André Grenard Matsoua

André Grenard Matsoua, l’autre Simon Kimbangu

D’abord mouvement associatif né pendant la fin de la période coloniale, le matswanisme est devenu un mouvement religieux après la mort de son fondateur. Ce mouvement avait débuté en France, en 1926, dans la légalité, à partir d’une association amicale des originaires de l’Afrique équatoriale dont le but était de “secourir les Noirs libérés du service militaire en France”.

 

À l’origine, Matswa n’apportait pas de message religieux et ne prétendait pas avoir reçu une mission divine. Il fut néanmoins arrêté par les autorités coloniales lorsqu’il vint au Congo pour y récolter des fonds destinés à son amicale et exilé en France. C’est alors que le Matswanisme s’est installé dans la croyance de la non-mort de son fondateur- les circonstances de sa mort et de sa sépulture n’ont jamais été élucidées- et dans celle de son retour à Brazzaville avec le général de Gaulle.

 

C’est alors que le mouvement s’est transformé en mouvement religieux. Ce fut le temps de l’attente. Le récit et l’attente messianiques répondaient à une aspiration des Congolais à s’approprier leur identité, à construire leur propre univers social et politique, à vivre leur conscience historique, en réaction au régime colonial, l’accession du Congo-Brazza à l’indépendance aurait pu mettre fin à ce mouvement. Or il n’en a rien été.

 

La répression du mouvement par les pouvoirs nationaux a provoqué sa dispersion et sa diffusion en dehors du pays Lari où il était né. Il s’est alors organisé pour durer, dans l’opposition à tous les régimes. Les rapports avec l’abbé Fulbert Youlou, le premier président de la république du Congo-Brazza ont marqué le début d’une nouvelle étape dans la vie du mouvement que M. Kouvouama l’appelle le temps du renouvellement.

 

Le passage ne s’est pas fait entre le matswanisme et le premier président du Congo indépendant et ses successeurs ont poussé le mouvement dans l’illégalité et ses membres dans l’exil. Persécutés, dispersés, sous les gouvernements Youlou, (1956-1963), Massembat Debat (1963-1968), N’gouabi, 1968-1977), Sassou N’guesso (1979-1992) les matswanistes se sont répandus dans tout le pays, y ont acheté des terres, y ont fait souche en apprenant la langue et en se mariant sur place, y ont fait des adeptes, apportant une réponse à la souffrance postcoloniale qui avait pris la suite de la souffrance coloniale. Le mouvement s’est alors organisé en créant un gouvernement central, en investissant des leaders, en pratiquant le traitement du corps et des “maladies sorcières”.

 

En 1990, l’ouverture rendue possible par la Conférence nationale a permis aux mouvements religieux de réapparaître quelque temps sur la scène politique et d’y jouer un rôle mystico-politique. Les matswanistes n’ont pas pris part à la première guerre civile de 1992-1993, mais en 1998, un autre prophète s’est levé, N’Toumi, qui, lui, a choisi la guerre, et qui a embrigadé les jeunes, les définissant comme des “nsilulu” (en kongo : “les sauveurs”) d’abord aux cotés de Kolelas, puis en se démarquant de lui, et en leur promettant l’invincibilité. Le retour au pouvoir de Sassou N’guesso n’a pas mis fin à la dissidence des matswanistes qui, avec N’Toumi, ont refusé de suivre Kolélas et de rejoindre la conférence de réconciliation organisée par le président Sassou N’guesso, qui a lieu en ce moment (du 16 mars au 30 avril 2001 à Brazzaville).

 

Obscurantisme ou créativité moderne ? À cette question posée par un intervenant, Abel Kouvouama a répondu que l’adhésion au matswanisme était une démarche d’affirmation de la liberté de l’individu, qu’elle était par elle-même un refus des clivages ethniques et l’émergence de l’individu citoyen, ce que JP Dozon confirme avoir constaté dans l’enquête à laquelle il a participé en 1975. Aujourd’hui, les cérémonies cultuelles comportent des expressions chorales de grande ampleur et de très belle tenue. Sans doute sous l’influence des églises de réveil, le mouvement pratique également des thérapies, glossolalies et ordalies, destinées à soigner l’individu et le corps social.

 


Abel Kouvouama rappelle que Matswa a été catéchiste, douanier, puis qu’il est parti à l’aventure en France où il a créé l’amicale des originaires d’Afrique Equatoriale Française (du Congo, de Fort-Lamy, de Bangui). Il a fait la guerre du Rif, dont il est revenu blessé et avec le statut d’ancien combattant. JP Dozon insiste sur le fait que Matswa était partisan de l’assimilation avec les Européens et qu’il demandait un statut d’égalité.

 

Le Matswanisme qui a joué un rôle important pendant les années 1990 de la transition démocratique est devenu un acteur de la société civile congolaise, mais il est toujours dans la dissidence. En 1990, les matswanistes ont été très actifs lors de la conférence nationale dont la présidence a été confiée à Mgr Kombo, dont la sensibilité et les comportement étaient proches du “renouveau charismatique”. Chaque participant avait sa Bible. Pendant quatre mois, ils ont prié, nettoyé les cimetières invoqué les morts. Aujourd’hui, poursuit Abel Kouvouama, les Matswanistes sont nombreux et puissants. Ils ont des lieux de culte avec des autels décorés de statues de Matswa, de de Gaulle. Ils ont créé des associations très actives qui travaillent avec les ONG , qui reçoivent des fonds provenant de la solidarité publique et privée internationale, qui gèrent des centres de soins et tentent d’offrir à la population, et en particulier aux réfugiés, les services que l’État congolais n’est plus en mesure de leur apporter du fait de la guerre civile.

 

Une congolaise qui s’est présentée comme étant la petite fille d’un matswaniste est intervenue pour dire que Matswa avait fait sienne la devise républicaine de liberté, d’égalité et de fraternité, et qu’en 1941, il était porteur d’un message libérateur. Mais le nouveau pouvoir mis en place à l’indépendance a décidé, avec la complicité de la France, de tenir le mouvement à l’écart. L’intervenante témoigne des persécutions subies par le matswanisme de la part des autorités coloniales puis nationales. Son grand-père a été exilé pendant 20 ans au Tchad, le mouvement a été tenu à l’écart du pouvoir dès l’accession du pays à l’indépendance et il s’est replié sur ses activités religieuses. Le matswanisme a été pour ses adeptes un mouvement de retour sur soi, d’affirmation et d’expression de son humanité niée par le colonisateur et par les pouvoirs qui lui ont succédé. Il est aujourd’hui un mouvement de défense des congolais persécutés par le pouvoir en place et qui se battent pour le respect des droits de l’homme et l’avènement d’un État de droit au Congo-Brazza.

 

Abel Kouvouama

Université de Picardie 

 

Source: mamawandombi.afrikblog

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LE PROF GOMEZ HISTORIEN PARLE DE LA RDC ET DE SIMON KIMBANGU

 

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