Zumra Nuru, fondateur de Awra Amba. 
© Gino Kleisen

Awra Amba, un village éthiopien sans religion ni femme discriminée (Texte + Vidéo)

Awra Amba, “le sommet de la colline” en amharique, est une petite communauté en Éthiopie fondée en 1972 par Zumra Nuru. Elle se situe dans la région d’Amhara dans le nord du pays. Zumra Nuru est né en 1942 dans une famille musulmane et dès son plus jeune âge, il est troublé par la condition pénible que vit sa mère en tant que femme dans une société où les femmes sont écrasées par le poids d’un ordre social qui les discrimine et avantage les hommes. Zumra Nuru, comme tant d’autres, n’a pas eu l’opportunité d’être scolarisé. Très tôt dans sa jeunesse, Zumra Nuru est conscientisé à l’idée qu’il existe des différences entre les musulmans et les chrétiens. La justification de ses différences n’avait pas obtenu satisfaction à ses interrogations.

 

De ses incompréhensions sur bon nombre d’injustices naquit dans son esprit l’idée de créer une société plus juste où tout le monde pourrait vivre librement, débarrassé des religions qui conditionnent les gens à se différencier, et où les femmes seraient délivrées de la condition injuste dans laquelle elles se trouvent. Au début de la matérialisation de son projet, il a été considéré comme fou et marginalisé par sa famille et sa communauté. Après plusieurs péripéties, il fonde en 1972 la communauté de ses rêves à l’aide d’un groupe de personnes ouvert à son innovation. Le nouveau village, appelé Awra Amba, était né. Un village où les religions sont bannies et libéré des chaînes religieux. À Awra Amba, il n’y a pas de discrimination dans le travail, hommes et femmes font tous les métiers selon leurs capacités et les hommes s’attèlent également à des tâches généralement attribuées aux femmes. L’excision est interdite, les mariages précoces sont interdits, et tout le monde a accès à l’éducation sans distinction de sexe. L’exercice du pouvoir est réparti entre divers comités élus pour 3 ans.

 

« La femme peut labourer tranquille, son mari est à la maison où il s’occupe des enfants et cuit les galettes pour le déjeuner. […] Curieusement, les principes de cette communauté n’ont pas été posés par une bande de féministes, mais par Zumra Nuru, un paysan de soixante-sept ans tout juste capable d’écrire son nom. “Enfant, j’étais furieux de ce que je voyais autour de moi, raconte-t-il sous la hutte de réunion. Je trouvais injuste que ma mère aide mon père aux semailles et à la récolte, alors qu’il ne lui rendait jamais la pareille à la maison. Je me suis juré, adulte, de changer les choses.” »

 

“Ethiopie: Le village qui aime les femmes” (Marie Claire, août 2009)

 

Cette innovation fut fortement combattue par les communautés voisines et pendant plusieurs années, Zumra et ses amis ont souffert de violentes attaques. En 1988, ils furent même chassés de leurs terres et durent errer pendant 5 ans dans la faim, la maladie, et des morts parmi eux jusqu’au jour où ils purent reprendre possession de leur territoire. Malgré cette forte hostilité, Zumra est resté confiant car sa communauté n’a pas cessé de grandir grâce à des nouveaux membres qui sont séduits par le nouvel ordre social de justice qui y règne. Depuis lors, Zumra est protégé en permanence par un homme armé. De ses nombreuses activités couplées par ce nouvel ordre social plus juste, le village d’Awra Amba est le plus industrieux du pays avec des résultats qui dépassent celles obtenus ailleurs par le gouvernement ou la Banque Mondiale. Le taux de scolarisation est plus élevé que la moyenne nationale ainsi que le niveau moyen du revenu. Dans l’effort d’avoir des relations de bon voisinage avec les autres villages qui ne partagent pas leur mode de vie, des rencontres fréquentes sont organisées pour discuter. Zumra Nuru espère que son idée s’exportera dans le reste de l’Éthiopie et partout ailleurs en Afrique.

 

« Au départ, nous étions chrétiens et musulmans, raconte Zumra. Mais aujourd’hui, nous croyons au même dieu créateur. Il est partout autour de nous et en nous, il n’y a pas besoin de l’enfermer dans une église ou dans une mosquée. Nous ne lui donnons pas de nom, car c’est ainsi que l’on divise les hommes, et nous ne croyons pas en une vie après la mort, dont nous n’avons aucune preuve. Le paradis, nous le construisons ici-bas, par notre labeur et la solidarité que nous nous manifestons les uns envers les autres. »


 

“Ethiopie: Le village qui aime les femmes” (Marie Claire, août 2009)

 

L’expérience de Awra Amba nous montre que l’Afrique peut résoudre facilement ses problèmes en se dotant d’un leadership capable de concevoir des solutions innovantes endogènes pour l’édification d’une société où règne la Justice. Zumra Nuru nous montre, par son leadership exemplaire, qu’il a réussi à transformer sa société en modélisant un ordre social nouveau où règne l’équilibre, l’harmonie, la justice, la vérité, la droiture, pour le grand bonheur de tous: enfants, jeunes, vieux, hommes et femmes. « L’intellectuel ce n’est pas le diplômé, l’intellectuel c’est l’homme intelligent qui étudie autour de lui et qui cherche des réponses aux problèmes concrets de sa communauté, de sa nation. » Jacqueline Ki-Zerbo Coulibaly

 

Awra Amba se trouve à 74 km de la ville de Bahir Dar, la capitale de la région d’Amhara. On peut contacter la communauté par téléphone ou par courrier:

Awra Amba association
PO Box 36, Woreta
Ethiopie
Téléphone: +251 (0)58 231 0108

 

Éthiopie: Awra Amba, un village sans religion ni femme discriminée

Awra Amba Utopia in Ethiopia


Source: uhem-mesut.com

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