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Big Brother israélien : Tahunia Rubel, une Falacha victime de racisme dans une émission de télé-réalité

Depuis le début de la cinquième saison, HaAh HaGadol, une émission de téléréalité israélienne, fait polémique. En cause : des propos racistes de la part d’un candidat. La cible ? Tahunia Rabul, une Falacha de 25 ans.

« Une fois les lumières éteintes, elle est introuvable. » « Elle », c’est le top model Tahunia Rabul, une juive éthiopienne de 25 ans victime des préjugés racistes de l’un de ses colocataires de l’émission de télé-réalité HaAh HaGadol. Lorsqu’il a prononcé ces mots, la cinquantaine de caméras installées aux quatre coins de la maison luxueuse de Neveh Ilan, près de Jérusalem, se sont braquées sur Roni Maili, un graphiste de 57 ans.

Depuis mai dernier, des milliers d’Israéliens suivent avec engouement les aventures des 23 candidats de la cinquième saison du Big Brother israélien. Avec 40 % de parts d’audience pour les deux épisodes hebdomadaires, le succès semble encore au rendez-vous. Et les frasques de certains candidats nourrissent la polémique. S’illustrant par ses prises de positions radicales, Roni Maili n’a pas séjourné longtemps dans la prison dorée. Coups de folie et remarques acerbes lui ont valu une éviction du jeu ordonnée par Pnina Tamano-Shata, membre du Knesset, le Parlement israélien. Son énième réplique provocatrice à l’égard de Tahunia Rabul – « Elle ne devrait pas marcher à côté d’un mur noir parce que sa couleur de peau s’harmoniserait trop » – aura eu raison de sa présence dans l’émission.

Tahunia Rabul est la première candidate Falacha à participer à Big Brother. Née en 1988 à Gendai, en Ethiopie, Tahunia et sa famille migrent vers la Terre promise en 1991, suite au vaste plan d’immigration baptisé « opération Salomon ». Depuis leur émigration massive, 120 000 juifs éthiopiens peuplent l’Etat d’Israël. Seule population noire à avoir été massivement attirée par les autorités israéliennes, son intégration au sein de la société n’est pas pour autant aisée. L’agence juive pour Israël a d’ailleurs annoncé la fin de l’aliyah des Falachas pour le 28 août.

Une vitrine de la société israélienne

A l’image de Yityish Titi Aynaw, Miss Israël 2013, également Falacha, Tahunia Rabul tente, grâce au petit écran, de changer le regard de ses compatriotes sur sa communauté d’origine. Les propos racistes de Roni Maili ont d’ailleurs contribué à augmenter son capital sympathie auprès des téléspectateurs et de la production. « Elle se bat pour sa vie, pour son identité (…) c’est sans doute la raison pour laquelle le téléspectateur s’identifie à elle », peut-on lire dans un article du site d’informations israélien Haaretz. A quatre semaines de la fin de l’aventure, la jeune femme est encore en lice.


Sa participation au programme de télé-réalité ouvre une brèche dans la société israélienne mais Tahunia Rabul n’est pas la seule à faire parler d’elle par le biais du reality-show. Les producteurs du Big Brother israélien l’ont bien compris : la recette du succès de HaAh HaGadol est son casting qui crée parfois un cocktail détonnant à l’intérieur de la bulle télévisée. Au fil des saisons, mizrahi, ashkénazes, ultraorthodoxes, laïques, nationalistes religieux, homosexuels, hétérosexuels, Israéliens et Palestiniens ont cohabité, sous le regard curieux de plusieurs milliers de téléspectateurs épiant leurs moindres gestes.

Parmi les participants des saisons précédentes en quête de célébrité, certaines fortes têtes ont tiré leur épingle du jeu, à l’instar du candidat phare de la première saison Yossi Boublil, une caricature du juif oriental, ou encore du jeune artiste Saar Szekely. En 2012, lors d’une conversation avec un ancien officier israélien et candidat de l’émission, Saar Szekely avait critiqué les forces de défense israélienne, choquant les autres habitants de la maison : « Est-ce que ‘défendre’, cela signifie envoyer cent soldats pour se protéger contre trois enfants qui ont à peine trois poils sur le visage, sur une colline qu’ils ont volée aux Palestiniens ? Est-ce cela, défendre ? » s’était-il révolté.

Accusé d’être un sous-produit culturel, le programme de télé-réalité Big Brother n’en est pas moins une vitrine de la société israélienne et de ses démons.

Source: Jeuneafrique

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