Le trépieds de Delphes sur lequel se tient la Pythie est une figuration du signe hiéroglyphique Nb.t Hwt (Nephtys)

Aux Origines africaines du dieu Poséidon (Première Partie)

Les raisons à l’éveil de cet article sont multiples.

Lors de son discours d’introduction au Collège de France, le 10 mai 1831, Jean-François Champollion, père de l’égyptologie occidentale, rendait ses conclusions (il meurt l’année suivante) sur l’origine de la civilisation grecque : « (…) les introducteurs des premières formes de civilisation, un peu avancées, parmi les peuplades helléniques de l’Argolide et de l’Attique, furent des hommes venus par mer des rivages de l’Égypte; que, dès ce moment l’Égypte devint une école où allèrent s’instruire les législateurs de la Grèce, les réformateurs de son culte, et surtout les Hellènes d’Europe ou d’Asie, qui hâtèrent le développement de la société grecque, en propageant d’abord, par leur exemple, l’étude des sciences, de l’histoire, et de la philosophie. C’est donc par une connaissance approfondie des monuments de l’Égypte, en constatant surtout, par l’évidence des faits, l’antiquité de la civilisation sur les bords du Nil, antérieurement même à l’existence politique des Grecs, et de plus des relations nombreuses avec la Grèce naissante et l’Égypte déjà vieille, que l’on remontera à l’origine des arts de la Grèce, à la source d’une grande partie de ses croyances religieuses et des formes extérieures de son culte » (Cité par D. Mbock in Le Dieu Noir, p.154).

Cette conclusion est aussi celle de Cheikh Anta Diop, père de l’historiographie rénovée des peuples noirs :« L’Égypte, écrira-t-il, a été l’institutrice quasi exclusive de la Grèce à toutes les époques, dans la voie de la civilisation » (Cité par D. Mbock in Le Dieu Noir, p.106). Et l’on songe bien évidemment au Comte de Volney dont la déposition dans les Archives de l’Histoire aura aussi pris la forme d’une profession de foi : « Quel sujet de méditation, s’exclame-t-il, de penser que cette race d’hommes noirs, aujourd’hui notre esclave et l’objet de nos mépris, est celle-là même à laquelle nous devons nos arts, nos sciences, et jusqu’à l’usage de la parole; d’imaginer enfin que c’est au milieu des peuples qui se disent les plus amis de la liberté et de l’humanité, que l’on a sanctionné le plus barbare des esclavages » (C-F.Volney, Voyage…, p.114-115).

Une part importante de notre travail aura consisté à montrer par plusieurs aspects que le corpus appelé « mythologie grecque » n’appartenait pas à la Grèce telle qu’il nous est donné de la connaître aujourd’hui, et qu’il fallait certainement regarder du côté de la Vallée du Nil si l’on souhaitait mettre au jour les origines historiques de ce corpus. Cette démarche est pour nous l’occasion de restituer ce patrimoine aux populations négro-africaines qui l’auront fait naître et mis en branle dans les premiers temps des îles devenues la Grèce. Les motifs à l’origine de cette démarche ont été plusieurs fois questionné puisqu’il est admis généralement depuis Hésiode que ce corpus appartient à une tradition eurasiatique. Or, dans le livre KONGO, nous établissons une suite d’arguments vérifiables qui ruinent définitivement cette vue préconçue et confortent substantiellement les conclusions qui sont les nôtres au sujet des origines de la tradition pré-hésiodique.

Comme le soulignait Martin Bernal, de toutes les divinités majeures de la tradition dite hellénique, Poséidon est sans nul doute celle qui présente le profil le plus dense et le moins évidemment vérifiable au sein du panthéon négro-égyptien. Cette qualité particulière du dieu présenté comme le maître des mers et des tremblements de terre est celle qui nous aura conduit a écrire cet article car, qui peut le plus peut le moins, comme le soulignait C.A. Diop, et la preuve définitive des racines négro-africaines de cette divinité centrale de la culture grecque offrira, nous l’espérons, de clore peut-être ce débat auquel nous n’ajouterons que des faits avérés et vérifiés.

Poséidon, avec Zeus et Hadès, sont les héritiers de Cronos (le Temps) : l’un héritera du Ciel, c’est Zeus; l’autre du Monde souterrain, c’est Hadès, et le troisième héritera des océans, c’est Poséidon. Les trois frères, image du Soleil, s’égalent en puissance et en magnificence. Les cyclopes forgeront pour Zeus la Foudre, pour Hadès le Kunè (casque qui rend invisible) et pour Poséidon le Trident. À ce dernier, c’est-à-dire Poséidon, s’ajouteront le cheval et le dauphin comme principaux attributs.

L’étymologie du mot « Poséidon » a fait l’objet d’une étude assidue qui le fait généralement provenir de la racine indo-européenne *pot/potis qui signifie « maître », « mari », « puissant »,« qui est en possession de », et forme des mots tel que : compotis « maître de, qui est en possession de », despotès « maître de maison », etc. Martin Bernal fait provenir « Poséidon » de p3 sidon « Celui de Sidon », ville cananéenne de premier plan, et met le dieu des mers en relation avec Seth (voir Black Athena, Tome 1, pp.148-153). Quoique cette relation soit appuyée par un certain nombre d’arguments qui savent effectivement la soutenir, nous montrerons qu’une approche fondée sur les langues endogènes des peuples noirs offre de meilleures conclusions quant à l’origine probable du mot « Poséidon ».

Neptune est le nom que les Romains donneront à Poséidon.

Les auteurs grecs, on le voit chez Homère, offrent une proximité quasi filiale entre les « Éthiopiens » et le dieu Poséidon : (À l’Assemblée des dieux)…, lit-on chez Homère, le dieu(Poséidon) s’en alla chez les Éthiopiens lointains, les Éthiopiens répartis au bout du genre humain, dans leur double domaine, les uns vers le couchant, les autres vers l’aurore :devant leur hécatombe de taureaux et d’agneaux, il vivait dans la joie, installé au festin. Mais tous les autres dieux tenaient leur assemblée dans le manoir de Zeus » (Odyssée, I,22-26). L’Éthiopie est le lieu habituel où viennent festoyer les dieux de l’Olympe. Dans l’Iliade, Thétis s’exprime ainsi : « Zeus hier est parti festoyer sur les bords de l’Océan chez les Parfaits Éthiopiens. Tous les dieux l’ont suivi… » (Iliade, I, 423). Iris, messagère des dieux de l’Olympe, aux funérailles de Patrocle, déclare : « Non je ne puis m’asseoir, je repars et m’en vais aux bords de l’océan où les Éthiopiens, pour l’heure, aux Immortels offrent des hécatombes : de ce festin sacré je veux avoir ma part. » (Iliade,XXIII, 206).

Comme nous l’aurons souligné plus d’une fois, l’Éthiopie des auteurs grecs désignent la région des Grands Lacs (Continent noir), la Source du Nil et le berceau de l’Humanité, ceci est vérifiable chez Strabon qui affirme que « L’Éthiopie se situe dans l’alignement de l’Égypte et lui ressemble par la présence du Nil et la nature des lieux » (Strabon, I, 2, 25). Cette Éthiopie-là fut regardée par les grecs comme source de leur tradition. Lycophron de Chalcis appelle Zeus l’Éthiopien (in Alexandra, 536). Pindare chante « Amon, roi de l’Olympe ». Eschyle loue « en connaissance de cause le peuple qui habite la terre d’Éthiopie ».

Le mot « Olympe », comme nous le montrons dans le livre KONGO, dérive du bantou umbosignifiant « butte », « montagne ». Nous relirons les conclusions de Pococke et al. au sujet de l’Olympe : « la haute montagne dans cette partie de la Grèce, ils (les Pelasges) lui donneront l’aspect de la Grande montagne ou Lŭmbo, appelée E’lymbo par les Grecs modernes et O’lūmpo-s par leurs ancêtres. » (Pococke 1852). Le mot « Olympe » paraît ainsi comme une évolution de LŭmboE’lymboO’lūmpo-s. Le latin umbo, issu du bantouumbo, qui sert à construire ce mot, traduit l’idée de cône, de saillie, de monticule, decolline. On le retrouve par exemple dans ombilic ou omphalos, le b évoluant phonétiquement en ph. Cette relation est importante puisqu’elle nous permettra plus loin d’éclairer les origines du dieu Poséidon.

La racine bantoue *um-b(o,a,i) que l’on retrouve dans Lŭmbo entre dans la plupart des mots qui se rattachent aux métiers rendus possible grâce à l’acquisition et à la maîtrise du feu : tissage, métallurgie, poterie. C’est le dieu Bumba qui tient le rôle de Ptah,patron des métallurgistes kémites, dans la région des Grands Lacs. Le récit cosmogonique raconte que c’est Bumba qui apprit le secret du feu aux mortels. « En langue kongoécrit Théophile Obengale verbe bumba signifie mouler, faire des objets de poterie; créer, faire, bâtir (avec la terre). Un dialecte kongo comme le parler vili précise Bumba : nom générique de tout objet plus ou moins artistement travaillé » (Obenga 1985).

Le terme potis “maître, seigneur” que les dictionnaires étymologiques mettent à l’origine du nom Poteïdon (Poséidon)peut également être associé au métier de potier. Le terme “pot“, à l’origine, renvoie à la “marmite“; et nous verrons quelle conséquence cette relation suggère au sujet des origines du dieu Poséidon. 

La Fête d’Opet, l’une des fêtes les plus importantes de l’Antiquité, est le motif qui donnera aux dieux« grecs » de suivre Zeus s’en allant festoyer chez les Éthiopiens irréprochables. C.A. Diop aura déjà établi cette relation. Durant cette fête,la triade de Karnak, Amon-Mout-Khounsou rendait visite à Min, dieu ithyphallique du Sud auquel Isis (ȝs.t) se trouve parfois associée (rite agraire de pousser les quatre veaux). Le déplacement des statues des dieux se faisait par voie navigable en remontant le cours du Nil. Cette importante fête donnait lieu à des réjouissances dans tout le pays. Ce voyage d’Amon vers le Sud est celui que décrit Homère lorsqu’il rappelle que « Zeus (Jupiter) a traversé hier l’Océan pour se rendre chez les Éthiopiens irréprochables qui lui préparaient un festin. Tous les dieux l’ont suivi. Dans douze jours, il retournera dans l’Olympe »(Iliade, I). L’Océan c’est le Nil (Okéanos) : nous faisons provenir ce mot du négro-égyptien nk « copuler » associé à la fécondité, qui donne le fang –kon’ « membre viril », le tunen inik « membre viril », et l’akan okunu « mari, possesseur du pénis » (Obenga 1993); cette dernière forme okunu est celle qui nous paraît avoir conduit au grec okéanos, divinité reconnue pour sa grande fécondité. Le Nil, associé à Hâpy, est le symbole de la fécondité, et nous suggérons d’y voir un double sens justifié par l’androgynie d’Hâpy puisque nous ferons provenir le latin uterus du négro-égyptien itrw « le fleuve (Nil) »en relation avec la grossesse que suggère les seins tombant et le ventre proéminent du dieu Hâpy. L’indo-européen commun *udero « ventre »,« ventre de la mère », « utérus », « matrice »permet de rejoindre l’association avec le Nil dans la mesure où ce dernier (le fleuve) est effectivement perçu comme étant la matrice, image du Noun, de la Kora (Platon donne ce nom à la Nourrice/Matrice dans le Timée). Kwara en Hausa désigne le fleuve Niger, appelé Nun-Quorra. La relation de la Fête d’Opet à la fécondité et au phallus est une fois de plus confirmée par l’image de Min, dieu ithyphallique associé aux réjouissances du mois de Paophi « Celui d’Opet ».

Hâpy

Du mot *udero dérive le latin vesica « vessie », « vulve »,« bourse », « ballon ». La relation à la vesica piscis, omniprésente dans la tradition chrétienne, est perçue. Le latin piscis« poisson », est le mot qui conduit au français « piscine », pièce d’eau reconnue comme un « bassin »(bâh en négro-égyptien, origine du mot bacin = bassin =baccusb3h signifiephallus en négro-égyptien, copte : bah « phallus », origine probable du nom du dieuBacchus, culte phallique). Le bassin, plus large chez la femme, est la cavité osseuse (grotte) qui loge l’utérus. L’itrw (itérou) est le nom que porte la mesure des dimensions de la Dw3.t (Douat), le Monde souterrain traversé par ce Grand Dieu (Râ) dans les heures nocturnes. La vesica piscis, aussi appelée mesure du poisson, est une figure géométrique formée par l’intersection de cercles identiques (de même diamètre), autrement dit deux bassins. Elle est omniprésente dans la fleur de vie et montre un rapport de longueur par la hauteur égal à la racine carrée de trois (3), c’est-à-dire 1,732. Cette valeur est appelée laConstante de Theodoros. Aussi, la vesica piscis trouve inscrite en elle le fameux nombre d’or de la tradition nilotique et figure une bouche ouverte qui se dit ra « la parole » en négro-égyptien. Cette figure géométrique, la vesica piscis, est omniprésente dans l’art chrétien et sert d’encadrement elliptique aux personnages de Jésus et de Marie.

Vesica Piscis

Vesica Piscis

 

Les valeurs géométriques à base trois (3) permettent d’entrevoir l’origine des grandes ennéades des cosmogonies négro-africaines en général, et notamment de l’Ennéade  (9) héliopolitaine. Le chiffre 9 occupe une place particulière dans la tradition initiatique des peuples noirs.

« Poséidon » est un nom qui n’offre aucune étymologie satisfaisante dans aucune langue dite indo-européenne. Nous ferons ici l’économie des égarements que nous avons lu à ce sujet et qui ne feraient qu’allonger un texte que nous avons souhaité aussi concis que possible.

Poséidon est un nom que nous faisons directement dériver du négro-égyptien psd.

Le négro-égyptien psd offre plusieurs sens.

Il traduit :

– Le numéral « neuf » (9) et renvoie à l’Ennéade, c’est-à-dire aux Neuf.

– Le verbe « briller », « rayonner ».

Psd  signifie « les deux ciels »; psdn « la fête de la nouvelle lune »; psdtyw « le début du mois , notions évoquant l’idée de renouveau. Et ceci est parfaitement compris puisque du chiffre « neuf » dérive le mot « nouveau ».

Naturellement, psd peut s’écrire de plusieurs manières. Les deux hiérographies retenues pour cet article sont celles que proposent Théophile Obenga dans Origine commune de l’égyptien ancien, du copte et des langues africaines, à la page 324 et R.S. Antelme et S. Rossini dans Nout, le cosmos des pharaonsà la page 388.

psd « neuf » devient psit en copte : cette première relation permet d’établir avec certitude la correspondance entre le dieu Poséidon et psd puisque la lettre psi de l’alphabet grec qui sert à écrire psit représente un trident, attribut du dieu.

Psi

Psi

 

Le négro-égyptien psi signifie« cuire », « bouillir ».

Le verbe « bouillir » provient du latin bulla « objet sphérique », « bulle d’eau ».

Nous faisons provenir le latin bulla « objet sphérique », « bulle d’eau » du cilùba (bantou)di.bulu « morceau arrondie », « boule », terme en relation étroite avec ebul « neuf » qui forme le français ébullition, c’est-à-dire« le fait de bouillir ». Ce qui permet d’associer le négro-égyptien psi « bouillir » à ebul « neuf » (fang), sachant que neuf se dit psit en copte. Cette correspondance permet de vérifier les relations que nous avons établi plus haut avec la Dw3.t et le fait d’être enceinte.

Kikongo :di.bula « placenta »; di.bulu « fosse »; di.bulu « ravine, rigole, trou »; di.bulu« cavité, creux, trou »; di.bulu « rigole, sillon, rive »; di.bulu « galerie souterraine dans une caverne ou une grotte »; di.bola « cuvette ».

Cilùba :ci.bùlù.nga « boule »; ci.bùlu « groupe, grande boule »; ka.bùlu « comprimé, pastille, boulette », di.bùlu.nga « boule, globe », bùlu.nga « être rond »; mu.bùlu « boule, botte ».


La botte ici doit être perçue dans le sens de boule, exemple : botte de foin.

Le sens de ka.bùlu « comprimé, pastille,boulette » se vérifie dans les rituels traditionnels associés au chiffre 9 : les fameux 9 grains ou les 9 boules d’herbes écrasés qui soigneront le patient en pays bassa.

Nous insisterons tout particulièrement sur la forme ka.bùlu que nous plaçons à l’origine du mot Kabale de la tradition juive, exercice ésotérique où les chiffres tiennent une place des plus importantes, particulièrement le chiffre 9.

Un rappel nous paraît nécessaire afin d’établir les sources à l’origine de cette tradition présentée comme juive : Dans Black Athena, Martin Bernal rappelle que : « la racine sémitique nbt signifiait jaillissement de l’eau ou oasis. Les peuples des déserts et des oasis étaient quelques fois appelés NabatuNabati, ou Nabatéens en Arabie. La situation est compliquée par l’existence d’un toponyme égyptien, Nbt ou Nbyt renvoyant à deux villes de Haute-Égypte connues aussi sous les noms d’Ombos et Ombi. Ombos, à la limite du désert, était le plus important lieu de culte de Seth, fréquemment appelé Celui d’Ombos ou Nbty »(Bernal 1991).

Le terme négro-égyptien nbt désigne non seulement la demi-sphère, l’hémisphère, mais aussi l’écuelle, la calebasse et les contenant à eau d’une manière générale, en relation évidente avec la demi-sphère. Nb.t est également traduit par « maîtresse ». Le nom Nb.t Hw.t (Nephthys) traduit par « maîtresse du palais », « maîtresse du château », peut aussi bien se lire « l’écuelle du palais/du château »,« l’hémisphère du palais/du château ». L’écuelle ou calebasse se dit ka.balù « petite écuelle » en cilùba, lu.balù « écuelle constituée d’une demi-calebasse »; ci.balù « moitié de calebasse servant de récipient ».  

Ka.balù désigne le cheval en cilùba, animal associé à Poséidon comme chacun sait.

La Boulè est le nom que porte l’Assemblée restreinte de citoyens chargés d’établir les lois de la cité dans la Grèce antique. L’architecture de l’édifice présente une forme hémisphérique, un demi-cercle, ancêtre des hémicycles (demi-cercle) actuels. On trouve l’origine de cette tradition à travers la Salle des Deux Maât, le lieu où se tient le Tribunal d’Osiris (Wsir) en forme d’hémicycle.

Nb.t Hwt (Nephtys)

Nb.t Hwt (Nephtys)

 

Le Dauphin, autre animal associé à Poséidon, doit être compris de la manière qui suit :Dauphin se dit Delphis en grec; terme proche de delphos “cochon”, animal associé à Seth et de delphus “matrice”. C’est cette dernière correspondance qui justifie le nom de l’oracle de Delphes, l’un des lieux cultuels les plus courus de l’Antiquité(Plutarque y exerça pendant 20 ans). L’oracle de Delphes fut initialement consacré à Poséidon, que supplanta plus tardivement Apollon, le Soleil dardant de ses flèches le Serpent Python.

Nestis (Eau) est le nom qu’Empédocle (5e siècle av. E.E.) donne à Poséidon. Plusieurs auteurs ont mis ce nom en relation avec Nephtys. Théophile Obenga revient sur le célèbre passage d’Empédocle :« Écoute en premier lieu quelles sont les quatre racines de toutes choses :Zeus le brillant, Héra la porteuse de vie, Aidoneûs (Hadès), et Nestis(Poséidon), qui, de ses larmes, distille la source mortelle. Zeus (ou parfois Héphaïstos/Ptah) est identifié avec le feu, Héra avec l’air qui entretient la vie chez tous les êtres animés, Aidôneus, rois des Enfers, avec la terre, Nestis enfin avec l’eau qui véhicule, et peut-être contient le sperme, le germe (sperma) d’où naissent les mortels » (Obenga 2005). Gabrièle Wersinger ajoute que : « l’Eau, en s’unissant au feu, comme Perséphone (parfois appelée aussi Nestis) à Hadès, lie, mélange, elle est l’origine des formes des choses » (Wersinger 2001).Cette relation entre Perséphone ou Proserpine et Nestis (Poséidon) permet d’entrevoir la figure que prendra Nb.t Hw.t (Nephtys) dans la tradition grecque, puisqu’il est bien attesté aussi de la correspondance entre Nb.tHw.t et Proserpine, fille de Déméter, image d’3s.t (Isis). L’eau (Nestis) ajouté au feu (Hadès) produit de la vapeur, élément fondamental pour tout oracle. Le Vatican, certains l’ignorent sans doute, est un oracle bâti sur le modèle des oracles de l’Antiquité. Le mot Vatican est formé à partir du latin vatès“devin”, “oracle”, de la racine indo-européenne commune wat “inspiré par dieu”, à l’origine du mot Wotan “Odin”. La vapeur qui s’élève sur le choix du nouveau Pape est une réminiscence des rituels associés aux oracles.

Nous avons vu que Martin Bernal associe Poséidon à Seth. Or, il ressort de nos premières remarques que le dieu grec est également mis en relation avec Nephtys, parèdre de Seth, trait qui permet de confirmer les remarques de Martin Bernal sur lesquelles nous ne reviendrons pas.

Où Nephtys trouve-t-elle une association vérifiable avec Poséidon ? Il faut, pour répondre à cette question, s’orienter vers l’oracle de Delphes.

 

Nb.t Hwt (Nephtys) : Une calebasse coiffe la déesse.

Nb.t Hwt (Nephtys) : Une calebasse coiffe la déesse.

À Delphes, la Pythie, prêtresse de l’oracle, siégeait sur un trépieds. Le trépieds est non seulement une image du trident, mais se trouve aussi être en relation avec psd, le soleil dardant de ses trois rayons, image du trépieds ou tabouret.

Psd=Les Neuf; AxW=Les Lumineux; Hnmmt=Les enfants du Soleil. Ce symbole offre trois significations en association avec le Soleil.

Psd = Les Neuf; AxW = Les Lumineux; Hnmmt = Les enfants du Soleil. Ce symbole offre trois significations en association avec le Soleil.

Le trépieds de Delphes était surmonté d’une écuelle ou calebasse qui deviendra le chaudron dans lequel les titans bouilliront le corps démembré de Dionysos. Cette calebasse ou écuelle (chaudron), c’est-à-dire nb.t en négro-égyptien, est une image du Soleil; les pieds du trépieds figurent ses rayons. Nb est le négro-égyptien signifiant « maître, seigneur », épithète d’Hr (Horus). L’autre nom du chaudron est « cratère », grand vase dans lequel on mélangeait le vin à l’eau à l’usage des convives. On dit du vin qu’il boue lorsqu’on constate la fermentation alcoolique du jus de raisin. Le cratère se dit « Graal » dans les langues germaniques, nous établissons cette relation dans le livre KONGO, raison pour laquelle nous n’y reviendrons pas.

Le bouillon du cratère est une image de la fermentation du vin, c’est-à-dire du sang de Dionysos, image de Wsir (Osiris). Le proverbe bassa : « Mbe mudga maa, nkunus bé bidjek (traduction : si une marmite est posée sur trois pierres, elle fait cuire nécessairement la nourriture) » relatif à la création de l’humanité, s’inscrit de manière éclatante dans cette tradition. Nous avons déjà évoquer la notion de « manger » dia et de jeûner sun, associé au phase du Soleil dans le livre KONGO, nous n’y reviendrons pas non plus. La marmite est une image du Soleil, l’obe « petite marmite » de la tradition Fang (cf. Ntondobe = « le Soutien de la Marmite »). Le terme obe « marmite » doit être mis en relation avec ebu« neuf » et la notion de multiplication « –bul » (idée d’abondance et de prospérité).

Chaudron de Delphes

Chaudron de Delphes

 

Tabouret (trépieds) se dit kurun en bamanan (bambara); kurun signifie également « barque »,« pirogue » dans la même langue; des termes associés à ce Grand Dieu (Râ). Le bamanan kurun est à l’origine du latin corona qui renvoie à l’auréole du Soleil, la couronne. Le terme tabouret offre initialement le sens de pelote d’épingles, c’est-à-dire deboule. Les épingles ici représentent les rayons du Soleil. Le mot pelote vient du latin pila« balle » que nous mettons en relation avec le cilùba bila « bouillir », « être en ébullition ». (balle et boule partagent le même etymon).

Cratère

Cratère

 

Plus haut, nous avons parlé de la spirale dite escargot que la tradition occidentale attribue à Théodoros. Il faut savoir qu’il n’en est rien toutefois car cette spirale est l’image du kòò« escargot » qui désigne la société secrète des femmes dans la tradition bassa, leMevungu de la tradition fang.

« L’adage bëti compare le rite (Mevungu)à la coquille d’escargot (koé c’est son nom; kòòchez les Basa), écrit Laburthe-Tolra, qui, sur le dos, capte l’eau, et sur le ventre, la boue; on est certain d’en retirer quelque chose. (…) Une même femme ne commande ainsi lemevungu qu’une fois dans sa vie. Elle peut éventuellement devenir par la suite une mère mevungu ».(P. Laburthe-Tolra, Initiations et Sociétés secrètes au Cameroun,p.333). Le ritemevungu, consacré à l’abondance et à la prospérité, doit être rapproché du culte des pierres noires qu’observaient les dévotions de Delphes à travers l’OmphalosOmphalos se dit Ombilicus en latin(ph>b), nombril en français, ce qui justifie d’ailleurs de l’évolution deNbty en Ombi/Ombos. La couronne blanche de Haute-Égypte est une image du nombril.« Nombril »se dit mufu ou m-umfu en cilùba (bantou), d’où l’omphalos grec, puisque le /b/ de “ombi” se réalise en /f/ et /ph/. Les langues bantoues (cilùba, kikongo) offrent aussimfumu, métathèse de mufu, signifiant « roi », « chef », « altesse »,« empereur », « notable », « seigneur »,« principal », « patron », « supérieur », etc.,des termes qui renvoient à l’idée de centre; mfumu-banza = maire; mfumu-ganga= médecin; mfumu-muntu= « homme libre ». En lingala nous obtenons nkumu; zandé : kumba; banda : kumu.La syllabe um est omniprésente, d’où le caractère sacré de cette syllabe que nous aurons étudié dans le livre KONGO. Le négro-égyptien nb “seigneur” équivaut au bantou mfumu“seigneur”.

Le trépieds de Delphes sur lequel se tient la Pythie est une figuration du signe hiéroglyphique Nb.t Hwt (Nephtys)

Le trépieds de Delphes sur lequel se tient la Pythie est une figuration du signe hiéroglyphique Nb.t Hwt (Nephtys)

 

L’étude du benben d’Héliopolis nous a fait voir que la vallée que l’on décrit comme un espace resseré entre deux montagnes est une image de l’appareil génital féminin. Le mot « vallée » provient du latin vallis apparenté à vola « creux », ce qui lui donne le même sens que nsôsôgo, « la vallée » dans la langue basaâ renvoyant à l’idée de « creux », « cavité »,« trou ». C’est ce terme vola que nous faisons correspondre au bantou evul« pubis », « vagin » qui construit mevungu “la force du vagin”. La racine que les dictionnaires donnent à vola est *uel « tourner », « tour », « rond », que l’on fait évidemment correspondre à evul qui signifie aussi spirale, d’où la relation avec l’escargot qui montre une coquille en forme de spirale. Il s’agit du terme que l’on retrouve dansebvoul/ebu’u/ebul/bvule/bule/bulu signifiant « retourner »,« repartir », « rendre », « terminus »,« limite », « frontière » avec le sens de fin et de recommencement, de renouveau. ex : bi bulu : « nous retournons ». Bibulu est le nom du fleuve-limite dans le récit de la tradition Mvett; limite entre Engong et Okü, le monde des Mortels et le monde des Immortels. Ce fleuve est l’image de la spirale, le fleuve-Ournes ou Nil céleste. LesBulu, peuple du Cameroun, se désignent d’après ebu, le chiffre 9, « la limite », « la fin », « le terminus », chiffre qui montre la même spirale reconnu aux rites mevungu et koobul,bule exprimera donc l’idée d’abondance, de prospérité, d’excès; angone ebu se dit d’une femme gracieuse. Il existe un jeu de mots entretenu entre les notions evu et ebuebu c’est la limite, la frontière, la plénitude, la prospérité; evu c’est la ruine, le malheur; relation qui précise l’ambivalence du chiffre 9; ambivalence d’ailleurs parfaitement reconnue à Nephtys dans la tradition nilotique.

On saisit encore l’association du latin vola « vallée » à vulva « la vulve », valgus « tourné en dehors », volvo « tourner »,« enrouler », « rouler ». En kikongo, le chiffre neuf (9) se dityivwa, il s’agit probablement du mot à l’origine du sémitique hawwah, « courber »; soulignons au passage que le /b/ se réalisant en /v/ dans les langues bantoues, ceci autorise le passage d’ebu à evu, où l’on retrouve ève, awa, hawwa, « la courbée », position qu’adopte Nwt (Nout). Le kikongo yivwa « neuf » et le verbe hawwah« courber », sont également en relation avec le pulaar how– qui signifie « encercler », « entourer », la forme initiale étant le négro-égyptien hw.t « le château » que l’on retrouve dans Nb.t Hw.t (Nephtys) avec une référence à un espace encerclé, entouré.

Le latin aqua « eau », devenu egua et ewe au XIe siècle, aiveaigue et eve au XIIe siècle, puis eaue au XIIIe siècle, le-final ayant disparu au XVIe siècle, souligne la pertinence de l’étymologie que nous proposons dans cet article, et la relation évidente qui lie Poséidon et les Neuf Neterou Primordiaux à l’eau; hw.t est le terme négro-égyptien auquel Alain Anselin donne les formes arabes (Yemen) : hawa, yahwi, « entourer », d’où hawiya « petite cour » (Les mots de Geno, 2006). Le cercle (la courbe, la boule) est l’image principale à laquelle s’attache cet étymon, et l’on reconnaît aussi que Nwt est identifié à Hw.t Hr (Hathor),« le château d’Horus », en tant qu’image du Ciel. Le négro-égyptien pour “courber” est wdb que Mboli fait correspondre au copte wϽ :tb « courber », au zandé nguru « encerclement », à l’hausa zobē « cercle » (nzob :ciel en fang, djob :soleil en basaâ) et au sango ngúmbà« courber ». Nous soulignerons ici la relation entre ngúmbà « courber » et ngombé « la vache » image d’Hathor (Hw.t Hr), d’Isis et de Neith.

Neptune, le nom que les Romains donnent à Poséidon, a été mis en relation avec Nbty(Ombos/Ombi) comme le souligne Martin Bernal, proposant une correspondance avecNabata ou Napata. Toutefois, notre analyse fait provenir ce nom du latin nepos“descendant”, “neveu”; le terme neveu offrant une relation évidente avec le chiffre neuf, c’est-à-dire psd “les Neuf” ,”les Descendants”nepos devient nepti “niece”, “petite-fille” au féminin. Il est intéressant de rappeler qu’à Kemet, le roi était habituellement le “neveu” de son prédécesseur; ce qui justifie du mariage symbolique entre le roi et ses filles; mariage qui le fait regarder comme l’oncle de ses fils. L’indo-européen commun awo est le terme qui traduit à la fois “grand-mère” et “grand-père”, il s’agit du nom de Nwt (Nout) que nous aurons rappelé plus haut; nom à l’origine du latin avunculus c’est-à-dire “l’oncle maternel”.

 

À suivre…

 

Amenhemhat Dibombari

Share and Enjoy

  • Facebook
  • Twitter
  • Delicious
  • LinkedIn
  • StumbleUpon
  • Add to favorites
  • Email
  • RSS