La Sainte Trinité Africaine : Horus-Osiris-Isis

En partant, je crois en Dieu

« Le pharaon, écrit Cheikh Anta Diop, est le démiurge sur terre, qui recrée l’univers par ses gestes rituels. S’il n’a pas la force vitale du dieu, le malheur s’abat sur la terre. Il en est de même en Afrique Noire pour le roi traditionnel, tant et si bien que dans toute l’aire soudanaise, un roi blessé à la guerre devait nécessairement quitter le trône jusqu’à sa guérison; de même, en Égypte et en Afrique Noire, les périodes d’interrègne sont des périodes de chaos et d’anarchie parce qu’il n’y a pas un intermédiaire entre le ciel et la terre, entre les divinités et les hommes. ». (C.A.Diop, Civilisation ou Barbarie, p.406)

L’homme et la femme africains sont-ils en situation d’établir une filiation génétique entre nos croyances circonstancielles, musulmanes, chrétiennes, ou juives, et celles de nos Ancêtres rencontrées au fondement de toute la religion ? Est-ce en connaissance de cause que nous avons embrassé les religions abrahamiques ou s’agit-il d’un fait accompli par le fer et le feu portés dans nos familles par ces civilisateurs d’un nouveau genre, dont la mission se bornait en réalité à s’emparer de la crédulité des « tribus sauvages » et de faire de leur descendance un troupeau zélé d’automates et de perroquets toujours prompt à répéter les « saintes » paroles de leurs tranche-têtes ? croyant maintenant devoir retarder la chute du Grand Mensonge qui croule déjà de toutes parts.

Lorsque nous avons publié le Dieu Noir il y a maintenant deux ans, nous n’étions sûrs que d’une chose, à savoir que la notion de Dieu était une notion intellectuelle et traditionnelle africaine, et que par conséquent il n’y avait jamais eu de Dieu en dehors de l’Afrique. Nous rangions notre avis à cette proposition dans la mesure où l’unanimité persistait sur ce fait parmi tous les auteurs de l’Antiquité qui avaient traité de l’origine de la religion, de la divinité et des mystères. Homère, premier « historien » européen, initiateur de la mythologie grecque vers 850 av. E.E., donnait à l’Éthiopie la paternité de tous les « dieux » de l’Iliade et de l’Odyssée. Hérodote, en visitant Kemet quatre siècles plus tard, vit dans Isis le modèle de Déméter, et Osiris celui de Dionysos. Quatre siècles s’étaient encore écoulés lorsque Diodore de Sicile vint affirmer que les Éthiopiens avaient les premiers enseigné aux hommes la vénération des dieux, l’offrande des sacrifices, les pompes liturgiques , les solennités et autres cérémonies par lesquelles les hommes pratiquaient le culte divin; soulignant au passage la renommée des Éthiopiens associée à leur piété et l’antériorité de leurs sacrifices qui paraissaient être les plus agréables à la divinité (La Bibliothèque Historique, Livre III).

Hérodote donne un exemple du culte et des rites consacrés à Isis : « Je vais parler maintenant de la déesse Isis, écrit-il, que les Égyptiens regardent comme la plus grande de toutes les divinités, et de la fête magnifique qu’ils célèbrent en son honneur. Après s’être préparés à cette fête par des jeûnes et par des prières, ils lui sacrifient un bœuf ». (Hérodote, Histoire, Livre II). Le jeûne, la prière et le sacrifice rituel n’occupent désormais l’Africain qu’à condition de les associer aux religions étrangères. Il n’y a plus une seule fête en Afrique qui soit ouvertement consacrée à Isis, effacée de nos mémoires. On voit désormais dans Jésus le fils de Dieu, dans Mahomet le prophète de Dieu, dans Allah et Yahvé le Dieu unique, dans Abraham, Jacob, Joseph, etc., les prophètes de Dieu. Pas un Africain n’entre dans la composition généalogique de cette divine vérité, et cette curiosité est encadrée par la foi qui doit nous sauver des flammes de l’enfer !

L’une des questions sur laquelle nombre d’Africains tiennent encore une approche ambigüe concerne l’historicité du personnage de Jésus. Cette ambigüité naît d’une confusion. Qu’il y ait eu un personnage nommé Jésus vivant en Palestine au temps du roi Hérode, cela, quoique difficile à démontrer sur la base de témoignages oculaires, pourrait être admis dans le domaine des possibilités et, en ce sens, ne présente aucun intérêt véritable. En effet, ce qui distingue ce personnage, ce n’est pas d’avoir vécu sur cette terre, car il n’y aurait à ce titre aucune différence entre lui et chacun de nous, si ce n’est d’avoir connu un martyr qui le classerait dans la catégorie des personnages tels que LumumbaUm Nyobé,Sankara, et bien d’autres. Jésus se distingue d’entre tous au motif qu’il soit le fils de Dieu, auteurs de miracles, mort et ressuscité. C’est cela qui l’élève dans l’esprit du commun des mortels, non son historicité (non avérée).

 

Le cas de Jésus n’est pas unique dans l’histoire de l’humanité.

Toutes les traditions religieuses fondées sur le principe de résurrection auront eu à cœur d’associer un récit à valeur historique au personnage principal qu’elles mettaient en scène. La première d’entre toutes fut la tradition religieuse de la vallée du Nil, avec la Passion d’Osiris, mort et ressuscité comme nous l’enseigne Plutarque dans son célèbre traité[1]. Celle-ci fut transportée en Grèce où elle devint la Passion d’Orphée, puis à Rome où elle prit les traits de Bacchus, et enfin en Palestine où elle devint la Passion du Christ. Ce qui distingue tous ces personnages, ce n’est moins le fait qu’ils aient oui ou non réellement vécu sur cette terre, mais bien le fait qu’ils soient morts et ressuscités. Hors, tous ces personnages ont eu Osiris pour modèle original. Et la question se pose aujourd’hui pour Jésus qui est au cœur de la religiosité d’un grand nombre d’Africains. L’homme Jésus a peut-être existé (encore faut-il le démontrer), mais tout ce qu’il tient de sainteté, de particulier, émane de la tradition ritualiste africaine (naissance, vie, mort, et résurrection), et c’est en cela que nous disons qu’il n’a pas existé.

Cette question s’est posée à chaque époque pour chacun des personnages précédemment cités, et la raison a toujours fini par l’emporter. Comme on croit aujourd’hui fermement à l’historicité de Jésus sans fonder cette croyance sur des faits, ceci était parfaitement admis aussi pour Osiris à l’époque des mystères d’Abydos, ou pour Orphée à l’époque des mystères d’Éleusis. Le profane seul, souvent analphabète, adhérait à de tels dogmes car, en vérité, tous les hommes et les femmes initiés à ces mystères, qu’ils soient osiriens, orphiques, ou chrétiens, connaissaient parfaitement la signification du principe de résurrection, fondée sur l’observation de la Nature et des Astres.


Sergueï Ouvarov, rappelant l’origine des mystères d’Éleusis, affirme qu’ : «il n’est pas douteux qu’Orphée n’ait exercé une grande influence sur les idées religieuses des Grecs; et ce fait n’en serait pas moins vrai quand bien même on se rangerait de l’avis d’Aristote, qui, au rapport de Cicéron, a soutenu que jamais Orphée n’a existé; car si le nom Orphée n’est que la dénomination collective de tous les fondateurs ou réformateurs des mystères, les actions qu’on lui attribue, tels que la fondation des mystères de Samothrace ou ceux de Bacchus, n’en sont pas moins des faits réels et historiques. Orphée était déjà fort peu connu dans l’Antiquité. Les plus habiles critiques se sont déclarés contre les fragments transmis sous son nom; mais les mystères de Samothrace qu’on lui attribue avaient une grande conformité avec quelques cérémonies égyptiennes; et cette conformité sert à constater l’opinion générale répandue d’un voyage d’Orphée en Égypte. Dès la plus haute antiquité, les Égyptiens exerçaient à peu près le monopole sur les idées orientales » (Sergueï Ouvarov, Essai sur les mystères d’Éleusis, p. 14). Par « idées orientales » il faut entendre « idées religieuses ».

Hérodote, observant les mêmes cérémonies égyptiennes dans les mystères initiatiques de sa Grèce natale, dit : « Je n’attribuerai point en effet au hasard la ressemblance qu’on voit entre les cérémonies religieuses des Égyptiens et celles que les Grecs ont adoptées. Si cette ressemblance n’avait pas d’autres causes, ces cérémonies ne se trouveraient pas si éloignées des mœurs et des usages des Grecs, et d’ailleurs elles n’auraient pas été nouvellement introduites. Je ne dirai pas non plus que les Égyptiens aient emprunté des Grecs ces cérémonies, ou quelque autre rite : il me semble bien plutôt que Mélampus apprit ce qui concerne le culte de Bacchus par le commerce qu’il eut avec les descendants de Cadmus de Tyr, et avec ceux des Tyriens de sa suite, qui vinrent de Phénicie dans cette partie de la Grèce qu’on appelle aujourd’hui Béotie » (Hérodote, Histoire, Livre II).

Ainsi, la divinité d’Orphée, tout comme celle de Dionysos ou de Bacchus, prenait essentiellement appui sur les cérémonies religieuses égyptiennes des mystères qui consacraient leur résurrection, au même titre que la divinité de Jésus, de nos jours, prend essentiellement appui sur les cérémonies religieuses égyptiennes qui consacrent sa résurrection. Qu’il s’agisse de la Nativité, de l’Eucharistie, de la Fête des Rameaux, de l’Ascension, etc., tous les évènements miraculeux associés à ces célébrations chrétiennes ont un écho dans la tradition ritualiste des Africains de la période antique à travers le culte rendu au Kem Wour (Osiris). Les prochains paragraphes en préciseront quelques aspects.

 

 

[1] Traité d’Isis et Osiris.

 

 Amenhemhat Dibombari

Share and Enjoy

  • Facebook
  • Twitter
  • Delicious
  • LinkedIn
  • StumbleUpon
  • Add to favorites
  • Email
  • RSS