Colonia, Le camp de concentration des africains-brésiliens

Colonia: Le camp de concentration des africains-brésiliens

Un livre récemment sorti a documente les atrocités survenues sur une période de 19 ans qui est appelée « holocauste brésilien ». Quand certains associent le terme holocauste uniquement au génocide juif commis par les Nazis, comme vous le verrez le terme est peut-être le mieux à même de décrire une terrible tâche de l’histoire brésilienne. La narration et les images que vous verrez évoqueront certainement les images des camps de concentration allemands. La différence, selon l’auteur du livre elle-même, est que la couleur des victimes de l’holocauste brésilien sont « quasiment tous noirs ».

“Pendant des décennies, des milliers de patients furent internés de force, sans diagnostic de maladie mentale, dans un large hospice de la ville de Barbacena, dans l’état de Minas Gerais. Ils étaient torturés, violés et tués sans que quelqu’un se souci de leurs sorts. Ils étaient seulement épileptiques, alcooliques, homosexuels, prostitués, filles enceintes de leurs employeurs, femmes répudiées par leurs maris, femmes ayant perdu leur virginité avant le mariage.

Personne n’entendait leurs cris. Des journalistes connus, dans les années 60 et 70, ont fait des reportages dénonçant la maltraitance. Aucun d’eux, comme l’auteur Daniel Arbex l’a maintenant fait, n’est allé jusqu’à raconter toute l’histoire. Ce qui se faisait à l’hospice de Barabcena était un génocide, avec 60 000 morts. Un holocauste commis par l’Etat, avec la complicité des médecins, du staff et de la population »

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“Les personnes les plus violentées étaient noirs. Dans ma recherche, je n’ai pas compté le nombre de patients blanc ou noir, je ne pouvais avoir ces données, mais la quasi-totalité des victimes de l’holocauste étaient assurément noires. » Ces déclarations ont été faites par Daniela Arbex, une journaliste avec 18 ans de carrière et reporter spécial du journal Tribuna de Minas, parlant de la Colonia (Colonie), le nom de l’hospice de Barbacena, dans la période de 1961 à 1980. Son livre Holocausto Brasileiro (Holocauste Bresilien) a été un best-seller pendant 6 semaines.

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L’asile a été inauguré en 1903 et reste ouvert jusqu’à présent. 160 patients y sont toujours. Le génocide, qui a concerné surtout les noirs et les pauvres, est survenu entre 1930 et 1980. Selon l’auteure « l’hospice était établi pour servir les malades mentaux, mais a fini par être utilisé pour placer les gens socialement non désirées. Ceux qui décidaient étaient ceux qui avaient le pouvoir. Certains furent envoyés par des délégués, des colonels, des maris. Il n’y avait pas de critères médicaux. Les documents montrent que le motif d’internement pour une femme de 23 ans était la tristesse ».

Génocide
Génocide

La journaliste dit qu’elle a trouvé un décompte macabre : le registre de vente de 1853 corps, entre 1969 et 1980 à des écoles de médecine. « Ce que nous ne savions pas et que nous avons mis à jour avec l’aide du Museu da Loucura, est que 1853 corps ont été vendus à 17 écoles médicales du pays pour la somme moyenne de 50 cruzeriros (une ancienne monnaie). Ceci représente un total de 250 000 dollars américains (…) De Janvier à Juin d’une année par exemple, l’Université Fédérale de Minas Gerais a reçu 76 “pieces”, comme on appelait les corps. »

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La référence au mot pièce est la même donné aux africains mis en esclavage quand ils arrivaient dans les ports brésiliens.

Dans une interview avec Afropress, l’auteur vainqueur de Prix Esso du Journalism en 2000, 2002 et 2012, dit que les patients avec de meilleures dispositions étaient utilisés pour le travail forcé. Personne n’a été puni pour ce génocide.

Afropress “quand vous êtes vous intéressée pour la première fois à l’holocauste brésilien?”

Daniela Arbex : j’ai eu le contact avec cette réalité en 2009, quand je faisais un reportage pour le journal O Dia et ces images m’ont été présentées. J’ai eu un choc. Ces photos m’évoquent les camps de concentration. J’ai découvert que le Brésil n’était pas au courant de se spires tragédies.

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Afropress: comment était la recherche pour écrire le livre?

DA: Mon attention, mes profils étaient les personnes photographiées par Luiz Alfredo [photographe à Cruzeiro Magazine, qui a rapport le cas en 1961]. C’était un défi de trouver des gens qui étaient en vie 50 ans après.

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Afropress: qui étaient les principales victimes de ce génocide et de l’holocauste brésilien?

DA: Ce qui distinguait la Colonia des camps de concentration Nazi en Allemagne était la couleur, car avec certitude, la majorité était noire. Ils vivaient dans le travail forcé. L’hôpital lui-même, la Prefecture de Barbacena, utilisait le travail forcé. Les internés faisaient la rue, fabriquaient des vêtements, travaillaient dans le jardin, sans salaire. Ils fabriquaient des habits et vivaient nus.

José Machado, connue sous le nom de Machadinno est un survivant de l’hôpital. Photographié en 1961, il y vit toujours.
José Machado, connue sous le nom de Machadinno est un survivant de l’hôpital. Photographié en 1961, il y vit toujours.

Afropress: Comment les survivants vivent-ils aujourd’hui?


DA: Il y a environ 160 survivants de la Colonia, beaucoup d’entre eux restent hospitalisés, sont des personnes en institution (…) j’ai localisé environ 20 survivants, la majorité vit à Barbacena, et reste en résidence de soins, avec beaucoup de complications secondaires de la période d’hospitalisation en raison de la mauvaise alimentation. Beaucoup cherchent à se réinventer ».

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Afropress: Vous souvenez-vous d’un cas impliquant les patients noirs?

DA: Je me souviens de Cabo. Son nom est Antônio, il ne sait pas exactement pourquoi il a été envoyé ici. Quand ils allaient là bas, le passé disparaissait complètement. Il a été envoyé à la Colonia par une autorité. Il y a passé 30 ans et était vu comme un muet. Et un jour il entendit la musique de la  PM (Police militaire) et il parla. Alors ils lui ont demandé « pourquoi n’as tu pas dit que tu pouvais parler ? » Il a répondu « Personne n’a jamais demandé ». Il n’a pas de famille et vie en maison de soins depuis 2003. Son histoire est fascinante. Il a signé son nom avec ses empreintes digitales, mais on a découvert plus tard qu’il pouvait écrire. Il a plus de 70 ans aujourd’hui.

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Afropress: Comment ce fait-il que le régime militaire utilisa cette expérience macabre ?

DA: La dictature utilisa l’hôpital parce que c’est là que les activistes politiques étaient envoyés. 5000 patients ; une réelle masse humaine. A cette période, l’hôpital était une zone fermée. Personne de la presse n’y entrait. EN 1979, Iran Firmino, de l’état de Minas Geraus, mis sur le devant de la scène l’histoire de la Colonia. Mon livre a ce papier, ce n’était jamais une histoire racontée à travers les yeux des survivants, mais des journalistes. Il est important de briser le silence et demander à la société : quel genre de société voulons-nous construire ?

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Afropress: Est-il toujours possibles de poursuivre l’Etat pour le crime de l’holocauste brésilien ?

DA: Je perçois un mouvement qui gagne en dynamique, qui prend forme au sein des organisations des droits humains qui cherchent des responsabilités. Cette mission ne consiste pas juste à rechercher les responsabilités d’état. Oui, parce que en dehors des officiels gouvernants (28 à cette époque), il y a aussi la responsabilité des membres de familles qui ont abandonné les leurs, les directeurs qui sont passés dans l’hôpital, les employés. Cette omission est collective. Ils étaient à la garde de l’Etat et il a une grande responsabilité. Mais cette expérience est de l’ordre d’une responsabilité collective. Ce que je constate c’est que des familles engagent des poursuites contre l’état.

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Afropress: L’état peut-il toujours être tenu pour responsable ?

DA: L’état a pris note. En 1961, Janio Quadros, président de l’époque, a déclaré publiquement qu’il donnerait des fonds pour aider l’hôpital financièrement pour qu’il puisse remplir sa mission.

 

Afropress : Que pensez-vous faire du livre?

DA: Le livre est sorti en Juin, et il n’est pas ressorti depuis deux mois. Nous avons passé 6 semaines dans la liste des best-sellers au Brésil. En réalité, nous allons adapter cela en un documentaire ; c’est un projet que nous menons. Notre but est d’adapter le livre sur grand écran.

 

Source : African History -Histoire Africaine

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