Ces travailleurs immigrés africains venus en Guyane et aux Antilles françaises à partir de 1848 ,après l’abolition de l’esclavage.

Ces “travailleurs immigrés africains” venus en Guyane et aux Antilles françaises à partir de 1848 ,après l’abolition de l’esclavage.

Nous entendons souvent parler de l’immigration indienne et chinoise qui a eu lieu aux Antilles et en Guyane, mais jamais de l’immigration africaine. Ainsi, dans une notion de devoir de mémoire nous nous sommes penchés dessus.

A la suite de la deuxième abolition de l’esclavage , qui fut définitive,en 1848, il y eu un déficit de main d’oeuvre dans les plantations de canne à sucre aux Antilles françaises et en Guyane. En effet, de nombreux affranchis ont refusé de reprendre le travail dans les plantations car ils assimilaient celui-ci à leur ancien état d’esclaves. Mais pas seulement, il y a aussi une raison structurelle. Le travail  de la canne à sucre était un travail très pénible. Les conditions de travail et de vie étaient mauvaise d’où la mortalité importante des esclaves. Ce fort taux de mortalité était une des raisons pour laquelle les négriers capturaient quotidiennement des africains.

“Les esclaves [des champs de canne]  ne dépassaient pas 50 ans et   leur espérance de vie, établie sur une moyenne, était beaucoup plus faible. “

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Le travail de la canne à sucre tuait autant , voir plus, que les conditions de voyage qu’avait les africains mise en esclavage.

Pour réorganiser le travail colonial en 1848 , les administrations coloniales en collaboration avec les planteurs, prônèrent le recours à l’immigration de travailleurs extérieurs. Face à cette crise de main d’oeuvre les demandes d’immigrants se sont élevés entre 15 et 18 000. Le ministère de la Marine et des colonies (l’État français) d’accord avec leurs suggestions  a mis en place un système ,subventionné par l’État,la création de travailleurs extérieurs sous contrat d’engagement de travail.

Par conséquent, de 1854 à 1862, plus de 21 000 hommes, femme et enfant des côtes africaines ; du Sénégal, en pays krou (Liberia et Côte d’Ivoire) et surtout en Afrique centrale (Gabon et Congo) ont été emmenés pour aller travailler aux Antilles et en Guyane par les autorités et firmes françaises.

Il y eut deux flux migratoires distincts:

  •  Un premier, entre 1854 et 1856,  les «engagés» les recrutements s’effectuaient au sein de populations africaines jouissants d’un statut de libre, acceptant volontairement le contrat proposé.
  • Un second, entre 1857 et 1862,les «recrutés» les recrutements s’opéraient au sein de populations de condition captive avec la méthode dite du « rachat préalable ». Par ce procédé, les recruteurs français achetaient des captifs, puis les « affranchissaient » en leur imposant un engagement de travail de dix années à effectuer outre-atlantique. 93% de ces immigrants furent ainsi recrutés et engagés.   Ils étaient donc des esclaves, «rachetés» en échange d’un engagement comme salariés.

Tout d’abord,  il y eut 10 552 Africains qui arrivèrent en Martinique, 6 140 en Guadeloupe et 1 826 en Guyane.

Sur 1 369 personnes « rachetées » au Gabon, 714 débarquent en Guyane et 467 en Martinique. Ils y deviennent statutairement des « immigrants » et sont soumis comme tel à la législation y attenant. Ils sont soumis à une forme de travail dépendant et sont munis d’un statut qui les maintient hors du droit commun. Par ailleurs les conditions de vie et de travail qui leur sont faites sont généralement extrêmement difficiles.”

“Ensuite, dans la seconde moitié du XIXe siècle, la Martinique fut concernée par de nouvelles immigrations. La plantocratie locale, soucieuse de renouveler la main d’oeuvre après l’abolition de l’esclavage, suscita l’arrivée dans l’île de 37’008 engagés sous contrat : 25’509 Indiens, 10’521 BaKongo (Congolais du royaume Kongo) et 978 Chinois).” (Gerry L’Etang )

La majorité de ces bakongo sont concentrés dans le sud de l’île.

Les BaKongo étant majoritaire parmis les immigrants africains, ils ont laissé plus de trace que leurs confrères d’Afrique de l’Ouest.

L’appellation Bakongo désigne des populations issues de vastes régions de part et d’autre du fleuve Congo.Sur les 10’521 BaKongo:  9’925, soit 94% engagés, arrivèrent du Congo-Brazzaville et du Congo-Kinshasa; 254, soit 2%, du Sierra-Leone; 159, soit 1,5% du Gabon; et183, soit près de 2%, sont d’origine non identifiée.

Ces immigrants africains parlaient des langues et avaient des cultures différentes même au sein des Bakongos, il apparaît que des trois groupes d’engagés, le contingent indien présentait la plus forte cohésion ethno-culturelle.

 

 Leur héritage aux Antilles

Le Royaume Kongo

Le contrat de ses engagés africains et chinois comprenait un retour au pays , celui-ci était taxé dans leur “salaire”. Cependant, très peu ont eu l’occasion de rentrer chez eux à cause de la distance entre les Amériques et leurs pays.

“Sur 10’521 BaKongo, il n’y eut en effet que deux à retourner en Afrique, dont un certainTom Tobie, expulsé en 1858 pour “s’être livré à des voies de fait sur son employeur, M. Brafin, à Sainte-Anne, et qui avait mauvaise influence sur son atelier, qui avait tenté de s’évader de la colonie ” .

Au 31 décembre 1900, secondes générations comprises, il restait 5 345 BaKongo, soit près de treize fois plus que les 430 Chinois – qui n’eurent qu’un rapatrié – encore présents à cette époque et davantage même que le nombre d’Indiens à la même période: 3’764. Ces derniers comptèrent, il faut le souligner, 11’951 rapatriés.”

Le salaire de ses travailleurs  étaient très bas et était en fonction de leurs origines. Ainsi les travailleurs indiens étaient les mieux payés, après venaient les chinois et les moins bien payés étaient les africains.

Ce qui différencie  l’immigration Kongo de l’engagement indien et chinois  est la jeunesse de ses immigrants. En effet , les engagés indiens et chinois étaient majoritairement des recrutements d’adultes, tandis que l’immigration Kongo se singularisait par la jeunesse de ses sujets.

“Des divers relevés mentionnant l’âge des immigrants, compilés et analysés par Bernard David (1973), on peut tirer les enseignements suivants: pour les contractuels en provenance de l’Inde, la grande majorité d’entre eux avait moins de 25 ans à leur arrivée. Pour les engagés issus de Chine, l’âge courant était de 19 à 26 ans. Pour les Africains en revanche, les 10-24 ans représentaient 93% du groupe.

Ce dernier groupe était donc constitué principalement d’adolescents et de jeunes.” (Gerry L’Etang)

Ce qui peut expliquer leur assimilation à la culture ” créole”.

De plus,à l’arrivée des Bakongo, se trouvaient aux Antilles et en Guyane, d’autres Africains,derniers débarqués des traites esclavagistes. Beaucoup venaient du même monde Bantu qu’eux.

Dans une société antillaise qui,” pour des raisons politiques et sociales (classification des couleurs, stratégie du blanchiment), était particulièrement sensible au signe corporel, la singularité phénotypique des Indiens et des Chinois fonctionna comme un facteur d’accentuation de leur différence. Toutefois, et paradoxalement, en cohérence avec la hiérarchisation des caractères somatiques dans la société d’accueil, la peau blanche des Chinois ou les cheveux raides des Indiens ont pu jouer comme des éléments d’inclusion, là où la peau noire des BaKongo pouvait représenter un facteur d’exclusion.”

“L’intégration des Africains au reste de la population n’a pas été chose facile au début , le préjugé de couleur lié au statut social de l’individu marquant fortement les esprits , y compris au sein de la population noire créole . Mépris , moqueries , isolement persistaient , la population créole considérant les immigrants de fraîche date comme des êtres de condition servile , hommes de main du béké.”

C’est aussi pour cela que l’histoire de ces africains arrivés après l’esclavage est peu connu.

 

  • Le positionnement des engagés “Bakongos” vis à vis du pouvoir colonial et ses incidences culturelles

 

Rappelons le contexte  politique et social, les planteurs étaient menacés dans leur profit et leur hégémonie par l’abolition de l’esclavage, c’est pourquoi ils ont eu besoin de travailleurs immigrés.Cela était aussi tactique puisqu’en saturant la demande de travail, l’immigration leur permettait de contenir les revendications d’augmentation salariale qui sont apparus à la libération.  Le but était de casser toutes revendications , de briser tout espoir révolutionnaire  d’égalité , de redistribution du pouvoir et des biens après l’esclavage en introduisant massivement des immigrants venant de pays colonisés. Il pensait qu’ils étaient soumis à l’ordre colonial et manipulables.

Louis-Napoléon Bonaparte“Après quelque temps d’espérance portée par les idéaux de la révolution française de 1848, la reprise en main de la force de travail s’affirma avec l’arrivée aux affaires de Louis-Napoléon Bonaparte, lequel, en décrétant l’immigration, témoigna de sa solidarité avec une plantocratie dont il était issu en lignée maternelle, et dont il partageait l’idéologie. “L’émigration [l’immigration] n’avait pas à sauver le pays mais le colon” (Lacascade, cité par Cardin, 1990 : 53).”

 


L’idée des planteurs était que l’Africain” était celui qui travaille le mieux” (Cochin, cité par Sméralda-Amon, 1996 : 323). Cependant, les propriétaires avec pour craintes qu’ils s’allient avec le créole. C’est pour cela que bon nombre de propriétaires paraissaient  “peu désireux de voir arriver des Africains dont la présence risqu [ait] d’augmenter la tension sociale” (David, 1978 : 54).Aussi, quand un planteur constata que les BaKongo était reçus en compatriotes, il s’inquiéta: “ils s’entendent parfaitement, malheureusement” (cité par Renard, 1973 : 231).

“Ces craintes se révélèrent fondées. Des manifestations de solidarité eurent lieu, dirigées contre le tiers béké. La première de celles-ci, la plus importante, fut l’Insurrection du Sud, en septembre 1870les travailleurs BaKongo ont participé aux grandes luttes sociales , en particulier la grève de 1900. ”

Les BaKongo, eux, furent au côté des Créoles dans toutes les grandes luttes politiques et sociales.

Que sont-ils devenus en Guadeloupe, à la Martinique et en Guyane ? Quels problèmes d’«intégration» ont-ils rencontrés ? Y a-t-il eu, comme le prévoyaient les contrats, des retours en Afrique ?

Si vous désirez en savoir plus cliquez : ICI , c’est une émission de radio RFI qui était consacrée à ces travailleurs africains.

 

  • Héritage culturel

De cette immigration Bakongos il reste des traces. Celles-ci  linguistiques, magico-religieux, culinaire (la soupe Kongo), toponymique (noms de lieux) (Morne l’Afrique au Diamant…) ou patronymique ( noms de famille) (N’guéla, Condé, Simba…). Mais aussi l’événement culturel Grap a kongo.

Il y a aussi des expressions datant de cette immigration: “Nwè kongo” : ce dit d’une personne foncé de peau, ‘Neg’ kongo” : un noir travailleur ,“ Kongo ka palé wani wana ” :le Kongo parle n’importe comment.

 

Les noms de familles

Contrairement aux esclaves qui ont reçu un nom et un prénom qu’à leur affranchissement ou qu’à l’abolition. Les engagés et leurs  enfants ont conservés leurs prénoms , ils ont légèrement été francisé.  Peu d’antillo- guyanais savent qu’ils portent ou que certains de leurs aïeux ont des noms africains.

les noms Bakongo en Martinique:

Makessa, Mayulika, M’Bassé, Matha , Zoumba , Simba , Ouemba , M’Basse , Condy , Condé , Foutou , Maloungila , Aribo , Thésée , Batta , Dambo , N’Guela , Moanda

Ces mêmes familles ont essaimé sur les Anses d’Arlets , Trois Ilets , Rivières Salée , Sainte-Luce , Marin ( La Duprey ) .

La famille Thésée est bien connue aux Trois Ilets , possédant de redoutables combattants de danmyé. On trouve quelques fammiles au Gros Morne  Yokessa , Womba) , à Trinité ( Louisia , Couta , N’Goala ).

  • ACANDA, 
  •  ANGOLA,
  •  ANGLO ,
  • ANGLOMA ,
  • ARIBO, 
  • ATHANMA, 
  • ATON
  • – AZAMBY
  • – BACAS
  • – BANGUE
  • – BENGON
  • – BIOMBI
  • – BONGOU
  • – COMA
  • – DILA
  • – DONGE
  • – DONGOLA
  • – ELICA
  • – ESONGUI
  • – ETENNI
  • – GOMA
  • – GONDY
  • – KANZA
  • – KIMBA
  • – LACONI
  • – LAKOULI
  • – LANGA
  • – LANDA
  • – LARY
  • – LEBO
  • – LOCAS
  • – MACABOU
  • – MABLA
  • – MABIALA
  • – MASSEE
  • – MACASI
  • – MACATY
  • – MACAYA
  • – MACLON
  • – MALANB
  • – MALBOU
  • – MALEM
  • – MALENDA
  • – MALENGA
  • – MALOUDA
  • – MALODY
  • – MALIDY
  • – MADILY
  • – MALOUTA
  • – MANA
  • – MANSO
  • – MASSO
  • – MATIME
  • – MATINDA
  • – MATINA
  • – MATA
  • – MATIYON
  • – MAVOUNGO
  • – MAYA
  • – MOUKELE
  • – MOUNIAMA
  • -MVONDO ,
  • – MOUBOUNDO , 
  • – NATOLO
  • – NEGOUAI
  • – NIAMA
  • – NIKA
  • – NISIMA
  • – PAKA
  • – PELICA
  • – QUINQUELA
  • – SANDO
  • – SANGO
  • – SOLO
  • – VANITOU
  • – VOUNZI
  • – WOMBA
  • – WOUINO
  • – YANGAL
  • – YANGO
  • – YOKA
  • – ZAMBA
  • – ZAIRE
  • – ZAMBRI
  • – ZERAMBE
  • – ZEBO
  • – ZEBOUE
  • – ZELEAU
  • – ZELELA
  • – ZOMPA

 

Les noms bakongo en Guadeloupe

 

  •  Choucoutu 
  • Condé
  • Diboula
  • Dendelé
  • Dongal 
  • Gombo 
  • Loumengo
  • Maes 
  • N’Dendélé
  •  Ndendé
  • N’Goma 
  • N’guéla
  • Siba 
  • Simba 
  • Sombé 
  • Soumbo 
  • Tacita
  • Tagliamento 
  • Pambo 
  • Zodros 
  • etc 

les patronymes à résonance Kongo existant à Marie Galante :

  • Sombé = N’Tsombé – Soumbo = Soumba ou Soumbou 
  • N’Gom ou N’Goma  
  • Dongal = N’Donga ou N’Dongui 
  • Siba = N’Tsiba  
  • Pambo = Pambou ou M’Pambou 
  • Zodros = N’Zondo  

La plus célèbre est la famille Massembo qui occupe le quartier Cambrefort à Capesterre Belle eau.

C’est elle qui organise chaque année l’évènement Grap a kongo.

« Le GRAP A KONGO est une sorte de légitimation de ce que nous avons toujours défendu contre vent et marées c’est grâce à Alphonse Nzindou Samba qui nous avait retrouvé , sans qui nous serions toujours méprisés , même si les préjugés sur nous ne sont pas encore tout à fait tombés KINZINGU » Marie-France Massembo

Le GRAP A KONGO :



 

 

LE GRAP A KONGO, FONDE PAR MADAME MARIE-FRANCE MASSEMBO, EST ORGANISE EN PARTENARIAT AVEC L’OMSC DE CAPESTERRE-BELLE-EAU (GUADELOUPE)

UN OUVRAGE QUI POURRAIT VOUS INTÉRESSER : “Les Kongos de la Guadeloupe Rites d’une identité préservée ” de Justin Daniel GANDOULOU .

Sources:

 

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