Jimmy Simmons de la NAACP (au centre), et John Abarr (à dr), dans un hôtel de Casper, le 31 août.

États-Unis : une section locale de la NAACP rencontre des dirigeants du KKK

Dans le Wyoming, des membres de la section locale de la NAACP, la grande organisation de défense des droits civiques, ont rencontré des dirigeants locaux du Ku Klux Klan !

Instigatrice de la Marche sur Washington, en 1963, la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), reste la plus grande organisation américaine de défense des droits civiques. Elle compte 400 000 adhérents, reçoit annuellement 42 millions de dollars (31,6 millions d’euros) de dons et poursuit son combat sur tous les fronts, parfois les plus inattendus. C’est ainsi que, fin août, des représentants de sa section du Wyoming ont rencontré à Casper des membres du… Ku Klux Klan. Après divers incidents raciaux dans cet État de l’Ouest, il s’agissait paraît-il d'”ouvrir le dialogue”. Avec un certain succès puisque le responsable local du KKK a adhéré à la NAACP !

En un siècle d’existence (elle a été fondée en 1909), la NAACP a eu l’occasion de lier bien d’autres liaisons, sinon dangereuses, du moins surprenantes. Notamment avec Coca-Cola, qui, chaque année, lui fait don de plusieurs dizaines de milliers de dollars. Ce qui explique sûrement que la NAACP ait attaqué en justice, avec succès, la décision du maire de New York d’interdire la vente des bouteilles de soda de très grande taille. Certains lui reprochent ses sympathies pour le Parti démocrate. D’autres font grief à Benjamin Jealous, son président, d’avoir déclaré que le mouvement du Tea Party comptait dans ses rangs des “éléments racistes” – fait pourtant peu discutable. Dans les années 2000, l’organisation a en outre été confrontée à de graves difficultés financières, aujourd’hui surmontées grâce au dynamisme de Jealous. Le 8 septembre, désireux de consacrer davantage de temps à sa famille, ce dernier a malheureusement annoncé sa démission.

 


Une association qui pèse sur la justice

Si la NAACP n’existait pas, il faudrait l’inventer. Son action pour la défense du droit de vote des minorités, l’accès à l’éducation ou la réforme du système pénal reste indispensable. Et son pouvoir de mobilisation, incomparable, comme l’ont montré les manifestations organisées au début de l’année après l’acquittement du meurtrier de Trayvon Martin. Récemment, elle a pesé sur la décision d’une juge new-yorkaise, qui a estimé que les contrôles très agressifs pratiqués par les policiers locaux violaient les droits des jeunes Noirs et Latinos. Alors que la loi la plus emblématique de la défense des droits civiques, le Voting Rights Act (1965), vient d’être démantelée par la Cour suprême, la NAACP a exploité une disposition méconnue de cette loi pour attaquer en justice les mesures visant à entraver l’exercice du droit de vote par les minorités. Bref, les vieux démons de l’Amérique étant loin d’avoir disparu, elle a encore de beaux jours devant elle.

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