objectifs communs. Au Mali, le Senankuya, fondé sur la parole, agit comme une thérapeutique qui participe à la régularisation des rapports sociaux. Les Sénankoun, c’est-à-dire les partenaires d’une alliance, ont le droit de s’injurier et doivent se porter assistance. L’Alliance cathartique peut être verticale, c’est-à-dire entre les Ascendants et les Descendants d’une même famille, ou horizontale, entre des personnes regroupées dans une même classe d’âge.

J.B. Mengue Moli suggère de faire le distinguo entre une « parenté de plaisanterie » et une « alliance de plaisanterie » : « une alliance de plaisanterie est à distinguer d’une parenté de plaisanterie, écrit-il, en ce sens où l’alliance de plaisanterie s’étend à plusieurs groupes ethniques tandis qu’une parenté de plaisanterie exige au préalable un lien de consanguinité. Ce lien découle d’un contrat de mariage entre deux familles, et autorise un certain nombre de privautés, par exemple entre petit-fils et grand-père, ou bien entre le frère cadet et l’épouse du frère aîné. L’alliance de plaisanterie repose pour sa part sur l’existence d’un lien entre deux ou plusieurs groupes ethniques, lien opéré par le truchement des ancêtres qui ont scellé un pacte sacré, généralement un pacte de sang, fondant ainsi une base solide des relations amicales. Cette alliance très particulière est généralement régie par un code de plaisanteries qui permet de rendre joyeuses toutes les retrouvailles entre les membres de ces différents groupes ethniques alliés. Mais le plus important ici nous semble être l’obligation de non agression, d’assistance mutuelle en cas de menace, et de solidarité dans la distribution des ressources économiques que renferme l’environnement dans lequel vivent ces alliés plaisants. Les alliances de plaisanterie visent donc la promotion des relations pacifiques et l’intégration des communautés humaines d’Afrique noire » (Moli 2011).

Il existe plusieurs rituels traditionnels de « signature du pacte » sur lesquels il n’est pas nécessaire ici de s’apesantir. La plupart des historiens considèrent que le Sénankuya, Kàl ou Utani, aura pris corps pour la première fois au sein des peuples noirs avec l’intronisation de Sundjata Keita, premier empereur du Mali.

L’élément qui constitue la preuve de cette institution est contenu dans l’énoncé numéro 7 de la Charte du Kurukan Fuga (vers 1220) qui stipule qu’ : Il est institué entre les Mandenkas, le sanankunya (parenté à plaisanterie) et le tanamannyonya (pacte de sang). En conséquence, aucun différend né entre ces groupes ne doit dégénérer, le respect de l’autre étant la règle. Entre beaux-frères et belles-sœurs, entre grands-parents et petits-enfants, la tolérance et le chahut doivent être le principe.

Ces ethnologues verraient d’un œil certainement curieux la relation du même ordre que nous suggérons entre « Égyptiens » et « Nubiens »; toute chose aisément démontrable si l’on se réfère à deux notions toute particulière, à savoir le Kàl (wolof, domaine soudanais) et l’Utani (swahili, domaine bantou). Utani ou Watani en swahili désigne « le village », « le pays d’origine », « la région d’origine ». Il s’agit d’un terme que l’on fait habituellement dériver de l’arabe Watan « le Pays ». Or, il nous paraît aussi évident que le mot Watan est une « arabisation » du négro-égyptien « Tawy » ou « Tawa » qui désigne le Pays (les Deux-Terres) et devient Watan par métathèse avec le sens exact qu’offre le swahili Watani/Utani. Il s’agit du terme que l’on retrouve dans Semз Tawy reconnue comme l’Alliance de la Haute et de la Basse-Égypte. Le mot mtani (pluriel : watani) désigne les membres d’une même famille, un parent; lu.tana est traduit par « sympathiser avec quelqu’un »; Watani devient Ubutani en kinyakynsa, Ubuntu en zulu, Bomoto en lingala, Kimuntu en kikongo, etc.

Utani traduit par « la coutume », « la relation », « l’alliance », renvoie aux relations entre différentes tribus (Reichar 1889). La racine du mot est –ta, forme du proto-bantu qui sert à désigner l’arc et la chasse comme le propose la série suivante : mpongwe ta « la chasse », ta « chasser »; kekamba ò « arc »; mbosi mbondzi ò « arc »; yebia êta « arcs »; wama ta.bu « arc »; more ta.po « arc », cilùba di. « chasse », « chasser », bu.ta « arc », mu. « chasseur », ci.« piège en forme d’arc »; bobo « arc »; lobi ta « arc »; ewe da « arc » (t>d); borada ko.tu « arc »; o. « arc », ewondo mfàn « arc » (t>f); bassa mpàn « arc/arbalète » (t>p); okande b-ota « arc ». Il existe une relation entre la notion d’arc et celle d’être humain dans les traditions endogènes des peuples noirs que nous n’aborderons pas dans cet article.

Le chasseur et son arc

Le chasseur et son arc

Dans le domaine soudanais, et notamment le wolof, Kàl est le terme consacré pour désigner l’Alliance cathartique; or kala est le terme générique pour désigner l’arc : dogon kala « arc »; bamanan kàla « arc »; wolof jala « arc » (k>j);. Kala construit des termes en relation avec l’union, l’alliance, l’entente : kála « coudre », « recoudre », « réconcilier », « raccommoder », « raccorder », « clôturer une concession »; kálada « couture », kálakala « coudre », « attacher ensemble », so-kala « arc d’habitation »; la relation entre le terme négro-africain kala et la concession, l’habitation, est également perçue dans le domaine bantou puisque nous aurons le proto-bantou i.kala signifiant « s’installer », « demeurer », « s’asseoir », « rester ». Le Mandé complète le sens du mot kala : kala gossi « tir à l’arc », kalili « serment, kali « jurer », « faire un serment ».

Une vision de l’Arche d’Alliance. Conception : Dibombari Mbock Dessin : T. E. Same Muange

Une vision de l’Arche d’Alliance. Conception : Dibombari Mbock
Dessin : T. E. Same Muange

En bamanan, KALA SAMA signifie BANDER UN ARC : il s’agit de la traduction littérale de SEMA TAWY. Nous vérifions cette relation avec le témoignage d’Hérodote qui offre la preuve manifeste de l’institution de l’arc comme symbole de l’Alliance en terre éthiopienne. C’est avec Cheikh Anta Diop que ce passage du chroniqueur Grec est résumé :

« Hérodote rapporte que les Éthiopiens Macrobiens sont les plus beaux et les plus grands de tous les hommes. Ils sont doués d’une santé à toute épreuve; en leur appliquant le qualificatif de Macrobiens, il veut faire allusion à leur longévité. Le Roi était choisi parmi les plus forts. L’abondance des ressources alimentaires y est symbolisée par ce qu’Hérodote et la légende appellent la Table du Soleil : la nuit, des émissaires du Roi déposent discrètement une quantité de viande bien cuite sur un gazon réservé à cet usage. Au lever du Soleil n’importe quel ressortissant du peuple peut venir profiter de cette nourriture offerte gratuitement et anonymement. Les prisonniers étaient retenus par des chaînes d’or. On comprend les raisons matérielles qui retenaient les Éthiopiens dans leur berceau et les empêchaient de devenir des conquérants. En effet – toujours d’après Hérodote – lorsque Cambyse conquit l’Égypte (-525), il voulut traverser le Désert de Nubie, mais faillit y laisser la vie. Il envoya alors des Éthiopiens ichtyophages comme espions auprès du roi; celui-ci éventa le complot et fit la morale à Cambyse par l’intermédiaire de ses agents dans les termes suivants : Dites au Roi des Perses qu’Amon n’a pas mis dans le cœur des Éthiopiens le dessein d’aller conquérir des terres étrangères; mais qu’il se garde bien de venir les attaquer tant qu’il ne pourra pas bander cet arc » (Diop 1959). L’évocation de l’arc dans ce passage établit de manière indiscutable que l’institution de la parenté plaisante, l’alliance cathartique, remonte au moins au temps de Cambyse, soit vers 520 av. l’E.E.

S’agissant de la Charte de Kurukan Fuga, acte associé au sacre de Sundjata Keita dont l’énoncé 7 (r)établi le Sunankuya et met fin à l’esclavage introduit sur le Continent noir par les tribus arabes, on verra que le terme kuru signifie « plier », « bander » et correspond au kikongo bunda « unir », « plier » qui se trouve être à l’origine du germanique binda, binden, to bind « attacher », « lier », « tendre quelque chose ». Cette origine est confortée par la diffusion des sens de ce mot dans la langue kikongo; ainsi nous aurons : binda « tresser », « croiser », bindana « être lié », bindula « délier », « ouvert », bundakasa « joindre », « unir », « additionner »; bundakana « être uni », « s’unir », bundana « se réunir », « communier ». L’étymologie que nous décrivons ici est celle à l’origine de l’allemand BUND « la fédération », « l’État fédéral » (ex : bundesbürger « le citoyen allemand », bundeshauptstadt « la capitale fédérale »).

Et nous retrouvons le sens originel du MANDEN KALIKAN, le Serment du Mandé ou Serment des Chasseurs[1] (1222). Kan que l’on trouve dans Kalikan et Kurukan signifie « la nuque » ou « le cou »

Quel est le sens du “cou” ?

Pour comprendre à quoi renvoie le cou, il faut connaître la place de la panthère dans les traditions des peuples noirs. Nous prendrons l’exemple du Kongo.

En bamanan ngo signifie « léopard », il s’agit du terme générique dans les langues négro-africaines pour désigner les félins tachetés : ex : kikongo : yi.ngo « léopard », « panthère », « tigre ». En mbochi « panthère » se dit ngwe, les chefs de cette communauté portent un collier en dents de panthère. Les mbochi jurent en disant « a ngwe toro ! » : « par la panthère ! » La panthère est un symbole omniprésent dans les traditions des peuples de la région des Grands Lacs. Le prêtre portait une peau de panthère dans le rituel consacré à Horus, dieu de la Royauté, et à Min, incarnation de la faculté régénératrice. En bangala, bateké, bakongo et loango, la panthère se dit ngo; zulu : ngwe « léopard ». Cette compréhension conduit à de remarquables correspondances à partir de l’étymologie du mot « nuit » que nous aurons attaché à l’image d’Horus (Hr) à travers la notion de sunkrisis (voir article Sundjata…).

« La nuit » se dit nox en latin, que les dictionnaires étymologiques actuels font dériver de l’indo-européen commun nókwts. Lorsqu’on étudie la forme commune nókwts ainsi établie, on s’aperçoit qu’elle dérive elle-même du radical ong signifiant « oindre », « enduit de couleur noire, sombre ». Nous noterons déjà au passage qu’il s’agit de la métathèse de ngo « la panthère ». De cette racine provient le doublet onkwt- qui a le même sens de « oindre ». Nous mettons ces radicaux prétendûment indo-européen en relation avec ankh, la croix ansée de la tradition nilotique qui se dit anka, anga, onga, ongo, ongu, etc., dans les langues négro-africaines; ungo est le latin pour « oindre ». Il s’agit mot pour mot du nom qui sert à désigner la panthère dans les langues négro-africaines.

La croix ankh, symbole d’Osiris (Wsir), est un bilitère traduit par « vie » dans les textes liturgiques de la vallée du Nil. Le thème de la vie offre les formes suivantes dans les langues négro-africaines: duala longué « la vie »; kikongo luzingu « la vie »; wolof dunda « la vie » (g>d); cilùba nenga « durée de vie » (Bilolo 2001), mwongo « épine dorsale » ou mwôndo « épine dorsale »(g>d). Mungu est le nom du dieu qui joint la vie « aux êtres animés, la force à cette chose, l’énergie à tout ce qui est dynamique » (Obenga 1985); mungi désigne le « coeur » dans la langue cilùba. Le mot cilùba qui traduit la vie, « diikàla », est celui qui nous offre le lien perçu avec le fait d’ « enduire de couleur noire ou sombre » que propose l’indo-européen commun ongw, puisque « charbon » se dit dikàla dans la même langue, synonyme quasi-parfait de diikàla « vie ». Cette relation nous ramène au négro-égyptien tз (ta/to/tu) « être chaud » qui donne le mandingue ta « feu » et le yoruba ta « brûler » et se trouve être, comme nous le voyons, le même mot qui sert à désigner l’arc. Le bamanan donne kalan « chaud » et le terme générique pour « charbon » est kala dans le domaine bantou; terme en relation évidente avec kàl, l’Alliance cathartique, et kàl « la parole » en tant que manifestation de l’intelligence. En cilùba kààla désigne l’« alliance », l’« anneau; kalatigui est le nom que porte le forgeron dans la langue bamanan. Le forgeron est le Senankou (partenaire de plaisanteries) par excellence dans la tradition du Mandé; il partage ces fonctions entre la forge et la chasse; car les chasseurs sont des forgerons. Sananko est un verbe qui signifie « rincer », « purifier », ce qui est conforme à l’idée de catharsis attachée à la parenté plaisante et rejoint le rôle d’Anubis (Inpw) dans le rituel de la traversée du lac.


Ce que nous allons maintenant établir nécessite une attention particulière : l’indo-européen commun *nókwts « nuit » donne au locatif singulier *nekwt(i) et au locatif pluriel nékwtsu; nous aurons également l’instrumental singulier nékwt(e)h et l’instrumental pluriel nékwtbhi, et enfin l’ablatif singulier nékwts et l’ablatif pluriel nékwtmos. Ces noms communs sont en réalité des mots que nous mettons en relation avec le N(y)-SW.T par lequel se distingue le Souverain des Deux-Terres et qui lui donne d’être regardé comme un personnage ayant reçu l’onction divine. Mayassis revient sur le rituel : « Une des plus importantes solennités, liée au couronnement du roi, était son onction; elle n’avait lieu qu’après la remise des couronnes et l’habillement (…). Il est bien possible qu’on se servait de chaque espèce d’onction sacrée selon les cérémonies, les fêtes, la personne et l’échelle hiératique des prêtres-initiés et selon les pouvoirs divins qu’on désirait imprégner au bénéficiaire et que l’onction est censée contenir. Aux jours des fêtes, avons-nous dit, on présentait les neuf onctions, tandis que, pour le rituel journalier des temples, on présentait le mezet seul. Il est bien probable encore qu’il existait une unique onction, composée du mélange de toutes les autres, qui devait procurer d’un seul coup ce que les autres procuraient partiellement » (Mayassis 1988).

Melo Nzeyitu (2012) donne au mot « Kongo » une origine avec le verbe « Kenga », qui conduit au substantif « Kengi » signifiant « berger » ou « roi ». « Kongo » désignerait ainsi le royaume. L’auteur ajoute que ce terme est à l’origine de l’anglais King « roi » (Knight = chevalier, métathèse de « King ») et de l’allemand König « roi ». Nous plaçons le terme Kongo en relation avec Kango ou Kankan (g>k), le titre de désignation des Mansa du Mali, ainsi qu’avec Kingué, titre des rois Duala. « Sur le plan strictement linguistique, écrit Didier Mumengi, Kongo vient du verbe Konga qui signifie assembler autour d’un totem. Konko serait un coin dans l’espace occupé pour l’enseignement et l’initiation. C’est ainsi que par exemple, dans l’établissement de Lemba, c’était durant la sixième phase d’initiation que les candidats se rassemblaient au Konko (ou Kongo), coin sacré du village Vata. Nkongi serait le leader, le chef du clan, le chef spirituel qui rassemble les membres autour du totem le Kinkonko. D’autres traditions interprètent le Kongo comme étant un chasseur et le kinkonko (ou Binkonko au pluriel) comme étant le message, les secrets appris durant le cycle d’initiation. Ceux dans le clan Kanda qui ont la charge de cette entreprise initiatique prennent le titre de Nganga. On les appelle les Ba-Nganga. Pour devenir Nganga, c’est-à-dire Initié ou Prêtre, il faut gravir tous les échelons du processus initiatique, et à la fin, prêter serment de sagesse perpétuelle au service de la communauté » (Mumengi 2009). En cilùba, le terme kùnga a le sens de « s’amasser », « se regrouper ». Kenge en sango désigne le phallus, un totem reconnu dans les traditions des peuples sédentaires pratiquant l’agriculture.

Kneg, l’indo-européen commun duquel dérive le latin niger « noir » est de la même origine étymologique que knight « chevalier », king « roi », et könig « roi ». La forme nókwts « nuit » qui devient *nekwt(i) au locatif est celle qui conduit à neck « la nuque », « le cou » des langues germaniques, métathèse du bamanan kan « nuque », « cou » que l’on retrouve par exemple dans « kalikan ». Avec le bamanan kan il y a eu ablation du g/k terminal. Ceci est vérifiable avec le mbochi kingi « le cou », le kekamba (kenya) ngingó « cou », et le proto-bantou kíngó « le cou ». Et nous contrôlons cette re-lation avec l’arabe aanq « cou », métathèse de kan qui rend compte du bilitère négro-égyptien ankh « vie ». L’arabe libanais traduit « cou » par rab2beh (« rabbi »); rabbi signifie « maître », « chef », l’hébreu offre à ce terme de dériver de rab ou rat à partir de la racine /ab-/ « père », « fondateur », « souverain », « ancêtre ». Avec la langue bassa ang devient avec ablation du g/k final; signifie « lier », « relier »; le cou est ce qui lie la tête au reste du corps. Nous retrouvons ce phonème avec mañ, « l’enfant », qui fait le lien entre isan « le père » et nyan « la mère ».

Kan ou Khan est le titre que porte le souverain dans les langues turque et mongol; khagan ou kagan est le titre impériale (rois des rois) dans ces mêmes langues (kèhan en chinois), tous ces termes dérivent de ong (vie) métahèse de ngo (panthère) des langues négro-africaines attestés du reste avec négus, le titre de l’Empereur d’Éthiopie. Les titres de noblesses éthiopiens offrent les formes : Négus, « roi », titre également porté par les focntionnaires les plus importants. Negusä nägäst « roi des rois », titre des rois d’Aksoum et des empereurs d’Éthiopie, Nigiste Negest « la Reine des rois », titre de l’impératrice Zewditou, Bahr Negus « Maître des mers », Afe Negus « Bouche du roi », titre des portes-parole officiels du roi.

En mangbetu, la nuit se dit kini, le g/k ayant lui aussi disparu.

De nig, métathèse de kin(i) dérive le français « nuque », « nique »; « niquer » signifiant « branler de la tête » en vieux français. On perçoit égale-ment la relation avec le phallus qui se dit kenge en sango. « Pique-nique » dérive de l’expression « pick-a-nigger » associée aux actes de lynchages des Noirs aux États-Unis. À Kemet, la ville d’Horus (Hr) s’appelle Nekhen (NxN), lieu où fut découverte la Palette de Narmer. Nekhen est traduit par le grec « Knychoo » qui signifie « rassembler », « unir » (ch>k>g : Knyko > K(i)ngo), offrant le même sens que Kungà « se regrouper », « s’amasser » en cilùba. Ce qui donne au « Nekhen » de l’égyptologie d’être vocalisé Kongo ! c’est-à-dire « le lieu de rassemblement », « de l’unification ». Nekhen est la ville où se tinrent les cérémonies de la Semз Tawy à l’époque du roi Narmer (vers 3500 av. E.E.).

Le cheveu crépu fut pour les Anciens le moyen de distinguer Éthiopiens et « Égyptiens » des autres peuples. Aristote décrit l’ondulation des cheveux des Éthiopiens comme résultant de l’action combinée de la chaleur et de l’air. Hérodote faisait observer que les Colches étaient de « race égyptienne » parce que comme eux (les « Égyptiens ») ils avaient la peau noire et les cheveux crépus. Diodore de Sicile précise que : « presque tous ces Éthiopiens, et surtout ceux qui sont établis sur les rives du Nil, ont la peau noire, le nez épaté et les cheveux crépus » (III, 8). Auparavant, le chroniqueur Grec aura géographiquement circonscrit ces populations éthiopiennes, « dont les unes habitent les deux rives du Nil et les îles formées par ce fleuve, les autres occupent les confins de l’Arabie, et d’autres vivent dans l’intérieur de la Lybie » (III, 8).

La tresse de cheveux est un symbole de l'Unité chez les peuples noirs

La tresse de cheveux est un symbole de l’Unité chez les peuples noirs

À Kemet, la tresse de cheveux fut le déterminatif utilisé pour ex-primer la noirceur de la peau. Ce que rappelle Mboli : « (…) négro-égyptien : km; sango kwà (cheveux); zandé gbi (brûler); hausa kōnē (brûler) (…) nous savons maintenant que l’égyptien ancien est issu d’une langue préhistorique qui est née et s’est propagée à partir d’une région de l’Afrique inter-tropicale. Notre but ici est tout simplement de restituer tout ou partie de l’apparence physique des populations égyptiennes de la période qui a immédiatement suivi l’invention de l’écriture hiéroglyphique. Il nous suffit pour cela d’analyser quelques mots précis du vocabulaire de base. En effet, s’il n’y a aucun lien entre une langue donnée et l’ethnie de ses locuteurs – les faits sont assez explicites à cet égard, l’emploi de certains mots ne peut faire sens que pour une population aux caractéristiques physiques précises. C’est ainsi qu’un mot comme bronzer ne peut faire partie du vocabulaire des francophones d’Afrique sub-saharienne. Il s’agit là en effet d’un phénomène physique qui ne peut se produire qu’au sein d’une population blanche et sous un climat non-tropical. Ce mot ne peut d’ailleurs se maintenir dans la langue que si la population blanche à laquelle il s’applique représente une fraction importante des locuteurs. Dans le cas du M-E (négro-égyptien) deux mots suffisent : 1(figure 1) « noir »; 2 (figure2) « peau d’une personne » « personne ».

L’élément important ici est le déterminatif commun qui consiste en une tresse de cheveux (signe D3) et le fait qu’il soit utilisé pour exprimer la noirceur (puisque l’homophone du premier mot, signifiant rendre complet, s’écrit avec le déterminatif des notions abstraites signe Y1) : (figure 3). La présence du déterminatif de la tresse de cheveux dans le second mot signifie que l’objet déterminé – en l’occurrence la peau- a au moins l’une des qualités des cheveux. S’agissant de peau humaine il ne peut être question que de la couleur et de d’autant plus que l’autre graphie de ce mot substitue au signe D3 le signe F27 (peau de vache) pour lui donner un sens générique. Ainsi donc, les locuteurs de l’égyptien archaïque avaient, sinon la totalité, du moins dans leur immense majorité (plus particulièrement parmi l’élite, prêtres, scribes, etc.), les cheveux noirs pouvant être facilement tressés, et la peau tout aussi noire. Ce constat est d’autant plus pertinent qu’il est indirect, inconscient. Les anciens Égyptiens n’ont pas expressément écrit qu’ils étaient dotés de ces caractéristiques physiques, ce qui aurait pu être de l’idéologie pure et simple. Ils ont simplement agit comme aurait agi n’importe quelle population ayant ces mêmes caractéristiques : il faut que les cheveux soient absolument, uniformément et incontestablement noirs pour qu’ils soient choisis comme déterminatif de la couleur noire » (Mboli 2010).

L’expression s.t km.t traduite par « femme (noire), épouse (noire) » qui désigne la déesse Isis (ȝs.t) comporte le déterminatif de la couleur noire, à savoir la tresse de cheveux. La tresse de cheveux se dit nb.t en négro-égyptien. Le /-t/ suffixal, considéré comme une désinence muette pour indiquer la forme du féminin, est effectivement la marque du féminin mais n’est pas muet contrairement à ce que prétend l’égyptologie occidentale et devient le ci– nominal des langues bantoues. Ce qui permet de traduire nb.t par ci.banda, « la vallée » en cilùba; ci.banda est encore le mot cilùba qui traduit « la tresse de cheveux ». Ici, la correspondance est totale. La Nubie est située dans l’alignement de la vallée du Nil, Strabon le rappelle: « L’Éthiopie se situe dans l’alignement de l’Égypte et lui ressemble par la présence du Nil et la Nature des lieux » (Strabon, I, 2, 25).

 

À suivre…

……

Donsolu Kalikan

Le Serment des Chasseurs

(1222)

Les chasseurs déclarent :

Toute vie est une vie.

Il est vrai qu’une vie apparaît à l’existence avant une autre vie,

Mais une vie n’est pas plus ancienne, plus respectable qu’une autre vie,

De même qu’une vie n’est pas supérieure à une autre vie.

 

Les chasseurs déclarent :

Toute vie étant une vie,

Tout tort causé à une vie exige réparation.

Par conséquent,

Que nul ne s’en prenne gratuitement à son voisin,

Que nul ne cause du tort à son prochain,

Que nul ne martyrise son semblable.

 

Les chasseurs déclarent :

Que chacun veille sur son prochain,

Que chacun vénère ses géniteurs,


Que chacun éduque comme il se doit ses enfants,

Que chacun entretienne, pourvoie au besoin des membres de sa famille.

 

Les chasseurs déclarent :

Que chacun veille sur le pays de ses pères.

Par pays ou patrie, faso

Il faut entendre aussi et surtout les hommes;

Car « tout pays, toute terre qui verrait les hommes disparaître de sa surface deviendrait nostalgique ».

 

Les chasseurs déclarent :

La faim n’est pas une bonne chose,

L’esclavage n’est pas non plus une bonne chose;

Il n’y a pas pire calamité que ces choses-là dans ce bas monde

Tant que nous détiendrons le carquois et l’arc,

La faim ne tuera plus personne au Manden,

Si d’aventure la famine venait à sévir;

La guerre ne détruira plus jamais de village;

Pour y prélever des esclaves; bouche de son semblable pour aller le vendre;

C’est dire que nul ne placera désormais le mors dans la bouche de son semblable pour aller le vendre;

Personne ne sera non plus battu

A fortiori mis à mort,

Parce qu’il est fils d’esclave.

 

Les chasseurs déclarent :

L’essence de l’esclavage est éteinte à ce jour,

« D’un mur à l’autre », d’une frontière à l’autre du Manden;

La razzia est bannie à compter de ce jour au Manden;

Les tourments nés de ces horreurs sont finis à partir de ce jour au Manden.

Quelle épreuve que le tourment !

Surtout lorsque l’opprimé ne dispose d’aucun recours.

Quelle déchéance que l’esclavage !

Nulle part dans le monde.

 

Les gens d’autrefois nous disent :

« L’homme en tant qu’individu fais d’os et de chair,

De moelle et de nerfs

De peau recouverte de poils et de cheveux

Se nourrit d’aliments et de boissons;

Mais son âme, son esprit vit de trois choses

Voir ce qu’il a envie de voir,

Dire ce qu’il a envie de dire,

Et faire ce qu’il a envie de faire;

Si une seule de ces choses venait à manquer à l’âme humaine,

Elle souffrirait

Et s’étiolerait sûrement.

 

En conséquence, les chasseurs déclarent :

Chacun dispose désormais de sa personne,

Chacun est libre de ses actes,

Chacun dispose désormais des fruits de son travail.

Tel est le Serment du Manden

À l’adresse des oreilles du monde tout entier.

[1] Donsolu Kalikan

 

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