Peule

CE QUE “BANTU” SIGNIFIE (NOUVELLE APPROCHE)

Hotep sni, je rectifie simplement un point : le terme “mundele” dans la langue kikongo ne désigne pas l’homme “blanc” comme on l’accepte vulgairement aujourd’hui, mais dérive du terme “munda” qui désigne la conscience, l’intérieur, le cœur, et c’est de ce terme que provient le latin mundus, « ce qui est pur ». Les dictionnaires donnent au latin mundus la racine *mū- signifiant « mouiller, laver » (ce qui pourrait faire de mundele un terme désignant ce qu’on a lavé, toutefois je mets cette conclusion sous réserve). Ce terme offre la série suivante : mundus : purifier; mundatio : action de purifier, purification; mundator : qui nettoie; mundatarius : purgatif, de purgation; mundatus : nettoyer, purifier, purger; munda : proprement, avec netteté; mundialis : du monde; mundicina : moyen de nettoyer; mundificare : nettoyer, purifier; munditia : propreté, netteté, mundare : nettoyer, laver, purifier; le kikongo “mundele” désigne initialement la brillance, la clarté, la transparence, la limpidité, toutes choses qu’on recherche dans le munda (dans nos traditions le munda c’est l’image de Shou, d’Osiris, les porteurs de lumière).

 

Sur les réserves que tu évoques avec le mot bantu je vais clarifier autre chose : le terme muntu est le singulier de bantu; peu de gens savent que le terme Muntu est constitué de deux mots; à savoir n’tu qui désigne “la tête”, et par extension le dirigeant, le chef, le leader, et du terme “mu” qui signifie “dans”, donc Muntu littéralement veut dire “dans la tête”, d’où la relation avec l’être doué d’intelligence que je rappelle depuis le début de cet échange; pour les traditions endogènes kémites un “homme” est un être doué d’intelligence et le terme même pour le désigner signifie “dans la tête”; la notion de chef que je souligne ici renvoie au mwene ou mwami (ex: mwene mutapa) qui correspond au màn bassa par exemple, au muna duala, au mòne fang, etc. L’intelligence, la pensée, l’esprit, voilà ce qui distingue l’homme de l’animal dans nos traditions.

Ce terme Muntu est à l’origine du latin Mentis qui signifie esprit, pensée, intelligence, ce qui distingue l’homme de l’animal. À partir du mot mentis nous aurons la série suivante: men,s/tis = faculté intellectuelle, intelligence, raison, esprit, pensée, raison, souvenir, intention, calcul; demen/s, tis = privé de raison, insensé, fou; dement/o, are = rendre fou, faire perdre la raison; dement/ia, ae = démence, folie, extravagance; dement/io, ire = perdre la raison, être en démence, délirer. Et comme je l’ai dit dans le post précédent, nous trouvons ici la racine latine du mot humani/as, atis = humanité, être doué de raison; -itas de humanitas est un suffixe indiquant un état, le fait d’être, donc littéralement humanitas signifie être doué de raison, ou ce qui est doué de raison, capable de raison. La philosophie des Bantous et nulle autre est celle qui soutient cette compréhension.

Ekang
Ekang

 

Je précise en conclusion que le terme VERITAS (Vérité), est lui aussi constitué de deux mots verus signifie “vrai” d’une part et -itas (état) d’autre part, le terme verus provient du vieil anglais waer qui signifie verité, serment, pacte, de l’allemand wahr, du neerlandais waar que je fais dériver du négro-égyptien wr que nous traduisons par “grand”, en fait lorsqu’on dit d’Osiris (Wsir) qu’il est le km wr ceci est littéralement intraduisible aujourd’hui car on aboutirait à quelque chose comme la vérité-noir, le pacte noir, le serment noir, etc., mais tout ceci trouve un sens si l’on percoit que la même racine conduit au terme war “la guerre”, action qui oppose Horus et Seth et le pacte (semataouy) qui figure sur le trône des rois, possesseur de Maât (Vérité).

Dans nos langues il existe un jeu de mot entre “homme” et “vérité” que rend compte l’expression man mùt (fils de l’homme) rattaché à la notion de vérité; les bassa disent aussi man mèe (enfant de vérité). Dans le livre KONGO je fais un développement pour expliquer ce lien: (…) Pokorny offre au latin vir “homme” le radical commun indo-européen *viros « guerrier », « homme » (viros “homme” = verus “vérité”). Le radical *viros donne le vieil irlandais fer « homme », le breton fer « brave », le gallois gwr « homme » « mari », le sanscrit vῑrá, le germanique wer « homme » qui conduit également à l’anglais world (munda/mundis/monde) qui renvoie étymologiquement à l’humanité. Ce fer, wer, gwr « homme » est en fait la traduction de l’épithète négro-égyptien qui désigne spécifiquement Hr Wr (vocalisé par Horus l’Ancien ou Horus Le Grand); en effet, ici l’épithète Wr correspond au fer indo-européen « homme », « brave », « guerrier » et nous verrons par quel biais tout ceci est vérifié dans les langues endogènes du Continent noir.(…)Une preuve éclatante de l’étymologie que nous offrons est établie à travers la figure de Geno, le dieu souverain de la tradition peule, parfaite correspondance d’Hr Wr « Horus Le Grand »; c’est bel et bien Geno qui se trouve à l’origine des termes indo-européens fer, gwer, wer en relation avec le basaâ gwet « la guerre ».

 

Ekang
Ekang

 


Alain Anselin rappelle l’introduction du mythe associé à Geno : « Au commencement était Geno. D’une goutte de lait, toββe.re, Geno créa le monde, et prit la forme du serpent Tyanaba, sorti du fleuve salé avec les 22 premiers bovidés. Geno c’est littéralement l’Éternel : ngenaaku, éternité, genὅugo, être éternel, yenὅude, être éternel, genum, éternel (adjectif). Ces mots de la durée sans limite sont ceux de l’âge en agaw : bilin : gan-, kemant : -ga’n-, be old, xamir : gän, old (be), en couchitique oriental : somali : -gen, âge, et en omotique : kafa : geen-old, mocha : geeno, old man. On vient toucher, sous les mots, un modèle culturel, qui qualifie le démiurge et le pense dans les termes, de temps et d’âge, des modes d’organisation sociale de la séniorité. Ainsi, le dieu égyptien Gb, dont le dessin d’une oie suffit à l’écriture, est-il qualifié de wr wrw, le plus Ancien des Grands » (Les mots de Geno, 2006, 135-154); wr est bien la traduction pour aîné, grand, ancien. Le wolof offre les formes gêno « lignage », gone « enfant » guné « enfant » (gone = enfant dans la langue française/// ici l’on trouve le lien avec l’enfant de vérité du domaine bantou car guné renvoie d’une part à l’enfant et d’autre part à la vérité), ici l’enfant, comme nous le savons, épouse l’image d’Horus (Hr), ce qui justifie du récit de la création peule à partir d’une goutte de lait (cf : le mythe d’Héraclès à l’origine de la formation de la voie lactée, le serpent Tyanaba).

 

Le nom du dieu peule Geno est à l’origine du grec genomai signifiant « naître », gennân, « générer », génos « génération », « race », genésthai « genèse » qui conduit au français « géniteur », « génération », « genèse », « génital », « génétique », « génome », « génie »; le génie étant une divinité qui préside à la conception et à la destinée d’un homme. Les dictionnaires donnent à genomai de dériver de la racine indo-européenne *gen qui forme l’anglais kind « espèce », le germanique kind « enfant » et l’anglais child « enfant », cette origine doit être vue dans le négro-africain gen(o). La relation de Geno à la force et la violence est celle qui autorise de traduire Childeric par « puissant au combat », nom que nous aurons placé dans l’image du mwene des empires négro-africains : l’enfant-roi mais aussi l’enfant puissant au combat, c’est-à-dire Horus (Hr).

Le négro-égyptien wr est aussi le terme que traduit le peul gorko (pluriel : worbe) : « mâle », « homme », goram « mon mari », gora « ton mari » en relation avec le proto-couchitique oriental *ger, *gor « les gens » (on trouve ici la racine du mot « guerre »), le wolof goor gi « homme », « mâle », « viril », gor « noble », gor gi « homme libre », goro bi « beau parent », « bel enfant », gaa « blesser », gennë « sortir », genne « faire sortir », gaa « gens ». La relation à la guerre affleure également à travers la racine négro-égyptienne wr que nous retrouvons dans le pulaar wargo « tuer », baroowo « tueur », baroogo «lion », le sereer war « tuer », war fop « exterminer », bar a…al « la tuerie », le somali war « massacrer », le dahalo pori « guerre », le midob (nubien) per « tuer », le nilotique par « tuer », le kalenjin porio « bataille », le nandi par ou bar « tuer », le p’kot pori « combattre », par « tuer avec une lance », le masaï par-/por- « tuer » en relation avec le négro-égyptien prj « champ de bataille ».

Semataouy
Semataouy

 

Cet étymon forme l’origine du latin ferire « battre », « immoler », « sacrifier » (expression : « sans coup férir »). (KONGO pp. 307-309). Toute cette étymologie naît de l’affrontement mythique entre Seth et Horus, les deux conditions de l’harmonie et de la vie, manifestation de Maât, c’est-à-dire de la Vérité cosmique, la Loi fondamentale. Tu auras sans doute noter l’omniprésence du terme “les gens”, c’est-à-dire les Hommes, dans ce développement.

 

Amenhemhat Dibombari

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