Chris Hani, le Che Guevara sud-africain

Chris Hani, le Che Guevara sud-africain

L’ancien commandant de la branche armée de l’ANC est vénéré en Afrique du Sud comme un grand révolutionnaire. Son assassinat en 1993 a failli plonger le pays dans une guerre civile et accéléré la transition démocratique.

Né en 1942, Chris Hani, rejoint l’ANC à l’âge de 15 ans. Après des études à l’université de Fort Hare, il est arrêté pour incitation au communisme. A 21 ans, il part en exil et dirige la première attaque de la branche armée de l’ANC à partir du territoire du Zimbabwe, à l’époque la Rhodésie.

L’assassinat de Chris Hani, en avril 1993, manque de plonger le pays dans une guerre civile

L'assassinat de Chris Hani, en avril 1993, manque de plonger le pays dans une guerre civile
L’assassinat de Chris Hani, en avril 1993, manque de plonger le pays dans une guerre civile

 

Beauregard Tromp est journaliste. Il a écrit une biographie de Chris Hani en 2009 : « On le considérait comme un faucon et une colombe, un homme qui marche avec un livre de poésie dans sa poche et une mitraillette AK 47 pendue à son épaule. Aussi il a mis en cause l’ANC pendant les années sombres, en leur disant, nous sommes des révolutionnaires et on n’est pas là pour mener la belle vie en exil, pendant que les gens souffrent au pays. Et pour cela, beaucoup étaient très fâchés. Il était juste un simple combattant de la branche armée de l’ANC à l’époque. »

 

Un conciliateur aux allures de dur

C’était en 1969. Chris Hani échappe de justesse à une condamnation à mort par le tribunal militaire de l’ANC. Sous son influence, le parti réoriente sa stratégie en accentuant la lutte armée à l’intérieur de l’Afrique du sud. En 1990, il rentre d’exil et devient chef du parti communiste sud-africain. Dans les négociations avec le régime d’apartheid, il s’oppose à la branche modérée de l’ANC conduite par Thabo Mbeki, proche des milieux d’affaires blancs. En 1993, il est vénéré par les Noirs comme le leader le plus populaire après Nelson Mandela. Le 10 avril, il est assassiné par un militant de l’extrême-droite blanche.


Des partisans de l'ANC dénoncent l'assassinat de Chris Hani
Des partisans de l’ANC dénoncent l’assassinat de Chris Hani
« Il était vraiment dépeint comme cet agitateur communiste qui allait repousser tous les Blancs à la mer, explique Beauregard Tromp. Mais les gens ne se sont pas rendu compte à l’époque que Chris Hani était pour la conciliation. Il voyait son rôle comme un conciliateur même s’il devait souvent jouer le rôle de l’homme dur. C’était nécessaire pour faire bouger les négociations avec le parti nationaliste du gouvernement d’apartheid qui était très réticent et récalcitrant. »

 

Un vrai communiste

Pour le journaliste, Chris Hani aurait été un excellent leader s’il avait vécu. « Je pense cela parce qu’il ne professait pas seulement les idées socialistes et communistes, il les vivait. Si sa femme lui achetait une veste, le même soir, il ne l’avait plus sur lui, parce qu’il avait rencontré un homme dans la rue qui en avait plus besoin que lui. Ce n’était pas un homme de possessions matérielles mais c’était un homme généreux, qui pensait que la révolution devait continuer. Donc, encore aujourd’hui, il inspire les révolutionnaires qui n’étaient même pas nés quand il a été assassiné en 1993. »

 

Valérie Hirsch (Johannesburg)

Edition : Sandrine Blanchard

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